3636 – Réponses de Sergueï Lavrov, Ministre des Affaires étrangères de la Fédération de Russie, aux questions du quotidien Rossiïskaïa gazeta, Moscou, 4 février 2020

Réponses de Sergueï Lavrov, Ministre des Affaires étrangères de la Fédération de Russie, aux questions du quotidien Rossiïskaïa gazeta, Moscou, 4 février 2020 1601

4 février 2020  17:15 – Affaires Etrangères de la Fédération de Russie

Question: La situation à Idleb s’aggrave de plus en plus. De tous les côtés proviennent des déclarations particulièrement dures. Des gens meurent. Comment pourrait agir la Russie dans cette région? Pouvons-nous aider à instaurer une interaction diplomatique entre la Syrie et la Turquie, ou au moins réduire temporairement la tension?

Réponse: Personne ne peut aider en solitaire, même la Russie avec ses capacités qui ont considérablement augmenté en ce qui concerne le processus de paix syrien.

La situation a foncièrement changé depuis le moment où le cercle de terroristes se resserrait autour de Damas, quand le gouvernement légitime syrien nous avait demandé une aide militaire, et que, sur décision du Président russe Vladimir Poutine nous y avions répondu.

Je rappelle qu’à l’époque, pendant l’été 2015, aucun de nos partenaires occidentaux, ou autres, ne mentionnait la nécessité du processus de paix. Tout le monde attendait une victoire sur ce qu’ils appelaient le « régime de Bachar al-Assad ». Quand ce « régime », qui est en réalité le gouvernement légitime du pays, membre de plein droit de l’Onu, avec l’aide avant tout de la Russie, mais également de l’Iran (où avait également été envoyée une telle demande légitime), n’a pas seulement tenu le coup, mais a également repris la majeure partie du territoire perdu, les discussions sur le processus de paix sont devenues plus insistantes là où personne ne les avait initiées.

Il est évident que cela change la situation sur le terrain. Je rappelle que la Russie, la Turquie et l’Iran ont joué un rôle décisif dans le lancement du processus de paix.

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L’ancien Envoyé spécial du Secrétaire général de l’Onu pour la Syrie, Staffan de Mistura, sous la pression colossale des pays occidentaux, a retardé le lancement de négociations justes et équitables entre le gouvernement et l’opposition, cherchant à obtenir des conditions plus favorables pour les adversaires de Bachar al-Assad à Genève.

En 2016, les négociations ont été reportées plusieurs fois: au mois d’avril, puis à mai, à août, septembre et octobre. Au final, rien ne s’est produit à Genève.

C’est alors que fin 2016, la Russie, la Turquie et l’Iran ont pris l’initiative de créer le format d’Astana, qui était destiné pour la première fois à réunir à la table des négociations le gouvernement de Bachar al-Assad non pas avec l’opposition étrangère, qui ne représente personne et vit très aisément dans les capitales des pays de la région et en Europe, mais avec les représentants de l’opposition armée.

Autrement dit, pour la première fois, à la table des négociations, étaient réunis ceux qui se regardaient à travers le viseur de leur arme sur le terrain.

Le processus d’Astana a prouvé sa consistance: en un an, le niveau de violence sur le terrain a chuté, et le Congrès du dialogue national syrien à Sotchi a débouché sur l’adoption de documents constituant la base du processus de paix que nous observons aujourd’hui, notamment ses 12 principes.

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C’est le processus d’Astana qui a aidé le nouvel Envoyé spécial du Secrétaire général de l’Onu pour la Syrie, Geir Pedersen, à créer des structures fonctionnelles à partir de l’opposition, de la délégation gouvernementale et des représentants de la société civile, à mettre au point la méthode de travail, les règles de la procédure, etc.

Je souligne que cela a été fait avec le soutien permanent et continuel de la Russie, de la Turquie et de l’Iran, et malgré les actions des pays occidentaux cherchant à saper la formation du Comité constitutionnel, ce qui a repoussé le début du travail d’un an par rapport à ce qui serait arrivé si nos collègues allemands et français avaient respecté l’entente conclue au sommet entre la Russie, la Turquie, la France et l’Allemagne à Istanbul le 27 octobre 2018.

Néanmoins, le Comité a commencé son travail. En parallèle, vous le savez, le processus d’Astana a lancé le concept de zones de désescalade. Quatre zones ont été convenues. Toutes ont été mises en place. Le pouvoir du gouvernement légitime a déjà été rétabli dans trois anciennes zones de désescalade. L’opposition armée s’est jointe au processus de paix. Ceux qui représentent les structures terroristes qualifiées comme telles par le Conseil de sécurité des Nations unies se sont regroupés dans la dernière zone de désescalade à Idleb, ainsi qu’à Alep et Hama voisines.

