4671 – Allocution et réponses du ministre des Affaires étrangères Sergueï Lavrov aux questions des médias à l’issue de sa visite en France, à Paris, le 12 novembre 2021

Je voudrais dire quelques mots sur la réunion des ministres des Affaires étrangères et de la Défense de la Fédération de Russie et de la République française, qui s’est tenue aujourd’hui au format 2 + 2. Ce n’était pas la première réunion tenue dans ce format, mais il y avait eu une assez longue pause entre les réunions.
En 2019, le président de la Russie Vladimir Poutine et le président de la France Emmanuel Macron ont convenu de reprendre ce format lors de leur rencontre au fort de Bregançon. La première réunion qui a suivi s’est tenue à Moscou, et aujourd’hui nous nous sommes rencontrés à Paris.
Nous considérons notre dialogue au format 2 + 2 comme très prometteur. Nous apprécions la volonté du président Macron de trouver des points de contact concernant les aspects stratégiques des développements dans la région euro-atlantique et sa volonté de développer des relations constructives et mutuellement bénéfiques avec la Russie. C’est dans cet esprit que nous avons échangé nos points de vue sur la sécurité mondiale et la situation dans la zone euro-atlantique, en Afrique, au Moyen-Orient et dans la région Asie-Pacifique. Comme d’habitude, nous n’avons pas essayé d’éviter les choses difficiles. Nous avons discuté de sujets sur lesquels nos points de vue ne coïncident pas toujours et sont parfois radicalement différents.
De notre côté, nous avons attiré l’attention de nos partenaires sur le fait que la situation mondiale reste très tendue. Nous pensons que la raison en est l’effort de certains États occidentaux, menés par nos collègues américains, pour maintenir et renforcer leur domination, pour détruire l’architecture basée sur l’ONU qui a été créée après la Seconde Guerre mondiale,  et pour imposer à l’opinion publique internationale un « ordre fondé sur des règles », qui contredit directement le droit international.
Un élément de ceci est les tentatives de contenir le développement de la Russie. L’OTAN et les États-Unis ont ouvertement déclaré cette voie, qui inclut les actions agressives du bloc envers la Russie. Les exemples sont nombreux, tels que le déploiement de forces supplémentaires dans la région de la mer Noire, l’envoi de navires de guerre dans la région à une échelle sans précédent et d’autres actions agressives.
Nous avons vu nos homologues s’efforcer de renforcer et de maintenir la politique de l’UE envers la Russie, qui n’a pas changé depuis des années. Son principal argument est que l’UE est prête à normaliser les relations avec la Russie dès qu’elle remplira les accords de Minsk.  Nous avons montré l’absurdité de cela avec les faits en main. Nous avons de nouveau examiné les dispositions du paquet Minsk, qui disent clairement que certaines questions doivent être coordonnées entre Kiev, Donetsk et Lougansk, comme le statut particulier de ces zones, les procédures électorales et une amnistie.
Nous avons proposé de discuter des moyens de sortir de l’impasse dans les relations Russie-UE. Nous avons souligné que nous avions soutenu l’idée du président Macron de créer une architecture de sécurité européenne avec la Russie plutôt que de s’y opposer.  À nos yeux, l’essentiel est que ces paroles valables soient traduites en actes pratiques. Il est clair que l’UE et l’OTAN ont une discipline interne et la soi-disant solidarité. Mais l’affaire n’est pas réglée.

