2899 – Cette entrepreneuse remet le bidet au goût du jour …

Par Hélaine Lefrançois –  Ouest-france.fr – 11/07/2018

 

Cet été, l’Édition du soir vous propose de rencontrer des femmes qui bousculent la société. Aujourd’hui, direction les États-Unis, pour découvrir Miki Agrawal.

Cette « entrepreneuse en série » née au Canada, veut démocratiser le bidet pour le bien de la planète et des derrières des Américains.

Dans les pays occidentaux, l’âge d’or du bidet est révolu. Inventé au XVIIIe siècle, ce meuble de salle de bain destiné à se nettoyer les parties intimes après un passage aux toilettes est tombé aux oubliettes, chassé par le papier toilette. Outre-Atlantique, Miki Agrawal s’est lancé un défi culotté : démocratiser le bidet dans les foyers américains.

Depuis 2016, son entreprise Tushy vend un bidet moderne, discret, qui s’installe sous la cuvette des toilettes et envoie un jet d’eau sur les parties intimes grâce à un bouton situé sur le côté latéral. En un mot, il est beaucoup moins envahissant que le bidet de nos ancêtres, qui constituait un meuble à part entière, et tout aussi pratique que le papier toilette.

Écolo, hygiénique et moins coûteux

Contrairement à la majorité de ses concitoyens, cette Canadienne installée à New York a toujours su à quoi ressemblait et servait un bidet. « Ma mère est japonaise et mon père indien, ça fait partie de leur culture respective », explique-t-elle au bout du fil. Mais l’idée de le commercialiser lui est véritablement venue en 2012, grâce à un cadeau… pour le moins original. « Pour notre première Saint-Valentin, mon fiancé m’a offert un bidet… J’étais super contente ! » se souvient-elle.

  À 39 ans, Miki Agrawal compte plusieurs entreprises à son actif. (Photo : Daniel Johnson)

Sa version modernisée du bidet coûte entre 69 et 84 dollars, et l’entrepreneuse de 39 ans assure en avoir déjà vendu « plusieurs milliers ». « De plus en plus d’Américains, surtout les jeunes, sont sensibles aux questions environnementales et prennent conscience qu’on ne peut pas continuer à détruire la planète ainsi », justifie-t-elle.

Les défenseurs du bidet – Miki Agrawal la première – mettent en avant les conséquences désastreuses de la généralisation du papier toilette. Environ 270 000 arbres seraient détruits et transformés en PQ chaque jour selon le magazine World Watch. D’après le site The World Counts, nous avons utilisé plus de 6 816 000 000 kilomètres de papier toilette depuis le début de l’année, et nous ne sommes qu’en juillet.

En plus de brandir l’argument écologique, l’entrepreneuse rappelle que le papier toilette n’est pas du tout hygiénique et favorise l’apparition d’infections urinaires ou d’hémorroïdes. Troisième raison d’adopter le bidet : le coût. « Il est rentabilisé en trois mois », assure-t-elle, alors que les Américains mettent chaque année entre 40 et 70 dollars dans les rouleaux de PQ.

« Entrepreneuse en série »

Qualifiée d’« entrepreneuse en série », Miki Agrawal n’en est pas à sa première innovation audacieuse. Employée dans une banque d’investissement après ses études, elle a laissé tomber la finance après les attentats du 11 septembre 2001 et du haut de ses 25 ans, elle a lancé la pizzeria sans gluten Wild, à une époque où cette alternative n’était pas encore à la mode.

  Miki Agrawal s’est fait connaître grâce à Thinx. (Photo : Huy)

Puis, sa « culotte menstruelle » baptisée Thinx, qui permet d’éviter les fuites en période de règles, lui a valu une certaine notoriété dans le monde de l’entreprenariat. Accusée de harcèlement sexuel par une ancienne employée, elle a démissionné de son entreprise – tout en démentant les faits – pour se consacrer à Tushy. Elle a également créé Icon, une ligne de sous-vêtements destinés à contenir les petites fuites urinaires que beaucoup de femmes expérimentent, notamment après une grossesse.

Si ces initiatives sont « intrinsèquement féministes », Miki Agrawal cherche avant tout à s’attaquer à des problèmes du quotidien, comme aller aux toilettes, qui, en 2018, « mettent encore les gens mal à l’aise quand on en parle ».

Se libérer des tabous

En parallèle de ses créations d’entreprise, Miki Agrawal a sorti un premier livre Do Cool Sh*t, qu’on pourrait traduire par « Faites ce que vous aimez », construit comme un guide pour jeunes entrepreneurs. Elle planche actuellement sur un second ouvrage, Disrupt Her (jeu de mots avec « disrupter », « perturbateur » et « her », « elle »), prévu pour janvier 2019, dans lequel elle parle des « injonctions que la société nous impose et ce qu’il faut faire pour s’en libérer ».

  Miki Agrawal sortira un deuxième livre en janvier 2019. (Photo : Daniel Johnson)
Faire bouger les lignes, c’est bien le point commun de tous les projets de Miki Agrawal. Après avoir brisé le tabou des règles, l’entrepreneuse espère changer les mentalités des Américains, «endoctrinés» selon elle, habitués à dérouler des rouleaux PQ depuis des dizaines d’années.

Et si la révolution commençait au petit coin ?


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