Il existe des accords à part sur cette zone conclus entre le Président russe Vladimir Poutine et le Président turc Recep Tayyip Erdogan.

Ce thème a été évoqué à deux reprises: en septembre 2018 et en octobre 2019.

Dans les deux cas ont été adoptés des documents concrets impliquant des engagements de la Russie et de la Turquie en tant que superviseurs de ce format d’Idleb, notamment en ce qui concerne la garantie de la sécurité des civils, l’acheminement de l’aide humanitaire – de la nourriture, des médicaments et d’autres cargaisons humanitaires – et la garantie de la sécurité dans l’ensemble du point de vue de la cessation du conflit.

  • Un accord de cessez-le-feu a été conclu, précisant que les groupes terroristes figurant sur la liste du Conseil de sécurité des Nations unies n’étaient pas et ne pouvaient pas être concernés par le cessez-le-feu.
  • En parallèle a été conclue l’entente consistant à ce qu’à l’intérieur de cette zone de désescalade serait créée une bande démilitarisée de 10 à 20 km. Cela a été fait pour réduire le risque d’attaques d’éléments radicaux à l’intérieur de la zone d’Idleb contre les sites militaires et civils syriens et contre la base aérienne russe de Hmeimim, qui a fait l’objet de dizaines d’attaques de drones.

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Je me suis entretenu hier une nouvelle fois avec mon homologue le Ministre turc des Affaires étrangères Mevlüt Cavusoglu, nos militaires sont en contact permanent.

Malheureusement, à l’étape actuelle, les autorités turques n’ont pas réussi à remplir deux engagements clés qui visaient à régler le problème d’Idleb en profondeur.

Le premier: séparer l’opposition armée, qui coopère avec les Turcs et qui est prête au dialogue avec le gouvernement dans le cadre du processus de paix, des terroristes du Front al-Nosra qui s’est transformé en Hayat Tahrir al-Cham.

Ces deux organisations sont inscrites sur la liste terroriste du Conseil de sécurité des Nations unies, c’est pourquoi ni le Front al-Nosra ni sa nouvelle incarnation sous la forme de Hayat Tahrir al-Cham n’ont rien à faire à Idleb.

Le maximum auquel nous étions parvenus en 2019 était que si le cessez-le-feu était respecté par tous, il devait être observé. Mais même après le troisième rappel de la Russie et de la Turquie à ceux qui se trouvaient dans la zone d’Idleb, les bandits mentionnés n’ont pas cessé leurs actions provocatrices.

Avant-hier a été entreprise une nouvelle tentative d’attaque de drone contre notre base de Hmeimim. Elle a été contrée par la défense antiaérienne de la base. Les bombardements contre les positions et les sites syriens en dehors de la zone d’Idleb sont réguliers.

Une autre raison de cette situation est qu’à l’intérieur de la zone d’Idleb n’a pas été créée la bande démilitarisée de 10-20 km qui avait été convenue. Nous l’avons déjà rappelé à nos partenaires turcs. Nous continuerons d’exiger la mise en œuvre des décisions prises par les Présidents de la Russie et de la Turquie. Des informations sont rapportées sur le déploiement de forces turques dans la zone d’Idleb, sur le début d’affrontements entre elles et les unités de l’armée syrienne. Nos militaires surveillent cette situation.

Selon nos informations, rapportées par l’état-major des armées, des militaires turcs ont avancé en direction de certains sites à l’intérieur de la zone de désescalade d’Idleb sans avertir de ces déplacements, c’est pourquoi nous n’avons pas pu en informer l’armée syrienne.

Des frappes ont été portées, la Turquie menace de riposter. C’est très regrettable. Nous appelons à remplir rigoureusement les accords de Sotchi sur Idleb de 2018 et de 2019.

Le second aspect, lié aux risques et aux menaces qui émanent de la zone de désescalade d’Idleb, est associé au départ en Libye de centaines de combattants, notamment d’al-Nosra et de Hayat Tahrir al-Cham, pour intensifier les activités militaires dans ce pays.

Je souligne de nouveau que compte tenu des facteurs mentionnés la Russie ne peut pas régler ce problème seule, mais peut faire remplir inconditionnellement et de bonne foi les accords sur Idleb à part entière. Nous en parlons avec nos partenaires turcs.

