3491 – Le 1er octobre, Pékin ouvre une « nouvelle ère de luttes », ne rassure pas l’Occident et compte ses amis

5 octobre 2019 –  François Danjou – Question Chine

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Le 1er octobre dernier, la Chine a célébré sa fête nationale et le 70e anniversaire de l’avènement du Parti au pouvoir avec un faste et un étalage de puissance inédits. Un passage du discours de Xi Jinping, le secrétaire général du Parti en dit long sur le sens de revanche sur l’histoire que le régime donne à l’épisode.

« Ce grand événement marquant la renaissance de la Chine s’inscrit en contraste avec destin misérable de la Chine, qui pauvre et affaiblie, fut victime de brimades et d’humiliations durant plus de 100 ans après l’avènement de l’ère moderne ».

Ayant bien compris que cette trajectoire qui garde un œil sur les outrages qu’ils infligèrent au vieil Empire, tourne désormais le dos à leurs valeurs, les Occidentaux en nourrissent une inquiétude. Celle-ci est aggravée par les quêtes territoriales de Pékin et ses prétentions nouvelles à l’universalisme.

 

La puissante parade militaire du 1er octobre a adressé au monde le signal ambigu d’une Nation affirmant sa volonté de paix au milieu d’une extraordinaire démonstration de puissance.

Alors qu’au-dessus de la place Tian An Men s’envolaient 70 000 colombes de la paix, la première page du Quotidien du Peuple montrant le n°1 du Parti en col Mao militaire, reprenait le nouveau slogan du régime déclarant ouverte une « nouvelle ère de luttes – 奋斗新 时代 ».

Le sinologue américain Lucian Pye, professeur au MIT, décédé en 2008 écrivait que la Chine était « une civilisation prétendant être un État ». Aujourd’hui le régime exprime crânement la synthèse entre d’une part la culture des « caractéristiques chinoises » affirmées au 17e Congrès exprimant une civilisation rejetant les « valeurs universelles » de l’Occident démocratique et, d’autre part, la prévalence d’un État centralisateur et normatif, dilaté en un nationalisme sourcilleux.

Attisé par une intense propagande, l’orgueil national s’était exprimé par la voix de Xi Jinping, lorsque, le 28 mars dernier, à l’Élysée, face à E. Macron, J.C. Junker et A. Merkel qui tentaient un exercice de solidarité européenne, le 1er secrétaire avait rappelé que la Chine avait accompli en seulement 40 années ce que les pays occidentaux avaient mis trois siècles à réaliser.

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Mao Tsé-toung, le 1er octobre 1949, annonçant la création de la République populaire de Chine. – Crédits photo : AFP/AFP

Ce 1er octobre, 70 ans après que Mao ait, du haut du balcon de la Cité interdite, triomphalement proclamé l’avènement de la Chine communiste, le n°1 du Parti a repris les paroles du « Grand Timonier » célébrant la création de La République Populaire « 中国人民共和国 成立了 » et le réveil du peuple chinois « se tenant debout – 中国人民 站起来了- ».

Il y a ajouté l’esprit de résistance face aux vents adverses auxquels les ambassadeurs de Chine sont souvent confrontés dans le monde occidental, déclarant

« qu’aucune force ne parviendra à ébranler le statut de la grande patrie chinoise et les progrès futurs du peuple chinois –没有任何力量能够撼动我们伟大祖国的地位, 没有任何力量能够阻挡中国人民和中华民族的前进步伐. »

Note sur les nouveaux équipements

Le drone armé « LI Jian 利 剑 – sabre tranchant » lors du défilé du 1er octobre editorial_102019_02

Le drone armé « LI Jian 利 剑 – sabre tranchant » lors du défilé du 1er octobre. L’équipement fait entrer la Chine dans un domaine où jusqu’à présent les États-Unis tenaient le haut du pavé. D’une longueur totale de 10 m, avec une envergure de 14 m ce drone furtif supersonique capable d’emporter 2 tonnes de missiles possède une autonomie lui permettant de rester sur zone indéfiniment d’un ravitaillement de carburant à l’autre.

 

Dans un message clairement adressé à Washington, Pékin a présenté un assortiment de ses armes les plus sophistiquées, allant des missiles balistiques intercontinentaux capables de frapper les États-Unis aux drones furtifs en passant par les avions de combat de dernière génération.

