6304 – Une « Leçon » d’Economie – Vue de l’Argentine de Milei par Mathieu Cresson & notes d’Yves Bourdillon… 07.08.24 – IREF

L’ARGENTINE


A – Défenseur du libre-échange.. Javier Milei rappelle aussi que l’Argentine doit rester dans le camp des démocraties libérales – par Mathieu Creson – 07.08.24 – IREF

Président de l’Argentine Javier Milei,

par Mathieu Creson – 07.08.24 – IREF

Dans un récent entretien, le président de l’Argentine Javier Milei, élu en 2023, nous donne une leçon de liberté au sens large, dont Européens et Nord-Américains pourraient peut-être tirer profit. La liberté, nous dit-il, doit déjà être vigoureusement défendue sur le plan économique. Non seulement « le commerce n’a jamais appauvri personne », mais il est une formidable « machine à fabriquer de la prospérité. […] Nous devrions chercher par tous les moyens, ajoute-t-il, à libéraliser davantage de marchés et à nous ouvrir davantage au reste du monde ». Mais sa défense de la liberté déborde, de beaucoup, les limites de la seule vie économique

Il faut toujours défendre la liberté des échanges  

Certes, l’indéniable côté extravagant de Milei peut déconcerter, sinon irriter : ainsi lorsque, pour faire comprendre qu’il réalisera d’importantes coupes budgétaires, il apparaît en public… avec une tronçonneuse. Ou encore lorsqu’il se présente en tenue carnavalesque de superhéros entonnant une parodie de Verdi, « la Traviata Economica », afin d’illustrer le combat qu’il compte mener dans son pays contre la récession économique… Cela dit, nous aurions grand tort de ne voir en lui que l’incarnation du « pouvoir grotesque » ou qu’un « dirigeant bouffon », pour reprendre certaines formulations qu’on a pu lire dans la presse.
Milei part avant tout d’une constatation, que les socialistes tendent à vouloir faire oublier mais qui ne s’en impose que plus : du temps qu’elle avait épousé la cause de la liberté à la fin du XIXe siècle, l’Argentine se trouvait être l’un des pays les plus riches non pas seulement d’Amérique du Sud mais du monde !
« Mais, nous rappelle Milei, à partir du moment où les idées socialistes y ont été de plus en plus largement introduites, elles nous ont plongés dans la décadence. […] Ce qu’il faut faire, conclut-il, c’est poursuivre le combat en faveur des idées de liberté ».
On assimile souvent Javier Milei à d’autres dirigeants ou ex-dirigeants politiques dans le monde catalogués comme « populistes » (Trump, Bolsonaro, Orban…).
Or on ne manquera pas de souligner ici quelques flagrants contrastes. Trump, par exemple,  a déclaré que s’il était à nouveau élu président, il s’empresserait d’imposer une taxe douanière d’au moins 10% à l’ensemble des produits importés sur le territoire des États-Unis. Certes, l’IREF l’a d’ailleurs souvent écrit, le bilan économique de la présidence Trump fut globalement positif, notamment grâce à la forte baisse du taux d’impôt sur les sociétés. Mais sur le plan du commerce, Trump reste un fervent partisan du protectionnisme, incapable qu’il semble être de se déprendre de la vieille idée selon laquelle les échanges internationaux n’engendreraient par essence que des gagnants et des perdants.

Se ranger en politique étrangère dans le camp des démocraties libérales

La liberté, Milei ne la revendique pas que dans le domaine économique. Loin de n’être qu’un « pragmatique », il a bien compris le fondement moral du libéralisme, dont il défend une version globale et non hémiplégique.
« Ce qui importe le plus selon moi, précise-t-il dans l’entretien en question, c’est le fait que le débat autour de la liberté est un débat d’ordre moral ».
Il s’étend donc aussi au domaine géopolitique.
« Ce qui importe, poursuit-il, n’est pas uniquement l’augmentation du niveau de vie liée à l’élargissement du commerce. Ce qui importe aussi, c’est que l’Amérique latine ne soit pas tentée de forger des liens avec les autocrates […]. Le monde […] devrait se diviser entre les démocraties libérales et les régimes autocratiques. Je veux que l’Argentine soit du côté des démocraties libérales […] ».
On aimerait voir Trump réaffirmer ce principe avec autant de force. Trump, rappelons-le, a eu raison de taper du poing sur la table pour exiger que les membres de l’OTAN satisfassent à leurs obligations de financement en consacrant au moins 2% de leur PIB à la défense. Mais on se souvient aussi de la manière dont il a complètement déraillé lors d’un meeting en Caroline du Sud en février de cette année, quand il a déclaré que non seulement il ne protègerait pas un pays membre de l’alliance qui ne paierait pas son dû, mais qu’il « encouragerait même (ses ennemis) à (lui) faire ce qu’ils veulent » (je souligne)… Une déclaration lunaire qui n’a sûrement eu d’autre but que de galvaniser sa base électorale, et qui a dû réjouir nombre d’autocrates ayant des vues sur certains pays du monde libre…

