3858 – Jean-Pierre Chevènement – 1/Entretien à L’Obs > « Mon conseil à la gauche ? Fermer la parenthèse libérale »… 2/ »Il faut républicaniser le regard » 15 juin 2020.

1/Entretien de Jean-Pierre Chevènement à L’Obs, propos recueillis par Alexandre Le Drollec et Caroline Michel-Aguirre, mardi 16 juin 2020.

 

https://focus.nouvelobs.com/2020/06/15/754/0/3310/1655/633/306/75/0/462b887_A__-3hTo8nl2kIIKaMSW2eNW.jpg L’ancien ministre de l’Intérieur, à Paris en juin. (BRUNO COUTIER POUR L’OBS

  • L’Obs : La mort de George Floyd aux États-Unis a fait resurgir en France le thème des violences policières à l’égard des minorités. En tant qu’ancien ministre de l’Intérieur (1997-2000), diriez-vous que le racisme est un mal de la police ?

    Jean-Pierre Chevènement : Je ne parlerais pas de « violences policières », mais de violences commises par des policiers. Qu’il y ait parmi eux des racistes est probable, car il y a partout des « brebis galeuses ». Mais la police nationale est une institution républicaine. Elle est soumise à une déontologie stricte. De tous les corps de fonctionnaires, c’est le corps le plus sanctionné. C’est pourquoi je ne laisserai jamais dire que la police, en tant qu’institution, est « raciste ». Elle est affrontée à une violence croissante qui n’est pas, hélas, le monopole de telle ou telle catégorie ethnique.

    Le meurtre de George Floyd à Minneapolis s’inscrit dans une tradition de violence qui remonte à l’esclavage. Mais ne jetons pas du petit bois dans le feu ! Nos compatriotes noirs ne sont pas les descendants des esclaves. Ils ont choisi volontairement la citoyenneté française.

    Ne transposons pas en France le modèle communautariste américain. Le modèle républicain français s’aveugle volontairement sur la couleur de la peau comme sur la religion : c’est ce qu’on appelle la laïcité. Il nous faut donc défendre les valeurs républicaines contre les semeurs de haine qui, en organisant, par exemple, des réunions de « racisés » (fermées aux blancs), réintroduisent la race dans l’espace commun d’où la République l’avait chassée. Il faut combattre le racisme partout, oui, mais selon les règles de la République civique. Ne laissons pas les manipulateurs nous préparer des lendemains de guerre civile.


  • Pour réconcilier les jeunes et la police, vous prôniez il y a vingt ans d’accroître la part des policiers issus de l’immigration et aviez mis sur pied la police de proximité… Est-ce que vous préconiseriez toujours la même chose ?

    Oui, il y a aujourd’hui une composante maghrébine dans la police qui n’existait pas il y a vingt ans, sans qu’on ait eu besoin d’instaurer des quotas. Il a suffi d’utiliser les concours républicains. Quant à la police de proximité, plus encore qu’un mode d’organisation, c’était une doctrine, visant à rapprocher la police et la population. Il est grand dommage que Nicolas Sarkozy l’ait supprimée en 2003. Il en a récolté les fruits amers dès 2005, avec les violences urbaines. Certes, la police de proximité demande des effectifs mais l’objectif est accessible, si on le réserve aux quartiers les plus difficiles. L’essentiel est ailleurs : il est dans le combat républicain de tous les jours, la tâche la plus difficile et la plus noble.

  • D’Emmanuel Macron à Gérald Darmanin en passant par Jean-Michel Blanquer, une partie de classe politique revendique votre héritage. Comment définiriez-vous le chevènementisme ?

    Par l’idée qu’au-dessus de la droite et de la gauche il y a la République dans toute son exigence, et par conséquent la France. La nation est une réalité puissante qu’on saurait faire disparaître d’un claquement de doigts. Sans les nations, il est impossible de bâtir une Europe réellement démocratique et par conséquent indépendante. Avoir confondu l’Europe avec le néolibéralisme a été une grave erreur. Sous prétexte d’approvisionnement à bas coût, nous avons transféré la moitié de notre industrie à l’autre bout du monde. On l’a vu en matière sanitaire, mais c’est vrai en presque tous domaines. C’est pourquoi je dis que si Emmanuel Macron veut effectivement reconquérir notre indépendance agricole, sanitaire, industrielle et technologique et s’il en prend les moyens, il faut le soutenir, car la situation du pays est gravissime. Nous sommes menacés d’un déclassement irréversible.

  • Vous êtes l’une des personnalités de gauche les plus consultées par le Président de la République qui va dévoiler ses propositions aux Français ce dimanche. Quels conseils lui prodiguez-vous ?

