3866 – France – I/À ceux qui brandissent l’arrêt de Fessenheim comme un titre de gloire… 13 mars 2020 … II/Réacteur nucléaire « EPR » 27 mars 2020 … III – Réviser la place du nucléaire dans la France d’après… 24 juin 2020

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Joël Bultel, au nom du « Collectif d’anciens responsables du parc nucléaire français »

Joël Bultel a été Directeur de la centrale nucléaire de Flamanville de juillet 1992 à juin 1995.

le 13 mars 2020 Joël Bultel – Connaissance des Energies

Des ministres et parlementaires ont signé une tribune intitulée « La fermeture de la centrale de Fessenheim marque une étape historique », publiée le 21 février 2020 dans Le Monde(1). Joël Bultel, ancien directeur de la centrale nucléaire de Flamanville, leur répond ci-après dans une lettre ouverte au nom du « Collectif d’ingénieurs ambitieux pour le climat »(2).

Vous avez cru bon de brandir cet arrêt comme un titre de gloire. C’est pourtant un mauvais coup pour le climat, pour la sécurité d’alimentation en électricité du pays et pour les factures des consommateurs. Vous écrivez :

« Parce que nous voulons atteindre la neutralité carbone en 2050 »

Affirmation immédiatement démentie par les faits : la production de la centrale de Fessenheim n’émet pas de CO2. Elle va devoir être remplacée en petite partie par de l’électricité renouvelable éolienne et solaire intermittente et en grande partie par de l’électricité carbonée, car l’électricité intermittente est majoritairement absente dans une année.

« Vers un nouveau modèle écologique »

Quel est-il ? L’illusoire modèle allemand porté aux nues alors que son système électrique émet près de 10 fois plus de CO2 que le système français(3) ? Avec des consommateurs particuliers qui paient leur électricité environ 75% plus cher que leurs homologues français(4) ? C’est un anti-modèle absolu et ruineux à plus de 500 milliards d’euros.

« Parce qu’on ne peut dépendre à l’excès d’une seule technologie »

L’argument vaudrait si une autre technologie décarbonée apportait les mêmes services et avantages. Ce n’est pas le cas : on veut ici remplacer une technologie qui produit quand on en a besoin, par d’autres qui produisent de façon intermittente au gré des conditions météorologiques. Résultat : la sécurité ne sera pas améliorée mais dégradée.

« Parce qu’avec une mise en service en 1977, les réacteurs de Fessenheim sont les plus anciens encore en activité et parce que le positionnement de la centrale en zone inondable et sismique conduit encore davantage à vouloir limiter les risques »

De quel droit jugez-vous les risques sismiques et d’inondation ? Vous n’en avez pas les compétences. Et vous vous permettez de contredire l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN), autorité indépendante qui assure cette responsabilité au nom de l’État depuis la loi TSN de 2006(5) et dont ni les compétences, ni la grande rigueur ne souffrent le moindre doute. Or, elle a toujours considéré que la centrale de Fessenheim était sûre, sinon elle l’aurait arrêtée, elle en a le pouvoir absolu de par la loi.

« La mise à l’arrêt de la centrale de Fessenheim incarne l’écologie de responsabilité que nous portons » et « Tenir nos promesses »

Où est « l’écologie de responsabilité », expression vide de sens quand elle est l’exact contraire de l’écologie, la scientifique et non la médiatisée ? Et où est la « responsabilité » dans la « tenue d’une promesse » qui se révèle néfaste pour le climat ? L’honneur d’un Président de la République, face à l’urgence climatique qu’il claironne dans les grandes assemblées internationales, eut été d’avoir le courage de revenir sur cet absurde engagement de campagne.

Enfin, votre communiqué oublie très opportunément un sujet gênant… l’indemnisation de l’exploitant de Fessenheim.

La France étant un État de droit, la fermeture d’une installation en parfait état de marche pour des raisons purement politiques, donne lieu à indemnisation comme le Conseil constitutionnel l’a clairement confirmé. Or, cette indemnisation va coûter très cher au contribuable : près d’un demi-milliard d’euros à brève échéance et plusieurs milliards cumulés (entre 4 et 7 pour un prix moyen de marché de l’électricité compris entre 40 et 50 €/MWh) pendant les 20 ans à venir pour compenser le préjudice.

