3435 – Sergueï Lavrov, Ministre des Affaires étrangères de la Fédération de Russie ses entretiens > Subrahmanyam Jaishankar, Ministre des Affaires étrangères de la République de l’Inde, Moscou, 28 août 2019 & Manuel Domingos Augusto, Ministre des Affaires étrangères de la République d’Angola, 26 août 2019

DEUX ENTRETIENS & DEUX SERIES DE QUESTIONS

  1. Question: Comment pourriez-vous commenter la récente déclaration du Président américain Donald Trump selon laquelle « à un certain moment la Russie et l’Inde devront lutter contre les terroristes en Afghanistan »?
  2. Question (adressée à Sergueï Lavrov): Monsieur Lavrov, que pense la Russie de l’initiative française d’assouplir les sanctions contre l’Iran?
  3. Question (adressée à Sergueï Lavrov): Au cours du prochain sommet russo-indien et du forum économique, vous avez l’intention d’évoquer de nouveaux secteurs de coopération bilatérale. Comptez-vous populariser des produits russes en Inde? Par exemple, le fromage, le miel, les herbes et d’autres produits de consommation qui pourraient trouver leur marché en Inde.
  4. Question: Le Ministre turc des Affaires étrangères, Mevlüt Cavusoglu, a récemment déclaré qu’il considérait la progression de l’armée syrienne dans la libération de Khan Cheikhoun et d’autres territoires comme une grossière violation de l’esprit aussi bien des accords d’Astana que de Sotchi. Êtes-vous d’accord avec cet avis?
  5. Question: Parmi les membres du G7 a eu lieu un vif débat concernant l’éventuel retour de la Russie dans ce club. Y a-t-il des perspectives de coopération dans ce format? A quelles conditions la Russie pourrait-elle accepter de revenir? Pourrait-elle accepter l’invitation si les États-Unis proposaient de participer au prochain sommet?
  6. Question: Pourriez-vous donner votre avis sur le fait que les États-Unis ont menacé les participants à la Foire internationale de Damas?
  7. Question: Il a été annoncé hier qu’un sommet du « format Normandie » pourrait se réunir prochainement. Prévoit-on une réunion ministérielle en amont? Si oui, quand pourrait-elle avoir lieu?

Allocution et réponses à la presse de Sergueï Lavrov, Ministre des Affaires étrangères de la Fédération de Russie, lors d’une conférence de presse conjointe à l’issue de son entretien avec Subrahmanyam Jaishankar, Ministre des Affaires étrangères de la République de l’Inde, Moscou, 28 août 2019

Les pourparlers que nous venons de mener avec mon homologue indien ont été constructifs et utiles. Il s’agit de notre première rencontre en plein format avec Subrahmanyam Jaishankar en sa qualité de nouveau chef de la diplomatie indienne.

Nous nous sommes entendus aujourd’hui pour renforcer notre partenariat stratégique très privilégié, notamment en politique étrangère. Ce partenariat est important en soi, n’est pas soumis aux fluctuations conjoncturelles, et est soutenu activement au plus haut niveau lors des entretiens réguliers entre le Président russe Vladimir Poutine et le Premier ministre indien Narendra Modi, qui se sont rencontrés cinq fois l’an dernier et déjà deux fois cette année.

Nous avons accordé aujourd’hui une attention particulière à la préparation de la visite du Premier ministre indien Narendra Modi en Fédération de Russie, dans le cadre de laquelle il s’entretiendra avec Vladimir Poutine et participera au 5e Forum économique oriental de Vladivostok en tant qu’invité principal. Nous avons évoqué en détail le contenu substantiel de cette visite. Nous sommes parvenus à la conclusion que nous étions sur la bonne voie.

Nous avons constaté une dynamique positive des liens commerciaux et économiques. L’an dernier, les échanges ont augmenté de plus de 17% pour atteindre près de 11 milliards de dollars. Un bon rythme est maintenu cette année.

Le Ministre indien des Affaires étrangères Subrahmanyam Jaishankar étudiera plus en détail les questions relatives à notre coopération commerciale, économique et d’investissement après notre entretien en rencontrant le vice-Premier ministre Iouri Borissov en sa qualité de coprésident de la Commission intergouvernementale pour la coopération commerciale, économique, scientifique, technique et culturelle.