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le président du Conseil européen Charles Michel
Aujourd’hui, je me suis entretenu avec  le président du Conseil européen Charles Michel  en marge de notre conférence sur la Libye. Il a indiqué son intérêt à rechercher des moyens de sortir notre relation de la profonde impasse actuelle, qui a été créée par les mesures occidentales après que certains pays aient soutenu et que d’autres aient accepté le coup d’État du gouvernement d’extrême droite en Ukraine en 2014. Nous en ressentons les effets. à ce jour. La position de M. Michel est qu’il est très difficile de convaincre nos collègues de l’UE (je ne parle pas de la France pour l’instant) de la nécessité de développer des relations exclusivement sur des principes d’égalité et d’équilibre des intérêts.  Nous sommes prêts pour cela. Nous l’avons confirmé lors de notre rencontre avec nos collègues français et lors de mes contacts avec Charles Michel.
Nous avons eu une discussion approfondie sur la stabilité stratégique, y compris dans le contexte des nouveaux défis qui ont surgi après le retrait des États-Unis du Traité sur les forces nucléaires à portée intermédiaire et à courte portée et du Traité Ciel ouvert. Nous avons réaffirmé notre engagement à faire preuve d’une retenue maximale et à nous abstenir de fabriquer des problèmes inutiles à l’avenir. Nous rendrons la pareille à toutes les mesures inamicales que l’Occident fera d’un tac au tac et, si nécessaire, de manière asymétrique.
Nous avons attiré l’attention de nos interlocuteurs sur l’initiative du président Vladimir Poutine de déclarer un moratoire unilatéral sur le déploiement de missiles terrestres interdits par le traité INF jusqu’à ce que des systèmes de fabrication américaine de ce type soient déployés dans les régions correspondantes du monde. Dans le même temps, nous avons souligné que les perspectives d’une course aux armements dans l’espace nous préoccupent beaucoup. Les États-Unis ont ouvertement annoncé ces plans. La République française a également présenté récemment une initiative similaire.
Tout comme nos collègues français, nous réaffirmons qu’il n’y a pas d’alternative au paquet de mesures de Minsk. Cependant, ses interprétations varient considérablement. Nos collègues sont de plus en plus convaincus que c’est la Russie qui doit mettre en œuvre ces mesures.Le fait que cette approche soit dénuée de sens et de fondement est évident pour quiconque ayant eu au moins un aperçu des accords de Minsk, qui ont été approuvés par une résolution du Conseil de sécurité de l’ONU.  En vertu de ce document, Kiev, Donetsk et Lougansk doivent s’entendre sur un certain nombre de questions clés qui sont essentielles pour régler la crise interne de l’Ukraine.

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Le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, lors de la conférence sur le climat, la COP26, à Glasgow, le 1er novembre 2021.


Une fois de plus, nous avons appelé Paris à travailler avec Berlin non seulement pour encourager, mais pour forcer les autorités ukrainiennes à respecter les engagements internationaux qu’elles ont pris.  Nous avons souligné le caractère inacceptable de la politique de Kiev consistant à séparer de facto ses citoyens. Nous avons rappelé à nos homologues que l’Occident n’a pas encore répondu au slogan du président Vladimir Zelensky lorsqu’il a déclaré que ceux qui, en Ukraine, s’identifient comme russes devraient partir et se rendre en Russie.
Nous n’avons entendu aucune réponse à ces faits et à bien d’autres, y compris la rédaction en Ukraine d’une nouvelle loi visant à démanteler les accords de Minsk à la suite des lois sur l’éducation et la langue.  Je fais référence au projet de loi sur les principes de la politique d’État de la période de transition, tel qu’il a été rédigé par le gouvernement ukrainien. La Commission de Venise a conclu qu’elle est plus ou moins valable, ce qui est une honte pour cette institution. En outre, il est allé jusqu’à comparer les propositions contenues dans ce projet de loi avec les dispositions des accords de Minsk et de la résolution du Conseil de sécurité. Son adoption marquera le retrait de Kiev du paquet de mesures. Permettez-moi de vous rappeler que nous avons reçu l’assurance des Français et des Allemands au plus haut niveau qu’ils feraient tout ce qui été possible  pour empêcher l’adoption de cette loi. Cependant, rien n’a été fait depuis lors, et les développements de la Verkhovna Rada montrent qu’elle avance à toute vapeur vers son adoption.

