3121 – Nouvelle escalade dans la confrontation… Ukraine > Russie …

par Karl Müller – Horizons & Débats – N° 27/28, 10 décembre 2018

 Les propositions de négociations germano-françaises ne sont pas crédibles

«La protection de la frontière russe est, après tout, la mission des garde-côtes»

cicero journal index

km. A l’occasion du conflit actuel entre la Russie et l’Ukraine, le magazine allemand Cicero a demandé le 29 novembre à Frank Elbe, ancien ambassadeur allemand en Pologne et en Inde ainsi qu’ancien chef de l’état-major de la planification au ministère des Affaires étrangères sous Hans Dietrich Genscher, d’exprimer son point de vue.
Cicero a demandé: «La réaction russe n‘est-elle pas excessivement agressive? Ce n’est pas en heurtant un navire et en tirant sur des personnes que l’on peut contribuer à une désescalade de la situation.»

allemagne-frank-elbe Frank Elbe, ancien ambassadeur allemand -58f1a09ec361886d248b45a0 Frank Elbe, ancien ambassadeur allemand 

Et Frank Elbe de répondre: «La protection de la frontière russe est, après tout, la mission des garde-côtes. Les Russes avaient en outre clairement annoncé de quelle manière ils allaient réagir. Si les navires ukrainiens ne se tiennent pas aux règles [avec l’approbation du président], ils sont alors responsables d’avoir provoqué la situation actuelle.»
Dans la même interview, Frank Elbe a aussi expliqué: «Vous devez également prendre en compte la situation dans laquelle se trouve la Russie: les efforts américains de faire entrer l’Ukraine et la Géorgie dans l’OTAN, la construction d’un système de défense antimissile, le rapprochement de l’OTAN de la frontière russe.

C’est logique que cela déclenche des angoisses en Russie. Poutine ne peut pas laisser libre cours à de tels événements.»

Le 25 novembre, les garde-côtes russes ont arraisonné trois bâtiments de la marine ukrainienne et les retiennent dans un port de la péninsule de la Crimée.

Des soldats de la marine ukrainienne ont été blessés, et les équipages des navires doivent être traduits en justice en Russie pour avoir violé la frontière russe.

Le lendemain déjà, ce n’était pas seulement le gouvernement ukrainien, mais les gouvernements de plusieurs États de l’UE, l’UE elle-même, l’OTAN et le gouvernement des États-Unis qui accusaient la Russie.

La Russie est accusée d’actes de violence illégaux et de vouloir étendre son pouvoir à l’ensemble de la mer d’Azov.

Il y a des menaces de nouvelles sanctions et des mesures de boycott. Le gouvernement ukrainien a renouvelé sa demande d’aide militaire de l’OTAN et notamment aussi de l’Allemagne.

mer d'azov ukraine crimee russie mer d'azov topelement           carte de l’article > https://www.24heures.ch/monde/europe/Marioupol-ou-le-controle-du-petrole-en-mer-d-Azov/story/28684961
Le fait que la description russe – selon laquelle les navires ukrainiens ont violé la frontière russe avec une intention provocatrice et s’opposèrent à quitter le territoire russe – pourrait être correcte n’est même pas prise en compte par les gouvernements des États de l’OTAN.

En tant qu’historien, j’ai appris qu’il est impossible de juger les événements un jour plus tard. Ce n’est qu’après un examen approfondi et l’analyse de nombreuses sources qu’une sorte de connaissance des événements réels se cristallise. Cette prudence et ce soin ont depuis longtemps cessé d’exister dans les relations de l’Occident avec la Russie. Cela ne cadrerait pas non plus avec le concept politique, car il ne s’agit évidemment pas de trouver la vérité, mais l’objectif était et reste l’affaiblissement de la Russie.

Peu crédible

Le fait que les gouvernements allemand et français ainsi que l’UE, le secrétaire général de l’OTAN, le secrétaire d’État américain, l’ambassadrice américaine auprès des Nations Unies et de nombreux autres politiciens et médias occidentaux veulent mettre la Russie sur le banc des accusés après les événements du détroit de Kertch et ont promis leur soutien au gouvernement ukrainien n’est donc pas surprenant.

Ce n’est qu’un élément supplémentaire dans la mosaïque de la campagne menée depuis des années contre la Russie.

Malheureusement, il faut y ajouter que la prétendue «crainte» d’une aggravation du conflit entre la Russie et l’Ukraine et l’appel à la «désescalade» ne sont pas crédibles.

Sinon, on aborderait la question différemment et on prendrait au moins au sérieux la version russe des événements et on l’analyserait soigneusement.

L’offre franco-allemande de médiation dans le conflit actuel entre la Russie et l’Ukraine n’est donc guère convaincante jusqu’à présent. Il n’y a en réalité rien de «neutre» dans la politique des gouvernements allemand et français.

Qui donne le ton en Ukraine ?

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Dans une interview accordée au Deutschlandfunk le 26 novembre, Alexander Neu, membre du parti Die Linke au Bundestag allemand, a déclaré:
«La souveraineté de l’Ukraine correspond approximativement à la souveraineté d’un enfant de trois ans, dépendant de sa mère. Faites-moi confiance là-dessus. L’Ukraine elle-même n’a pas grand-chose à dire.»
Bien que le journaliste de la radio allemande ait réagi de manière extrêmement allergique à cette déclaration, elle offre l’occasion de réfléchir plus attentivement.
Si les actions des navires ukrainiens dans le détroit de Kertch étaient réellement une provocation délibérée, comme le prétend la partie russe, alors la question suivante se pose:
  • qui, en dehors de l’Ukraine, a intérêt à une telle provocation avec toutes les conséquences possibles – même si officiellement tout le monde affirme vouloir absolument empêcher une exacerbation du conflit?