RUSSIE borisov  Vice-premier ministre RUSSE  Yuri Borisov.

Nous avons tous les deux un avis positif sur l’état et les perspectives de la coopération militaro-technique, y compris la possibilité d’élargir la production conjointe de modèles d’armement modernes. Nous sommes convenus de renforcer la coopération diversifiée dans la conquête spatiale, dans le secteur de l’énergie nucléaire et d’autres domaines du secteur des hautes technologies.

Nous avons évoqué, à partir de positions proches ou similaires, les principaux problèmes de l’agenda régional et mondial. Nous sommes d’accord sur la nécessité de bâtir le dialogue interétatique sur les principes de la Charte de l’Onu, en respectant le droit des peuples à choisir eux-mêmes leur modèle de développement. Nous entretenons une coopération et une coordination étroites dans le cadre de l’Onu, du G20, des Brics, de l’OCS et des RIC.

Nous avons abordé plusieurs questions spécifiques, notamment la nécessité d’intensifier le travail au format Russie-Inde-Chine pour la mise en place du Corridor de transport international Nord-Sud. Les autorités compétentes poursuivent des consultations approfondies sur ce thème.
Nous avons noté également que l’approfondissement de la coopération commerciale et économique avec New Delhi était au centre de l’attention de l’Union économique eurasiatique (UEE). A ce jour ont été remplies toutes les procédures nécessaires pour ouvrir les négociations officielles afin de conclure un accord sur la zone de libre-échange entre l’UEE et l’Inde. Le lancement imminent des pourparlers marquera une étape importante dans la coopération entre l’Inde et l’UEE.
Russian President Vladimir Putin is expected to tie up arms deals worth billions of dollars with Indian Prime Minister Narendra Modiafp-a45659310fd1c8a26e364ff8584cbf829e13f339  Russian President Vladimir Putin is expected to tie up arms deals worth billions of dollars with Indian Prime Minister Narendra Modi

Dans l’ensemble, les résultats de cette rencontre, comme je l’ai déjà dit, soulignent le caractère particulièrement privilégié de notre partenariat stratégique. Des deux côtés s’exprime la ferme intention de remplir les directives du Président russe Vladimir Poutine et du Premier ministre indien Narendra Modi visant à approfondir ces relations.

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Question: Comment pourriez-vous commenter la récente déclaration du Président américain Donald Trump selon laquelle « à un certain moment la Russie et l’Inde devront lutter contre les terroristes en Afghanistan »?

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Sergueï Lavrov: La lutte contre le terrorisme et le trafic de drogue qui l’alimente est au centre de notre position sur l’Afghanistan, et constitue l’objectif de tous nos efforts entrepris au format de Moscou et dans le cadre de l’activité du trio Russie-États-Unis-Chine. C’est un travail auquel nous voudrions associer d’autres pays également, notamment l’Inde, le Pakistan et l’Iran.

Tous ces efforts visent à contribuer à un règlement politique en Afghanistan, qui serait acceptable pour tous les principaux groupes politiques ethno-confessionnels, s’appuierait sur un consensus national et exclurait les menaces du terrorisme, de l’extrémisme, et du trafic de drogue émanant du territoire afghan. Cette position coïncide avec les principales approches de nos amis indiens et la plupart des autres pays qui participent au travail pour contribuer à un tel règlement.

Plus concrètement, nous apportons et continuerons d’apporter une contribution à l’équipement de l’armée afghane et des forces de sécurité de l’Afghanistan. Pour l’instant, elles ne sont pas encore capables d’agir de manière autonome pour éradiquer la menace terroriste, c’est pourquoi ces efforts doivent se poursuivre. Bien évidemment, la lutte contre le terrorisme doit être menée sans « double standard » d’aucune sorte.
Pour de nombreuses raisons, y compris les guerres déclenchées par les États-Unis et leurs alliés en Irak, en Libye et en Syrie, Daech se répand déjà dans d’autres pays, notamment en Afghanistan où Daech cherche à « se retrancher » au Nord pour y créer un avant-poste afin de projeter son activité sur nos alliés en Asie centrale.
Des communiqués inquiétants, apparus depuis longtemps et qui se poursuivent, indiquent que certains de nos collègues occidentaux appliquent des doubles standards vis-à-vis de ce groupe terroriste interdit par le Conseil de sécurité des Nations unies et cherchent à les utiliser pour leurs fins géopolitiques unilatérales en Afghanistan.