La parade du 1er octobre a rassemblé 15 000 hommes défilant au pas de l’oie, 580 unités de combat et 160 aéronefs. Parmi les équipements ayant défilé, citons :

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Le missile DF-17 (DF pour Dong Feng 东风 – vent d’est) embarque un véhicule hypersonique ultramoderne qui rend les missiles presque impossibles à intercepter.

Le J-20 qui a survolé le défilé, 136485693_15014019827911n  Le J-20, le dernier-né des chasseurs furtifs de la Chine

Le J-20 qui a survolé le défilé, est le chasseur de combat chinois le plus récent et le plus avancé. Avion furtif de cinquième génération, sa mise en service toute récente témoigne de la modernisation rapide des forces armées et des capacités de production de l’industrie aéronautique chinoise. Lire : L’aéronautique mondiale à Zhuhai.

chine Le Harbin Z-20 est un hélicoptère polyvalent1841978860.2  Le Harbin Z-20 est un hélicoptère polyvalent

Le Harbin Z-20 est un hélicoptère polyvalent de transport inspiré du Black Hawks américain UH-60.

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Le Drone Lijian 利剑 (sabre tranchant), conçu par l’Institut Aéronautique de Shenyang et fabriqué par Hongdu Aviation Industry Group Ltd. 洪都航空工业集团) est un équipement aéronautique sans pilote qui fait entrer la Chine dans un domaine jusqu’à présent dominé par les États-Unis.

D’une envergure de 14 m et capable de transporter une charge utile similaire à celle d’un avion tactique avec équipage, il est doté de plusieurs munitions guidées d’une tonne et d’un système de guidage par satellite permettant des missions de combat ou de reconnaissance avec un rayon d’action 4 fois supérieur à celui d’un chasseur de combat. Aux pannes techniques près, sa capacité à durer sur zone est illimitée, grâce à ses aptitudes au ravitaillement en vol.

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Le H-6N qui a également survolé le défilé militaire est un bombardier stratégique à long rayon d’action de 12 000 km. Conçu pour transporter des missiles balistiques anti-navires, il est capable d’intervenir depuis n’importe point de l’est de la Chine sur la totalité du théâtre de la mer de Chine du sud et de revenir à sa base sans ravitaillement. Son successeur le H-20 est en cours de mise au point.

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Le DF-100 est un missile de croisière supersonique capable de frapper des cibles à longue distance.

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Le DF-41 est l’un des missiles intercontinentaux existants ayant la plus longue portée au monde, capable de transporter plusieurs ogives nucléaires et de frapper n’importe quelle cible aux États-Unis.

Dramatisation à Hong Kong. Fin de non recevoir à Taipei.

Taiwan Joseph Wu 64 ans, docteur en sciences politiques de l’Université de l’Ohio ministre des Affaires étrangères de Taïwan editorial_102019_03

Avant le 1er octobre Joseph Wu 64 ans, docteur en sciences politiques de l’Université de l’Ohio ministre des Affaires étrangères de Taïwan a dans une interview à DW répété que les relations dans le Détroit ne pourraient s’améliorer que si Pékin reconnaissait que Taïwan avait un statut séparé de la Chine. Il affirme que la condition d’un dialogue dans le Détroit avec Tsai Ing-wen serait que Pékin abandonne ses conditions préalables et ne considère plus que les résultats de négociations seraient acquis d’avance.

L’exercice d’apaisement à usage international visant à désarmer les critiques à propos de Hong Kong, des Musulmans du Xinjiang, des visées impériales de Pékin en mer de Chine du sud et dans le détroit de Taïwan est d’autant plus ambivalent qu’il s’est accompagné d’une démonstration de forces inédite, tribut payé au nationalisme que le Parti ne cesse d’attiser à l’intérieur pour asseoir sa légitimité politique.

Coïncidence néfaste, alors qu’à Hong Kong où la cérémonie officielle aux couleurs du 1er octobre avait été repliée à l’intérieur du palais des congrès, Tsang Chi-kin, un jeune étudiant de 18 ans manifestant dans le quartier de Tsuen Wan au sud des Nouveaux Territoires aux cris de « ce n’est pas une fête, mais un drame national » a été touché à la poitrine par une balle réelle tirée à bout portant par un policier affirmant qu’il était en situation de légitime défense.

