3518 — Interview de Sergueï Lavrov 23/10/2019 — Interview de Sergueï Lavrov 20/10/2019, — Allocution de Sergueï Lavrov 18/10/2019

1/Interview de Sergueï Lavrov, Ministre des Affaires étrangères de la Fédération de Russie, pour le documentaire « MGIMO. Dans toutes les langues du monde » consacré au 75e anniversaire du MGIMO auprès du Ministère russe des Affaires étrangères, 23 octobre 2019, Moscou

2/Interview de Sergueï Lavrov, Ministre des Affaires étrangères de la Fédération de Russie, à la chaîne Rossiya 1 à l’occasion du 75e anniversaire du MGIMO du Ministère russe des Affaires étrangères, Moscou, 20 octobre 2019

3/Allocution de Sergueï Lavrov, Ministre des Affaires étrangères de la Fédération de Russie, à la réunion solennelle consacrée aux 85 ans de l’Académie diplomatique du Ministère russe des Affaires étrangères, Moscou, 18 octobre 2019

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Interview de Sergueï Lavrov, Ministre des Affaires étrangères de la Fédération de Russie, pour le documentaire « MGIMO. Dans toutes les langues du monde » consacré au 75e anniversaire du MGIMO auprès du Ministère russe des Affaires étrangères, 23 octobre 2019, Moscou

1.Question: Monsieur Lavrov, j’ai entendu une légende selon laquelle vous n’étiez pas disposé à entrer au MGIMO, que vous avez un autre plan. Est-ce vrai?

Sergueï Lavrov: Honnêtement, je voulais entrer à l’Institut d’ingénierie physique de Moscou (MEPhI). La raison était simple: non pas que les « sciences naturelles » étaient ma vocation (j’ai toujours préféré les sciences humaines), mais mon professeur préféré à l’école secondaire, jusqu’en dixième classe (l’équivalent de la première en France, ndT.), était monsieur Kouznetsov, qui enseignait la physique et les maths.

Malheureusement, il n’est plus parmi nous. Comme bien d’autres de mes camarades de classe, il m’avait vraiment fait aimer sa matière. Il y a des gens comme ça qui motivent les autres par leur dévouement, leur patriotisme vis-à-vis de leur passion. Et cela a été le cas avec moi. J’avais déposé un dossier d’admission à l’Institut d’ingénierie physique de Moscou (MEPhI), mais ma mère a dit:

« Pour l’amour de Dieu, si tu veux aller au MEPhI, va au MEPhI. Mais, comme dans la plupart des universités, les examens au MEPhI ont lieu le 1er août, et à l’Institut d’État des relations internationales de Moscou (MGIMO) ils se déroulent le 1er juillet. Ça ne coûte rien. Cela n’annule en rien ta vocation, ton intention d’intégrer le MEPhI. Tu peux aussi t’essayer dans ce domaine. Tu sauras à quel point tu es universel. »

Voilà ce qui est arrivé. J’avais la médaille d’argent, j’ai passé deux examens: les 1er et  3 juillet. Quand je suis arrivé à l’école, où tous mes camarades rassemblaient seulement les documents pour déposer le dossier dans leurs universités où les examens commençaient le 1er août, j’étais déjà libre. En moi prévalait probablement l’envie de ne pas tenter le destin, et au lieu de préparer les examens j’ai passé le mois de juillet à creuser les fondations du centre de télévision d’Ostankino. C’est arrivé ainsi, de manière assez inattendue.

2.Question: Quels sont vos souvenirs de cette construction?

Sergueï Lavrov: Nous y avons organisé notre première prestation humoristique, alors que nous n’étions même pas encore en première année et étions seulement envoyé pour une mini-section de construction de trois semaines. Nous avons réalisé un film sur Fantômas. L’un de nos futurs camarades avait une caméra, l’une des premières. C’était amusant. Bref, nous travaillions et nous amusions un peu.

3.Question: Ce film existe encore?

