3700 – 1/Union européenne : ultimes gesticulations ante-mortem ?… 2/La Pologne face au coronavirus : les bonnes mesures prises au bon moment ? 31/03/2020

1/Union européenne : ultimes gesticulations ante-mortem ?…

2/La Pologne face au coronavirus : les bonnes mesures prises au bon moment ?

cropped-FR-Logo-Visegrad-Post-1

1/Union européenne : ultimes gesticulations ante-mortem ?…

– VisegradPost – par Yann P. Caspar*

EU-down

Union européenne – Sévèrement pointée du doigt en raison de sa passivité depuis le début de la crise sanitaire actuelle, l’Union européenne aurait selon ses adorateurs réagi vendredi 26 mars en apportant une aide financière concrète à plusieurs États-membres, dont la Hongrie. L’opposition au Premier ministre Viktor Orbán en a depuis fièrement fait un de ses slogans : « La Hongrie reçoit 5,6 milliards d’euros de l’Union européenne ». Vraiment ?

Comment l’Union européenne pourrait-elle aider directement des États en difficulté puisqu’elle ne dispose pas de la possibilité de se mettre en déficit sans garantie de remboursement de ces mêmes États ?

Le texte voté vendredi par le Parlement européen apporte une réponse limpide à cette question : en faisant passer pour une aide directe le redéploiement budgétaire de ce qui reste des fonds accordés aux États pour la période 2014-2020. C’est-à-dire, pour la Hongrie, les miettes restantes de sommes déjà budgétées, de l’argent déjà existant donc, que les États bénéficiaires ont commencé à utiliser en 2014.

Le montant de 5,6 milliards d’euros qu’évoque l’opposition libérale correspond en réalité à ce que la Hongrie n’a pas encore utilisé des lignes budgétaires octroyées en 2014. Conformément au texte voté vendredi, elle ne sera plus dans l’obligation de le rembourser en cas de non-utilisation — cadeau illusoire puisqu’on peut supposer que cet argent aurait encore été utilisé avant la fin de l’année en cours — et pourra le redéployer pour gérer la crise actuelle.

Peut-on dès lors sérieusement parler d’aide de la part de l’Union européenne ?

Les juristes et économistes de la Commission européenne nous avait habitués à plus de perspicacité dans la pratique de leur fonction première : la dissimulation des réelles intentions de leurs supérieurs. En l’espèce, même les plus aguerris d’entre eux n’ont manifestement pas réussi à cacher ce que cette prétendue « aide » est véritablement : les quelques restes d’un argent dont les États bénéficiaires disposent déjà depuis 2014, des sommes qu’ils auraient parfaitement pu utiliser avant la fin de l’année 2020 et qu’ils peuvent désormais dépenser plus souplement au vu de la situation actuelle. C’est tout.

Quant à la remise au goût du jour du mécanisme de protection civile RescUE, l’échec risque d’être encore plus cinglant puisque l’utilisation d’un tel fonds nécessite une solidarité directe entre les États, alors que l’heure est au chacun pour soi, et qu’aucun gouvernement n’ose se revendiquer de l’Union européenne.

La seule potentielle marge financière au niveau européen ne se trouve d’ailleurs pas à Bruxelles ou à Strasbourg mais à la Banque centrale européenne, à Francfort, et ne concerne qu’indirectement les pays ne faisant pas partie de la zone euro. À ce stade, rien de définitif n’a encore été arrêté en terme de politique monétaire — même si ces dernières heures l’option du rachat illimité de bons de trésor nationaux semble prendre forme, l’Allemagne ne risque pas de lâcher le morceau —, mais il est fort à parier qu’aucun remise en question significative ne s’opérera : on renflouera une fois de plus un système — les banques privées — qui, de la sorte, ne pourra que s’effondrer à nouveau. En tout cas, ces jours-ci, les divergences de conceptions en matière de financement des dettes publiques sont criantes et donnent sérieusement raison aux analystes qui, depuis plusieurs années, annoncent le remodelage, voire l’éclatement, de la zone euro.