Je ne vais pas entrer dans les détails, nous menons une discussion à ce sujet avec les États concernés. Je peux seulement affirmer qu’en ce qui concerne les problèmes afghans, nos positions coïncident pratiquement  avec celles de la partie indienne. Nous sommes convenus aujourd’hui de perpétuer l’étroite coordination que nous avons établie sur ce thème.

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Question (adressée à Sergueï Lavrov): Monsieur Lavrov, que pense la Russie de l’initiative française d’assouplir les sanctions contre l’Iran?

Sergueï Lavrov: En ce qui concerne les initiatives avancées par le gouvernement français pour surmonter la crise autour du Plan d’action global commun sur le programme nucléaire iranien, le Président russe Vladimir Poutine et le Président français Emmanuel Macron se sont entretenus en détail à ce sujet il y a une semaine à Brégançon lors du sommet franco-russe extraordinaire.

FRANCE RUSSIE 2019 19210291lpw-19210295-article-jpg_6435818_660x281     Emmanuel Macron a accueilli Vladimir Poutine au fort de Brégançon
Le Président russe Vladimir Poutine a soutenu la proposition du Président français Emmanuel Macron de rétablir le Plan d’action et toutes les ententes qu’il implique. Quant aux démarches concrètes en ce sens (je ne vais pas m’arrêter dessus car c’est encore un processus de négociations et de consultations confidentielles), elles ne seront productives que si elles étaient acceptables pour tous les membres du Plan d’action, l’Iran y compris. Nous serons prêts à contribuer à un tel résultat.

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Question (adressée à Sergueï Lavrov): Au cours du prochain sommet russo-indien et du forum économique, vous avez l’intention d’évoquer de nouveaux secteurs de coopération bilatérale. Comptez-vous populariser des produits russes en Inde? Par exemple, le fromage, le miel, les herbes et d’autres produits de consommation qui pourraient trouver leur marché en Inde.

Sergueï Lavrov: Merci d’avoir mentionné le fromage parmi les exploits de l’agriculture russe. Cela montre que la politique de substitution aux importations ne fonctionne pas seulement en Russie, mais a également été reconnue dans le monde entier, du moins dans la plus grande démocratie du monde actuel.

RUSSIE INDE Les livraisons de missiles BrahMos pour les Su-30MKI de l’Armée de l’air indienne pourraient débuter dès 2019 1025532428  Les livraisons de missiles BrahMos pour les Su-30MKI de l’Armée de l’air indienne pourraient débuter dès 2019
Nous n’avons pas besoin de populariser spécialement nos produits en Inde parce que nos partenaires indiens connaissent très bien le marché russe. Nous avons des contacts très étroits au niveau des ministères et des établissements concernés, des entreprises privées et publiques. Nos marchés respectifs ont été très bien étudiés. Les partenaires indiens sont très bien informés de nos capacités dans différents domaines – pas seulement dans la production de fromage et de miel, mais également dans le secteur des hautes technologies. De plus, depuis plusieurs années sont menés plusieurs projets pour l’utilisation de technologies russes en Inde, notamment dans le secteur civil et dans le domaine militaro-technique.
Apres-son-triomphe-le-Premier-ministre-indien-Narendra-Modi-prepare-son-deuxieme-mandat               Le Premier ministre indien Narendra Modi à New Delhi, le 23 mai 2019. Adnan Abidi / Reuters
Nous essayons de tenir compte pleinement du programme appelé « Fabrique en Inde » avancé par le Premier ministre indien Narendra Modi. Nous élaborons volontiers des projets concrets. Je pense que le sommet de Vladivostok qui se tiendra en marge du Forum économique oriental apportera des résultats concrets supplémentaires en ce sens.

SOURCE/ http://www.mid.ru/fr/foreign_policy/news/-/asset_publisher/cKNonkJE02Bw/content/id/3763665


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Allocution et réponses à la presse de Sergueï Lavrov, Ministre des Affaires étrangères de la Fédération de Russie, lors de son entretien avec Manuel Domingos Augusto, Ministre des Affaires étrangères de la République d’Angola, Moscou, 26 août 2019

ANGOLA RUSSIE 29.08.2019 Manuel Domingos Augusto, Ministre des Affaires étrangères de la République d'Angola пкф

Chers mesdames et messieurs,

Nous venons de mener un très bon entretien. Nous avons évoqué en détail l’état des relations bilatérales entre la Russie et l’Angola, ainsi que notre coopération sur la scène internationale.