Sergueï Lavrov: Ce film existe. Il est certainement dans les archives du MGIMO. Du moins, je possède encore un disque quelque part.

4.Question: Qui vous aidait pendant la construction?

RUSSIE torkunov_anatoly-2000x1200  Anatoli Torkounov

Sergueï Lavrov: Pendant cette construction? Qui m’aidait? Qui portait le bard avec moi? Il y avait notamment mon bon ami, le recteur du MGIMO du Ministère russe des Affaires étrangères Anatoli Torkounov, dans la même excavation que moi. Nous posions les fondations pour les immenses capacités technologiques que possède aujourd’hui notre télévision.

5.Question: L’admission, ensuite la construction. Quand ont été choisies les langues? Avant la construction ou juste après?

Sergueï Lavrov: On nous a demandé d’exprimer nos préférences sur les langues. J’ai demandé de m’inscrire en français et en arabe. A l’époque je parlais assez bien anglais, et je l’ai passé avec une note de 20/20. Mais je voulais également parler français et arabe. C’était en 1967, il y avait beaucoup d’événements au Moyen-Orient. C’était intéressant et romantique, me semblait-il. Nos requêtes ont été recueillies, et la décision a été rendue le 31 août. Il nous a été dit de venir la veille pour voir la liste des groupes sur les portes vitrées de notre bâtiment de l’Académie diplomatique – notre « vieille maison sur la Moskova ». Je suis venu. Il y avait onze groupes. Le premier groupe linguistique était anglais-français. Il était considéré comme le plus prestigieux, et le premier nom qui y figurait était S.V. Lavrov. Je suis alors rentré à la maison ou parti me promener avec mes camarades. Le 1er septembre, je suis arrivé à l’institut, je suis montré dans la salle indiquée pour mon premier séminaire du premier groupe linguistique. Ils ont fait l’appel, et quand le nom « Lavrov » a été prononcé nous étions deux à nous lever.

Il a demandé au premier: « Vous êtes qui? ». « Je suis Sergueï. » Il m’a demandé: « Et vous? ». J’ai répondu: « Je suis Sergueï aussi. » Il me demande de nouveau: « Votre patronyme? » Je dis: « Viktorovitch. » Il répond: « Alors au revoir. » Il s’est avéré que dans ce groupe se trouvait officiellement Sergueï Vladimirovitch Lavrov.

Or je n’étais pas dans le premier, mais dans le dernier groupe, le onzième. Contrairement à mes souhaits et rêves du français et de l’arabe, j’ai été envoyé apprendre l’anglais et le cingalais. Le cingalais en tant que première langue, et l’anglais comme seconde. Mais par la suite j’ai été transféré dans un cursus qui m’a permis de terminer l’anglais également en tant que première langue. J’ai pris français en troisième langue, et il est devenu ma deuxième. Voilà l’histoire.

J’ai entendu dire qu’actuellement au MGIMO cela se décide par tirage au sort.

 

6.Question: C’est ce qu’on dit.

Sergueï Lavrov: Cela fonctionne? C’est comme dans la Ligue des champions, une « dispersion » des candidats?

7.Question: J’ai eu ce que j’avais demandé. J’avais demandé l’allemand – j’ai reçu l’allemand. Et vous, à quel moment avez-vous compris que vous passerez votre vie au Sri Lanka?

