2963 – Savtchenko, Sentsov & Oudaltsov, des exemples de l’hypocrisie occidentale…

Paru sur RT sous le titre Savchenko, Sentsov & Udaltsov: Blatant hypocrisy makes Russians deeply cynical about the West 

ukraine Nadia Savchenko resize.php                             Nadia Savchenko

oleg-sentsov-2-5774a5-0@1x  Oleg Sentsov

udaltsov_1   Name: Sergei Stanislavovich Udaltsov
Date of Birth: February 16, 1977


Pour les politiciens occidentaux, les militants des droits de l’homme et les médias grand public de la génération actuelle, il semble que l’important soit la prison, pas le prisonnier. Et l’ancienne « héroïne de l’Ukraine » Nadia Savtchenko en tomberait certainement d’accord.

En 2016, c’était une « martyre moderne » (pour The Economist)[1] également connue sous le nom de « Jeanne d’Arc de l’Ukraine » (pour Foreign Policy)[2].

En fait, un site Web a même utilisé des reconstitutions faciales de la légendaire héroïne française pour soutenir que le couple se ressemblait. Ce qui donne une idée de l’hystérie que la campagne avait déclenchée.

Pendant ce temps, après sa libération d’une prison russe, le président ukrainien Petro Poroshenko a ramené[3] sa future ennemie jurée à Kiev dans son avion[4] personnel. Un geste alors populaire de l’oligarque devenu politicien qu’il regrette sûrement aujourd’hui.

En même temps, l’ancienne secrétaire d’État américaine Madeleine Albright avait décrit Savtchenko comme quelqu’un qui

« comprend vraiment la liberté »,

ajoutant qu’elle était

« honorée de rencontrer une véritable héroïne »

lorsqu’elles se sont croisées lors d’un sommet de l’OTAN.

Et John McCain, le sénateur et ancien candidat à la présidence, a salué l’ancienne pilote comme

« une icône de la liberté et de la démocratie ». Il a ajouté : « Nous devons rester fermes face à l’agression russe, comme Nadia. »

Le choix de mots de McCain a trahi la façon dont, pour ses partisans occidentaux, Savtchenko n’était jamais qu’un moyen au service d’une fin et un pantin de leurs objectifs.

Dès qu’elle changé les règles du jeu, l’ancienne pilote de l’armée de l’air ukrainienne a été jetée comme un kleenex usagé.

Gloire à une héroïne

Aujourd’hui, elle croupit dans une prison ukrainienne et ses partisans d’antan se taisent. C’est un exemple classique du genre d’hypocrisie flagrante qui rend souvent les Russes profondément cyniques à l’égard de l’Occident.

Et en plus, elle y est depuis mars. Détenue à la suite de ce qui semble des accusations fallacieuses de complot en vue organiser un « coup d’État ».

Et pourtant, c’est bien de cette façon que le régime actuel de Kiev est arrivé au pouvoir.

De nombreux observateurs soupçonnent que Poroshenko et ses amis voulaient la neutraliser parce que c’était une rivale politique crédible. C’est une sorte de tradition en Ukraine où, dans une démarche profondément cynique, l’ancien Premier ministre Ioulia Tymoshenko avait été enfermée, de façon controversée, par le prédécesseur évincé du « Roi du chocolat », Viktor Yanukovych.

Revenons à 2014.

Cet été-là, Savtchenko avait été arrêtée et accusée de complicité dans l’assassinat de deux journalistes.

Immédiatement, les militants des droits de l’homme occidentaux et ukrainiens, les mercenaire des médias et les politiciens ont réfuté les chefs d’accusation. Une campagne à haute pression a été lancée pour obtenir sa libération, avec une utilisation adroite des médias sociaux (notamment le hashtag #SaveSavchenko) et des interventions politiques de haut niveau. Une autre tactique l’a fait nommer à l’Assemblée parlementaire de l’Europe (APCE), ce qui, en théorie, aurait dû lui accorder l’immunité dans un État-membre comme la Russie.

Au cours de son long procès, qui était devenu un cirque, Savtchenko a entrepris une grève de la faim, quinze jours avant d’être reconnue coupable par un tribunal russe, en mars 2016.

Deux mois plus tard, Vladimir Poutine a gracié[5] la pilote. Elle est rentrée chez elle à la suite d’un échange de prisonniers.

Changement de ton

Déjà élue au parlement par contumace, Savtchenko s’est lancée dans une carrière politique à Kiev, et de nombreux observateurs la donnaient gagnante[6] si elle concourait à la présidence.

Ainsi, presque personne n’a été surpris quand, l’été dernier, elle a annoncé son intention de contester Poroshenko pour la présidence en 2019.
Et la plupart des analystes ukrainiens n’ont pas été choqués non plus lorsqu’elle a été arrêtée[7] ce printemps sous un prétexte qui semblait grotesque.

La réaction de l’Occident a été singulièrement absente. Ses partisans de 2014-16 se sont soudainement désintéressés de ses luttes. Albright et John Kerry, pour ne nommer que des deux-là, semblaient avoir simultanément perdu leur langue.

Maintenant, face à ce genre de chose en provenance d’Occident, les Russes lèvent les yeux au ciel. Parce qu’ils ont déjà tout vu.

Par exemple, dans les années 90,

  • lorsque Boris Yeltsin conduisait la Russie dans l’abîme et détruisait sa démocratie naissante, il était considéré comme un brave homme à Washington.
  • Mais, dès que Poutine a clairement indiqué qu’il appliquerait un programme patriotique, il est passé du statut de « réformateur » prometteur à celui de paria.