Sa vie n’est pas en danger, mais chez les adeptes des droits et au sein des manifestants, l’événement fut un choc, au milieu d’un regain de tensions provoqué par des dizaines de milliers de Hongkongais ayant défié l’interdiction de descendre dans la rue. (Voir la presse de Hong Kong : ‘Day of mourning’ : Protests erupt around Hong Kong districts as China National Day marred by tear gas, clashes

Londres a aussitôt réagi en soulignant que l’utilisation de munitions réelles pour contrôler une manifestation était disproportionnée, tandis que Bruxelles appelait au calme et à la mesure. Le 3 octobre à Hong, pouvoir inflexible portait plainte contre le blessé accusé d’agression contre la police.

Une autre réaction aux affirmations de puissance de Pékin est venue de Taïwan.

Répondant à la proposition du discours de Xi Jinping de « protéger la prospérité et la stabilité à Hong Kong et Macao » associée à l’objectif de d’unifier « tous les enfants de la Chine », y compris, dit-il, ceux de Taïwan, la commission des affaires continentales de l’île a répondu par une longue fin de non-recevoir :

« Au cours des 108 dernières années (depuis 1911), la République de Chine est restée un État souverain, prospère et démocratique et les autorités communistes chinoises doivent accepter la réalité internationale que Taïwan ne fait plus partie de la République populaire depuis sa formation (en 1949) » (…) « “Un pays, deux systèmes“ proposé par Pékin pour gérer les relations entre les deux rives du Détroit n’est pas applicable à Taïwan et ne sera jamais accepté par le peuple taïwanais. »

Circonstance aggravante pour Pékin, même le KMT dont la ligne politique est, contrairement à celle de la Présidente indépendantiste élue en 2016, de réunifier la Chine, a rejeté le discours de Xi Jinping :

« S’il est vrai que tout en nous opposant à l’indépendance de l’Île en vertu du “consensus de 1992“ reconnaissant le principe d’une seule Chine, nous n’accepterons jamais le schéma « d’un pays deux systèmes ».

Le 1er octobre, Chao Chien-min, doyen du département des sciences sociales à l’Université Cultuelle de Taipei commentait le discours de Xi Jinping en regrettant qu’il n’ait pas pris la mesure des changements survenus dans l’Île depuis qu’en janvier dernier. Jetant un froid dans la classe politique taïwanaise, il avait en effet clamé sa volonté inflexible de réunification sous l’égide « d’un pays deux systèmes », réalisation du rêve chinois pour 2049, laissant de surcroît planer l’usage de la force en cas de déclaration d’indépendance.

Il est cependant faux d’affirmer, comme le font nombre de commentateurs que la position du n°1 chinois à l’égard de Taïwan serait restée inflexible.

Cette fois, le discours du n°1 du Parti a prudemment laissé de côté le spectre de l’échéance de 2049 et s’est abstenu de critiquer directement le parti indépendantiste de Tsai Ing-wen et ses déclarations anti-chinoises. Ce qui fait dire à Wang Kung-yi, professeur de sciences politiques à l’université cultuelle de Taipei qu’au moins jusqu’à l’échéance de 19e Congrès en 2022, Xi Jinping n’aurait pas recours à des « initiatives extrêmes » pour ramener l’Île dans le giron chinois.

Mal reçue en Occident, la Chine est mieux appréciée ailleurs.

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La carte éditée par The Economist en 2017 montre le bilan de la démocratie dans le monde. La vérité oblige à dire qu’à quelques exceptions près, notamment en Amérique Latine, en Afrique du sud et quelques pays d’Europe Centrale et Orientale, elle coïncide avec la manière dont la Chine est perçue.

En haussant l’analyse d’un étage force est de constater que le durcissement éloigne la Chine de ses stratégies les plus efficaces d’ambiguïté et d’approche oblique. Abandonnant le flou stratégique permettant de capitaliser sur la « puissance douce » en contraste avec le militarisme américain, il place le pays dans une position de confrontation directe avec nombre de pays occidentaux, à laquelle Pékin n’a rien à gagner.