Sergueï Lavrov: Je n’y pensais pas du tout. C’était intéressant parce que c’était une nouvelle langue, une calligraphie très originale, qui ressemblait quelque part à l’arménien. C’est du sanskrit, une langue avec des diphtongues. Il y avait beaucoup de choses amusantes. Notre enseignant, monsieur Belkovitch, qui n’est plus parmi nous, était un homme charmant qui ne nous apprenais pas seulement le cingalais. Sachant que ce n’était pas facile: il ne s’était jamais rendu au Sri Lanka et à Ceylan (avant qu’elle ne devienne le Sri Lanka), mais pas pour des raisons de sécurité – à l’époque il y avait des complications pour partir à l’étranger. Il nous avait inculqué l’intérêt pour cette langue, sa méthode était très intéressante. Nous écrivions à la main des livres la nuit, pour cela il nous signait des contrats de travail, parce qu’il n’avait pas d’édition en cingalais. Écrivaient ceux qui avaient la meilleure écriture de nous quatre. Après les cours, monsieur Belkovitch nous présentait ses amis, et nous allions ensemble dans la rue, nous allions l’été sur un terrain de hockey pour y jouer au football avec notre enseignant et ses amis. C’était une vie très riche et imprégnée de l’esprit de camaraderie. Pour la plupart nos enseignants étaient très demandés comme étant très érudits et agréables au contact.

Président du Kazakhstan Kassym-Jomart Tokaev. image Président du Kazakhstan Kassym-Jomart Tokaev.

8.Question: Puisque vous avez mentionné le football, j’ai une question de la part du Président du Kazakhstan Kassym-Jomart Tokaev. Je lui ai parlé il y a deux semaines, et il a dit littéralement ceci: « Monsieur Lavrov joue bien au football, c’est pourquoi je voudrais lui demander. Je me souviens, dans sa jeunesse il avait un très bon coup: esquive à droite et une forte frappe dans les buts. Arrive-t-il à reproduire ce genre de coups aujourd’hui? »

Sergueï Lavrov: Aujourd’hui on essaie davantage de ne pas aller à gauche ou à droite, mais au centre, parce que la pratique montre que les esquives à gauche ou à droite finissent mal, et pas seulement dans le sport.

Sergueï Lavrov Je continue de jouer au football 1164729 Russian Foreign Minister Sergei Lavrov (center) playing a football match with other Russian officials © Alexander Shcherbak/TASS

9.Question: Vous continuez de jouer au football?

Sergueï Lavrov: Je continue de jouer au football, j’ai joué hier. Bien sûr, je ne cours plus aussi vite, mais le plaisir de recevoir des passes et de pouvoir passer le ballon pour rendre l’attaque incisive, le plaisir de pouvoir choisir l’emplacement qui te permettra de finaliser une bonne passe et de marquer – c’est incomparable.

10.Question: Pendant que nous vous attendions dans cette salle, nous nous sommes comptés, et il s’avère que les diplômés du MGIMO sont minoritaires.

Sergueï Lavrov: Ici, parmi nous?

11.Question: Ici, parmi nous et parmi vos collègues.

Sergueï Lavrov: Le journalisme se démocratise, c’est bien.

12.Question: Je ne parle même pas du journalisme, mais du Département de l’information et de la presse (DIP). Tous les membres du service des médias russes ne sont pas diplômés du MGIMO.

Sergueï Lavrov: Au DIP?

13.Question: Oui. Dans ce sens, vous avez probablement plus de collègues du MGIMO que tout autre responsable. Est-ce que cela facilite le travail?

Sergueï Lavrov: Au Ministère? Vous savez, notre DIP est l’un des départements les plus dynamiques. Dans l’ensemble il doit y avoir tout de même plus de diplômés du MGIMO dans tout le Département par rapport à tous les autres. Mais si au service des médias russes la représentation du MGIMO est inférieure par rapport à d’autres universités, premièrement, je pense que c’est naturel parce que les médias russes sont formés plus professionnellement, plus objectivement dans d’autres établissements – la faculté de journalisme de l’Université d’État de Moscou, d’autres établissements supérieurs.

En même temps cela reflète la tendance générale dans notre Ministère, à savoir: en restant inconditionnellement attachés au MGIMO et à l’Académie diplomatique comme étant nos établissements « phares », fournisseurs de nos cadres, nos « forges de cadres », nous souhaitons élargir la géographie d’embauche au Ministère. Cette tendance se renforce tout au long de mon travail au poste de Ministre.