Question: Pendant sa visite à Kiev, le Président turc Recep Tayyip Erdogan a donné son avis sur la situation des Tatars criméens en Crimée. Que pouvez-vous dire à ce sujet?

TURQUIE UKRAINE lundi 3 février2020 à Kiev avec son homologue ukrainien, volodymyr Zelenskiy, le président turc, Recep Tayyip Erdogan, 4bv6fe1fb7bb731laol_800C450  lundi 3 février2020 à Kiev avec son homologue ukrainien, volodymyr Zelenskiy, le président turc, Recep Tayyip Erdogan,

Sergueï Lavrov: Rien de nouveau n’a été dit concernant la position de la Turquie vis-à-vis des Tatars de Crimée. Recep Tayyip Erdogan affiche la même position lors de ses entretiens réguliers avec le Président russe Vladimir Poutine. Nous sommes au courant de cette position d’Ankara.

Nous partons du principe qu’il faut voir la situation en Crimée de ses propres yeux, et non de l’extérieur.

Tous ceux qui ont visité la Crimée, et ils sont de plus en plus nombreux – et pas seulement des personnalités culturelles participant aux différents festivals (festival de jazz de Koktebel, forums sociaux et économiques), des représentants de la société civile, des affaires, du milieu culturel, mais également par de nombreux hommes politiques, notamment occidentaux, des pays de l’Otan, des députés – comprennent immédiatement que tout ce qui est dit sur la violation des droits de l’homme des Tatars criméens en Crimée n’est qu’un mensonge.

Tous les appels adressés à la Russie pour qu’elle accorde un accès aux observateurs étrangers – c’est l’œuvre du malin, des discussions en faveur des pauvres.

Si quelqu’un souhaite venir: pas de problème, passez via le territoire russe par notre magnifique pont. Mais ceux qui exigent instamment l’accès des observateurs refusent de voir que tous ceux qui voulaient venir l’ont fait depuis longtemps et ont tout vu:

ils insistent sur ce point uniquement pour venir via le territoire ukrainien, en soulignant ainsi la nature politisée de leur idée.

Moustafa Djemilev, né le 13 novembre 1943 à Ay-Serez en Crimée, est l'ancien président du Majlis du peuple tatar de Crimée et un membre du Parlement ukrainien depuis 1998 oU8RDDlIbvSP Moustafa Djemilev, né le 13 novembre 1943 à Ay-Serez en Crimée, est l’ancien président du Majlis du peuple tatar de Crimée et un membre du Parlement ukrainien depuis 1998

Ce sont probablement ces gens qui soutiendront l’initiative criminelle de Moustafa Jemilev et d’autres leaders du majlis du peuple tatar de Crimée, qui ont annoncé début mai qu’ils marcheraient sur la Crimée et que rien ne les arrêterait.

Les défenseurs étrangers, occidentaux, d’une telle attitude envers les problèmes des Tatars de Crimée alimentent de telles initiatives qui peuvent très mal se terminer. Du moins, nous ne permettrons en aucun cas de porter atteinte à la sécurité des Criméens.

Le Président turc Recep Tayyip Erdogan est invité à se rendre en Crimée, il n’a pas rejeté cette invitation. Elle a été faite à l’occasion de l’ouverture à venir de la plus grande mosquée à Simféropol. Il n’y a jamais eu de mosquée en Crimée: sous le pouvoir ukrainien personne ne prêtait attention aux droits religieux des Tatars de Crimée.

Vous savez que leur langue a acquis le statut de langue nationale avec le russe et l’ukrainien seulement après le retour de la Crimée au sein de la Russie. Seulement après cela a eu lieu la réhabilitation politique et l’amnistie foncière.

C’est pourquoi personne n’a jamais fourni la moindre preuve qui indiquerait que les droits des Tatars de Crimée ou d’une autre ethnie en Crimée sont enfreints.

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Ajout Sans apriori >>

Crimée

(Sujet de la fédération de Russie) Depuis 2014

La Crimée faisait juridiquement partie de l’Ukraine depuis 1954 en raison d’un décret du président soviétique, Nikita Khrouchtchev, à l’occasion du 300e anniversaire de la réunification russo-ukrainienne. … voir le site de CEFAN …

Source/ http://www.axl.cefan.ulaval.ca/EtatsNsouverains/crimee.htm

 

 

Mais j’espère aussi que nos voisins turcs mèneront tout de même une ligne objective vis-à-vis de l’Ukraine, d’une part, et de la Crimée de l’autre. Je ne ferai pas le jeu des politiciens et des radicaux nationalistes qui planifient de telles actions, des marches sur la Crimée, y compris en recourant à la force. Je ne stimulerai pas ces sentiments par des tentatives de recourir à la rhétorique de Bandera.