Nos pays sont liés par des liens d’amitié et de coopération de longue date, remontant à l’époque de la lutte du peuple de l’Angola pour sa liberté et son indépendance.

Nous avons constaté le niveau élevé d’entente et de confiance, qui se renforce. Nous avons évoqué en profondeur les orientations concrètes de la coopération bilatérale, notamment dans les domaines faisant l’objet des ententes conclues lors de la visite officielle du Président de l’Angola Joao Lourenço en Russie en avril dernier, et de son entretien avec le Président russe Vladimir Poutine.

Russie Président João Lourenço Vladimir Poutine (à dr.)0,6dbdb83b-3df6-45b4-9e55-af8a4c4d9254--r--NjQweDM0NQ== Président de l’Angola Joao Lourenço en Russie en avril dernier, et de son entretien avec le Président russe Vladimir Poutine.
Nous nous sommes prononcés pour un élargissement du dialogue politique. Nous avons noté que nos liens commerciaux et économiques allaient crescendo, ce qui correspond à notre aspiration mutuelle à faire passer le partenariat d’affaires bilatéral au niveau supérieur.
Nous poursuivons la préparation de la mise en œuvre de plusieurs projets mutuellement bénéfiques dans le secteur de l’industrie et de la production minière, notamment de diamants, ainsi que dans le secteur de l’énergie, de la pêche, des transports, du complexe agro-industriel, de la communication spatiale, dans le domaine financier et monétaire, ainsi que de la coopération militaro-technique.

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Nous sommes convenus que la prochaine réunion du Comité intergouvernemental russo-angolais pour la coopération militaro-technique se tiendra au second semestre de l’année et constituera le prochain pas dans ce sens.
Dans le secteur économique, les compagnies russes s’intéressent de plus en plus au marché angolais, vaste et prometteur. Nous sommes convenus de continuer d’apporter une contribution à nos milieux d’affaires pour établir des contacts directs, notamment dans le cadre de la Commission intergouvernementale russo-angolaise pour la coopération économique, scientifique et technique et pour le commerce.
Le Conseil d’affaires russo-angolais, créé en mars dernier, sera d’une grande aide en la matière.
En marge du sommet Russie-Afrique des 23 et 24 octobre à Sotchi  sont prévus une réunion des coprésidents de la Commission intergouvernementale et un dialogue avec la participation de compagnies russes et angolaises qui interagissent dans le cadre de nos plans d‘approfondissement de la coopération économique.
Nos échanges socioculturels et interrégionaux se développent bien. Nous avons noté la bonne pratique et la bonne expérience de formation de spécialistes angolais dans les universités russes. Actuellement, près de 1.120 Angolais étudient dans des universités russes et encore une vingtaine de personnes suivent leurs études dans les établissements du Ministère russe de l’Intérieur.
Nous nous sommes mis d’accord pour poursuivre le perfectionnement de la base juridique et contractuelle bilatérale dans des domaines comme la reconnaissance réciproque des documents d’éducation, l’instauration et les conditions de l’activité de centres culturels et d’information, la coopération dans les situations de crise, l’usage pacifique de l’énergie nucléaire, la navigation commerciale et d’autres.

Nous avons échangé nos avis sur les problèmes d’actualité régionaux et internationaux à partir d’approches convergentes ou coïncidentes. Nos pays sont d’accord sur la nécessité de respecter rigoureusement le droit international en parfaite conformité avec la Charte de l’Onu.

Cela implique avant tout le respect de la souveraineté de chaque État, le principe de non-ingérence dans les affaires intérieures et, bien sûr, la prise en compte de la diversité culturelle et civilisationnelle du monde contemporain, où chaque nation a le droit de déterminer elle-même ses voies de développement.

En s’appuyant sur ces principes fondamentaux, nous coopérons étroitement à l’Onu, nous nous soutenons. Nous remercions nos amis angolais pour la co-rédaction et leur vote favorable à toutes les initiatives principales de la Russie à l’Onu.