Il y a des diplômés de l’Université d’État de Saint-Pétersbourg, de l’Université fédérale de l’Oural, de l’Université fédérale de l’Extrême-Orient et de bien d’autres.

Si l’on analyse l’origine de ceux qui intègrent le MGIMO, Anatoli Torkounov le disait avant le 1er septembre: plus de 70 régions de la Fédération de Russie y étaient déjà représentées par les étudiants. Dans différentes proportions, certes, mais il est très important que nous alimentions notre Alma mater avec des talents des quatre coins de la Russie.

14.Question: Quand vous rencontrez, pendant des pourparlers à l’étranger ou en Russie, un interlocuteur du MGIMO, comme le Président du Kazakhstan Kassym-Jomart Tokaev, le Président de l’Azerbaïdjan Ilham Aliev, le Ministre mongol des Affaires étrangères Damdin Tsogtbaatar ou d’autres, est-ce plus facile?

Sergueï Lavrov: Le Ministre slovaque des Affaires étrangères Miroslav Lajcak, le Ministre arménien des Affaires étrangères Zohrab Mnatsakanian, je ne voudrais oublier personne, ces collègues sont nombreux. Bien sûr, cela aide à établir le contact. Quand le contact est établi, c’est certainement agréable de se remémorer ensemble le passé, notamment si nous avons étudié dans la même promotion, ou différentes mais à la même époque.

Nous nous souvenons des soirées communes, des prestations humoristiques qui étaient sympathiques, du MGIMO dans l’ensemble. Quand nous sommes arrivés en première année, nous avons été « parrainés » par les étudiants de troisième année. Depuis le début, au premier semestre, nous avons organisé plusieurs soirées pour nous familiariser avec l’art des prestations humoristiques qui, comme je l’ai dit, ont été organisées pour la première fois dans l’excavation pour la tour Ostankino, quand nous filmions des vidéos humoristiques.

15.Question: Tout le monde sait que vous avez écrit l’hymne. Mais un hymne existait déjà à l’époque. Comment vous est venue cette idée?

Sergueï Lavrov: Premièrement, je n’ai pas essayé de rivaliser avec qui que ce soit. Je travaillais à l’époque à New York, et chaque année ou tous les deux ans, en août, quand tout le monde revenait de vacances (notamment ceux qui travaillaient à l’étranger), nous organisions des soirées dans l’ancien bâtiment, où se situe aujourd’hui l’Académie diplomatique du Ministère russe des Affaires étrangères. Une soirée sans les prestations humoristiques était inimaginable.

Nous écrivions leur scénario à distance: moi à New York, quelqu’un d’autre à Paris. Tout cela était discuté, modifié et mis au point par courriel. C’était l’une de telles soirées (en 1999 ou en 2000). Je suis revenu d’un voyage, nous avions descendu la Katoun en radeau, je suis revenu de Barnaoul dans la matinée, le jour de la soirée des diplômés de notre promotion. Je ne pensais pas du tout à l’ancien hymne, simplement pour chaque soirée j’essayais d’écrire un poème, de le chanter sur des accords simples et le présenter aux camarades en plus des prestations humoristiques. Je souligne: je ne cherchais pas à changer ou à faire concurrence à la grande chanson des années 1950 « La vieille maison sur la Moskova ».

J’ai été poussé à suivre cette voie parce que dans le texte la « maison » est « sur la Moskova », or à cette époque le MGIMO n’y était plus. J’écrivais simplement un hommage à ma promotion. Et j’ai été assez surpris quand par la suite j’ai reçu un CD avec l’enregistrement de cette chanson par le chœur du Ministère de l’Intérieur, honnêtement. C’était l’initiative de l’Institut. Anatoli Torkounov a dit que plusieurs hymnes pouvaient « cohabiter », d’autant que ce n’était pas un État où tout doit être strict, mais un institut encourageant le pluralisme d’opinions, notamment dans l’art poétique et du chant. Il n’y a aucun grand secret derrière cela.