Mais personne n’a expliqué aux Français qu’on arrêtait une installation en parfait état de marche qui leur appartient à 84% et aurait pu continuer à produire 20 ans de plus une électricité très bon marché. Et on va maintenant leur demander de mettre la main à la poche pour payer… cet arrêt. On atteint là un summum de gabegie irresponsable dont la Cour des comptes vient à juste titre de s’émouvoir(6). Tout cela pour raison… « d’achat de votes » sur fonds publics ! Un tel acte réalisé sur fonds privés aurait conduit son auteur devant la justice.

Se glorifier de l’arrêt de la centrale de Fessenheim comme vous le faites d’un tableau de chasse est donc non seulement infiniment choquant car fondamentalement contraire à l’intérêt supérieur du climat et du pays, mais c’est prendre les Français pour des imbéciles. Le bien commun est ignoré et sacrifié.

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Outre Joël Bultel, figurent entre autres parmi les signataires de cette lettre ouverte :

  • Pierre Carlier, ancien directeur du Parc nucléaire français ;
  • Alain Desgranges, ancien directeur de la centrale du Blayais 3/4 ;
  • Jean Fluchère, ancien directeur de la centrale du Bugey ;
  • Claude Jeandron, ancien directeur de l’environnement d’EDF ;
  • Alain Marcadé, ancien directeur technique de la centrale de St-Alban ;
  • Dominique Point, ancien directeur de l’Inspection Nucléaire ;
  • Georges Sapy, ancien responsable de projets nucléaires à l’export en Asie ;
  • Annick Waller, ancienne responsable de la communication de Fessenheim.

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Sources / Notes

  1. « La fermeture de la centrale de Fessenheim marque une étape historique », Le Monde, 21 février 2020.
  2. Le « Collectif d’ingénieurs ambitieux pour le climat » rassemble plus de 500 ingénieurs et cadres ayant travaillé une bonne partie de leur carrière dans le secteur de l’énergie. Ils sont engagés dans la lutte contre les changements climatiques et font la promotion des énergies décarbonées pilotables comme l’hydraulique et le nucléaire.
  3. Greenhouse gas emissions by economic activity, 2018, Eurostat.
  4. Electricity prices, first semester of 2017-2019, Eurostat.
  5. Loi n° 2006-686 du 13 juin 2006 relative à la transparence et à la sécurité en matière nucléaire.
  6. L’arrêt et le démantèlement des installations nucléaires, rapport de la Cour des comptes, février 2020.

source/https://www.connaissancedesenergies.org/tribune-actualite-energies/ceux-qui-brandissent-larret-de-fessenheim-comme-un-titre-de-gloire

Vue des 4 aéroréfrigérants de la centrale de Cattenom (Moselle)

Chantier de l'EPR de FlamanvilleChantier de l’EPR de Flamanville, devant les réacteurs de 2e génération en service. (©EDF-Alexis Morin)

 – Connaissance des Energies – Fiche Pédagogique – 27 mars 2020 

À RETENIR
  • L’EPR est un réacteur à eau pressurisée de 3e génération dont la puissance nette atteint près de 1 660 MW.
  • Ce réacteur a un meilleur rendement que les réacteurs actuels et dispose de systèmes redondants de sûreté ainsi que d’une épaisse enveloppe de confinement en béton.
  • L’EPR devrait être capable d’utiliser 100% de combustible MOX pour produire de l’électricité.
  • A l’heure actuelle, 2 EPR sont en service en Chine (Taishan) et 4 autres sont en construction en France (Flamanville 3), en Finlande (Olkiluoto 3) et au Royaume-Uni (Hinkley Point C).
 Plan Fiche
    1. Définition et catégories
    2. Rappels sur la fission nucléaire
    3. La production d’électricité dans un réacteur nucléaire
    4. Les caractéristiques de l’EPR
    5. Enjeux par rapport à l’énergie -Enjeux économiques
    6. Enjeux de sûreté
    7. Le récupérateur de corium de l’EPR (©Connaissance des Énergies, d’après CEA)
    8. EDF
    9. Les entreprises concurrentes
    10. L’importance des certifications
    11. Les réacteurs en service et en construction
    12. Autres marchés potentiels
    13. Concrètement

1 Définition et catégories

L’EPR (« European Pressurized Reactor », devenu « Evolutionary Power Reactor ») est un système de production d’électricité de forte puissance (de l’ordre de 1 660 MW de puissance nette) utilisant la fission nucléaire et de l’eau sous pression comme caloporteur, dans un ensemble à très forte sûreté. EPR désigne plus largement le système global intégrant notamment l’enveloppe protectrice en béton, les systèmes de sécurité, le groupe turbo-alternateur qui assure la production d’électricité ou bien encore des constructions de génie civil.

