2803 – La visite de Macron et le tournant russe … les conséquences d’une inconséquence par Jacques Sapir

24.mai.2018 – Jacques Sapir – Russeurope en Exil – les Crises –

RUSSIE FRANCE 000_1596wx  E. Macron & V. Poutine

Alors que la Président français, M. Emmanuel Macron, s’est rendu à Saint-Pétersbourg le 24 mai, alors que le Président de la Russie ne cesse quant à lui de recevoir des visiteurs importants (le Président de l’Inde, le Premier-ministre du Japon), une question se doit d’être posée :

La Russie est-elle en train de s’écarter des pays occidentaux et de se tourner vers l’Asie ?

La question est régulièrement posée depuis que les tensions géopolitiques entre la Russie et ses partenaires ont connues une montée en puissance à partir de 2014.

Il est clair que la Russie n’a pas été « isolée » diplomatiquement, et qu’elle est une puissance déterminante que ce soit pour le règlement du conflit au Moyen-Orient ou pour d’autres conflits. Cependant ; l’impact économique et politique des sanctions prises par les pays occidentaux (États-Unis et UE) à l’égard de la Russie, mais aussi des contre-sanctions prises en rétorsions par la Russie doit être pris en compte.

Ces sanctions et contre-sanctions sont souvent données en exemple de mesures qui auraient déséquilibré le commerce mondial et provoquée une forme d’aliénation de la Russie avec l’occident.

Remarquons, par ailleurs, que cette aliénation est théorisée par certains analystes russes comme Vladislav Surkov, un des conseillers du Président Poutine[1].

russie Vladislav Surkov, 788B034D-93A8-4109-82CE-BFA37C6727FB_w1023_r1_s  Vladislav Surkov, 

Ces mesures politico-économiques font souvent l’objet de débats.

De plus, on s’intéresse peu à l’impact des contre-sanctions prises par la Russie sur les pays de l’Union européenne, en particulier dans le domaine agricole et alimentaire.
Pourtant ces mesures, ainsi que le pivotement d’une partie du commerce extérieur de la Russie, ont eu des conséquences non négligeables sur les économies des pays concernés. Alors que la Président de la République se rend en Russie et que se tient le Forum Économique de Saint-Pétersbourg, une importante réunion des hommes d’affaires et des dirigeants politiques, Il convient de mesurer s’il y a eu réellement une rupture entre la Russie et ses partenaires occidentaux, et si ces mêmes partenaires ont abandonné progressivement leur politique vis-à-vis de la Russie.

 

  1. Y-a-t-il un écartement de la Russie vis-à-vis de ses partenaires ?

Il convient, ici, d’être prudent. Le commerce international est rarement à l’image des tensions géopolitiques.

Rappelons qu’en août 1914, la France et l’Allemagne étaient réciproquement le premier fournisseur et le premier client l’une de l’autre.

Pourtant, on peut voir se manifester certaines tendances. On le voit, le commerce n’influe pas nécessairement sur les conflits géopolitiques. Pourtant, si nous cherchons à répondre à cette question sur « l’aliénation de la Russie par rapport à l’occident », les chiffres du commerce international peuvent nous fournir des indications intéressantes.

On s’intéresse donc ici uniquement principalement au commerce des biens.

Tous les chiffres qui seront donnés sont dits « FOB ».

  • La première chose que l’on constate est que le chiffre d’affaires du commerce extérieur de la Russie est fortement influencé par les évènements extérieurs (crise financière internationale ou baisse du prix du pétrole en 2014-2016).
  • On peut remarquer une baisse du commerce extérieur de la Russie en prix (l’unité de mesure étant le dollar) de 2014 à fin 2016, suivi par un redressement progressif.
  • Cette baisse affecte tout autant les exportations (pénalisées par la baisse brutal du prix du baril) que les importations.
  • La Russie a d’ailleurs maintenue un solde positif de son commerce en biens important pour l’ensemble de la période.

Les importations baissent cependant pour plusieurs raisons :

  • Baisse du pouvoir d’achat en dollar des entreprises et des ménages.
  • Baisse absolue du pouvoir d’achat des ménages.
  • Mise en place de mécanismes de substitution soit entre les importateurs, soit entre la production interne et les exportations dans la période 2015-2017.

Le cumul de ces facteurs explique donc que la baisse des importations ait été parallèle à la baisse des exportations.

On constate cependant que le solde commercial de la Russie reste par contre très largement positif sur l’ensemble de la période.