Déclarations du porte-parole du gouvernement allemand

allemagne Steffen Seibert, chef et porte-parole du gouvernement fédéral allemand 750A22E0-5C18-467E-ACCE-71D3FABB55DE_w1023_r1_s  Steffen Seibert, chef et porte-parole du gouvernement fédéral allemand
La déclaration du porte-parole du gouvernement Stefan Seibert lors de la conférence de presse gouvernementale du 26 novembre au matin a bien illustré à quel point la position du gouvernement allemand est «neutre» dans les événements actuels.
Seibert a nié les droits russes en Crimée, a de nouveau parlé de «l’annexion de la Crimée en violation du droit international».
Le gouvernement allemand considère également la construction du pont vers le continent russe comme une violation du droit international et de conclure:
«Du point de vue du gouvernement fédéral, de graves questions se posent surtout concernant l’utilisation de la force militaire par les marins russes, pour laquelle il n’y a aucune justification, selon les faits connus jusqu’à présent.» Ainsi, il a tout simplement évincé l’argumentation russe. Il est donc compréhensible que le gouvernement russe ne voit jusqu’à présent aucune raison de demander au gouvernement allemand de «jouer les médiateurs».

La position de la Crimée

A propos de «l’annexion contraire au droit international»: même la répétition permanente de cette affirmation ne la rend pas correcte.

Un jugement définitif au regard du droit international sur l’adhésion de la Crimée à la Fédération de Russie en 2014 n’a pas encore été rendu. Les experts en droit constitutionnel et en droit international évaluent la situation juridique différemment.

Toutefois, il convient également de rappeler qu’en mars 2014 – moins d’un mois après un coup d’État anticonstitutionnel à Kiev, également dirigé contre la population de l’Ukraine, encline à la Russie – une majorité écrasante de résidents de la Crimée a voté lors d’un vote secret en faveur de l’adhésion de cette dernière à la Fédération de Russie.

Avec un taux de participation d’environ 83%, près de 97% des électeurs ont voté en faveur de cette adhésion.

Le Parlement de la Crimée a ensuite présenté cette demande et les organes compétents de l’État russe l’ont acceptée. Tous les gouvernements savent que la Crimée est un territoire russe pour la Russie et qu’il est donc logique d’exercer les droits et devoirs associés à cette revendication.

Cela vaut également pour la protection des frontières.

Politique allemande et droit international

Si l’on considère également la manière dont la politique allemande a traité le droit international au cours des 20 dernières années, il est raisonnable de penser que le discours d’«annexion contraire au droit international» n’est pas dû au désir de légalité, mais à des intérêts politiques.

En tant que citoyen allemand, je me demande comment faire pour qu’un plus grand nombre d’Allemands participent au travail de la réévaluation honnête de l’histoire germano-russe des 27 dernières années et de l’amélioration des relations germano-russes.

Les possibilités sont nombreuses. De la conversation et de la parole publique aux étapes concrètes de l’entente, par exemple dans le cadre de jumelages germano-russes (cf. interview en page 6 de cette édition).
Les derniers jours ont montré que la campagne contre la Russie n’est pas terminée. Au contraire, tantôt silencieusement, tantôt avec grand fracas, on joue avec le feu. Il ne suffit pas d’attendre uniquement de la Russie qu’elle réagisse à chaque fois de manière calme et pondérée aux constantes provocations.    •

Les projets d’escalade d’un think tank américain

Sur le site www.atlanticcouncil.org/blogs/ukrainealert/russia-s-provocations-in-the-sea-of-azov-what-should-be-done, le think-tank américain Atlantic Council a présenté en novembre 2018 les recommandations suivantes:
«L’Ukraine devrait envisager d’interrompre, par une opération spéciale, le pont construit par Moscou au-dessus de la Route de Kertch reliant la Crimée et la Russie. Ceci n’est pas tout. L’Ukraine devrait demander aux Etats-Unis et à l’OTAN d’envoyer une flotte de navires armés dans la ville portuaire de Marioupol dans la mer d’Azov pour défier la Russie afin qu’elle empêche les navires de l’OTAN par un blocus ou par des tirs de gagner un port ukrainien et de se trouver ainsi dans son tort. Ces navires doivent être armés et obtenir une protection aérienne par des avions de combat et avoir la mission de répliquer aux tirs au cas où ils seraient eux-mêmes la cible de tirs.»

Source: www.luftpost-kl.de/luftpost-archiv/LP_16/LP15318_031218.pdf  du 3/12/18

 

M. Gabriel critique le «renouvellement de la politique des canonnières»

«L’ancien ministre des Affaires étrangères Sigmar Gabriel s’est engagé pour la détente dans le conflit ukrainien. L’Allemagne ne ‹doit pas se laisser entraîner dans une guerre contre la Russie›, a-t-il dit au ‹Tagesspiegel›. Gabriel a critiqué les exigences de l’Ukraine de lui mettre à la disposition des navires de guerre allemands contre la Russie ainsi que la proposition de fermer les ports internationaux aux navires russes venant de la région de la Crimée. Gabriel a appelé cela un ‹renouvellement de la politique des canonnières›.»

Source: https://www.tagesspiegel.de/politik/g20-gipfel-streit-um-deutsche-reaktion-auf-ukraine-konflikt/23706972.html  du 1er/12/18

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source/ https://www.zeit-fragen.ch/fr/ausgaben/2018/nr-2728-4-dezember-2018/erneut-wird-an-der-konfrontationsschraube-gedreht.html

 

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