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Il a été très utile d’entendre l’avis de nos amis angolais sur la situation en Afrique, notamment dans les points chauds, comme la RDC et dans l’ensemble la région des Grands lacs, la Centrafrique et d’autres. Nous tenons en grande estime le rôle de maintien de la paix actif de l’Angola dans la contribution au règlement des conflits sur le continent africain.
Nous sommes convaincus, comme nos amis angolais, que le règlement des problèmes sur le continent nécessite une approche globale qui implique des actions concertées des Africains eux-mêmes avec le soutien de la communauté internationale. De notre côté, nous avons réaffirmé notre disposition à contribuer, notamment en tant que membre permanent du Conseil de sécurité des Nations unies, au renforcement de la stabilité et de la sécurité en Afrique.

La coopération des organisations et des États africains avec les Brics est un axe important des relations internationales contemporaines. Nous sommes convenus de poursuivre la pratique introduite en 2018, quand les représentants des principales organisations sous-régionales africaines avaient assisté au sommet des Brics.

Je voudrais souligner tout particulièrement que sur un problème aussi sérieux que la nécessité de réformer le Conseil de sécurité des Nations unies, la Russie prône fermement la plus large entente possible avec une attention prioritaire au règlement du principal défaut de la composition actuelle du Conseil de sécurité: la représentativité insuffisante des pays émergents.

Toute réforme du Conseil de sécurité des Nations unies doit avoir pour objectif principal une hausse de la représentativité de l’Asie, de l’Amérique latine et obligatoirement du continent africain. En septembre 2019, la Russie présidera le Conseil de sécurité des Nations unies. L’une de nos activités clés concernera l’aide aux Africains dans le règlement de leurs problèmes en matière de crises, de conflits et d’autres situations.

Dans l’ensemble, nous sommes satisfaits par le bilan de ces pourparlers. Je suis certain que la visite du Ministre des Affaires étrangères de la République d’Angola Manuel Domingos Augusto contribuera à faire avancer la coopération russo-angolaise. Je vous remercie.

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Question: Le Ministre turc des Affaires étrangères, Mevlüt Cavusoglu, a récemment déclaré qu’il considérait la progression de l’armée syrienne dans la libération de Khan Cheikhoun et d’autres territoires comme une grossière violation de l’esprit aussi bien des accords d’Astana que de Sotchi. Êtes-vous d’accord avec cet avis?

TURQUIE Le Ministre turc des Affaires étrangères, Mevlüt Cavusoglu cavusoglu-768x433 Le Ministre turc des Affaires étrangères, Mevlüt Cavusoglu

Sergueï Lavrov: En ce qui concerne les événements dans la zone de désescalade d’Idleb, notamment dans la région de Khan Cheikhoun et les environs, les forces armées syriennes agissent avec notre soutien et n’enfreignent aucun accord. Le Président russe Vladimir Poutine a déclaré plusieurs fois que les accords de septembre dernier prévoyaient la mise en place d’une zone de désescalade et la garantie du cessez-le-feu des groupes armés illégaux, tout en sachant que les terroristes désignés comme tels par le Conseil de sécurité des Nations unies n’échappaient pas aux décisions prises au Conseil de sécurité des Nations unies. Ils n’étaient initialement pas concernés par le cessez-le-feu.

Il est devenu clair que non seulement les terroristes ne s’étaient pas calmés, mais qu’en plus ils renforçaient leur activité provocatrice depuis la zone d’Idleb, en attaquant les positions de l’armée syrienne, les sites civils, ainsi que la base aérienne russe de Hmeimim.

Au début de l’année, nous nous sommes entendus une nouvelle fois avec nos collègues turcs sur la nécessité de créer à l’intérieur de la zone de désescalade d’Idleb une bande démilitarisée pour empêcher la présence d’armements susceptibles d’atteindre les sites mentionnés de l’armée syrienne, les sites civils et notre base militaire.