Jamais, et cela contrairement à des rumeurs qui circulaient dans la presse à l’automne 2014 et au printemps 2015, la Russie n’a jamais été confrontée à un déséquilibre de son commerce extérieur qui eut été susceptible de provoquer une nouvelle crise financière.

 

RUSSIE La banque centrale de Russie 0203915934697_web  RUSSIE La banque centrale de Russie

  1. La modification sensible des parts des partenaires commerciaux

Cette baisse affecte donc le chiffre d’affaires global (Exportations + Importations) du commerce extérieur (hors services).

Cette baisse a été importante (-45%) de 2013 à 2016. Mais la récupération est elle aussi sensible, avec une progression de 25% de 2016 à 2017.

Tableau 1

Chiffre d’affaires engendré par le commerce extérieur russe (biens) en milliards de dollars

2013

2014

2015

2016

2017

863-104

804-684

534-440

473-438

591-600

Source : Banque Centrale de Russie

Notons que, calculé en roubles ce qui est pertinent pour les comptes des entreprises russes, ce chiffre d’affaires connaît des fluctuations bien moindres, et qu’il est même en 2017 supérieur de 20% à son niveau de 2013. De fait, la forte dépréciation du rouble a permis aux entreprises russes de traverser cette période dans des conditions satisfaisantes pour leur rentabilité.

Cependant, ce qui est encore plus marquant est la modification de la part des partenaires commerciaux de la Russie.

Ici encore, on utilise les données fournies par la Banque Centrale de Russie sur la base de la collecte des données des services des douanes. On constate que ces parts, pour les 15 premiers partenaires commerciaux de la Russie qui cumulent au-dessus de 80% du chiffre d’affaires total du commerce extérieur russe, se modifient quelque peu entre 2013 et 2017. Le montant global de la part du chiffre d’affaires de ces 15 premiers partenaires évolue cependant peu, connaissant un pic à 82,4% en 2016 et un creux à 80,5% en 2017.

Tableau 2

Part dans le volume des transactions (pour les marchandises) du commerce extérieur de la Russie

Pays

2013

2014

2015

2016

2017

Ecart 2017/14

Chine

11,50%

11,80%

12,00%

13,10%

13,90%

20,80%

Allemagne

9,90%

9,90%

10,10%

10,40%

10,00%

1,10%

Pays Bas

9,40%

11,10%

10,30%

10,80%

9,60%

1,70%

Ukraine

7,00%

6,10%

5,40%

4,10%

3,30%

-53,10%

Italie

6,30%

6,20%

7,30%

7,20%

6,70%

5,50%

Belarus

5,30%

4,90%

4,60%

4,80%

5,30%

-0,60%

Turquie

4,40%

4,60%

4,40%

4,70%

5,10%

16,50%

Etats-Unis

4,30%

3,80%

3,70%

4,30%

4,60%

6,50%

Japon

4,10%

4,20%

4,50%

4,60%

4,70%

14,70%

France

3,90%

3,30%

3,00%

2,70%

2,50%

-34,40%

Pologne

3,90%

3,70%

3,80%

3,40%

3,00%

-22,10%

Corée Sud

3,40%

3,30%

3,40%

4,10%

3,90%

14,90%

Angleterre

2,90%

3,10%

3,30%

2,90%

2,40%

-16,20%

Kazakhstan

2,80%

3,20%

3,20%

3,20%

3,40%

20,60%

Finlande

2,60%

2,30%

2,50%

2,40%

2,10%

-17,80%

TOTAL

81,60%

81,40%

81,40%

82,40%

80,50%

La première remarque qui doit être faite immédiatement que 5 pays ont bien vu leur part dans le commerce extérieur de la Russie reculer.

Il s’agit de l’Ukraine (dont le commerce avec la Russie était important en 2013) et qui subit de plein fouet les conséquences de la crise politique avec la Russie à la suite des affrontements dans le Donbass. L’impact sur l’économie ukrainienne de cette baisse a été très sévère, car cette économie était fortement dépendante du commerce avec la Russie. Mais, on constate aussi que certains pays de l’Union européenne voient leur part dans le commerce avec la Russie reculer substantiellement. C’est en particulier le cas de la France, de la Pologne, de la Finlande et de la Grande-Bretagne. Pour la France et la Pologne, ces deux pays ont été lourdement frappés par les « contre-sanctions » visant les productions agricoles et agro-alimentaires prises par la Russie en rétorsion aux sanctions dont elle était la cible. On notera cependant que ceci n’affecte pas trois pays de l’UE, et probablement pour des raisons assez différentes.