    Je ressens la solitude du Président de la République devant l’immense tâche qui est la sienne. Grâce au chômage partiel et aux prêts garantis par l’État, le tissu économique du pays a tenu. Mais cela ne peut pas durer toujours. Il faut impérativement remettre la France au travail. Le Président de la République a été élu par une majorité de Français. Il est notre Président légitime. La Constitution fait de lui le garant du long terme. Je garde donc pour moi mes avis quand le Président de la République me fait l’honneur de les solliciter.

    Cependant, mon message, constant, ne vous surprendra pas : le pays attend qu’il lui fixe un nouveau cap. La reconquête de l’indépendance française et la construction d’une « Europe européenne » constituent une tâche propre à mobiliser les Français. Elle va de pair avec le relèvement de l’idée républicaine. Sans le carburant du patriotisme républicain, on ne remettra pas la France en marche. Naturellement, c’est une affaire de longue haleine. Mais nous sommes entrés dans un nouveau cycle où la politique reprend ses droits. La France ne doit donc pas manquer d’ambition. Le Président de la République nous a promis de « se réinventer ». Il faut lui donner cette chance qui est aussi celle de la France.

  • Vous plaidez auprès du chef de l’État pour la création d’un vaste ministère de l’Industrie…

    C’est l’acte politique le plus significatif qu’Emmanuel Macron pourrait accomplir en matière de politique industrielle. Je ne peux que déplorer l’impotence d’un État trop souvent aux abonnés absents et sans réelle autorité. Or, il faut lui redonner sa performance. Nous avons besoin de serviteurs de l’État capables d’impulser une politique industrielle à long terme. Il faut relocaliser, reconquérir notre indépendance. Planifier n’est pas un gros mot. Je plaide donc aussi pour la résurrection du Commissariat général au Plan. Nos élites ont abandonné l’industrie au profit des services. On voit aujourd’hui le résultat… On me fera valoir que cela prend du temps… Mais il faut toujours commencer. Au prétexte d’aller vite, on ne fait souvent rien de solide, faute d’avoir inscrit son dessein dans le long terme.

  • La crise du coronavirus marque donc bien, selon vous, la fin de la « mondialisation heureuse » ?

    Cette mondialisation n’a pas été heureuse pour tout le monde. Elle ne l’a été que pour ceux qui bénéficiaient de ce qu’Alain Minc appelait « le capitalisme patrimonial ». Plus de barrières d’aucune sorte et tout pour l’actionnaire ! Et tant pis pour les salariés victimes des délocalisations industrielles !

    Cette idéologie à laquelle s’est ralliée une partie de la gauche européenne au début des années 2000 – la « Troisième voie » de Tony Blair, le « Neue Mitte » de Gerard Schröder, le social-libéralisme en France – a fait disparaître toute autre considération : justice, équilibre social, bien-être culturel, préservation de l’identité de chaque peuple. Et, pour la France en particulier, son identité républicaine. Nous entrons aujourd’hui dans une nouvelle période de l’histoire économique du monde. Une nouvelle guerre froide entre les États-Unis et la Chine s’annonce. Dans ce nouveau contexte, la France, mais aussi l’Europe, devront reconquérir leur indépendance. Si Emmanuel Macron prend les moyens de cette reconquête, un civisme élémentaire commande de le soutenir.

  • Ce même Emmanuel Macron qui pourtant, lorsqu’il était ministre de l’Économie, s’était montré indiscutablement schumpétérien, estimant que le cours de l’Histoire était de laisser mourir les vieilles industries. En témoigne sa gestion du dossier Alstom en 2015…

    Vendre à General Electric nos turbines nucléaires n’a rien de schumpetérien sauf à considérer que le nucléaire fait partie des « vielles industries », ce qui serait une colossale erreur, profondément antiscientifique de surcroît. Emmanuel Macron a voulu à juste titre relever l’attractivité de la France mais il n’a certainement pas vu venir la fin de la mondialisation libérale. Il faut lui donner la chance d’ouvrir une nouvelle période.

  • Reconstruire avec les mêmes hommes vous semble-t-il possible ?

    Vous touchez là à un point très sensible : nos élites se sont détournées de la France. Elles ont cru à la mondialisation libérale. Il faut les renationaliser. Car tout pays a besoin de ses élites, ou au moins d’une partie. Et je ne vois que le Président de la République qui puisse opérer cette « renationalisation ».