Pour le reste, l’Union européenne continuera ses pitoyables gesticulations. Elle ne peut rien et ne fera rien de conséquent, essentiellement pour deux raisons :

  • La seule et unique fonction du « projet européen » consiste à méthodiquement préparer l’avènement d’une ère apolitique. La construction européenne se résume à une lente et progressive ponction sur les prérogatives étatiques ; elle est un mouvement perpétuel agissant contre les souverainetés nationales et le pouvoir de décision des États-nations.
    • Or, dans une crise comme nous connaissons actuellement, que constate-t-on ? Que l’édifice juridique de détricotage du pouvoir de décision des gouvernements nationaux est susceptible de s’effondrer en quelques instants. Ces derniers jours, les États-membres ont montré que tourner le dos à ce qui les liait par les traités européens n’était qu’affaire de volonté politique. Subitement, il devient possible de contrôler ses frontières, de décréter telle ou telle mesure dans l’urgence en se moquant bien de ce que prévoit le droit de l’UE dans la matière concernée, de faire appel à l’armée pour veiller sur les entreprises de secteurs stratégiques, de jeter les totems budgétaires de Maastricht aux orties, etc.
    • Il n’aura pas fallu plus d’une semaine pour révéler au grand jour que cette construction européenne de plusieurs décennies n’était qu’un happening juridique pouvant voler en éclat à tout moment pour laisser place à ce qui existe réellement : la décision politique verticale, c’est-à-dire tout ce que le « projet européen » ne connait pas et s’est même acharné à saboter depuis maintenant plus d’un demi-siècle.

    • En ces temps exceptionnels, les États-membres ont besoin d’être de vrais États, d’interagir avec d’autres vrais États, de passer des contrats commerciaux dans l’urgence, de déployer ses soignants comme les soldats d’une armée, ses armées comme des contrôleurs de gestion, de prendre en quelques heures des décisions susceptibles de changer radicalement le mode de vie de leurs populations.
    • Vouloir inclure l’Union européenne dans cette configuration procéderait d’une crasse ignorance de sa véritable nature : un ventre mou régurgitant maladivement son sempiternel couplet sur l’État de droit à la face des pays osant ne serait-ce que timidement parler de ce dont Bruxelles est véritablement le nom.
  • Le « projet européen » n’est ni plus ni moins qu’un « projet américain ». Que ceux s’amusant encore à taxer cette affirmation de conspirationniste aillent mettre leur nez dans les tonnes d’archives et documents déclassifiés pour se rendre compte que l’ « Europe puissance » est un mythe ;
    • l’Europe actuelle est un prolongement de la puissance américaine, rien de plus. Le vrai budget autonome et propre de l’Union européenne se trouve à Washington. Une aide financière concrète et conséquente émanant de l’Union européenne ne pourrait qu’avoir les États-Unis pour origine.
    • Or, que constate-t-on ? Depuis quelques années, les États-Unis volent régulièrement dans les plumes des privilèges commerciaux et industriels allemands.
    • Ne voyant pas dans le continent européen un élément déterminant dans sa guerre hybride contre la Chine, ils tournent le dos à leur « bébé européen », le Pacifique étant devenu éminemment plus stratégique que l’Atlantique.
    • Depuis quelques semaines, le désintérêt des États-Unis pour le continent européen est presque affiché. Pour l’instant sans représailles, Washington laisse des Cubains, des Russes et des Chinois « voler au secours » des États européens. Même la Pologne, qui est réputée pour ne pas dévier d’un seul iota de l’agenda établi outre-Atlantique, a dû se rendre à l’évidence : son parrain américain ne lui est pas d’une grande utilité ces temps-ci, ce qui l’a conduit à faire violence à ses habitudes pour aller quémander du matériel médical à Pékin.

  • Washington serait-il en train de lâcher son « bébé européen » pour ensuite mieux revenir à la charge ?

  • Une Europe à l’économie exsangue et aux peuples à genoux serait-elle la carte que jouent actuellement les États-Unis ?

  • Ou, au contraire, le lâchage est-il définitif ?

  • Cet éventuel lâchage sera-t-il précédé d’un lynchage ?

Les réponses à ces questions se préciseront sans doute dans les prochains mois.

Sans son parrain américain, sans prérogatives, qu’elle ne s’est non pas appropriées mais qu’elle a noyées dans une architecture juridique toute aussi absurde qu’inopérante, que peut l’Union européenne ?

