3108 – Le monde paysan va exprimer sa détresse dans la rue … Les agriculteurs sous-estiment leur bonne image auprès du grand public

AFP le 09/12/2018 à 17:29
paysan en colère image-d-illustration_4313081_540x270p

Pression fiscale, agribashing, rémunération des agriculteurs

le monde paysan en colère s’apprête dès lundi à interpeller les autorités par des actions dans toute la France, calibrées de façon à éviter l’amalgame avec les « gilets jaunes ».
À trois jours du démarrage de la mobilisation des agriculteurs contre la hausse des taxes et l’agribashing, le gouvernement a bien tenté de rassurer les agriculteurs, mais en vain semble-t-il.
Après avoir annoncé, en raison du mouvement des « gilets jaunes », un report de l’ordonnance de la loi alimentation prévoyant un relèvement du seuil de revente à perte et encadrant les promotions, le ministère de l’agriculture a indiqué vendredi que ce texte, destiné à redonner du revenu aux agriculteurs, serait présenté au conseil des ministres du 12 décembre.
Mais la FNSEA, syndicat majoritaire, et les Jeunes agriculteurs ont maintenu l’appel à manifester, tout en saluant « une avancée importante dans la mise en oeuvre des États généraux de l’alimentation ».
« Tout au long de la semaine, nous porterons la voix des agriculteurs auprès de nos parlementaires et de nos préfets, afin qu’ils mesurent l’urgence de donner du temps et des moyens à la transition écologique de l’agriculture qui mérite d’autres moyens que la fiscalité punitive », ont indiqué les syndicats.
« Aujourd’hui l’écologie, ce n’est plus que des taxes. Ça irait, si on avait des revenus, mais depuis 2013, le revenu disponible moyen des céréaliers est de 3 000 euros par an environ. Or la nouvelle augmentation de la taxe sur les pollutions diffuses, proposée dans le projet de budget 2019 représente pas loin de 1 000 euros par agriculteur », a déclaré à l’AFP, Philippe Pinta, président de l’AGPB (producteurs de blé).
Cette prise de position sonne comme une réponse aux ONG environnementales, lesquelles ont appelé d’une seule voix le gouvernement à ne pas céder au « chantage » de la FNSEA, qualifiant son appel à manifester de « lobbying menaçant ». Cette mobilisation répond plus largement à une volonté des agriculteurs de dénoncer le dénigrement systématique dont ils estiment être la cible, notamment pour leur usage de pesticides.

 

Montrer aux élus « la vraie vie »

PAYSAN le ministre de l_agriculture, Didier Guillaume, 39ce45a7cc1f15e86b4dc026402e572-portrait-didier-guillaume-ancien-socialiste-nomme-l-agriculture  le ministre de l’agriculture, Didier Guillaume

Preuve que le sujet monte en puissance, le ministre de l’agriculture, Didier Guillaume, s’est posé récemment en « bouclier face à l’agribashing », et contesté, à l’unisson des syndicats agricoles, la validité d’une cartographie des « fermes-usines » en France publiée par Greenpeace.
L’ONG a depuis présenté des excuses, reconnaissant « des erreurs sur sa cartographie, basée sur un fichier fourni par le ministère de la Transition écologique et solidaire et disponible en ligne ». « L’agribashing vient en grande partie des ONG environnementales, mais aussi des décisions du gouvernement, comme la plateforme glyphosate », a dénoncé M. Pinta.

PAYSAN lambert_1  Christiane Lambert, présidente de la FNSEA,

Selon Christiane Lambert, présidente de la FNSEA, « les agriculteurs se sentent humiliés » par cette plateforme, sur laquelle ils peuvent déclarer officiellement qu’ils arrêtent d’utiliser cet herbicide controversé, afin de partager leur expérience. Mme Lambert n’a pas dit précisément quelle forme prendraient les actions mais a catégoriquement exclu tout ralliement aux « gilets jaunes ». « Ils ont voulu un mouvement apolitique, asyndical, je respecte » cela, a déclaré Mme Lambert à leur propos. « Évidemment, les préfectures et les parlementaires seront des objectifs et des lieux où nous porterons nos revendications », a-t-elle indiqué.

Les agriculteurs ne semblent en tout cas pas souhaiter jeter de l’huile sur le feu.

