1/ Ukraine : vers une majorité absolue au Parlement du parti du président Zelensky
2/ Ukraine : victoire massive pour le président Zelensky aux législatives
3/ Sviatoslav Vakartchouk, rockeur, physicien et nouvelle sensation politique en Ukraine

1/ Ukraine : vers une majorité absolue au Parlement du parti du président Zelensky
Journal La Croix – AFP – 21/07/2019
Le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, s’adressant à ses partisans à Kiev, le 21 juillet 2019. Genya Savilov, AFPLe nouveau président ukrainien Volodymyr Zelensky a désormais les mains libres pour remplir sa promesse de transformer son pays en profondeur, son parti se dirigeant vers une majorité absolue au Parlement à l’issue des législatives anticipées.
Trois mois après l’élection triomphale de cet ex-comédien novice en politique sur la promesse de « casser le système », sa formation a atteint un score inédit dimanche, provoquant un renouvellement radical du personnel politique en Ukraine.
Son pari de rapidement dissoudre un Parlement hostile pour asseoir son pouvoir semble largement réussi au vu des résultats partiels rendus publics lundi, ce qui devrait lui permettre d’éviter les traditionnelles tractations pour former un gouvernement et de réformer un pays confronté à un conflit armé avec des séparatistes prorusses et à de graves difficultés économiques.
Le parti pro-occidental Serviteur du peuple, ainsi baptisé d’après le nom de la série télévisée dans laquelle M. Zelensky joue le rôle d’un président, a obtenu 42,8% des voix, selon les résultats fournis par la Commission électorale à l’issue du dépouillement de 80% des bulletins.
D’après les projections de plusieurs médias ukrainiens, ce score national, combiné à des scrutins locaux, donne au parti présidentiel près de 250 des 450 sièges au Parlement monocaméral.
Ce serait la première fois qu’un parti parviendrait à une telle majorité aux législatives depuis l’indépendance de cette ex-république soviétique aux portes de l’Union européenne. La participation a été cependant historiquement basse, inférieure à 50%.

Élections législatives en Ukraine / AFP
Quatre autres partis franchissent le seuil de 5% des suffrages nécessaire pour entrer au Parlement.
Il s’agit des prorusses de la Plateforme d’opposition (13%), suivis de trois formations pro-occidentales :
- Solidarité européenne de l’ex-président Petro Porochenko (8,3%),
- Patrie de l’ex-Première ministre Ioulia Timochenko (8,1%)
- et le parti Golos (Voix) qui n’a été fondé qu’en mai par la star du rock ukrainien Sviatoslav Vakartchouk (6,1%).
Sur les 450 sièges du Parlement, 26 ne seront pas pourvus, en Crimée, une péninsule ukrainienne annexée en 2014 par la Russie, et dans les territoires séparatistes de l’est.
Les observateurs internationaux de l’Organisation pour la coopération et sécurité en Europe (OSCE) ont estimé lundi que le vote avait été organisé dans le « respect des libertés fondamentales », relevant toutefois la persistance de « mauvaises pratiques » comme « l’achat de voix endémique », des « abus de pouvoir » ainsi qu’une couverture médiatique biaisée pendant la campagne.
– Usurpation du pouvoir –
Dès dimanche soir, M. Zelensky a fixé ses « principales priorités » : la fin de la guerre avec les séparatistes prorusses dans l’Est, qui a fait près de 13.000 morts en cinq ans, et la lutte contre la corruption.

Dépouillement des bulletins de vote après le scrutin des législatives, le 21 juillet 2019 à Kiev, en Urkaine / AFP
« Nous ne laisserons pas tomber les Ukrainiens », a-t-il assuré.
La diplomatie russe a dit compter sur la nouvelle majorité pour mettre à profit « la confiance du peuple ukrainien dans des buts pacifiques et pour le bien de la population de tout le pays », avertissant qu’elle jugerait le pouvoir « sur ses actions pratiques ».
Triomphalement élu en avril, M. Zelensky, un expert des réseaux sociaux et auteur de sorties insolites rompant avec le style traditionnel de ses prédécesseurs, a dissous dès son investiture le Parlement, qui lui était très hostile, et convoqué des législatives anticipées. Sans majorité absolue au Parlement, il ne pouvait pas choisir de Premier ministre ni entreprendre de réelles réformes.