Question: De nombreuses publications ont été faites par les médias concernant la préparation d’importantes manœuvres américains dans plusieurs pays d’Europe de l’Est. Dans le contexte de la détérioration évidente des relations entre la Russie et l’Otan, assistons-nous au début d’une nouvelle guerre froide? J’ai notamment à l’esprit les exercices Defender Europe 2020.

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Sergueï Lavrov: Pendant la Guerre froide a été menée une grande opération pour accroître les forces armées en Europe, avec notamment un renforcement de la présence américaine. Dans le cadre de l’opération Return of forces to Germany (REFORGER), les Américains se sont « réinstallés » en Allemagne, où se trouvent actuellement des dizaines de bases militaires. La présence de militaires étrangers en Allemagne à l’heure actuelle est colossale. Mais ce sont les affaires de l’Otan.

Defender signifie défenseur. Se défendre contre qui? Ils disent qu’il ne faut pas se défendre contre la Russie, mais contre un ennemi comparable du point de vue du potentiel militaire de l’Otan. Il est difficile de trouver la véritable cible de ces efforts, qui correspondrait à ce critère, parce qu’en regardant les données officielles étrangères, pas les nôtres, concernant les dépenses militaires et le matériel, sur tous les types d’armements (chars, avions de combat, hélicoptères d’attaque, véhicules blindés d’infanterie, BTR, navires de guerre, sous-marins), rien que les membres européens de l’Otan, sans tenir compte des chiffres américains, dépassent environ du double nos forces armées.

J’ignore où ils ont trouvé un ennemi comparable. Nous ne sommes certainement pas une force militaire dominante en Europe, mais c’est le cas de l’Otan.

Bien que tout cet espace déborde déjà de sites militaires et d’armements,

bien que le déplacement de l’Otan vers l’Est ait déjà causé de sérieux problèmes en matière de stabilité stratégique en Europe,

l’interpénétration de l’Otan et de l’UE se poursuit.

L’Otan essaie d’organiser des exercices communs, y fait participer – sous prétexte du statut de membre de l’UE – des pays neutres comme la Finlande et la Suède. Ils ont inventé, dans le contexte de la coopération Otan-UE dans le secteur militaire, le terme de « Schengen militaire » impliquant la modernisation de tous les axes de transport jusqu’à la frontière Est de l’Alliance de manière à ce que le matériel le plus imposant puisse passer sans obstacle vers l’Est.

Je pense que rien que cela suffit pour comprendre le danger de tels jeux.

Bien sûr, nous devons y réagir. Les exercices Defender planifiés pour avril-mai (dont la préparation a commencé il y a longtemps) impliquent, en plus des contingents militaires déployés susmentionnés, la projection de plus de 30.000 véhicules et plus de 20.000 militaires américains.

D’ailleurs, formellement, ces exercices sont annoncés comme américains, mais avec l’invitation des partenaires de l’Otan.

Il y a un aspect intéressant, j’ignore à quoi c’est dû, mais l’une des raisons éventuelles est probablement le fait qu’il est bien plus simple pour les Américains de tout planifier et de tout réaliser eux-mêmes sur leur ordre, sans être liés même symboliquement à une discipline otanienne.

Bien que, au sein de l’Otan le commandant des forces américaines en Europe soit à la fois le commandant des forces de l’Otan en Europe. Au total, plus de 40.000 hommes participent à ces exercices. Bien évidemment, nous réagirons.

Nous ne pouvons pas ignorer ces processus qui sont très préoccupants, mais nous réagirons de sorte à ne pas créer de risques inutiles.

C’est inévitable. J’espère que tout militaire ou représentant politique normal en est conscient.

Ceux qui initient ce genre d’exercices absolument injustifiés veulent provoquer des contremesures pour continuer d’attiser la tension. Mais tout ce que nous faisons pour réagir à la création par l’Otan d’une menace pour nous, nous le faisons uniquement sur notre territoire. Tout comme tout notre armement nucléaire se trouve sur notre territoire contrairement à l’arme nucléaire américaine.


SOURCE/https://www.mid.ru/fr/foreign_policy/news/-/asset_publisher/cKNonkJE02Bw/content/id/4019314

 

 

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