16.Question: Quand vous vous souvenez de cet ancien bâtiment situé Park Koultoury, je trouve que vous avez la nostalgie, ou ce n’est qu’une impression?

Sergueï Lavrov: Nous organisons les soirées seulement à cet endroit. Il y a une certaine nostalgie pas seulement parce qu’en 1967, au quatrième étage, on vendait de la bière. Principalement parce que les souvenirs de jeunesse, et même d’enfance dans une certaine mesure (nous étions très jeunes, 16-17 ans), les performances humoristiques, les soirées et les salles, devenues très proches. C’est probablement comme le premier amour.

Je me rends avec plaisir chaque année dans le nouveau bâtiment du MGIMO du Ministère russe des Affaires étrangères. Il existe à présent un nouveau bâtiment, prochainement sera probablement inaugurée la nouvelle résidence d’étudiants. C’est une excellente infrastructure qui permet de dérouler le processus éducatif en s’appuyant sur les technologies les plus modernes. Mais le premier amour est le premier amour. Une certaine atmosphère de « chez soi » de ce bâtiment restera probablement avec nous à tout jamais.

17.Question: J’ai visité la galerie avec les portraits des ministres. Ils montrent que l’Institut a 75 ans, mais il y a eu une longue période quand le Ministère n’était pas dirigé par un diplômé du MGIMO. Puis il y a eu l’histoire de la Russie contemporaine: Alexandre Bessmertnykh, Andreï Kozyrev, Evgueni Primakov (dans une certaine mesure, parce qu’il venait de l’Institut d’études orientales affilié à l’Académie des sciences de Russie) et, enfin, Sergueï Lavrov. Le prochain ministre sera-t-il du MGIMO?

Sergueï Lavrov: Je ne vais même pas faire de pronostics parce que la décision revient au Président de la Fédération de Russie. Il ne fait pas son choix en fonction du diplôme d’un candidat, mais en fonction des qualités qu’il montre dans son travail réel et dans la vie, y compris les qualités professionnelles, la capacité à trouver un terrain d’entente, et de sorte que les intérêts du pays soient obligatoirement garantis.

18.Question: Question blitz: trois adjectifs sur le MGIMO. Comment est-il, cet Institut?

Sergueï Lavrov: Le meilleur, le préféré, il écrit l’avenir.


SOURCE/ http://www.mid.ru/fr/foreign_policy/news/-/asset_publisher/cKNonkJE02Bw/content/id/3860448


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Interview de Sergueï Lavrov, Ministre des Affaires étrangères de la Fédération de Russie, à la chaîne Rossiya 1 à l’occasion du 75e anniversaire du MGIMO du Ministère russe des Affaires étrangères, Moscou, 20 octobre 2019

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1.Question: Quelles sont les trois principales qualités que vos études au MGIMO vous ont apporté?

Sergueï Lavrov: Il y en a certainement bien plus. Je pense avant tout à l’aptitude au travail autonome et à la communication avec les gens. Même si cela vient de Dieu – savoir être ami, être loyal. Parfois dans la vie il faut communiquer avec des gens qui ne sont pas très intéressants, mais il faut le faire dans le cadre du travail. Ces compétences sont bien assimilées au MGIMO.

Le plus important, c’est l’amitié. Nous avons découvert une nouvelle qualité d’amitié après l’école maternelle, primaire et secondaire. Immédiatement après l’admission notre promotion a été envoyée sur le chantier du centre télévisé. Nous avons creusé les fondations du centre télévisé à côté de la tour d’Ostankino en construction. Ces deux semaines ont été une excellente période. Je me les remémore souvent.

2.Question: Le recteur du MGIMO, Anatoli Torkounov, se souvenait également très chaleureusement de vos aventures dans les sections de construction. Je pense que c’était le plus agréable pendant les études. Qu’est-ce qui était le plus difficile?