Pour que cette bande démilitarisée fonctionne, nos partenaires turcs y ont mis en place plusieurs postes de surveillance. Nous avons suggéré d’organiser des patrouilles conjointes. Nous n’y parvenons pas pour l’instant. Malgré toutes les mesures prises, y compris la création de postes de surveillance de l’armée turque, les tirs en provenance de la zone d’Idleb, comme nous l’avons dit à plusieurs reprises, ont continué notamment « au-dessus de la tête » des observateurs turcs et sont même devenus, dans une certaine mesure, plus intenses.
Afin d’empêcher de telles violations et activités provocatrices inadmissibles, nous frappons évidemment les cibles d’où émane la menace pour le territoire syrien et celui de notre base aérienne. Il n’a jamais été convenu de ne pas entreprendre de telles ripostes contre les structures terroristes lançant des attaques.
C’est pourquoi, quand l’armée syrienne a éliminé le foyer de Khan Cheikhoun, cela a été fait de manière parfaitement légitime et cela était nécessaire pour atteindre les objectifs fixés par le Conseil de sécurité des Nations unies pour régler la crise en Syrie.
Je voudrais noter que nous entendons trop souvent des déclarations émotives concernant les souffrances de la population civile et la violation du droit humanitaire international lors des activités de l’armée syrienne avec le soutien de l’aviation russe à Idleb. On énumère les hôpitaux qui auraient été sciemment détruits, on propage d’autres allégations.
SYRIE 28.08.2019 la zone de désescalade d’Idleb 5d6621b91876e la zone de désescalade d’Idleb 28/08/2019
Je voudrais une nouvelle fois exprimer l’espoir que les médias internationaux et la communauté journalistique s’appuieront tout de même finalement sur des faits, et non sur les affirmations mentionnées, d’autant que la plupart de ces insinuations proviennent du groupe tristement célèbre des Casques blancs.
Nous savons bien qui ils sont. Nous ferons tout pour que les journalistes puissent voir de leurs propres yeux ce qui fait l’objet de la campagne actuelle, tellement nerveuse.

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Question: Parmi les membres du G7 a eu lieu un vif débat concernant l’éventuel retour de la Russie dans ce club. Y a-t-il des perspectives de coopération dans ce format? A quelles conditions la Russie pourrait-elle accepter de revenir? Pourrait-elle accepter l’invitation si les États-Unis proposaient de participer au prochain sommet?

RUSSIE Sergueï Lavrov 1019834533-e1534761874159-730x410 Sergueï Lavrov

Sergueï Lavrov: En ce qui concerne le G8 ou le G7, même sans nous ils n’ont rien pu y signer. En commentant ce thème il y a une semaine lors de son entretien avec le Président français Emmanuel Macron, le Président russe Vladimir Poutine a déclaré que le G8 n’existait plus depuis longtemps – c’est ce qu’ont décidé nos partenaires occidentaux.

Nous travaillons activement et de manière productive dans d’autres formats à présent: les Brics, l’OCS, les associations d’intégration dans l’espace post-soviétique, le G20, sans parler de l’Onu.

Jamais, durant toutes ces années, nous n’avons mentionné le thème du G8 avec qui que ce soit, et nous n’y avons jamais fait allusion en établissant nos plans en politique étrangère. Tout à coup les collègues occidentaux se sont souvenus du G8, et ce immédiatement dans des commentaires publics. Certains ont parlé de la nécessité de faire renaître le G8, d’autres se sont mis à avancer des conditions. Ou encore, au lieu de reformer le G8, d’inventer une sorte de G7+1. Cela donne l’impression que les membres du G7 cherchent à se convaincre ou à se dissuader eux-mêmes.
Comme je l’ai déjà dit, nous l’avons appris dans les déclarations publiques de certains collègues occidentaux. Nous n’avons émis aucune requête à ce sujet et nous n’avons pas l’intention de le faire. La vie a beaucoup avancé.
Comme l’a dit le Président russe Vladimir Poutine à Brégançon, nous n’évitons pas les contacts avec les pays membres du G7 mais en ce qui concerne l’économie mondiale et la politique, notamment financière, les principales questions se décident actuellement au G20. Il y a tous les membres du G7, tous les membres des Brics.

Nos positions au G20 sont définies par les approches coordonnées dans le groupe des Brics. C’est bien connu. Il faut partir de cette réalité.

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Question: Pourriez-vous donner votre avis sur le fait que les États-Unis ont menacé les participants à la Foire internationale de Damas?