Nous ne pouvons donc que saluer la cohérence du discours de Milei lorsqu’il  déclare :

« Nous devons nous assurer que nous sommes du bon côté de l’histoire, c’est-à-dire du côté des démocraties libérales, et non du côté des autocrates ».
A contrario, quelle dérision suscitée par celui de Trump lorsqu’il avait affirmé, après un pic de tension, pouvoir « apaiser » le dirigeant nord-coréen Kim Jong-un ! A vrai dire sans grands résultats… Trump est imprévisible. Cela  peut être une force de dissuasion vis-à-vis des autocrates de la planète, mais cela peut aussi révéler une absence de convictions profondes, du moins de convictions authentiquement libérales.
On peut sans doute parler à propos de Milei de « populisme », dans la mesure où l’actuel président argentin veut tourner la page de la bureaucratisation et de la socialisation du pays imposée depuis des décennies par une élite acquise aux idées collectivistes. Mais son « populisme » recèle au fond chez lui de véritables convictions intellectuelles qui ne sont pas sans rappeler celles qui sous-tendirent en son temps la politique de Ronald Reagan ; une politique qui permit aux États-Unis de redevenir forts aussi bien à l’intérieur du pays en adoptant pleinement les principes économiques du libre-échange, qu’à l’extérieur en se montrant très fermes vis-à-vis des ennemis de la liberté.
Ainsi donc, s’il existe aujourd’hui dans le monde un modèle qui pourrait inspirer les libéraux, ce serait certainement Milei plutôt que Trump.
Reste à voir jusqu’où Milei ira dans la mise en œuvre des principes qui l’ont porté au pouvoir. Le début de son mandat a été marqué par des réformes salutaires et, nous l’avons rappelé, des positions claires en matière de commerce extérieur ; mais son renoncement à la dollarisation du pays ne manque pas d’inquiéter certains économistes libéraux.

Matthieu Creson est conférencier et a travaillé comme enseignant. Il est diplômé de l’EDHEC, et titulaire de Masters en philosophie, lettres et histoire de l’art.

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B – Le Sénat argentin approuve les réformes de Javier Milei écrit par Yves Bourdillon – 13 juin 2024 – IREF
Le Sénat argentin, où le parti du président libertarien Javier Milei ne dispose pourtant que de sept sièges sur 72, a approuvé en totalité les réformes dérégulatrices défendues par le chef de l’Etat élu en décembre, qui obtient ainsi pour la première fois un soutien du Parlement au complet.
Le projet a été adopté grâce à l’apport prépondérant de la vice-présidente par 36 voix pour et autant contre, après une session marathon entamée mercredi matin et marquée par des émeutes qui ont provoqué au total une dizaine de blessés. Le texte va retourner pour adoption définitive à la Chambre des députés.
Il y avait été rejeté dans sa forme originale de 600 articles et adoptée après des modifications majeures en 238 articles par la Chambre des députés en avril. Parmi les concessions d’un exécutif devenu plus pragmatique : le nombre des privatisations, passées d’une quarantaine dans la version initiale à une dizaine, dont celle de la compagnie aérienne publique Aerolineas Argentinas. La loi prévoit aussi une flexibilisation du marché du travail, des incitations aux investissements étrangers supérieurs à 200 millions de dollars avec des avantages fiscaux et douaniers durant trente ans
Javier Milei, arrivé au pouvoir sur fond de risque de banqueroute, d’inflation d’environ 300 %, d’appauvrissement généralisé et de corruption, s’est félicité de « l’approbation historique » de cette loi omnibus, qualifiée de « réforme législative la plus ambitieuse des 40 dernières années ». Pour l’instant, ses mesures, qu’il qualifie de « plus grand ajustement budgétaire de l’histoire de l’humanité »,
via dévaluation de 54 % du peso, libération des prix et loyers, fin des subventions aux transports et à l’énergie, gel des chantiers publics, coupes budgétaires tous azimuts, notamment suppression d’agences fantômes et de faux emplois publics surnommés « gnocchis », ont permis de ramener l’inflation de 25 % mensuel à 8,7 % en avril.
Buenos Aires a aussi dégagé un excédent budgétaire au premier trimestre, sans précédent depuis 16 ans.
Yves Bourdillon Journaliste et écrivain, couvre l’actualité politique, économique, sociale et conflictuelle de la plus grande partie de la planète au sein du service international des Echos depuis 1996.