L’Allemagne ne subit aucune conséquence des sanctions, et ceci très probablement parce que ses industriels (et son gouvernement) ont adopté une politique très pragmatique à l’égard de la Russie, cherchant à contourner les mécanismes des sanctions. Ceci, sans nul doute, s’est fait avec l’assentiment du gouvernement. On a d’ailleurs pu constater de visu la présence des industriels allemands en Crimée, et ce en dépit des positions « officielles » prise par le gouvernement de Berlin.

Pour les Pays-Bas, la question est en partie faussée car ce dernier pays reçoit une grande partie du gaz naturel russe avant de la revendre aux consommateurs finaux. Cela explique que les flux de commerce se maintiennent. Enfin, l’Italie a dû adopter une politique très semblable à celle de l’Allemagne, et les industriels italiens sont toujours bien présents, et très actifs, en Russie.

Une première conclusion peut donc être tirée. La réduction des parts commerciales semble bien correspondre à une logique idéologique et politique, mais cette logique est plus bilatérale que multilatérale.

Mais, on notera aussi que des pays améliorent leur part dans le commerce extérieur russe.

C’est, tout d’abord, le cas de la Chine et du Kazakhstan, mais aussi du Japon et de la Corée du Sud.

CHINE JAPON & LEURS VOISINAGES 4d6125b12ead88eb27d2eba2e0e42168

Cela renforce l’hypothèse d’un basculement vers l’Asie.

Le mouvement, ici, relève de logiques différentes, mais qui sont toutes liées au contexte géopolitique qui s’est établi depuis 2014. La Russie a largement substitué le charbon du Kazakhstan au charbon ukrainien. Par contre, et cela est nettement plus significatif, elle s’est globalement ouverte au commerce avec la Chine et a accru le volume de ses exportations de pétrole et de gaz vers ce pays.

Le Japon et la Corée du Sud ont aussi vu leur part dans le commerce extérieur russe augmenter, ce qui correspond bien au « tournant vers l’Asie » qu’a effectué la Russie.

Enfin, la Turquie, en dépit d’une période de conflit avec la Russie à la suite de la destruction d’un bombardier russe par la chasse turc, s’est positionnée comme un exportateur de substitution sur les produits agricoles, au détriment de la France et de la Pologne.

On constate donc bien une amorce de pivotement du commerce extérieur de la Russie vers les pays d’Asie. Mais, ce pivotement est moins clair que ce que l’on peut penser. Là où les pays de l’Union européenne adoptent des politiques pragmatiques avec la Russie (Allemagne et Italie), il n’y a pas de perte de parts de marché. Là où les pays adoptent des politiques plus idéologisées (France, Pologne, Grande-Bretagne, Finlande) il y a bien des pertes de parts de marché. Il convient dès lors de tenter de mesurer l’ampleur du phénomène.

russie st petersbourg 5b068a5085600a6f0f681103

  • Les gains et les pertes du réajustement du commerce extérieur russe

Il faut maintenant tenter de mesurer le coût de ces réajustements pour certains pays. Pour ce faire, on doit commencer par calculer les pertes en dollars par rapport au chiffre d’affaires de 2013 qui sont dû à la contraction générale du commerce extérieur de la Russie. Ces pertes se calculent en rapportant les montants des chiffres d’affaires de 2014 à 2017 à celui qu’ils avaient atteint en 2013.