Sergueï Lavrov: Le plus difficile était probablement de se forcer à se préparer aux examens pendant la session. Le plus agréable était les sections de construction et, évidemment, nos célèbres prestations humoristiques. Les étudiants étaient principalement de jeunes hommes. Nos soirées étaient régulières et populaires. Des étudiantes de l’Institut des langues étrangères Maurice Thorez de Moscou venaient nous voir. Une amitié entre les universités.

3.Question: Quand les étudiantes venaient, l’atmosphère était très différente…

Sergueï Lavrov: Notre université avait aussi des étudiantes, nous les apprécions et les aimons beaucoup encore aujourd’hui. Nous continuons d’organiser des soirées de notre promotion. Par très souvent, mais au moins une fois par an. A l’époque nous invitions des étudiantes d’autres établissements scolaires.

4.Question: Vous êtes l’auteur de l’hymne du MGIMO contenant les lignes suivantes: « Il nous a appris à aimer la Patrie, et à partager avec elle aussi bien la fierté que le déshonneur. » Il est agréable et facile de partager la fierté avec sa Patrie. Mais avez-vous partagé un jour le déshonneur?

Sergueï Lavrov: Chaque individu possède des propriétés comme la décence, l’honnêteté, et parfois il se sent mal à cause de la situation dans son pays. C’est très individuel et personnel. J’ai connu plusieurs moments de ce genre. Tous sont liés à la période d’effondrement de l’URSS. Je ne veux donner aucune note à qui que ce soit, mais c’était lié au comportement de plusieurs individus connus dans cette situation.

5.Question: Dans une interview, vous avez mentionné, parmi les principales qualités d’un diplomate, la capacité d’exprimer ouvertement sa position et d’entretenir des relations chaleureuses et amicales avec les collègues étrangers. Cela fait immédiatement penser au tandem Lavrov-Kerry, quand devant les caméras était affichée une position de négociations très intransigeante, et hors caméra une communication amicale et chaleureuse. Comment arrivez-vous à passer aussi rapidement d’un régime à l’autre? Cela fonctionne avec tous vos interlocuteurs?

  Evgueni Primakov & Henry Kissinger

Sergueï Lavrov: Je ne dirais pas que nous nous querellions devant les caméras. Nous exprimions chacun notre position. Mais chacun de nous écoutait l’autre. Ce n’est pas souvent le cas.

Quant à savoir s’il est possible d’être ami avec un individu ayant des opinions politiques opposées ou très différentes… Quand je travaillais à New York, en janvier 1996, j’ai assisté à un événement avec le secrétaire d’État américain de l’époque, Henry Kissinger. On venait d’apprendre qu’Evgueni Primakov avait été nommé au poste de Ministre des Affaires étrangères russe. Il a été demandé à Henry Kissinger ce qu’il en pensait, dans le sens où la nomination d’Evgueni Primakov signifierait probablement un durcissement de la politique étrangère de la Fédération de Russie, car il était connu pour son approche intransigeante. Henry Kissinger a répondu par sa voix hors pair qu’il préférait toujours avoir affaire à des gens qui ont clairement conscience et expriment clairement les intérêts nationaux de leur État. Ils étaient amis, ils se respectaient. J’ai rencontré récemment Henry Kissinger à New York. Il a dit qu’il avait vraiment essayé d’assister aux activités consacrées au 90e anniversaire d’Evgueni Primakov. Certaines circonstances l’ont empêché de le faire, mais il viendra forcément l’an prochain. Nous espérons que ce sera le cas.

5.Question: La « diplomatie du bien de Tolstoï » existe-t-elle encore?

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Sergueï Lavrov: Je ne dirais pas que la « diplomatie de Tolstoï » soit le terme approprié. En prenant pour figure de style la « frappe sur une joue », il ne faut pas toujours réagir immédiatement à une démarche négative à son égard. Parfois il faut analyser ce qui se trouve derrière. Peut-être derrière cela se trouve précisément la volonté de provoquer votre réaction pour l’utiliser ensuite afin de dresser contre vous plusieurs États qui « mordront » facilement à un tel « hameçon ».