Le CEA classe l’EPR comme un réacteur de 3e génération. Il est présenté comme un réacteur évolutionnaire de génération 3+ par son constructeur, l’industriel français Framatome (anciennement Areva). L’EPR fonctionne selon les mêmes principes généraux que ses prédécesseurs, les réacteurs à eau sous pression (REP) de deuxième génération aujourd’hui en fonctionnement, utilisant des neutrons lents ralentis par de l’eau.

L’EPR est une version modernisée des REP, utilisant des techniques plus efficaces et plus sûres. Cette 3e génération de réacteurs est censée préparer la rupture technologique que devraient représenter les réacteurs à neutrons rapides ou « surgénérateurs » de 4e génération.

Il existe à l’heure actuelle 2 réacteurs EPR en service en Chine (à Taishan) et 4 autres en construction dans le monde : 1 en France (à Flamanville), 1 en Finlande (à Olkiluoto) et 2 au Royaume-Uni (à Hinkley Point).

Fonctionnement

2 Rappels sur la fission nucléaire

La fission nucléaire est le phénomène par lequel le noyau d’un atome lourd instable (uranium, plutonium) se désintègre en plusieurs noyaux plus légers en éjectant un neutron avec un dégagement d’énergie très important. Les neutrons émis désintègrent à leur tour d’autres noyaux dans une « réaction en chaîne ». Elle est contrôlée et maîtrisée pour rester à un niveau souhaité et dans les limites nécessaires pour garantir la sécurité.

3 La production d’électricité dans un réacteur nucléaire

On exploite aujourd’hui au cœur du réacteur la fission d’un isotope instable de l’uranium (uranium 235). Des réactions en chaîne se produisent : un atome d’U235 perd spontanément un neutron qui, après un ralentissement dit « modération », va percuter un autre atome d’U235. Selon le même processus, cet atome va lui même perdre un neutron qui va percuter un autre atome d’U235 et ainsi de suite.

Dans les réacteurs à eau légère, la réaction en chaîne est modérée et la chaleur évacuée par de l’eau sous pression (PWR ou REP) ou bouillante (BWR). Cette chaleur est utilisée pour produire de la vapeur et entraîner une turbine couplée à un alternateur générant de l’électricité. Les réacteurs à eau sous pression produisent plus de la moitié de l’électricité nucléaire dans le monde (299 REP sur les 442 réacteurs « opérationnels » du parc nucléaire mondial en mars 2020 selon l’AIEA)(1).

4 Les caractéristiques de l’EPR

  • Le réacteur affiche une puissance électrique nette de 1 570 MW dans le cas de l’EPR de Flamanville 3 selon Framatome(2). Le rendement thermique annoncé est de 37% contre 33% pour les réacteurs de la génération précédente(3). Ce gain s’explique par une augmentation de la pression du circuit secondaire (78 bar au lieu de 65 environ) et donc de sa température.
  • 4 systèmes redondants contrôlent la sûreté du système et notamment du réacteur. Un seul suffit à empêcher des dérives potentiellement dommageables. Les probabilités d’accident grave ont ainsi été réduites d’un facteur dix par rapport au dernier modèle (palier N4) des réacteurs construits en France, déjà considéré comme très sécurisé.
  • Une double enceinte protectrice de béton de 2,6 mètres d’épaisseur protège le réacteur et confine toute la matière nucléaire à l’intérieur. Cette protection conçue pour résister à des accidents internes protège aussi le réacteur de toutes les atteintes extérieures, telles que des chutes d’avions (les études sont toutefois classées secret défense sur ce point). Cette protection physique est complétée par la dispersion géographique des bâtiments sensibles. Enfin, le réacteur est fixé sur une très épaisse plaque de béton qui évite, en cas de fonte du cœur, la fuite de matière nucléaire dans les sols et joue aussi un rôle de protection contre les séismes.
  • La durée de vie prévue pour l’EPR est de 60 ans pour les éléments non remplaçables, contre 40 ans initialement pour les réacteurs actuels.
  • L’EPR devrait être capable d’utiliser 100% de combustible MOX recyclé pour produire de l’électricité. Le combustible MOX (Mélange d’Oxydes) est un combustible nucléaire fabriqué avec du plutonium 239, créé par capture neutronique de l’uranium 238 au sein des réacteurs puis isolé lors du retraitement des combustibles irradiés. L’oxyde de ce plutonium est mélangé avec celui de l’uranium appauvri issu de l’étape d’enrichissement du combustible.
  • La configuration modulaire de l’EPR permet le remplacement rapide d’un composant tout en exposant peu le personnel aux radiations, y compris lorsque le réacteur est en service.