Pourquoi nous en sommes-là en Syrie

Nous avons discuté du programme nucléaire iranien.  Sur ce sujet, il existe un potentiel de coopération plus constructive. Les participants au Plan d’action global commun sur le programme nucléaire iranien devraient reprendre les pourparlers le 29 novembre. Nous sommes en faveur de la pleine reprise des dispositions du document de 2015, tel qu’approuvé par une résolution du Conseil de sécurité. Cela inclut le réengagement des États-Unis à leurs obligations, y compris la levée de toutes les sanctions imposées dans le contexte du JCPOA.
Nous avons accordé une attention particulière au processus de paix au Moyen-Orient. Il existe un format commun, le Quatuor des médiateurs internationaux, qui comprend la Russie, l’Union européenne, les Nations Unies et les États-Unis. Malheureusement, jusqu’à présent, nous n’avons pas pu relancer ce format car les États-Unis n’acceptent pas de le faire dans les plus brefs délais. Pendant ce temps, la situation dans les territoires palestiniens s’aggrave et la crise humanitaire à Gaza s’aggrave.  Avec nos collègues français, nous sommes prêts à faire des efforts supplémentaires. On verra ce qu’il en sortira. C’est du moins ce sur quoi nous nous sommes mis d’accord.
Nous avons discuté de la question syrienne.  Il y a des résolutions du Conseil de sécurité de l’ONU qui doivent être appliquées. Les principaux piliers du processus de règlement sont énoncés dans la résolution de base adoptée l’été dernier. Il exige que l’aide humanitaire soit élargie et, plus important encore, que tous les obstacles qui empêchent la Syrie d’entreprendre des projets de relèvement rapide soient levés. Cela couvre l’approvisionnement en énergie et en eau, l’éducation, les soins de santé et la construction de logements.
Nous avons discuté des développements en Libye.  Une conférence internationale sur la question libyenne a eu lieu, convoquée par le président français Emmanuel Macron. Ses participants ont adopté un long document final qui a été distribué et est disponible. Ce document s’inscrit dans la lignée des résolutions adoptées lors des précédentes conférences sur ce sujet, dont la conférence de Berlin en juin 2021. Ce qui compte le plus ici, c’est l’appel aux parties au conflit en Libye à respecter le calendrier convenu. il y a un an, principalement en ce qui concerne la tenue d’élections générales, qui comprennent à la fois les élections présidentielles et législatives. Il est également d’une importance vitale de veiller à ce que le processus électoral soit inclusif afin que les représentants de tous les groupes sociaux et politiques en Libye puissent participer à la campagne électorale.

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Nous avons évoqué la situation dans la région saharo-sahélienne, y compris dans le cadre du repositionnement des forces françaises là-bas, y compris du Mali.  Cela a suscité l’inquiétude des dirigeants maliens que les Français souhaitent quitter les régions du nord du pays, où une activité accrue des groupes terroristes a été observée ces derniers temps. Nous avons éclairci la situation avec les accusations régulièrement portées contre la Russie selon lesquelles elle favoriserait les contacts entre la direction malienne et une société militaire privée russe.
Nous avons montré l’absence de motifs pour de telles accusations.  Nous avons rappelé que nous apportons une aide technico-militaire au Mali et l’assistons dans l’organisation du travail de ses services de sécurité et de l’armée dans le cadre de notre coopération interétatique. Quant aux entreprises militaires privées, nous nous sommes référés aux faits prouvant que ce phénomène n’a pas été créé en Russie mais en Occident. Nous avons fourni des exemples d’opérations menées par de telles PMC originaires des États-Unis, du Royaume-Uni et de la France. Ils sont nombreux. L’ampleur de ce que nos collègues occidentaux ont fait est très éloignée de ce que font les PMC mis en place par les citoyens russes. Nous nous sommes prononcés en faveur de l’union des efforts contre les groupes terroristes dans la région saharo-sahélienne. Ils se déchaînent là-bas depuis que l’Occident a bombardé la Libye et détruit son État. Nous essayons maintenant de restaurer son statut d’État, ce qui nécessite des efforts constants.

