3163 – Bercy … nouvelle Bastille

21 décembre 2018/nice-provence.info/ Jean‐Claude Lahitte
Nous reproduisons ci‐dessous volontiers l’éditorial de Jean‐Claude Lahitte qui suggère de faire tomber notre Bastille moderne.

Si les « 200 familles » n’est qu’un mythe agité pendant des lustres par la gauche comme un chiffon rouge face à ce qu’elle appelle « le peuple de gauche », les 200 hauts‐fonctionnaires dont il est question ci‐après existent bien. Même s’ils « travaillent » — comme des taupes — dans l’ombre.

Qui sait, parmi les « Gilets jaunes » dont la culture politique ne semble pas dépasser la question des impôts et des taxes qui les accablent et leur impact sur leur pouvoir d’achat, que ces hauts‐fonctionnaires sont mieux payés que les ministres ?

Qu’ils s’attribuent des « rémunérations et des « primes injustifiées » (et non déclarées) et des « indemnités sans fondement juridique ». Et qu’au fil des années, ils ont constitué une véritable « caserne » dans laquelle « ils ont des choses importantes à cacher à leurs ministres (successifs) et à leurs concitoyens ».

Quel ministre‐hercule osera nettoyer cette armée de fonctionnaires (dont il est permis de se demander à quoi une bonne partie d’entr’eux servent) dans ce « Bercy » bien plus « opaque » que ne l’était la Bastille du temps de Louis XVI ?

Bien plus dangereuse aussi car la Bastille d’avant la Révolution ne s’en prenait ni à la liberté, ni à l’argent du Peuple de France de l’époque.

bastille-3d   reconstitution 3D de la bastille pour illustrer l’article pcpl parciparla déidé au 14 juillet

Il est vrai que le « monarque absolu » qu’était Louis XIV (je dis bien Louis XIV) avait bien moins de pouvoir que le « président‐jupitérien » d’aujourd’hui. Et qu’avant la Révolution (je devrais dire la Révolution jacobine, archi‐centralisatrice et coupeuse de têtes pas toutes royales, aristocrates ou girondines, bien au contraire !), on savait ce que le mot décentralisation voulait dire puisqu’elle n’était pas imposée par un État qui continue à vouloir tout contrôler depuis Paris, depuis Bercy… Le pays n’avait pas besoin d’une armada de fonctionnaires pour … fonctionner. Et les « strates » de fonctionnaires ne s’ajoutaient pas les unes aux autres, de mal‐gouvernance en mal‐gouvernance.

Il serait temps que le citoyen‐président Macron, au lieu de continuer à proposer (comme ses prédécesseurs ) des réformes‐bidon, ou d’ouvrir machiavéliquement les portes à une immigration inassimilable qui ajoute des problèmes à des tas d’autres problèmes, se décide à engager la première et indispensable réforme qui s’impose : la grande lessive de Bercy et de ses féodaux.

Celle sans laquelle AUCUNE des AUTRES RÉFORMES NE POURRA ÊTRE MENÉE à BIEN.

Au risque de manquer de karcher et d’avoir sur les bras une grève inédite, celle de féodaux vivant grassement sur le dos d’une République qu’ils prétendent « servir », et complètement déconnectés (ils ne sont pas les seuls !) des réalités d’un pays que j’ose encore appeler la FRANCE.

Mais peut‐on sérieusement compter sur un président énarque dont les faiblesses et les atermoiements s’étalent au grand jour, pour mettre au pas d’autres énarques.

Il est permis d’en douter !

D’autant que, parmi les « doléances » des «Gilets Jaunes», pas une seule ne propose de s’en prendre à « BERCY ».

Comment compter sur un énarque pour « nettoyer » un nid d’énarques dont les membres constituent une caste où tout le monde se tient par la barbichette ?
Une caste — l’énarchie — qui gouverne la France depuis des lustres avec les résultats calamiteux que l’on constate.

Énarchie, anarchie, les deux mots n’ont qu’une seule lettre de différence. Alors ne nous étonnons pas si notre pays est en train de sombrer dans l’anarchie !