Tableau 3

Montant des chiffres d’affaires par pays et pertes cumulées par rapport à 2013

Pays

2013

2014

2015

2016

2017

Pertes cumulées depuis 2014

Chine

99,08,

94,63,

64,08,

61,83,

82,05,

-93,74,

Allemagne

85,27,

79,82,

54,09,

49,05,

59,10,

-99,04%

Pays Bas

81,39,

89,40,

54,83,

51,27,

56,73,

-73,32,

Ukraine

60,16,

48,84,

28,59,

19,46,

19,35,

-124,39,

Italie

54,63,

49,57,

38,85,

33,90,

39,52,

-56,70,

Belarus

45,83,

39,35,

24,69,

22,58,

31,24,

-65,46,

Turquie

37,72,

37,02,

23,62,

22,11,

30,11,

-38,01,

Etats-Unis

36,94,

30,58,

19,93,

20,41,

26,98,

-49,87,

Japon

35,21,

33,80,

24,00,

21,54,

27,69,

-33,84,

France

33,40,

26,23,

16,03,

12,74,

15,03,

-63,58,

Pologne

33,23,

29,53,

20,15,

16,10,

17,75,

-49,39,

Corée Sud

29,60,

26,88,

18,17,

19,17,

23,31,

-30,89,

Angleterre

25,12,

25,11,

17,69,

13,49,

14,44,

-29,74,

Kazakhstan

24,34,

25,59,

16,94,

15,06,

20,11,

-19,66,

Finlande

22,35,

18,35,

13,47,

11,17,

12,60,

-33,83,

Unité

En

milliards

de

Dollars

Source : Banque Centrale de Russie

Il convient, dans un premier temps, de distinguer ce qui est dû à la contraction globale du commerce extérieur russe, et ce qui est dû aux ajustements des parts dans ce commerce extérieur.

Pour ce faire, on propose de calculer un chiffre fictif du commerce extérieur tel qu’il aurait du être sans le nouveau contexte géopolitique, en appliquant aux années de 2014 à 2017 les proportions de 2013.

Dans un deuxième temps on va comparer ce chiffre avec le chiffre réel de chaque pays dans son commerce extérieur avec la Russie.

Cette comparaison donnera alors une indication des pertes et des gains subits par chacun de ces pays en raison des modifications des flux du commerce extérieur de la Russie.

 

Tableau 4

Montants hypothétiques si les parts de 2013 avaient été conservées

(milliards de dollars des Etats-Unis)

Pays

2013

2014

2015

2016

2017

Chine

99,08,

92,38,

61,35,

54,35,

67,92,

Allemagne

85,27,

79,50,

52,80,

46,78,

58,45,

Pays Bas

81,39,

75,88,

50,40,

44,65,

55,79,

Ukraine

60,16,

56,09,

37,25,

33,00,

41,23,

Italie

54,63,

50,94,

33,83,

29,97,

37,45,

Belarus

45,83,

42,73,

28,38,

25,14,

31,41,

Turquie

37,72,

35,16,

23,36,

20,69,

25,85,

Etats-Unis

36,94,

34,44,

22,87,

20,26,

25,32,

Japon

35,21,

32,83,

21,81,

19,32,

24,14,

France

33,40,

31,14,

20,68,

18,32,

22,89,

Pologne

33,23,

30,98,

20,58,

18,23,

22,78,

Corée Sud

29,60,

27,60,

18,33,

16,24,

20,29,

Angleterre

25,12,

23,42,

15,55,

13,78,

17,22,

Kazakhstan

24,34,

22,69,

15,07,

13,35,

16,68,

Finlande

22,35,

20,84,

13,84,

12,26,

15,32,

Unité

En

milliards

de

Dollars

On obtient alors, pour les pertes cumulées de 2014 à 2017, à la fois le montant des pertes uniquement liées au changement de structure mais aussi l’impact moyen (réparti sur 4 ans) de cet impact par rapport au chiffre d’affaire de chaque pays. Cela donne le tableau suivant :

 

Tableau 5

Calcul de l’impact du changement de structure dans commerce de la Russie

2014-2017

Pays

Pertes cumulées depuis 2014 (tab.3)

Pertes ou gains théoriques cumulés liés au changement de structure (tab.4 – tab.3)

Impact moyen (sur 4 ans) du changement de structures)

1

Chine

-93,74.

26,60.

6,70%

Allemagne

-99,04.

4,53,

1,30%

Pays Bas

-73,32.

25,53.

7,80%

Ukraine

-124,39.

-51,33.

-21,30%

Italie

-56,70.

9,66,

4,40%

Belarus

-65,46.

-9,80.

-5,30%

Turquie

-38,01.

7,80,

5,20%

Etats-Unis

-49,87.

-5,00.

-3,40%

Japon

-33,84.

8,93,

6,30%

France

-63,58.

-23,01.

-17,20%

Pologne

-49,39.

-9,04.

-6,80%

Corée Sud

-30,89.

5,07,

4,30%

Angleterre

-29,74.

0,76,

0,80%

Kazakhstan

-19,60.

9,90,

10,20%

Finlande

-33,83.

-6,68.