Quand vos intérêts nationaux sont sérieusement attaqués, des choses fondamentales pour vous, il faut évidemment réagir.

Par exemple, quand Barack Obama a claqué la porte, quand son administration était déjà à l’agonie, par pure rancune, en cherchant à venger la défaite des démocrates à la présidentielle, a saisi la propriété, a expulsé nos diplomates, nous avons immédiatement réagi parce que nous savions que cette démarche était principalement dirigée contre Donald Trump, pour qu’il commence sa présidence dans un tel état de relations avec la Fédération de Russie.

Vous vous souvenez, nous avons marqué une pause.

Puis le Congrès américain a tout simplement empêché Donald Trump de remettre les relations avec la Russie sur la bonne trajectoire, malgré toutes ses déclarations concernant la volonté de les développer normalement. Quand nous avons compris que les sanctions n’étaient pas gelées ou levées, mais s’élargissaient et s’approfondissaient, nous avons également réagi et avons insisté pour que le nombre de diplomates américains en Russie et de diplomates russes aux États-Unis soit paritaire.

Bien évidemment, nous avons réagi par la fermeture du Consulat général des États-Unis à Saint-Pétersbourg après la même démarche contre notre propriété aux États-Unis.

Je répète que nous sommes prêts à tout moment à régler ces problèmes selon « l’option zéro » pour revenir au fonctionnement normal de nos établissements diplomatiques. J’en ai parlé avec le Secrétaire d’État américain Mike Pompeo. Récemment, je me suis entretenu avec l’Ambassadeur américain en Russie Jon Huntsman qui a terminé sa mission. Selon moi, ils savent qu’un jour nous devons y revenir. Le plus tôt sera le mieux.


http://www.mid.ru/fr/foreign_policy/news/-/asset_publisher/cKNonkJE02Bw/content/id/3858255


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Allocution de Sergueï Lavrov, Ministre des Affaires étrangères de la Fédération de Russie, à la réunion solennelle consacrée aux 85 ans de l’Académie diplomatique du Ministère russe des Affaires étrangères, Moscou, 18 octobre 2019

l'Académie diplomatique du Ministère russe des Affaires étrangères, 80_big l’Académie diplomatique du Ministère russe des Affaires étrangères

Cher Alexandre Vladimirovitch,

Cher Iouri Viktorovitch,

Chers amis,

Collègues,

Aujourd’hui est, bien sûr, une grande date: nous fêtons les 85 ans de l’Académie diplomatique. Indépendamment du nom qu’elle a reçu en 1934, il s’agit de l’Académie diplomatique – une institution qui est devenue une partie inaliénable du service de politique étrangère russe.

Iouri Ouchakov, Assistant du Président de la Fédération de Russie Vladimir Poutine, a transmis les salutations de ce dernier, qui comprenaient notamment une haute appréciation du travail de l’Académie diplomatique. Il a également tenu des propos bienveillants sur cette structure et son nouveau recteur, que je voudrais absolument soutenir.

Quant à moi, je voudrais également dire quelques mots. L’académie a été créée pour former des cadres diplomatiques très professionnels. Elle a parcouru un chemin considérable, a établi ses propres traditions magnifiques en matière de pédagogie et de science. Elle a formé beaucoup d’hommes d’État, de diplomates, de politiciens et de scientifiques qui ont grandement contribué au développement progressif de la Russie, au renforcement de ses positions internationales. Je ne vais mentionner spécialement qu’un seul diplômé de l’Académie, Anatoli Dobrynine, dont nous fêtons le centenaire en 2019.

A différentes époques, l’Académie a été dirigée par des diplomates éminents tels que Viktor Popov, Serguei Tikhvinski, Iouri Kachlev et Iouri Fokine.

Alexandre Iakovenko. 97045e40214d2c884359dcda99b7bdc30ca4a178 Alexandre Iakovenko.