PAYSAN Luc-Smessaert-16oct-636x310            A l’occasion de l’assemblée générale de la FDSEA de la Loire, lundi 13 mars, Luc Smessaert a présenté les 13 mesures pour l’avenir de l’agriculture élaborées par la FNSEA
Les fédérations bretonnes de la FNSEA ne sont ainsi pas décidées à descendre dans la rue, en raison du climat social, selon une source syndicale. Dans l’Oise, les agriculteurs vont aller en tracteur à la rencontre des députés et des autorités préfectorales, lundi matin à Beauvais et Compiègne. « On va être très vigilants car on n’est pas pour le chaos, on est des chefs d’exploitation », a expliqué à l’AFP Luc Smessaert, vice-président de la FDSEA de l’Oise.

source/ https://www.agri-mutuel.com/actualites/le-monde-paysan-va-exprimer-sa-detresse-dans-la-rue/


Les agriculteurs sous-estiment leur bonne image auprès du grand public

AFP le 09/12/2018 à 18:56
FRANCE Eddy Fougier, politologue 72e8879c-4524-11e8-9bc2-000d3a23d482_1524288387_1200
Les agriculteurs qui vont protester cette semaine contre l’agribashing, c’est-à-dire le dénigrement systématique dont ils estiment faire l’objet, « sous-estiment d’une manière générale la bonne image qu’ils ont auprès du public », déclare à l’AFP Eddy Fougier, politologue spécialiste des mouvements protestataires et chercheur associé à l’Iris.

Q : Y a-t-il un divorce entre les agriculteurs et la société ?

R : On peut considérer qu’un lien s’est rompu entre l’agriculture et la société à partir de 1996 au moment de la crise de la vache folle et de la controverse sur les OGM, qui ont créé dans le public un doute fondamental sur l’alimentation.
Mais c’est depuis le début des années 2010 que le lien s’est plus distendu, avec une mutation de la critique de l’agriculture conventionnelle vers la remise en cause des pesticides et de l’élevage pour des raisons environnementales, sanitaires et de respect du bien-être animal.
Dans une partie de la société, ce n’est plus seulement la peur de la disparition des abeilles qui inquiète, c’est la peur d’avoir un cancer à cause de l’alimentation (…) En retour, chez les agriculteurs, l’idée qu’ils paient le prix fort pour permettre la transition écologique et que l’effort est inéquitablement réparti, alors même qu’ils n’ont presque pas de revenus, nourrit un sentiment de discrimination.

Q : Qu’est-ce que l’agribashing dénoncé par la FNSEA ?

R:Le renforcement des normes et taxes écologiques,les demandes de la part de certaines associations de la interdiction totale des produits phytosanitaires, d’une amélioration du bien-être animal, voire d’une suppression de l’élevage, et les émissions à charge dans les médias, sont vécues comme des agressions par les agriculteurs, qui ont déjà du mal à vivre. Mais je pense qu’ils ne doivent pas surestimer pour autant le poids et l’influence de leurs contradicteurs, les ONG environnementales. La FNSEA tend à penser que toutes les élites sont sous l’influence des écologistes et des vegans, ce qui n’est pas vrai. Je ne suis pas certain que la population dans son ensemble partage le point de vue de l’association Génération futures sur les pesticides, et à fortiori, celui de L214 sur les animaux d’élevage.
En vivant dans la peur de disparaître, les agriculteurs ont sans doute du mal à voir la réalité, les signaux positifs. Ils sous-estiment d’une manière générale la bonne image qu’ils ont auprès du public.
Bref, ils connaissent mal la société, qui les connaît mal aussi, et c’est cliché contre cliché : d’un côté, c’est « Martine à la ferme », de l’autre c’est « le hipster au Biocoop ». Quand vous discutez avec les agriculteurs, ils ont souvent le sentiment d’être mal-aimés, alors que dans les enquêtes, ils sont populaires et respectés pour la dureté de leur travail et le peu de revenus qu’ils en tirent.
FRANCE 2012-10-e._fougier_0  Eddy Fougier, politologue, chercheur associé à l’IRIS et spécialiste des mouvements protestataires

source/ https://www.agri-mutuel.com/actualites/les-agriculteurs-sous-estiment-leur-bonne-image-aupres-du-grand-public/

paysan en colère 000_10q62c-3523727

5 réflexions au sujet de « 3108 – Le monde paysan va exprimer sa détresse dans la rue … Les agriculteurs sous-estiment leur bonne image auprès du grand public »

Les commentaires sont fermés.