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C – Javier Milei est en Allemagne et l’inflation est tombée à 0 % en Argentine par Yves Bourdillon – 24 juin 2024 IREF
Le chancelier allemand, Olaf Scholz, et le président argentin, Javier Milei, ont tous les deux appelé, lors d’une visite en Allemagne du chef de l’Etat argentin aux convictions libertariennes, à la conclusion rapide de l’accord de libre-échange entre l’Union européenne et les pays d’Amérique latine.
La finalisation de cet accord est bloquée par l’opposition d’Emmanuel Macron au nom d’arguments protectionnistes, essentiellement sur le plan agricole, les éleveurs notamment redoutant la concurrence de la viande bovine argentine en invoquant des règles différentes en matière d’environnement.
Cet accord serait le plus important de ce type dans l’histoire de l’Union européenne et l’un des plus importants par son ampleur, puisqu’il libéralise les échanges commerciaux entre le principal bloc économique de la planète et le troisième. Il a été approuvé en principe en 2019 après vingt ans (!) de négociations mais n’a toujours pas été finalisé.
Olaf Scholz a aussi salué les résultats de Javier Milei en matière de lutte contre l’inflation, tout en appelant à rester attentif au climat social, en bon social-démocrate qu’il est : l’inflation est tombée à zéro en Argentine durant la troisième semaine de juin, alors qu’elle était de 20 % par mois en moyenne avant l’arrivée au pouvoir de Javier Milei, en décembre. Le taux le plus bas depuis quarante ans…

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D – Javier Milei obtient le feu vert du Parlement pour déréguler l’économie ! par Yves Bourdillon – 28 juin 2024 – IREF
Le programme de vaste dérégulation économique du président argentin libertarien, Javier Milei, a obtenu vendredi matin le feu vert définitif du Parlement avec l’approbation des députés, après des mois de débat d’un texte très ambitieux.
Mr. Milei, élu en novembre sur fond de risque de banqueroute après des décennies d’étatisation clientéliste ayant appauvri le pays, développé la corruption, le gaspillage de l’argent public et nourri une inflation de 370 % par an, enregistre ainsi sa première victoire parlementaire depuis son investiture le 10 décembre 2023.
Le projet de loi a été approuvé par 148 voix contre 107, deux semaines après le feu vert du Sénat qui était d’autant plus significatif que Milei n’y disposait pas d’une majorité.
Les sénateurs avaient été convaincus de l’impossibilité d’un statu quo vue la situation financière du pays et au vu de concessions faites par le président ; son projet de loi omnibus, démesuré avec 664 articles touche-à-tout, allant du système électoral aux privatisations, des retraites au Code pénal, de l’éducation à la culture ou au divorce, avait été réduit à 238 articles, avec des bémols sur les privatisations des entreprises publiques, onze prévues au lieu d’une quarantaine initialement– ou la flexibilisation du droit du travail.
Le parti libertarien de Javier Milei, la Libertad Avanza, est minoritaire au Parlement –sept sièges seulement sur 72 au Sénat et troisième force à la Chambre avec 38 députés. Javier Milei s’était félicité d’avoir réalisé « le plus grand ajustement fiscal non seulement de l’histoire de l’Argentine, mais aussi de l’histoire de l’humanité ».
Son gouvernement a appliqué d’emblée un programme drastique d’austérité budgétaire tous azimuts, dans un objectif de « déficit budgétaire zéro » à fin 2024, et ainsi de dompter l’inflation chronique, laquelle est tombée à… 4 % sur un mois, en mai. Le PIB a subi une récession de 5.1 % au premier trimestre en glissement annuel,
Javier Milei ayant prévenu que supprimer les gaspillages et dépenses inutiles de l’Etat, avec fermeture d’agences publiques fantômes et d’emplois publics fictifs, surnommés « les gnocchis », aurait un impact négatif dans un premier temps sur la conjoncture.

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