SANA La 61e édition de la Foire internationale de Damas a connu aujourd’hui dans son 3e jour un afflux considérable des visiteurs 01-7 Damas-SANA/ La 61e édition de la Foire internationale de Damas a connu aujourd’hui dans son 3e jour un afflux considérable des visiteurs pour participer à ses activités culturelles et économiques
Sergueï Lavrov: La Foire internationale de Damas s’ouvre dans quelques jours. Nous avons entendu que les États-Unis avaient menacé de sanctions tous ceux qui comptaient y participer en partant du principe que toute présence à cette activité signifierait un « soutien », comme ils disent, au « régime syrien ». C’est une rhétorique bien connue, que nous entendons régulièrement concernant la Syrie et bien d’autres pays où les gouvernements adoptent des positions autonomes au lieu d’avancer sous la houlette de quelqu’un.

Par ailleurs, je voudrais souligner une circonstance qui n’est pas mentionnée par l’administration américaine concernant les menaces visant tous les participants à la Foire internationale de Damas.

Je fais allusion à ce que fait l’administration américaine et ce qu’elle appelle ses alliés à faire sur la rive Est de l’Euphrate.

SYRIE USA Après Daech, les USA ont mis la main sur la contrebande pétrolière en Syrie  29.07.2019 36013261-32343420 Après Daech, les USA ont mis la main sur la contrebande pétrolière en Syrie  29/07/2019

Ils s’y comportent de manière complètement différente: non seulement ils n’interdisent pas à qui que ce soit de réaliser des projets de l’autre côté de l’Euphrate, mais en plus ils appellent instamment leurs alliés dans la région et en Europe à tout faire pour y rétablir une vie normale, l’infrastructure, et engager des démarches pour régler les problèmes humanitaires et, sur le plus long terme, créer les conditions pour un fonctionnement normal de ce territoire.
Je laisse de côté la question du réalisme de cette vision dans un contexte où on ne parvient toujours pas à s’entendre sur le règlement des problèmes militaro-politiques, la garantie de la sécurité.

Vous le savez, il y a des discussions entre les États-Unis et la Turquie, entre les Kurdes et les Arabes. La situation n’est pas simple. Mais je le dis seulement pour souligner le caractère inadmissible d’une approche par laquelle, en promouvant une telle ligne vis-à-vis de la rive Est de l’Euphrate, les États-Unis visent à saper la souveraineté et l’intégrité territoriale de la Syrie.

C’est une grossière violation des engagements que les États-Unis ont endossés avec tous les autres membres de la communauté internationale en votant pour la résolution du Conseil de sécurité des Nations unies qui réaffirme clairement l’immuabilité de la souveraineté et de l’intégrité territoriale de la Syrie.

J’espère que nos partenaires américains seront plus respectueux du droit international. Bien que leurs actions vis-à-vis du programme nucléaire iranien, de l’Accord de Paris sur le climat, ou encore du Traité sur les forces nucléaires à portée intermédiaire, ne permettent pas d’espérer que nos appels seront entendus.

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Question: Il a été annoncé hier qu’un sommet du « format Normandie » pourrait se réunir prochainement. Prévoit-on une réunion ministérielle en amont? Si oui, quand pourrait-elle avoir lieu?

UKRAINE RUSSIE Le président ukrainien Volodymir Zelensky et le président russe Vladimir Poutine. aout 2019 5d4ae353488c7be1028b4567Le président ukrainien Volodymir Zelensky et le président russe Vladimir Poutine. 

Sergueï Lavrov: Nous avons dit plusieurs fois que le « format Normandie » était utile. Le Président russe Vladimir Poutine l’a réaffirmé lors de sa rencontre avec le Président français Emmanuel Macron au fort de Brégançon.

Mais nous rappelons constamment à nos partenaires que pour éviter d’écorner l’autorité de ce format, il faut garantir la mise en œuvre des décisions qu’il a prises auparavant.

L’une des ces décisions concerne la séparation des forces et des moyens, en commençant par trois régions.

UKRAINE 2019 JUIN lnr-stanitsa-louganskaya1-6ef56 … Ainsi, hier à 12 h 00, les deux parties (Ukraine et RPL) ont tiré des fusées de signalisation blanches pour indiquer qu’ils étaient prêts à s’engager dans le processus. Puis à 12 h 15, les deux armées ont tiré des fusées de signalisation vertes, pour indiquer que le désengagement a enfin commencé.https://www.agoravox.fr/actualites/international/article/retrait-des-forces-a-stanitsa-216198

A Stanitsa Louganskaïa, qui était la pierre d’achoppement à cause de la position complètement destructive du régime de Piotr Porochenko, la séparation a enfin commencé. Elle a même déjà sérieusement avancé.