Jean‐Claude Lahitte

Compléments d’information :

« Tout commence le 25 août 1995 lorsque le Premier ministre de l’époque, Alain Juppé, sort du ministère des Finances le libéral Alain Madelin et le remplace par le centriste Jean Arthuis.
Deux ans plus tard, ce dernier quitte Bercy à son tour, puis écrit un livre de souvenirs : “Dans les coulisses de Bercy. Le cinquième pouvoir” (Albin Michel 1998), comportant quelques anecdotes savoureuses et grinçantes sur les hauts fonctionnaires des Finances, les vrais patrons de ce colossal coffre‐fort « aux allures staliniennes
»

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écrit Bernard Zimmern, fondateur et président d’honneur de l’IFRAP, qui a écrit également un essai, Changer Bercy pour changer la France (Tatamis, 2014), y rappelle que Jean Arthuis avait dû attendre six mois pour avoir le droit de consulter la liste des 200 plus hauts salaires de son ministère et encore, elle lui avait été fournie sur du papier chimique non photocopiable. Zimmern parle du livre d’Arthuis comme d’un « témoignage de première main, à la fois fascinant et terrifiant » sur une « chasse gardée très protégée ».

Vingt ans après son arrivée à Bercy, l’ancien ministre centriste, dans une interview à L’Opinion, parle encore et toujours de ce château fort très secret qui abrite « une vraie légion romaine, à la fois loyale et experte », mais qui « fonctionne en silo » et dont « la culture d’opacité est solidement ancrée ». Et on finit par comprendre que les occupants permanents de Bercy ont des choses importantes à cacher à leurs ministres et à leurs concitoyens.

Dans cette énorme caserne, la première règle est de ne « rien laisser filtrer à l’extérieur », raconte Bernard Zimmern, qui a vécu de près « le coup de tonnerre du 10 janvier 2000 » lorsque la Cour des comptes, dans un rapport spécial sur les rémunérations dans la fonction publique, découvre que « le ministère le moins scrupuleux dans l’application des règles des finances publiques est le ministère des Finances », dont les dignitaires s’attribuent des primes injustifiées.

Plus grave, alors qu’ils sont chargés d’édicter et de surveiller la régularité des dépenses de l’État, 70 % de leurs primes « n’ont aucune base légale et ce pourcentage atteint 100 % dans le service des impôts (hors cadastre), et une grande partie de ces primes ne sont pas déclarées dans les déclarations d’impôts ».

france pierre joxe topelement   Pierre Joxe

Un énorme dossier de « corruption passive » selon Zimmern est ainsi révélé par la Cour des comptes grâce à la détermination sans faille de Pierre Joxe, son premier président.

Après divers remous médiatiques et quelques décrets légalisant ces « indemnités » litigieuses au lieu de les supprimer, que croyez‐vous qu’il arriva ?

L’opacité l’emporta. Mais la Cour des comptes veillait : après deux enquêtes successives en 2010 et 2011 qui avaient pointé de nouveau le caractère « irrégulier » de certains avantages salariaux, son énième rapport sur la question vient d’être rendu public juste avant Noël sous la forme d’un référé qui, cette fois, met vraiment les pieds dans le plat.

Pour leur enquête, les juges de la rue Cambon ont décortiqué les salaires et revenus de plus de 750 hauts fonctionnaires de Bercy sur la période 2013–2015, et le bilan de leurs travaux est glacial. Il y est question de la « persistance de pratiques indemnitaires irrégulières, notamment de dispositifs de rémunération sans base juridique » et d’indemnités « sans fondement légal », c’est-à-dire illégales en langage ordinaire.

Ils ont aussi constaté que 104 des 150 plus hautes rémunérations de Bercy sont perçues par des cadres supérieurs de la Direction générale des finances publiques (DGFIP), lesquels touchent une moyenne de 202 000 euros par an, contre 175 000 pour ceux du contrôle budgétaire. S’agissant de moyennes, on peut aisément imaginer ce que peuvent être les sommets ! [source : Olivier Babeau, le jeune professeur d’économie de Bordeaux, dans son dernier essai “L’Horreur politique”].

“L’État contre la société (Les Belles Lettres, 2017), nous avait appris que Bercy comptait

« à lui seul 193 des 219 fonctionnaires les mieux payés de France », et que « les administrateurs des finances y gagnent entre 15 000 et 20 000 euros par mois ».
De leur côté, Thomas Bronnec et Laurent Fargues, les auteurs de “Bercy au cœur du pouvoir” (Denoël, 2011), avaient pointé
« des grilles de rémunération à Bercy plus intéressantes que dans d’autres ministères pour l’encadrement supérieur [avec] une fourchette entre 15 000 et 17 000 euros net en moyenne par mois pour les directeurs installés de longue date ».

Rappelons que les ministres émargent à 10 000 euros brut et que le Premier ministre ainsi que le président sont à 15 000.