5 Enjeux par rapport à l’énergie -Enjeux économiques

L’EPR a été conçu pour accroître la compétitivité de l’électricité nucléaire et remplacer les réacteurs de 2e génération vieillissants. La durée de vie attendue de l’EPR est longue (60 ans) et sa conception est fondée sur des technologies éprouvées et d’ores et déjà disponibles.

En France, le chantier de l’EPR de Flamanville (dont EDF est maître d’œuvre) rencontre toutefois de grandes difficultés : il devait être mis en service en 2012 selon le calendrier initial mais a depuis fait l’objet de nombreux retards. Le coût de construction du projet est passé de 3 à 12,4 milliards d’euros (selon la dernière estimation datant d’octobre 2019(4)). L’EPR finlandais n’a lui toujours pas été démarré en mars 2020 après plusieurs reports de la date de livraison (initialement prévue en 2009).

6 Enjeux de sûreté

La sûreté a été une variable importante dans la conception du réacteur. Les 4 systèmes de sécurité redondants et l’épaisse enveloppe de confinement en béton doivent réduire considérablement le risque d’accident nucléaire grave, qu’il soit accidentel ou intentionnel.

Ainsi, si un accident de fusion du cœur se produisait, un « récupérateur de corium » recueillerait la partie du cœur fondu qui aurait traversé la cuve, protégeant ainsi le sol de toute contamination.

Le récupérateur de corium de l'EPR (©Connaissance des Énergies, d'après CEA)

7 Le récupérateur de corium de l’EPR (©Connaissance des Énergies, d’après CEA)

Le scénario terroriste de crash d’un avion de ligne a été pris en compte par Areva durant le développement de l’EPR.

Acteurs majeurs

Framatome (anciennement Areva)

La division Areva NP (Nuclear Power) a conçu l’EPR.

8 EDF

Électricité de France (EDF) est la principale entreprise de production et de fourniture d’électricité dans le monde et a fortiori en France. Elle exploite l’intégralité des réacteurs nucléaires français. EDF est également en charge de la maîtrise d’œuvre de la construction de l’EPR de Flamanville.

9 Les entreprises concurrentes

Les concurrents sont en train d’élaborer des versions avancées de leurs réacteurs répondant aux mêmes exigences de sûreté et de taille. Les puissances atteignent de 1 200 à 1 700 MW tandis que la probabilité d’un accident grave a été réduite à moins d’une chance sur dix millions par an.

Par exemple, le VVER 1200 de Rosatom et l’ABWR de General Electric ne diffèrent de leurs prédécesseurs que par leur dimensionnement. Des nouveaux réacteurs sont développés avec une simplification du refroidissement en cas d’accident. Cette nouvelle conception, dite « à sûreté passive », consiste à utiliser la gravité pour le refroidissement, en plaçant des piscines géantes au-dessus du réacteur. Ce faisant, le nombre des circuits de sûreté peut être diminué quasiment de moitié tout en atteignant les niveaux de sûreté requis.

De son côté, la Chine s’équipe en centrales de 1 000 MW de deuxième génération sur le modèle français et entend les vendre à l’étranger. Parallèlement, elle s’équipe aussi avec des réacteurs de 3e génération sinisés.

Enfin les Coréens et les Japonais sont très actifs pour proposer des modèles en association avec des constructeurs américains dans des gammes de puissance variées et avec de hauts standards de sûreté.

10 L’importance des certifications

Le temps nécessaire à un constructeur pour obtenir la certification des autorités de sûreté nucléaire nationales est déterminant. Celle délivrée par la NRC (États-Unis) est particulièrement importante car elle ouvre non seulement les portes du marché américain mais est aussi reconnue par plusieurs pays comme la Chine ou l’Inde.

Chiffres clés

Par kWh produit, l’EPR consomme de 7 à 15% d’uranium en moins que les réacteurs de seconde génération. De plus il peut employer du combustible MOX recyclé à hauteur de 100%. Ceci engendre une réduction d’approximativement 10% de la quantité de déchets à vie longue (éléments radioactifs à vie longue) produite par kWh(3).

Zone de présence ou d’application

 11 Les réacteurs en service et en construction

La Chine dispose des deux seuls EPR en service (depuis décembre 2018 pour la première tranche et septembre 2019 pour la seconde) dans le monde au sein de la centrale de Taishan (exploitant : CGNPC).