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Nous avons également parlé de la République centrafricaine (RCA). Nous avons une riche expérience de coopération avec la France au Conseil de sécurité de l’ONU. Nous avons récemment adopté une résolution (nous en avons discuté avec Paris en détail) qui élargit la liste des armements soumis à l’obligation de notification lorsqu’ils sont fournis à la RCA. Il est d’une importance cruciale pour le succès des efforts de lutte contre le terrorisme de ce pays africain.

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Nous avons discuté de la situation dans la péninsule balkanique  Nous avons attiré l’attention de nos collègues français sur le fait que l’Occident essaie maintenant de promouvoir des solutions absolument illégitimes en Bosnie-Herzégovine, où opère le comité directeur du Conseil de mise en œuvre de la paix, chargé de mettre en œuvre l’accord de paix de Dayton. La Russie et la France participent à ses travaux. Il s’agit par exemple de la « nomination » d’un nouveau Haut Représentant. Cela s’est produit il y a quelques mois en violation des procédures stipulées par l’Accord de paix de Dayton, qui requiert le consentement des trois nations titulaires. Cela a également violé la disposition selon laquelle cette décision doit être approuvée par les trois nations bosniaques ainsi que par le Conseil de sécurité de l’ONU. Nous avons constaté que la voie risquée choisie par nos partenaires occidentaux sape les fondements mêmes de la coexistence des Serbes, des Bosniaques et des Croates au sein d’un même État.
Nous avons constaté que sur un autre front des Balkans, à savoir au Kosovo, l’Union européenne, agissant en tant que médiateur de l’Assemblée générale des Nations unies, n’est pas en mesure de mettre en œuvre les décisions adoptées avec son aide par Belgrade et Pristina en 2013.  Je parle de l’accord visant à établir la Communauté des municipalités serbes du Kosovo. Cette question cruciale permet aux Serbes de conserver leur identité sur ce territoire. Nous voudrions féliciter et remercier l’UE pour avoir facilité cet accord il y a quelque temps. Cependant, le fait même que l’UE n’ait jusqu’à présent pas été en mesure de persuader Pristina d’honorer ses obligations en dit long.
Nous avons discuté de la situation en Afghanistan.  Nous avons exprimé des approches communes et pensons que les talibans devraient honorer toutes leurs déclarations faites après leur arrivée au pouvoir.
Nous avons évoqué le processus de paix au Haut-Karabakh dans le cadre des efforts des coprésidents du Groupe de Minsk de l’OSCE, en particulier la Russie, la France et les États-Unis.  Il y a quelques jours, Paris a accueilli une réunion des trois coprésidents et des ministres des Affaires étrangères d’Arménie et d’Azerbaïdjan. Tout le monde a soutenu l’accord du 9 novembre 2020 entre le président russe Vladimir Poutine, le président azerbaïdjanais Ilham Aliyev et le Premier ministre arménien Nikol Pashinyan. Nous avons noté des progrès dans les efforts du contingent russe de maintien de la paix pour résoudre un certain nombre de questions humanitaires. Nous avons également cartographié un certain nombre de domaines qui nécessitent des efforts supplémentaires. À court terme, les coprésidents se concentreront sur la résolution des problèmes humanitaires et la création de conditions favorables pour que les communautés arménienne et azerbaïdjanaise de la région créent un climat de confiance et abordent les problèmes quotidiens dans un esprit de compromis constructif.
Nous avons examiné le calendrier de nos prochains contacts politiques et exprimé un intérêt commun pour la poursuite du fonctionnement du format 2+2
Je voudrais noter que nos collègues français ont évoqué la crise des migrants à la frontière de la Biélorussie avec la Pologne – la Lettonie et la Lituanie.  Nous avons expliqué la situation, où il ne devrait pas y avoir deux poids deux mesures par rapport à la façon dont les migrants sont traités dans d’autres pays de l’UE, plutôt qu’à la frontière avec la Biélorussie. Les pays doivent agir de manière cohérente et respecter pleinement les principes fondamentaux du droit international humanitaire. Je ne pense pas que nous ayons convaincu nos collègues. Mais au moins nous avons des arguments qu’ils ont jugé préférable de contester : ils nous ont seulement exhortés à aider à convaincre Minsk de résoudre le problème. Mais cela ne dépend pas seulement de Minsk – de loin. C’est une situation où l’Union européenne doit faire preuve d’une approche constructive. Nous en avons parlé plus tôt dans la journée avec le président du Conseil européen Charles Michel.
Question : Qu’est-ce qui guide les Polonais et certains autres membres de l’UE, qui accusent la Russie presque d’avoir créé la crise des migrants à la frontière biélorusse-polonaise ? Comment la Russie peut-elle répondre à ces accusations, ainsi qu’aux sanctions potentielles contre Aeroflot ? Avez-vous discuté de ces accusations aujourd’hui?