Peut-être ne mérite-t-elle d’ailleurs même pas tout ce qui vient d’être dit. Mais si défourailler sur une ambulance aux quatre pneus crevés n’est certes pas très beau jeu, une chose ne peut être passée sous silence : sa fameuse « aide » est une arnaque caractérisée, qui, par les temps qui courent, ne peut plus, comme par le passé, être reçue comme une simple farce hilarante. De qui l’Union européenne se moque-t-elle ? De nous, oui, ce n’est pas une nouveauté. Ces derniers jours, elle se caricature surtout elle-même. Est-ce là son dernier tour de piste ? De plus en plus nombreux sont ceux qui le souhaitent.

Ces derniers ont-ils tort de la souhaiter ? Pas si sûr lorsqu’on sait que c’est précisément l’idéologie véhiculée par ce « projet européen » qui a conduit les États à rogner voire détruire tout ce dont nous avons aujourd’hui cruellement besoin :

le service public hospitalier, l’armée, une vraie monnaie, la politique industrielle, les frontières, la politique économique et commerciale (un exemple : le « zéro stock, zéro délai » prôné par les néo-libéraux s’avère aujourd’hui être une aberration), etc. En bref, tout ce qui freine la progression mortifère du libre marché.


*Yann P. Caspar est franco-hongrois et juriste de formation


SOURCE/https://visegradpost.com/fr/2020/03/31/union-europeenne-ultimes-gesticulations-ante-mortem/


cropped-FR-Logo-Visegrad-Post-1

2/La Pologne face au coronavirus : les bonnes mesures prises au bon moment ?

visegradpost 2020.03.18.-duda-morawiecki-fb Mateusz Morawiecki – Andrzej Sebastian Duda

 

– VisegradPost – par Olivier Bault

Pologne – Près de quatre semaines après l’apparition du premier cas de COVID-19 en Pologne (un Polonais rentré d’Allemagne diagnostiqué le 4 mars), les mesures prises par le gouvernement semblent avoir une certaine efficacité à l’instar de celles prises dans les autres pays du Groupe de Visegrád. Contrairement à ses partenaires d’Europe occidentale où la propagation du coronavirus SARS-CoV-2 a été exponentielle dans sa première phase, la Pologne, pays de 38 millions d’habitants, enregistre jusqu’ici une progression linéaire de l’épidémie

https://visegradpost.com/wp-content/uploads/2020/03/J25-covid19-ob.jpg

Nombre cumulé de cas de Covid-19. J1 = date à partir de laquelle de nouveaux cas de Covid-19 ont été confirmés chaque jour: 21/02 pour l’Italie, 25/02 pour l’Allemagne, 26/02 pour la France et l’Espagne, 27/02 pour la Grande-Bretagne, 06/03 pour la Pologne (sources des données :
https://www.worldometers.info/coronavirus/ et https://www.who.int/emergencies/diseases/novel-coronavirus-2019/situation-reports)

En date du 30 mars, la Pologne comptait 1905 cas confirmés et 26 décès liés au coronavirus pour 46.607 tests réalisés depuis le début du mois. La stratégie de Varsovie a consisté à réagir dès le début de l’apparition de l’épidémie sur le territoire national en ordonnant à partir du jeudi 11 mars (avant la France, la Grande-Bretagne ou l’Espagne) la fermeture des écoles, universités, cinémas, théâtres, musées et centres commerciaux, et en interdisant les rassemblements de plus de 50 personnes, y compris dans les églises le dimanche, ce dont l’épiscopat polonais a su s’accommoder en multipliant le nombre de messes tout en accordant aux fidèles une dispense de l’obligation d’assister à la messe dominicale. Les restaurants et bars ne peuvent servir que des plats et consommations à emporter ou livrés à domicile. Il a été demandé aux Polonais de respecter une distance minimale de 1,5 m entre eux et les magasins se sont mis à s’équiper pour protéger leur personnel.

Il y avait moins de 30 cas connus de COVID-19 en Pologne quand ces mesures sont entrées en vigueur.