    Si Emmanuel Macron projette d’inscrire son action dans un nouveau cycle, sans doute faut-il qu’il s’entoure d’hommes qui croient en ce projet. Dans cette hypothèse, il devra faire appel à des personnalités ayant mentalement rompu avec la doxa libérale. C’est dans le combat que peuvent se forger les combattants sans lesquels aucune grande entreprise n’a jamais pu être menée à bien.

  • Pourquoi défendez-vous l’idée d’un gouvernement « de salut public » ?

    Une équipe gouvernementale soudée, compétente et mobilisée autour d’un projet central, reconquérir une indépendance française, est nécessaire pour transcender des clivages obsolètes et aller à l’essentiel : le redressement et le salut de la République. Pour y parvenir, il faut créer dans le pays un bloc républicain : une alliance de classes qui morde à la fois sur l’électorat populaire et sur les élites, cimentée par le patriotisme et remettant à l’honneur le civisme, le sens du service public et la solidarité. Opposer un bloc élitaire à un bloc populaire est la recette de l’échec. Ce serait faire le lit de l’extrême droite et paver le chemin de la guerre civile.

  • Fin mai, Angela Merkel et Emmanuel Macron proposaient un plan de relance européen de 500 milliards d’euros. Saluez-vous cette initiative du couple franco-allemand ?

    Évidemment. Si ce plan est adopté par les 27, ce sera un premier pas vers un budget européen mutualisé. Mais je ne suis pas naïf : cette concession de Madame Merkel masque le véritable problème qui est celui de la poursuite par la BCE d’une politique monétaire accommodante. Cette politique initiée en 2015 par Monsieur Draghi a permis la survie de la zone euro. Il faut continuer cette politique monétaire accommodante, à l’image de celles que mènent les Banques centrales anglo-saxonnes. La Cour Constitutionnelle de Karlsruhe s’y oppose au nom de la préservation du bas de laine allemand. Mais c’est un calcul à courte vue, car l’industrie allemande réalise 40% de ses exportations sur la zone euro. Aidons l’Allemagne à ne pas se tirer une balle dans le pied !

  • De nombreux observateurs ont vu dans cette crise du COVID-19 la preuve que notre système – basé sur l’idée de croissance, de progrès, de productivité – était à bout de souffle. Et vous ?

    Pensez-vous sérieusement que nous puissions résoudre les immenses problèmes d’une planète de 9 milliards d’hommes sans un développement des forces productives ? Sonner l’heure de la décroissance serait une erreur magistrale !

    Ceux qui voient, après Nicolas Hulot, dans la crise du coronavirus « un ultimatum de la Nature » commettent une profonde erreur : ils imputent à l’Homme un virus qui procède de la chauve-souris. D’où une vague de préconisations absurdes : décroissance, écologie punitive, recommandations malthusiennes, technophobie galopante. Là est le danger : tomber dans le piège de la facilité serait l’assurance du déclin.

  • Retrouver l’esprit du service public, lutter contre les inégalités sociales, solidarité… Cette crise, qui met en lumière des thèmes traditionnellement préemptées par la gauche, ouvre-t-elle une espace politique à votre famille politique ?

    Cela dépendra d’elle ! La gauche doit être capable de faire son autocritique, en particulier sur son ralliement au néolibéralisme. Dans son arsenal idéologique, elle doit puiser les éléments qui rendront possible sa reconstruction. Est-elle capable de fermer la « parenthèse libérale » ? Ce sera d’autant plus difficile qu’elle est divisée entre sa frange sociale-libérale et sa frange radicale. Je me dois d’être sincère, je ne vois pas aujourd’hui surgir de ses rangs l’homme ou la femme qui réconcilierait l’ambition d’une société meilleure et une vraie culture de gouvernement, en particulier dans les domaines régaliens. Aujourd’hui ça n’existe pas. C’est pourquoi je donnerais un conseil à mes amis : se caler sur l’intérêt de la France et explorer la voie difficile du salut public.

  • Depuis 2017, vous faîtes preuve de bienveillance à l’égard du chef de l’État. Le soutiendrez-vous en 2022 ?

    Emmanuel Macron a hérité d’une société fracturée par trois décennies de néolibéralisme. Il a l’intelligence de pouvoir le comprendre. Aura-t-il l’art politique et le courage d’opérer une « nouvelle donne » ? Il faut aller aussi loin que possible dans la voie de la codétermination pour créer un lien organique entre les entreprises les salariés et les territoires. Comme citoyen, je jugerai Emmanuel Macron sur ses actes. Nous sommes en 2020. C’est maintenant que les grandes orientations vont se prendre. La campagne des élections présidentielles de 2022 n’est pas encore ouverte.