Un bureau de vote lors des élections législatives, le 21 juillet 2019 à Kiev, en Ukraine / AFP
Sa victoire et celle de son parti reflètent la déception des Ukrainiens vis-à-vis de leurs élites, jugées corrompues et incapables de mettre un terme à la guerre et d’améliorer le niveau de vie dans leur pays vaste comme la France et l’un des plus pauvres en Europe.
Le parti présidentiel et Golos s’affichent en représentants d’une nouvelle génération et sont allés jusqu’à bannir les députés sortants de leurs listes, mettant en avant des candidats novices dont l’âge moyen est de 37 ans.
Grâce à eux, le Parlement sera constitué en grande majorité de nouveaux visages, après avoir été jusqu’à présent dominé par des élites formées du temps de l’URSS.
Face au profil des futurs députés du parti présidentiel – photographe de mariage, chef de tablée, dentiste, etc. – nombre d’observateurs s’inquiètent cependant d’un manque de compétences dans la nouvelle législature.
D’autres mettent en avant l’absence de contre-pouvoir face au président. « Tout le pouvoir concentré dans les mains d’une personne, à mon avis, ce n’est pas bien », a ainsi regretté Katerina Karpoushko, une habitante de Kiev.

« Pour éviter une dérive autoritaire, ce serait mieux de former une coalition parlementaire » avec Golos, a estimé l’analyste politique Volodymyr Fessenko.
SOURCE/https://www.la-croix.com/Monde/Legislatives-Ukraine-parti-Zelensky-donne-grand-favori-2019-07-21-1301036672
2/ Ukraine : victoire massive pour le président Zelensky aux législatives
L’ampleur de la victoire est telle – 42 % selon les estimations – que son parti, Serviteur du peuple, pourrait gouverner seul.

Volodymyr Zelensky a parachevé, dimanche 21 juillet, son offensive éclair sur la scène politique ukrainienne. Élu triomphalement à la présidence du pays au mois d’avril, l’ancien humoriste a conclu non moins brillamment l’acte II de sa conquête du pouvoir : avec 42 % des voix récoltées aux élections législatives, selon les résultats officiels partiels, M. Zelensky obtient le meilleur score jamais observé en Ukraine pour un scrutin de ce type. Avec ce plébiscite, il s’apprête à prendre le contrôle du Parlement, étape indispensable dans la transformation profonde du pays qu’il a promise aux électeurs. Le renouvellement est d’ores et déjà là, symboliquement, avec plus de 70 % de nouveaux élus dimanche soir.
L’ampleur de la victoire est telle que Serviteur du peuple, la formation de M. Zelensky, pourrait être en mesure de gouverner seul. Le système électoral ukrainien attribue en effet la moitié des sièges de la Rada à la proportionnelle sur un scrutin de liste, et l’autre moitié à des députés élus dans les circonscriptions (moitié à laquelle il faut retrancher les 26 circonscriptions de Crimée et du Donbass sur lesquelles Kiev n’exerce pas son contrôle). Les résultats dans ces circonscriptions sont plus longs à être connus, mais les premiers à tomber indiquent contre toute attente que les candidats de Zelensky, tous des nouveaux venus, parviennent à détrôner les élites locales, pourtant bien implantées et maîtrisant parfaitement les ficelles du clientélisme.
Si cela s’avérait malgré tout nécessaire, deux partis sont pressentis pour jouer les forces d’appoint dans la majorité présidentielle :
- Batkivchtchina, la formation de l’ancienne première ministre Ioulia Timochenko (7,4 % des voix),
- ou Holos, le parti créé par la rockstar Sviatoslav Vakartchouk il y a deux mois, qui a réussi à obtenir 6,5 % des suffrages.
Cette dernière option, celle de la participation d’un parti incontestablement libéral et réformateur, permettrait d’encadrer quelque peu le nouveau pouvoir. Parmi la cohorte d’élus du camp Zelensky, on trouve en effet de nombreux inconnus dont les observateurs craignent qu’ils ne soient au service des intérêts oligarchiques, à commencer par ceux d’Ihor Kolomoïski, l’homme d’affaires qui a permis l’ascension de Volodymyr Zelensky.
Ihor Kolomoïski,
« Immense responsabilité »
Dimanche soir, s’exprimant depuis son quartier général de campagne, le président a évité d’évoquer de possibles alliances, se contentant de saluer en termes généraux le bon résultat du soir :
« Ce n’est pas seulement un signal de confiance, c’est aussi une immense responsabilité pour moi et mon équipe », a dit M. Zelensky, assurant : « Je suis sûr que cela peut permettre la fin de la guerre. »