Les Russes ne sont pas stupides et ils ont compris le jeu.

Par exemple, alors que Savtchenko, qui a cessé d’être utile, pourrit dans une prison ukrainienne, la dernière cause à la mode est Oleg Sentsov, un cinéaste criméen pro-Kiev actuellement en grève de la faim dans le nord de la Russie, après avoir été reconnu coupable de terrorisme au terme d’un procès jugé injuste par certains.

Si vous voulez voir l’efficacité de l’organisation de ce type de campagne de propagande, jetez un coup d’œil à la fiche Wikipedia sur Sentsov, qui a de toute évidence été rédigée par des professionnels.
De vieux amis

RUSSIE Sergei Udaltsov speaks at a protest rally in Moscow © Iliya Pitalev Sputnik 5b7c2643dda4c8c54b8b4591  Sergei Udaltsov speaks at a protest rally in Moscow © Iliya Pitalev / Sputnik 

Comparez-là à leur indifférence envers Sergueï Oudaltsov[8], un activiste d’extrême gauche qui refuse actuellement de s’alimenter alors qu’il est en détention.

En 2012, quand il était engagé dans une alliance avec des libéraux pro-occidentaux, les médias britanniques et américains en avaient plein la bouche à son propos. Il avait des articles laudateurs dans le New York Times{9] et le Guardian[10], entre autres. Aujourd’hui, il est ignoré.

C’est probablement lié à son soutien à la réintégration de la Crimée à la Russie et à son soutien au mouvement « Novorossiya » qui espère une annexion de tout l’est et du sud de l’Ukraine, jusqu’à Odessa, par Moscou.

Pyotr-Pavlensky-011

Petr Pavlensk

D’autres exemples notables d’hypocrisie incluent l’histoire de Petr Pavlensky, dont le clouage de son scrotum sur la Place Rouge[11] avait été qualifié de « performance artistique » par le Guardian.

Plus tard, après qu’il ait mis le feu à la porte de la Banque de France, ses partisans des médias occidentaux, comme on pouvait s’y attendre, se sont évaporés.

Et lorsqu’il a été maintenu en détention provisoire pendant des mois en France, ils sont restés silencieux. Mais nous savons tous de quelle hargne indignée ils auraient poursuivi les autorités moscovites s’ils l’avaient traité de la même manière.

arkady-babchenko-ukraine-staged-fake-murder-of-journalist  Arkady Babchenko au milieu … bien vivant !!

Beaucoup de lecteurs se souviennent peut-être aussi du moment où des espions ukrainiens avaient aidé le journaliste russe en exil Arkady Babchenko à simuler sa propre mort, plus tôt cette année.

Par la suite, plutôt que de reprocher à Kiev de saper la confiance dans la presse et de produire des « fake news », le Guardian a tenté de blâmer Moscou. La diatribe[12] du correspondant Shaun Walker revenait à

« Maintenant, ces horribles Russes vont pouvoir utiliser les mensonges de nos alliés pour prouver que nos alliés mentent : allez au diable, Babchenko ! » C’était de la performance artistique, du journalisme en forme de farce.

Le fait est que, dans les médias grand public, il existe un lien direct entre le souci des libertés civiles, de la primauté du droit et des victimes réelles d’injustices dans un pays donné, et l’obéissance dudit pays aux USA et à l’OTAN.

Les Russes en sont pleinement conscients et ils savent aussi que leur pays n’est ni le plus corrompu du monde (ni même de l’Europe de l’Est), ni le pire transgresseur des droits de l’homme, à quelque titre que ce soit.

En outre, tous sauf les plus naïfs, stupides ou cyniquement opportunistes comprennent aujourd’hui que l’Occident est souvent enclin à l’hypocrisie, à la duplicité et au double jeu. Ce sont des concepts faciles à comprendre pour les Russes, qui en ont fait l’expérience tout au long de leur propre histoire.

Traduction Entelekheia

Liens

  1. https://www.economist.com/europe/2016/03/10/a-modern-martyr
  2. https://foreignpolicy.com/2016/06/09/is-ukraines-joan-of-arc-ready-for-political-battle-nadiya-savchenko/amp/
  3. https://www.bbc.com/news/amp/world-europe-36378173
  4. https://www.nbcnews.com/storyline/ukraine-crisis/ukraine-s-nadiya-savchenko-swapped-2-russians-lawyer-n579946
  5. https://www.reuters.com/article/us-ukraine-crisis-savchenko-idUSKCN0YG0U8
  6. https://www.newsweek.com/nadiya-savchenko-ready-run-president-ukraine-464200
  7. https://www.bbc.com/news/world-europe-43504396
  8. https://www.rt.com/politics/436489-leftist-activist-udaltsov-hunger/
  9. https://www.nytimes.com/2012/05/12/world/europe/sergei-udaltsov-russian-protest-leader-takes-center-stage.html
  10. https://www.webcitation.org/6BhoQSQsf
  11. https://www.theguardian.com/artanddesign/2014/feb/05/petr-pavlensky-nailed-scrotum-red-square
  12. https://www.theguardian.com/world/2018/may/30/for-all-its-absurdity-the-babchenko-stunt-is-no-laughing-matter

 


SOURCE/ http://www.entelekheia.fr/2018/08/25/savtchenko-sentsov-oudaltsov-des-exemples-de-lhypocrisie-occidentale/