    Source : L’Obs


SOURCE/https://www.chevenement.fr/Entretien-a-L-Obs-Mon-conseil-a-la-gauche-Fermer-la-parenthese-liberale_a2104.html


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2/ »Il faut républicaniser le regard » 15 juin 2020.

Jean-Pierre Chevènement était l’invité de l’Instant politique sur France Info TV. Il répondait aux questions de Daïc Audouit, le lundi 15 juin 2020.


Verbatim

  • Daïc Audouit : Emmanuel Macron hier (dans son allocution du 14 juin 2020) a parlé d’indépendance technique et agricole, de patriotisme républicain. Est-ce-qu’il a lu les oeuvres complètes de Jean-Pierre Chevènement pour préparer son discours ?

    Jean-Pierre Chevènement : Il n’avait pas besoin de lire mes œuvres hier puisqu’il avait déjà employé ces expressions le 13 avril, la reconquête de l’indépendance industrielle, technologique, agricole, sanitaire de la France. Et je pense en effet que c’est un cap essentiel si on veut raisonner non pas seulement dans l’immédiat, mais dans une perspective à plus long terme. Il a évoqué 10 ans, mais c’est 20 ans qu’il nous faut pour reconquérir une certaine indépendance dans le cadre national et dans le cadre européen. Mais nous ne pouvons pas être à la merci de ruptures d’approvisionnement dès lors que les chaines de production et de valeur sont maintenant dispersées à l’échelle du monde. Je crois qu’il faut revenir sur cette situation.

  • Tout de même, dans le balancier par rapport à une ultra libéralisation, il faut faire attention à ne pas revenir à un ultra protectionnisme et considérer qu’on a besoin de la mondialisation…

    Jean-Pierre Chevènement : On ne va pas faire disparaître les échanges commerciaux entre les peuples, c’est l’évidence même. Mais aujourd’hui il faut se méfier de la doxa libre-échangiste qui est présente dans tous les systèmes d’information et qui va peser dans l’autre sens. Ce sera une tâche difficile qui demander des équipes solides, motivées, que de recouvrir notre indépendance, dans des domaines comme l’industrie agro-alimentaire par exemple. Qui sait que nous sommes déficitaires dans ce domaine hors boisson ? Cela est vrai dans l’électronique, cela est vrai dans la machine-outil, dans l’automobile qui affichait un solde excédentaire. Donc il y a un vrai travail pour un vrai grand ministère de l’industrie.


  • Et est-ce-qu’on doit procéder comme à une époque, il y a 40 ou 50 ans, avec le Plan, c’est-à-dire qu’on planifie cette reconquête interne, cette réindustrialisation ? Ou c’est d’une autre époque ?

    Jean-Pierre Chevènement : Bien sûr qu’il faut planifier ! Tout d’abord il faut savoir là où nous avons des déséquilibres, je l’ai esquissé. Mais il faut déjà le savoir, et ensuite prendre les moyens. Et naturellement on ne peut le faire que si nos élites aussi en sont convaincues, car nos élites ont abandonné l’industrie, avec les résultats que l’on voit, il y a de cela plus de 30 ans. Elles ont mis en avant les services, mais les services c’est fragile, regardez le tourisme, le commerce…

  • Il y a aussi les services d’aides à la personne, ce sont des services dont on a besoin.

    Jean-Pierre Chevènement : Oui ce sont des services dont on a besoin, mais ça c’est le rôle des services publics. Et l’esprit de service public est évidemment quelque chose qu’on a un peu abandonné. Alors j’ai trouvé l’intervention du Président de la République à la fois ferme et claire. Claire parce qu’il a fixé des dates, aujourd’hui (lundi 15 juin), la semaine prochaine pour les écoles et les collèges. Et ferme sur un certain nombre de points, comme par exemple le racisme. Il faut combattre le racisme…

  • Emmanuel Macron a parlé du fait que le patriotisme républicain est une nécessité. On va commencer par un point très précis : quand il dit que la République n’effacera aucune trace ni aucun nom de son histoire, donc il se prononce contre le déboulonnage de statues de personnages qui sont ambivalents dans l’Histoire de France, comme Colbert…

    Jean-Pierre Chevènement : Mais tout est ambivalent dans l’Histoire. Pour autant, notre Histoire elle existe, la France elle existe, elle a une Histoire. Elle a eu deux empires coloniaux. Est-ce-qu’on doit gommer cela ? Est-ce-qu’on doit gommer le passé ? J’entends à ma grande surprise Jean-Marc Ayrault proposer qu’on débaptise le nom de la salle où il a siégé pendant presque 20 ans… Les socialistes ont été majoritaires pendant 20 ans, ils n’ont pas pensé à débaptister la salle Colbert. Colbert c’est aussi les Gobelins, c’est aussi la Compagnie des Indes, c’est aussi l’industrialisation.