La fermeture des frontières a été le deuxième axe de la stratégie polonaise pour contenir l’épidémie, et la Pologne a été un des premiers pays européens à prendre cette mesure, passant outre les protestations de la Commission européenne.

Depuis le 15 mars à 0h, seuls les Polonais et les étrangers avec un permis de résidence peuvent entrer en Pologne.

Cette fermeture de la frontière aux étrangers non-résidents ne concerne toutefois pas le transport de marchandises. Dans un premier temps, les chauffeurs routiers devaient passer par un contrôle sanitaire strict, mais les autorités polonaises ont dû relâcher ce contrôle sanitaire en raison des gigantesques bouchons qui se sont formés, ce qui s’est rapidement traduit par des pénuries de certains produits importés dans les magasins.

En revanche, tous les Polonais et étrangers résidents rentrant en Pologne doivent passer par une quarantaine obligatoire de quatorze jours à leur domicile, avec contrôles de police quotidiens et contrôle de la localisation par application de smartphone.

En cas de violation des conditions très strictes de la quarantaine, qui excluent tout contact avec quiconque (même les courses doivent être laissées à ces personnes devant leur porte fermée), ces personnes encourent une amende de 30 000 zlotys et un an de prison.

Avec l’aide de la compagnie aérienne nationale LOT, le gouvernement de Mateusz Morawiecki a organisé des vols charters pour rapatrier les Polonais coincés à l’étranger après la fermeture des liaisons aériennes régulières à partir du 15 mars.

À la fin du mois de mars, plus de cent mille personnes étaient ainsi en quarantaine en Pologne.

À partir du 25 mars, le gouvernement a décrété un confinement généralisé de la population. Les gens sont invités à ne sortir que si c’est vraiment nécessaire (sans nécessité de déclaration), comme pour aller travailler (la plupart des entreprises continuent de fonctionner même si le télétravail est obligatoire à chaque fois que c’est possible), pour aller faire leurs courses (la plupart des magasins restent ouverts en dehors des centres commerciaux où seules les grandes surfaces alimentaires sont encore autorisées à ouvrir), ou même pour aller se promener à condition de ne pas former de groupes de plus de deux personnes ne vivant pas sous le même toit. Les rassemblements, y compris à caractère religieux, sont désormais limités à cinq personnes, ce qui a de fait suspendu les messes dominicales que les catholiques polonais doivent désormais suivre à la télévision ou sur Internet. Cette interdiction des messes peut surprendre dans ce pays catholique tandis que le nombre maximal de personnes dans les transports en commun est limité à la moitié du nombre de places assises.

POLOGNE Łukasz_Szumowski_2018  le ministre de la Santé Łukasz Szumowski

Dans un entretien publié dans l’hebdomadaire Do Rzeczy du 16 mars, le ministre de la Santé Łukasz Szumowski expliquait l’utilité de prendre des mesures dès le début de l’épidémie : « Une fois que le virus circule dans la population, de telles mesures ont moins de sens. Aujourd’hui, si plusieurs millions de personnes cessent de prendre le bus et cessent de se rencontrer à l’école et dans les universités, nous avons une chance de limiter la propagation du virus ».

Le ministre de la Santé, cardiologue de profession, est un peu le héros du moment en Pologne, avec ses conférences de presse journalières, ses yeux cernés par la fatigue et son style calme et factuel. Le professeur Szumowski fait partie des signataires de la déclaration de foi des médecins catholiques de 2014. Il est aujourd’hui en troisième position des personnalités politiques auxquelles les Polonais font le plus confiance, après le président Andrzej Duda et le premier ministre Mateusz Morawiecki.


Olivier Bault
Français installé en Pologne depuis le début des années 1990, Olivier Bault est le correspondant à Varsovie du Visegrád Post et du quotidien Présent. Journaliste indépendant suivant attentivement l’actualité polonaise et européenne, il publie également en langue polonaise dans l’hebdomadaire polonais Do Rzeczy et en langue anglaise sur le site kurier.plus de l’Institut de coopération polono-hongroise Wacław Felczak.

SOURCE/ https://visegradpost.com/fr/2020/03/31/la-pologne-face-au-coronavirus-les-bonnes-mesures-prises-au-bon-moment/