Une enquête du PEW Research Center conduite du 13 mai au 29 août 2019 auprès de 34 904 personnes donne une image contrastée de la manière dont est vue la Chine dans le monde. Bien que la majorité des sondés dans les différents pays s’accordent à dire que l’influence de la Chine sur la scène mondiale s’est nettement accrue, l’augmentation de son poids stratégique global ne s’est pas nécessairement traduite par une opinion favorable.

A l’exception de la Grèce (51% d’opinions favorables) et de quelques pays des PECO (Bulgarie, Lituanie, Pologne, Hongrie), les majorités des pays d’Europe occidentale ont une perception défavorable, allant de 53% en Espagne à 70% en Suède (en hausse de 17 points par rapport à 2018, et de +11% aux Pays Bas et au Royaume Uni).

Les opinions négatives sur la Chine prévalent également aux États-Unis et au Canada, où respectivement 60% et 67% voient le pays de manière défavorable. Dans les deux pays, c’est l’opinion la plus négative recueillie par les sondages du Centre depuis sa création. Les résultats reflètent aussi la plus grande variation d’une année sur l’autre, conséquence de la guerre commerciale et de l’affaire Huawei

De même, la Chine est moins bien appréciée par la plupart de ses voisins de la région Asie-Pacifique.

Au Japon, 85% déclarent avoir une opinion défavorable – l’appréciation la plus négative de tous les pays étudiés. Plus de la moitié des sondés en Corée du Sud (63%), en Australie (57%) et aux Philippines (54%) partagent ce sentiment. L’appréciation de la Chine s’est également dégradée au cours de 2019. En Indonésie, l’évolution négative récente a été particulièrement marquée avec une hausse des opinions défavorables de 17 points de pourcentage. A propos de l’Indonésie, lire la note n°3 de Dialogue de sourds à Singapour.

Hors Europe et États-Unis, les opinions sont plus partagées, parfois franchement positives voire enthousiastes comme en Russie avec 71% d’opinions favorables. 57% d’Ukrainiens partagent ces vues. Au Moyen-Orient, en Amérique latine et en Afrique subsaharienne ce sont les opinions favorables qui dominent, dans des pourcentages allant de 46% en Afrique du Sud à 70% au Nigeria.

Enfin, globalement les jeunes ont une vue positive de la Chine. Dans 20 pays, les sondés de 18 à 29 ans ont des opinions plus favorables que ceux âgés de 50 ans et plus. Au Brésil, par exemple, les deux tiers (67%) des jeunes adultes ont une opinion positive de la Chine, alors que seulement 40% des plus âgés partagent cet avis.

Des écarts importants existent également en Lituanie (où les points de vue des jeunes adultes sont plus favorables de 25 points), au Mexique (+23 points), en Indonésie (+21), en Australie (+21), en Pologne (+21) et en Ukraine (+20 points).

L’image proposée par PEW est cependant incomplète. Tout au plus peut-elle proposer une tendance. Dans de nombreux pays, en effet, notamment en Asie Pacifique, en Europe de l’Est et en Amérique Latine, les personnes âgées de 50 ans et plus sont moins susceptibles de donner leur avis sur la Chine. Environ un tiers ou plus des personnes âgées en Indonésie, en Ukraine, en Argentine, au Mexique, en Tunisie et au Brésil n’ont pas souhaité donner leur avis.

L’enquête qui montre un ralliement à la Chine des opinions non occidentales recoupe l’appui que Pékin avait reçu des autorités de nombre de pays – allant de la Russie à la Corée du Nord, en passant une vingtaine de pays africains, du Moyen Orient et d’Asie – quand 18 pays européens, rejoints par le Japon, le Canada, l’Australie et la Nouvelle-Zélande, avaient publiquement dénoncé à l’ONU le traitement que Pékin fait subir aux Ouïghour au Xinjiang.

S’il est vrai que cette nébuleuse pro-chinoise est hétéroclite et ambigüe, assez souvent appuyée à des intérêts sonnants et trébuchants, il n’en reste pas moins qu’elle existe, contredisant certaines analyses occidentales spéculant sur l’isolement de Pékin.


source/ https://www.questionchine.net/le-1er-octobre-pekin-ouvre-une-nouvelle-ere-de-luttes-ne-rassure-pas-l-occident-et?utm_source=feedburner&utm_medium=feed&utm_campaign=Feed%3A+questionchine+%28QuestionChine.net%29&artpage=2-2

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