Aujourd’hui, son nouveau recteur est l’Ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire Alexandre Iakovenko, que nous voudrions féliciter encore une fois pour sa nomination à cette haute fonction.

A l’époque de changements frénétiques, l’Académie diplomatique a réussi à s’adapter aux réalités modernes. Aujourd’hui, elle – tout comme le MGIMO – forme toujours les cadres non seulement pour le Ministère des Affaires étrangères, mais aussi pour beaucoup de structures fédérales et régionales de la Fédération de Russie et tout un nombre de corporations et d’associations d’entrepreneurs. La condition la plus importante du travail efficace des diplomates réside dans la volonté de se perfectionner, de vivre avec son temps. Dans ce contexte, il est difficile de surestimer le rôle de l’Académie diplomatique qui met en place un grand nombre de cours spécialisés de perfectionnement professionnel dans un éventail très large de domaines. Les Cours diplomatiques supérieurs destinés aux futurs chefs de nos missions à l’étranger sont toujours demandés. Il s’agit d’une forme de coopération avec sa « maison mère » – le Ministère des Affaires étrangères – qui a une importance pratique directe.

Nous apprécions grandement les études menées à l’Académie diplomatique, qui ont une orientation appliquée et pratique évidente. Elles favorisent en pratique le renforcement de l’activité analytique du Ministère des Affaires étrangères. Nous les utilisons quand nous préparons des décisions concernant la politique étrangère.

Heureusement, l’Académie non seulement conserve, mais aussi développe la bonne tradition de formation et de reconversion professionnelle des diplomates étrangers, de la Communauté des États indépendants, tout comme de l’étranger lointain. Nous continuerons d’accorder tout le soutien nécessaire à ces efforts visant le maintien de la confiance entre nos pays et non peuples. Je salue absolument la volonté du nouveau recteur d’accorder une attention prioritaire à cette activité.

Tout cela aurait été bien sûr impossible sans les professeurs très qualifiés, parmi lesquels figurent des chercheurs reconnus et de hauts responsables de la diplomatie pratique. Je voudrais profiter de l’occasion pour vous remercier tous, mes chers amis, pour votre travail long et méticuleux. Je suis surtout reconnaissant aux vétérans qui continuent de transmettre leur expérience précieuse aux diplomates et aux autres auditeurs de l’Académie. 

Aujourd’hui que la politique étrangère reste troublée, que la Russie fait face à beaucoup de défis extérieurs, on constate une hausse de la demande en spécialistes très érudits et disposant d’un savoir-faire excellent.

Dans ce contexte, je voudrais souligner avec satisfaction que l’Académie perfectionne activement le processus d’enseignement et assure la continuité des meilleures traditions de notre diplomatie liées aux technologies très modernes. On développe de nouveaux domaines, tels que la diplomatie numérique. On examine également l’élargissement des programmes d’éducation à distance. L’Académie diplomatique a déjà lancé la rédaction du Dictionnaire diplomatique sur internet. Parmi d’autres projets prometteurs, on pourrait notamment citer la création de la Bibliothèque diplomatique numérique qu’on envisage de former avec le MGIMO. Il existe d’autres initiatives très intéressantes et prometteuses. Je souhaite à la nouvelle direction du succès dans leur mise en œuvre.

Je suis certain que l’Académie continuera d’aider à résoudre les objectifs responsables dont le Président russe charge le service diplomatique, de contribuer aux efforts communs en matière de réalisation de la politique étrangère du pays. Quant à nous, notre Ministère continuera d’apporter tout notre soutien.

Je voudrais féliciter encore une fois le collectif de l’Académie diplomatique, nos chers vétérans, à l’occasion de cet anniversaire magnifique. Je vous souhaite du succès, du bien-être et tout le meilleur!


http://www.mid.ru/fr/foreign_policy/news/-/asset_publisher/cKNonkJE02Bw/content/id/3858031