-7,50%

Le Kazakhstan apparaît comme, en proportion, le grand gagnant du réajustement du commerce extérieur russe, suivi par la Chine, le Japon et la Turquie. Cela, et on l’a déjà dit, n’est pas étonnant vu l’importance du commerce du charbon. Parmi les perdants, si l’Ukraine fait figure de « numéro 1 », la deuxième place revient à la France. Pour ce dernier pays, la perte annuelle moyenne liée au réajustement de la structure du commerce, et concernant pour l’essentiel les exportations vers la Russie se monte à 5,75 milliards de dollars, soit 0,2% du PIB de la France (nous importons peu de la Russie).

ASIE BASCULEMENT ASIE asie1500

Puissances émergentes, l’Asie … pivot … de 2012  http://langlois.blog.lemonde.fr/2012/10/14/une-hypothese-discutee-le-basculement-du-monde/

 

  1. La fin d’une période historique ?

Il faut alors chercher à mettre cette tendance au basculement du commerce extérieur russe dans une perspective historique.

Après plus de trois cent ans de trajectoire visant à « européaniser » la Russie, il semble bien que cette dernière ait pris conscience de sa nature duale, d’Asie et d’Europe.

Vladislav Surkov, dans l’article déjà cité, insiste sur le fait que la crise géopolitique de 2014 serait un événement qui :

« marque l’aboutissement du voyage épique de la Russie en Occident, la fin des nombreuses tentatives douloureuses de devenir une partie de la civilisation occidentale, de s’apparenter “aux bonnes familles” des peuples européens.”[2] »

Surkov remarque que la Russie a été rejetée par le « club » des pays occidentaux, qui n’ont jamais voulu reconnaître sa spécificité et qui l’ont, au mieux, considérée comme un fournisseur de matières premières.

On rappelle ici que les violations systématiques du droit international par les États-Unis et les pays de l’OTAN (Kosovo, Irak) ont semé la graine de l’aliénation de la Russie face aux puissances occidentales[3].

Le ressentiment qui s’est alors installé tant dans les élites russes que dans la population est patent.

On doit d’ailleurs remarquer que lors des élections présidentielles russes qui ont eu lieu en mars dernier, les candidats de l’opposition qui ont fait un score significatif étaient tous des candidats que l’on peut qualifier d’occidentalo-sceptiques voire d’anti-occidentaux (Groudinine et Jirinovski).

Les deux candidats libéraux pro-occidentaux n’ont reçu qu’une part extrêmement faible des scrutins.

Il n’est pas sur qu’Emmanuel Macron ait compris ce retournement dans l’opinion russe ni à fortiori qu’il en ait tiré les conséquences. Car, la France a beaucoup à perdre, et pas seulement économiquement, dans ce changement. Une bonne partie de l’influence française tenait à sa position équidistante entre Washington et Moscou. Or, pour avoir choisi ouvertement Washington et Bruxelles, le Président français a perdu un levier important et laissé la place libre à des pays comme l’Allemagne ou l’Italie. Cette dernière pourrait bien, du fait de son nouveau gouvernement, remplacer en partie le rôle de la France comme intermédiaire entre les États-Unis et la Russie.

Alors, il est aussi clair que l’impact (positif ou négatif) du réajustement du commerce extérieur russe a été significatif pour un certain nombre de pays.

Si, le Kazakhstan et les pays industrialisés d’Asie tirent leur épingle du jeu, des pays comme l’Ukraine, la France et la Pologne ont subi de plein fouet les effets de ce réajustement. Pour la France, on peut estimer qu’entre les effets des « contre-sanctions » et la timidité des exportateurs dans un contexte marqué par les sanctions (et l’absence de soutien de la part du gouvernement), les pertes ont été importante et pourraient avoir eu un impact de 0,2% sur le PIB annuel de 2014 à 2017. Quand ont voit les montants de la croissance du PIB durant ces années, ce n’est donc pas négligeable.

Ceci devrait aussi être médité par Emmanuel Macron.

 


[1] http://www.globalaffairs.ru/global-processes/Odinochestvo-polukrovki-14-19477

[2] http://www.globalaffairs.ru/global-processes/Odinochestvo-polukrovki-14-19477

[3] Sapir J., Le Nouveau XXIème siècle, Paris, Le Seuil, 2009.

source / https://www.les-crises.fr/russeurope-en-exil-la-visite-de-macron-et-le-tournant-russe-les-consequences-dune-inconsequence-par-jacques-sapir/

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Notes

1 Col.2/4) / (Col.1-Tab.3

Une réflexion au sujet de « 2803 – La visite de Macron et le tournant russe … les conséquences d’une inconséquence par Jacques Sapir »

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