Sergueï Lavrov : La Russie devrait répondre assez simplement – ​​en ignorant ce verbiage creux, ces déclarations dures et arrogantes dictées par rien d’autre que les instincts russophobes.
Il n’était pas du tout question d’Aeroflot. Tout le monde est conscient que c’est de la pure bêtise. Il n’est pas du tout difficile de comparer ces frais avec les données disponibles gratuitement sur comment, vers ou depuis où Aeroflot vole. Mais pour ce faire, il faut au moins essayer de comprendre la situation.
Nous leur avons rappelé comment l’UE a réagi à diverses crises. En juin, par exemple, lors d’un incident impliquant un avion de Ryanair, le président biélorusse Alexandre Loukachenko a suggéré de tenir des consultations d’experts dès les premières invectives accusatrices. L’UE a refusé et a introduit des sanctions contre la Biélorussie. Ce n’est qu’après cela qu’il a demandé qu’une enquête objective soit ouverte par l’Organisation de l’aviation civile internationale. L’enquête n’est pas encore terminée. Son échéance a été repoussée à deux reprises et il est peu probable qu’elle soit terminée d’ici la fin de l’année.
Aujourd’hui, j’ai dit au président du Conseil européen Charles Michel que s’ils sont soucieux de résoudre les problèmes qui se posent entre eux et la République de Biélorussie, ils devraient choisir s’ils souhaitent avoir des consultations, comme le suggère la chancelière Angela Merkel au président biélorusse Alexandre Loukachenko , ou pour montrer leur puissance et leur agressivité en imposant des sanctions illégales au pays. À mon avis, une conversation sur ces thèmes doit être honnête et ouverte. J’espère que les esprits sains de l’UE en sont conscients et entendent ces arguments. Malheureusement, cependant, il existe une minorité agressive qui dirige le spectacle dans l’UE et elle a à maintes reprises ce qu’elle veut.
Question : Avez-vous évoqué la possible reconnaissance du vaccin Spoutnik V lors de vos contacts avec la partie française aujourd’hui ?
Sergueï Lavrov : Non, nous ne l’avons pas fait. Mais nous surveillons le processus. La France fait partie des pays de l’UE qui attendent la décision de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), qui s’est allongée pour des raisons objectives et subjectives. Nos agences concernées collaborent avec l’Agence européenne des médicaments et l’OMS.
Un certain nombre de pays de l’UE, en premier lieu la Hongrie, ont décidé de reconnaître notre vaccin. Il y a un problème concret dans ce domaine. Nos diplomates en France ne peuvent exercer librement leurs fonctions. Ils sont obligés de passer des tests PCR tous les deux jours, ce que nous n’exigeons pas des diplomates français à Moscou. Ils peuvent recevoir tous les vaccins qu’ils souhaitent et accomplir sereinement leurs tâches, se déplaçant librement dans Moscou et dans d’autres villes. Je crois que nous pouvons régler ce problème.
En conclusion, je voudrais dire que nous sommes intéressés à travailler avec l’UE. Il y a des raisons bien réelles et non imaginaires à cela, comme la pandémie l’a démontré. Nous devons nous rassembler et mettre nos intérêts commerciaux de côté.  En avril dernier, le président Poutine a proposé une dérogation aux protections par brevet pour tous les vaccins pendant la lutte contre la pandémie. L’idée s’évanouit dans le bleu. Il n’y a pas eu de réaction. Il est dommage que de nombreuses parties ne pensent qu’à leur propre avantage, qu’elles essaient de garantir au détriment des autres.  Néanmoins, nous sommes prêts et résolus à rétablir des relations constructives avec l’UE, que l’UE elle-même a détruite.
Aujourd’hui, nous avons parlé du climat, de la santé, de l’économie verte et de la numérisation.  Nous avons discuté de ces questions en février, lorsque le haut représentant de l’UE pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, Josep Borrell, s’est rendu à Moscou. Je croyais que nous avions coordonné toutes les questions nécessaires pour lancer nos efforts pratiques, pas seulement des mots, mais en veillant à ce que nos professionnels puissent s’atteler à des tâches pratiques. Mais rien n’a fonctionné jusqu’à présent. J’explique cela par l’inertie de la minorité russophobe, qui impose sa politique à tous les membres de l’UE sobres et raisonnables.
Question : La déclaration de la Conférence internationale pour la Libye adoptée aujourd’hui comprend une disposition sur le retrait des mercenaires et des forces étrangères du territoire libyen. Pouvez-vous dire comment cela peut être fait, compte tenu de l’insistance de la Turquie pour que ses forces soient déployées en Libye pour des raisons légales ? Pensez-vous que les prochaines élections du 24 décembre en Libye pourraient être compromises par la position ferme de Tripoli ?