Numéro cinq sur la liste présidentielle, la nouvelle élue Halyna Yantchenko confirmait en aparté qu’il était « trop tôt pour discuter sur des bases encore trop incertaines ».
Pour Volodymyr Zelensky et son parti apparu dans le paysage il y a seulement quelques mois, l’exploit est historique.
L’enseignement de cette victoire est double : si les électeurs ont montré en avril leur volonté de renverser coûte que coûte la table, en élisant un homme sans aucune expérience politique, connu uniquement pour ses moqueries à l’encontre de la classe politique, ils ont aussi fait preuve de cohérence, trois mois plus tard, en lui donnant les moyens de gouverner.
C’était d’ailleurs l’axe de campagne principal choisi par les stratèges de Serviteur du peuple, qui ont présenté le scrutin de dimanche comme le « troisième tour » de la présidentielle.
Pour le reste, les recettes utilisées par les conseillers du président n’ont guère changé. Ceux-ci, pour la plupart venus des rangs du Kvartal 95, la société de production de Zelensky, ont continué à surfer sur l’aura de la série télévisée qui a rendu leur candidat si populaire, dans laquelle il incarnait un simple professeur propulsé président. Serviteur du peuple, le nom choisi pour le parti présidentiel, n’est autre que celui de la série à succès.
Comme en avril, la campagne a été menée principalement sur les réseaux sociaux, et à coups de slogans attrape-tout et vagues. Les tournées du président dans les régions, au cours desquelles il a démis de leurs fonctions des dizaines de fonctionnaires présumés corrompus, ont aussi contribué à maintenir la popularité de l’ancien comédien au sommet.
Obtenir des concessions de Poutine
Zelensky et ses troupes ont désormais les moyens de rentrer dans le vif du sujet. L’opposition du Parlement sortant, voire les sabotages de l’administration, ont jusqu’à présent constitué une excuse confortable au manque de résultats des premiers mois de présidence.
La tâche – assainir un système politico-mafieux fondé sur l’opacité et les arrangements de couloir – est certes immense étant donné la faiblesse des institutions de l’État, mais le président dispose d’une marge de manœuvre plus importante qu’aucun de ses prédécesseurs.
Au sein de l’Assemblée, il devrait ainsi affronter une opposition affaiblie, constituée de deux blocs principaux :
- d’un côté les troupes de l’ancien président Petro Porochenko (8,8 %), autoproclamées gardiennes de la ligne patriotique et pro-européenne,
- et de l’autre côté les forces prorusses. Avec 11,4 %, la Plateforme d’opposition, qui a bénéficié d’un soutien très appuyé de Moscou, reste certes le deuxième parti du pays, mais son recul se poursuit, illustrant le déclin de la mouvance prorusse.
M. Zelensky devrait désormais pouvoir mettre en avant les projets de loi qu’il promeut depuis longtemps :
- fin de l’immunité des élus,
- amnistie fiscale,
- réforme judiciaire,
- libéralisation de l’économie,
- e-gouvernement…
mais aussi tenter d’obtenir des concessions de la part de Vladimir Poutine, lui qui a fait de l’obtention d’un cessez-le-feu durable dans le Donbass la priorité de son mandat.
Ses premiers contacts avec son homologue russe, les semaines passées, devraient déboucher prochainement sur un nouvel échange de prisonniers, mais ils n’ont pour l’heure pas permis d’autres avancées, alors même que la partie ukrainienne a multiplié les gestes de bonne volonté, comme un retrait des troupes en plusieurs points du front.