A présent, les parties ont commencé à supprimer les fortifications des deux côtés de la ligne de contact. Il y a un dialogue sur la réparation du pont de Stanitsa Louganskaïa. C’est une évolution très positive.

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Après cela, il faudra organiser de nouveau la séparation des forces et des moyens de deux autres régions désignées par le « format Normandie »: Petrovskoe et Zolotoe.

La séparation y a eu lieu, mais ensuite les forces armées ukrainiennes y sont revenues « en régime rampant ». Le groupe de contact s’en occupe. J’espère que la séparation des forces et des moyens aura lieu dans les trois régions, et que le « format Normandie » pourra s’entendre pour étendre cette pratique à toute la ligne de contact. Cela serait très important.

La deuxième condition à remplir est de fixer sur le papier, au niveau juridique, la « formule de Steinmeier » selon laquelle le statut particulier des territoires du Donbass sera décrété provisoirement le jour des élections et à titre permanent quand les observateurs de l’OSCE présenteront leur rapport confirmant que les élections ont été libres et justes. Je pense que c’est le minimum, bien connu de tous, et qui est nécessaire pour parler d’un nouveau sommet au « format Normandie ».

Quant au contact ministériel, vous le savez, nous n’avons pas encore de partenaire en Ukraine. Le gouvernement n’y est pas encore constitué. Avant de parler et de planifier des contacts au « format Normandie », nous voudrions comprendre comment le nouveau gouvernement, quand il sera constitué, déterminera sa position concernant les Accords de Minsk. Tout comme nos partenaires allemands et français, nous espérons vraiment que le nouveau gouvernement confirmera clairement son attachement aux Accords de Minsk.
Cette réaffirmation est d’autant plus sollicitée qu’en période de campagne et immédiatement après les élections, nous avons entendu de nombreuses déclarations contradictoires de la part des représentants de la nouvelle administration, du nouveau bureau du président ukrainien, qui allaient à l’encontre des engagements de Kiev dans le cadre de ce document important.

C’est pourquoi je souligne une nouvelle fois que la réaffirmation de l’attachement aux Accords de Minsk par le gouvernement ukrainien aura une très grande importance.


SOURCE/ http://www.mid.ru/fr/foreign_policy/news/-/asset_publisher/cKNonkJE02Bw/content/id/3760193

2 réflexions au sujet de « 3435 – Sergueï Lavrov, Ministre des Affaires étrangères de la Fédération de Russie ses entretiens > Subrahmanyam Jaishankar, Ministre des Affaires étrangères de la République de l’Inde, Moscou, 28 août 2019 & Manuel Domingos Augusto, Ministre des Affaires étrangères de la République d’Angola, 26 août 2019 »

  1. […] 31 AOÛT 2019 SANSAPRIORIAFRIQUE & MOYEN ORIENT, AMÉRIQUES, CHINE & ASIE, EUROPE UE, FRANCE, GÉOPOLITIQUE – ECONOMIE, GUERRE, POLITIQUE INTERNATIONALE, RUSSIE – B.R.I.C.S & ASIE, SOCIÉTÉ, TERRORISME, USAACCORDS D’ASTANA, ACCORDS DE MINSK, AFGHANISTAN, ASIE CENTRALE, BRICS, COOPÉRATION BILATÉRALE, DAESH, DONALD TRUMP, DONBASS, EMMANUEL MACRON, FOIRE INTERNATIONALE DE DAMAS, FORMAT NORMANDIE, FORUM ÉCONOMIQUE ORIENTAL DE VLADIVOSTOK, FORUM ECONOMIQUE, G20, G7, INDE, IRAN, KHAN CHEIKHOUN (SYRIE), KURDES, LIBYE, MANUEL DOMINGOS AUGUSTO (ANGOLA), MEVLUT CAVUSOGLU, MINISTÈRE RUSSE DES AFFAIRES ETRANGÈRES, NARENDRA MODI, OSCE, RÉPUBLIQUE D’ANGOLA, RUSSIE – INDE, SERGUEÏ LAVROV, SOMMET RUSSO-INDIEN, SOTCHI, SUBRAHMANYAM JAISHANKAR, SYRIE, TURQUIE, USA, VLADIMIR POUTINE, VOLODYMIR ZELENSKY (UKRAINE), YURI BORISOV (RUSSIE) […]

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