Photo de famille des dirigeants réunis à Paris autour d'Emmanuel Macron (C) pour la conférence sur la Libye, le 12 novembre 2021

Photo de famille des dirigeants réunis à Paris autour d’Emmanuel Macron (C) pour la conférence sur la Libye, le 12 novembre 2021


afp.com/Yoan VALAT

Sergueï Lavrov : Je ne vais pas spéculer sur les élections. Il est prouvé qu’un certain nombre d’hommes politiques libyens souhaiteraient ajuster les décisions adoptées il y a un an dans le cadre de la feuille de route pour un règlement pacifique, notamment le principe de constitution d’une liste de candidats. Mais je ne pense pas qu’il faille désormais se focaliser sur une date en particulier, d’autant plus qu’elle a été choisie arbitrairement, mais plutôt travailler à bien préparer les élections, de manière à ne laisser aucune place au doute sur leurs résultats. Dans ce contexte, je pense qu’il est important – nous en avons parlé aujourd’hui – que toutes les forces politiques, y compris les partisans du régime de Kadhafi, aient la possibilité de désigner leurs candidats à ces élections.
Quant au retrait des forces étrangères, etc., la décision que nous avons adoptée aujourd’hui a réaffirmé la formule énoncée dans le document final de la conférence de Berlin en juin 2021 et la formule approuvée par la Commission militaire mixte 5+5 de la Libye il y a plusieurs semaines. Le retrait doit être complet, échelonné, progressif et synchronisé à la fois pour les partisans de l’ouest et de l’est de la Libye. Il est crucial de garder l’équilibre qui s’est développé sur le terrain en Libye et a permis d’y maintenir la trêve depuis plus d’un an. S’il est violé maintenant – j’espère que cela n’arrivera pas, le risque de nouvelles hostilités augmentera. C’est notre position.

À suivre…

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