IL existe 3 autres chantiers :

  • à Olkiluoto en Finlande, depuis fin 2005 (futur exploitant : TVO) ;
  • à Flamanville en France, depuis mi-2007 (futur exploitant : EDF) ;
  • à Hinkley Point C au Royaume-Uni (2 EPR), depuis fin 2018 (futur exploitant : EDF Energy, filiale de l’électricien français).

12 Autres marchés potentiels

Les États-Unis et l’Inde sont entre autres d’autres marchés potentiels intéressants pour les réacteurs de 3e génération. Certains pays émergents envisagent aussi d’en acquérir.

Présent et futur

Le renouvellement des centrales nucléaires installées dans les années 1980 pourrait laisser place aux réacteurs de troisième génération puis progressivement aux réacteurs de quatrième génération plus performants et actuellement en cours d’étude. Les réacteurs de nouvelles génération dont l’EPR pourraient aussi profiter de l’ouverture de nouveaux marchés.

En mars 2020, un décret repousse le délai maximal de mise en service de l’EPR de Flamanville jusqu’en 2024. EDF vise désormais un chargement du combustible nucléaire à fin 2022.

13 Concrètement

La puissance d’un réacteur EPR (de l’ordre de 1 660 MW de puissance nette) est supérieure à celle des réacteurs de deuxième génération, dont la puissance unitaire est comprise entre 880 MWe et 1 500 MWe en France.

 

dernière modification le 27 mars 2020
Sources / Notes

  1. Base de données PRIS de l’AIEA.
  2. Grands projets : Flamanville 3, Framatome.
  3. Ibid.
  4. Communiqué d’EDF du 9 octobre 2019.

SOURCE/https://www.connaissancedesenergies.org/fiche-pedagogique/epr

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Centrale nucléaire de Fessenheim

Joël Bultel, au nom du « Collectif d’anciens responsables du parc nucléaire français »

 

 

 

Joël Bultel a été Directeur de la centrale nucléaire de Flamanville de juillet 1992 à juin 1995.

 

 

Dans le contexte de l’épidémie de Covid-19, des grandes décisions précédemment prises par le pouvoir politique ont été remises en cause au plus haut niveau de l’État. Des urgences sociales, sanitaires, économiques ont entre autres été mises en lumière à cette occasion. Le chef de l’État a affirmé le 14 juin s’atteler à « la reconstruction d’une économie forte, écologique, souveraine et solidaire »(1).

Mais en matière d’énergie, le gouvernement annonce vouloir poursuivre la transition énergétique sans y réviser la place accordée à l’énergie nucléaire… Le premier réacteur de la centrale de Fessenheim a été arrêté définitivement le 22 février 2020 et le second le sera le 30 juin. Par ailleurs, la Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) 2019-2028 a confirmé la réduction de la part du nucléaire à 50% du mix électrique de notre pays à l’horizon 2035 et la fermeture anticipée d’ici là de 12 réacteurs (hors Fessenheim), avec des conséquences dommageables pour les bassins d’emplois et l’économie des régions concernées.

Pourtant l’énergie nucléaire devrait avoir toute sa place dans la relance souhaitée aujourd’hui par le Président de la République et justifier ainsi une révision de la loi de transition énergétique pour la croissance verte (LTECV)(2) en cohérence avec les objectifs de la Stratégie nationale bas carbone (SNBC)…

Économie forte…

Alors que la France doit faire face à une grave crise économique, peut-on croire qu’elle soit assez riche pour gaspiller une dizaine de milliards d’euros(3) en arrêtant la centrale de Fessenheim, très rentable et, dans le même temps, continuer de subventionner à hauteur de plus de 5 milliards d’euros chaque année (chiffre en croissance permanente) des éoliennes qui rencontrent une hostilité croissante de la population concernée par des projets d’implantation, mais aussi par des panneaux solaires qui sont importés en grande majorité ? Qui plus est, ces installations lourdement subventionnées (au profit de promoteurs qui n’ont pas eu à souffrir de la crise) ne servent quasiment plus à réduire nos émissions de gaz à effet de serre(4).

Économie écologique…

Les orientations de la PPE sont contraires aux objectifs de la SNBC puisqu’elles réduisent le nombre de centrales nucléaire qui ne rejettent que 6 g de CO2 par kWh, soit en moyenne environ 8 fois moins que le solaire et 2 fois moins que l’éolien selon l’Ademe (analyse de cycle de vie)(5). Alors que l’Allemagne a encore démarré une grande centrale au charbon en mai 2020(6) et que la France diffère l’arrêt des siennes, la priorité donnée à la réduction des émissions de gaz à effet de serre et au respect des engagements de l’accord de Paris pour le climat n’est-elle qu’un rideau de fumée ?