Le cœur de Bercy est contrôlé par des super privilégiés qui s’attribuent à eux‐mêmes les plus beaux salaires de la fonction publique, supérieurs à ceux de tous les ministres et du président lui‐même à quoi certains ajoutent — répétons le — des « indemnités sans fondement légal ».

Et on ne sait rien, bien entendu, de la part non imposable de leur rémunération globale et de leurs avantages en nature !

Le problème s’est encore aggravé en cette fin d’année 2018 avec la découverte par l’ancien député socialiste René Dosière, le « Monsieur Propre » des dépenses publiques, que les salaires des conseillers du gouvernement Philippe avaient augmenté de plus de 20 % par rapport à ceux du gouvernement Valls en 2016.

Autant la machine gouvernementale obéit à des règles strictes, autant un flou artistique règne sur les conseillers ministériels, pour lesquels il n’existe pas de grille des salaires.

Du coup, à Bercy, on se retrouve de nouveau en pleine opacité et on s’en donne à cœur joie : ainsi les jeunes hauts fonctionnaires, énarques ou pas, envoyés au charbon dans les cabinets ministériels peuvent‐ils y profiter de ces indemnités de sujétions particulières (ISP) réservées aux fonctionnaires, qui leur permettent parfois de doubler leur rémunération.

Selon Michel Revol du Point, qui a réussi à obtenir des informations de première main, ces ISP pour les fonctionnaires de Bercy ont augmenté de 39 % par rapport à 2016, un record, et se montent à 5 484 euros par mois en moyenne, un autre record. S’ajoutant à leur salaire de base, cela leur donne un traitement brut moyen de 12 000 euros par mois, bien plus que celui de leur ministre !

On a vraiment le sentiment que ces gens vivent dans un autre monde, à de folles altitudes où tout est permis, même le pire, habités qu’ils sont d’un sentiment d’invulnérabilité, quoi que puisse en dire la Cour des comptes depuis une vingtaine d’années.

Ces mêmes hauts fonctionnaires de Bercy, en outre, n’ont rien trouvé de mieux que de se réjouir, et de le faire savoir, des dernières rentrées fiscales de l’impôt sur les sociétés en décembre, supérieures d’un milliard d’euros à leurs prévisions.

Un racket indigne d’une économie ouverte sur le monde, orchestré par des hauts fonctionnaires et des ministres qui n’ont même pas commencé à préparer ne serait‐ce que le début d’une réduction significative des dépenses publiques du mammouth hexagonal.

L’image fiscale de la France à l’étranger est, cette fois, atteinte pour longtemps.

Comment des investisseurs internationaux pourraient‐ils avoir confiance dans nos prédateurs opaques de Bercy ?

Quant à nos hauts fonctionnaires de la DGFIP, ils seraient bien inspirés d’éviter à l’avenir ces inconvenantes réjouissances sur les « rendements » du matraquage fiscal qu’ils continuent d’imposer à l’économie française, tout en s’attribuant à eux‐mêmes des largesses illégales.
  • Les adeptes du matraquage fiscal sont donc très laxistes en ce qui concerne leur propre situation ; mais ça on le savait déjà !

Nous avons clairement affaire à une clique de privilégiés qui se croit tout permis, qui se pense au‐dessus des lois qu’elle applique durement au citoyen ordinaire tout en profitant impunément, et de manière abusive, de l’argent disponible à volonté extorqué au contribuable !
  • Les politiciens français ont créé, avec Bercy, un monstre administratif aussi nuisible qu’inutile, qui s’arroge illégalement des droits invraisemblables aux frais de la collectivité !

On a clairement l’impression d’être revenu au « bon vieux temps » des fermiers généraux de l’ancien régime ; ces collecteurs d’impôts, qui se faisaient affermer (d’où leur nom) le recouvrement de l’impôt.
On estimait le montant de l’impôt recouvrable dans une région et ils avançaient au roi, moyennant commission, l’impôt à recouvrer à charge pour eux d’utiliser tous les moyens pour récupérer ensuite, sur la population, les sommes avancées ; ce qui a donné lieu à de nombreux abus (ils s’en mettaient plein les poches) !

La Cour des Comptes a dénoncé ces abus mais quelles sanctions seront encourues par les contrevenants ? Aucune !

Sarkozy avait dit qu’il allait passer les cités au Kärcher !

Très franchement, un bon coup de Kärcher s’impose à Bercy et la morale de cette histoire est que les bandits ne sont pas toujours où l’on vous dit qu’ils sont !

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