  • Mais est-ce-que c’est si important que ça de débaptiser le nom d’une salle à l’Assemblée nationale si cela permet d’obtenir une forme de paix ?…

    Jean-Pierre Chevènement : Mais c’est là l’illusion cher Monsieur, car vous n’obtiendrez aucune paix de cette manière, vous vous coucherez, mais vous renchérirez le flot des injures et des contestations. Car il faut condamner le racisme, mais il faut condamner tous les racismes. Et le racisme anti-policier par exemple, qui vit à travers un certain nombre de films, d’expressions, etc., ce racisme est très dangereux, et si nous le laissions se développer nous paverions le chemin qui nous conduit vers la guerre civile. Il ne faut pas le faire. Il faut être ferme, et de ce point de vue là j’approuve l’expression du Président Macron.

  • Sans reprendre votre terme de racisme anti-policier, je dirais de détestation des policiers, est-ce-que Emmanuel Macron a trouvé le juste équilibre entre d’un côté la dénonciation du racisme dont peuvent être victimes les jeunes d’origine étrangère et la détestation des policiers ?

    Jean-Pierre Chevènement : Il y a un temps pour tout. Les choses ont pris une tournure telle que le Président ne pouvait pas ne pas émettre ce jugement ferme et je l’espère définitif. Je pense qu’il y a autour du Président Macron – J’ai été surpris d’entendre Madame Sibeth Ndiaye parler de statistiques ethniques – des gens avec la meilleure intention du monde qui sont prêts à mettre le doigt dans cet engrenage qui nous ramènerait à des affrontements de catégories, on distinguerait les Français selon leur origine.

  • Est-ce-que cela ne pourrait pas mettre fin à tous les fantasmes ?

    Jean-Pierre Chevènement : Vous les feriez fleurir. Vous développeriez tous ces fantasmes, toutes ces oppositions. On aurait les Arabes, on aurait les Sahéliens. Puis dans les Arabes on aurait les Algériens, les Marocains qui ne s’aiment pas toujours. Et vous mettriez le doigt dans un engrenage. Je crois que c’est volontairement que la République s’aveugle sur la race. Elle a chassé la race de l’espace public, et il y a des gens qui voudraient réintroduire la race, l’extrémisme religieux, ou l’histoire coloniale comme si les guerres coloniales n’étaient pas terminées. Je pense que cette volonté de ranimer sans cesse les plaies n’est pas saine, elle obéit à un dessein qui est assez clair, qui est la destruction de la République comme construction politique fondée sur des principes, qu’il faut pas oublier qu’il faut défendre…

  • Est-ce-que ces principes là de la République ce n’est pas une langue morte. Cela parle à des gens comme vous et moi qui sommes nés au XXème siècle, mais est-ce-que à des jeunes nés au XXIème siècle ce rappel du patriotisme républicain parle encore ?

    Jean-Pierre Chevènement : Vous venez de démontrer la nécessité de l’éducation civique que, je vous le rappelle, j’avais rétabli en 1985, et qui méritait d’être enseignée parce que ce n’est pas une langue morte que de dire qu’un homme est un homme, et qu’on doit le regarder indépendamment de sa couleur de peau. Il faut républicaniser le regard, c’est cela qui est important. Il faut décoloniser les mentalités. Il faut aller vers ce dialogue tout simplement humain et vrai entre tous nos concitoyens, quelles que soient leur religion, leur race… ça c’est quelque chose qui doit passer à l’arrière-plan.

  • Et peut-être inventer quelque chose de nouveau ? La République est quelque chose de rassurant, que l’on connait, mais peut-être plus opérant ?

    Jean-Pierre Chevènement : Mais la République est un bloc comme l’aurait dit Clemenceau. Il a toujours besoin d’être enseigné. C’est un combat permanent. Et le Président Macron nous parle à juste titre du patriotisme républicain car c’est là le carburant qui peut mettre le pays debout, qui peut amener nos élites à revenir sur leur parti pris de mondialisation à tous crins, et qui peut peut-être trouver dans le peuple un écho qui fera que, effectivement, la voie de la République restera la voie de la France.


Source : L’Instant politique – France Info TV

source/https://www.francetvinfo.fr/replay-magazine/franceinfo/l-instant-politique/l-instant-politique-du-lundi-15-juin-2020_4009651.html


Rédigé par Chevenement.fr le Mardi 16 Juin 2020 à 18:05

SOURCE/https://www.chevenement.fr/Il-faut-republicaniser-le-regard_a2102.html

 

 

 

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