Économie souveraine…

La fermeture de la centrale de Fessenheim, qui générait jusqu’ici de l’ordre de 2% de la production électrique annuelle de la France (en 2019, la centrale de Fessenheim a produit près de 12,3 TWh, soit plus du tiers de l’ensemble de la production éolienne en France métropolitaine(7)) – aujourd’hui rayée d’un trait de plume alors qu’elle aurait pu continuer à fonctionner de nombreuses années – est en contradiction avec les recommandations de l’Autorité de sûreté nucléaire qui appelle à accroître les marges de production.

Alors que le nucléaire a donné l’exemple ces derniers mois de sa capacité à répondre aux besoins d’un réseau électrique malmené par les variations des éoliennes(8), que penser des propos d’Élisabeth Borne qui s’inquiète à juste raison d’un passage problématique du prochain hiver alors qu’elle contribue à la réduction du parc nucléaire ? Ce qui n’empêchera pas d’attribuer à cette filière industrielle la responsabilité d’une éventuelle pénurie de production d‘électricité.

Économie solidaire…

Les orientations actuelles sur le nucléaire conduisent à la mort lente du 3e secteur industriel français, fort de 225 000 emplois. Alors que la crise actuelle serait la cause de plus de 500 000 suppressions d’emplois et autant de chômeurs(9), faut-il que l’État en rajoute, en supprimant par exemple à Fessenheim près de 2 000 emplois directs et 3 000 emplois indirects dans une région déjà durement touchée(10) ? Il y a bien d’autres urgences, dont la reconstruction de notre système de santé et la ré-industrialisation du pays.

Au-delà des clivages politiques traditionnels et des considérations partisanes, le pays a besoin d’entendre un langage de raison sur un dossier essentiel pour son avenir. Toute approche idéologique étant inadaptée aux enjeux du « Monde d’après ».

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Sources / Notes

Outre Joël Bultel, figurent entre autres parmi les signataires de cette tribune :

  • Pierre Carlier, ancien directeur du Parc nucléaire français
  • Alain Desgranges, ancien directeur de la centrale du Blayais 3/4  
  • Jean Fluchère, ancien directeur de la centrale du Bugey
  • Claude Jeandron, ancien directeur de l’environnement d’EDF
  • Alain Marcadé, ancien directeur technique de la centrale de St-Alban
  • Dominique Point, ancien directeur de l’Inspection Nucléaire
  • Georges Sapy, ancien responsable de projets nucléaires à l’export en Asie
  • Philippe Sasseigne, ancien directeur du Parc nucléaire français

Le « Collectif d’anciens responsables du parc nucléaire français » rassemble plus de 500 ingénieurs et cadres ayant travaillé une bonne partie de leur carrière dans le secteur de l’énergie. Ils sont engagés dans la lutte contre les changements climatiques et font la promotion des atouts des énergies décarbonées pilotables comme l’hydraulique ou le nucléaire.

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  1. Adresse aux Français, Élysée, 14 juin 2020.
  2. Loi n°2015-992 du 17 août 2015 relative à la transition énergétique pour la croissance verte.
  3. Somme de l’indemnisation immédiate d’EDF par l’État (500 M€) et du manque à gagner cumulé de 2020 à 2041.
  4. Les subventions aux énergies renouvelables sont régulièrement évaluées par la CRE. Le contenu en CO2 de notre mix électrique est disponible en temps réel sur https://www.electricitymap.org/map
  5. Bilan GES de l’Ademe.
  6. La centrale de Datteln 4 a été mise en service commercial le mois dernier et émettra en moyenne 9 millions de tonnes de CO2 chaque année.
  7. La production éolienne en France métropolitaine a atteint 34,1 TWh en 2019.
  8. Avril 2020 : l’électricité confinée, blog de Sylvestre Huet, 10 juin 2020.
  9. Emploi salarié – premier trimestre 2020, Insee.
  10. Sans compter les 50 millions d’euros de taxes locales que la centrale versait chaque année.

SOURCE/https://www.connaissancedesenergies.org/tribune-actualite-energies/reviser-la-place-du-nucleaire-dans-la-france-dapres?fbclid=IwAR14N1Mc2MSqUumDvKVk-k_Gk8NBMo7mMG79lJ-CiF1yAt5FP3ImVAUgvbA

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