2659 – L’Équateur coupe l’accès au monde extérieur pour Julian Assange … SON entretien avec « Respublica »

  1. L’Équateur coupe l’accès au monde extérieur pour Julian Assange
  2. Cambridge Analytica, Trump, Poutine…  les confidences de Julian Assange

ASSANGE julian-assange  In this May 19, 2017 file photo, WikiLeaks founder Julian Assange greets supporters from

Par Mike Head – 30 mars 2018 – WSWS –

Le gouvernement équatorien a bloqué tous les contacts et communications du rédacteur en chef de WikiLeaks, Julian Assange, à son ambassade à Londres, au motif qu’il avait publié un tweet condamnant l’arrestation de l’ancien président régional de la Catalogne, Carles Puigdemont.

WikiLeaks a confirmé mercredi:

«Le rédacteur en chef de WikiLeaks @julianassange a été bâillonné et isolé par ordre du nouveau président de l’Équateur @Lenin Moreno. Il ne peut pas tweeter, parler à la presse, recevoir des visiteurs ou faire des appels téléphoniques.»

Le Comité de rédaction du World Socialist Web Site dénonce les nouvelles restrictions sur la capacité de Julian Assange à communiquer avec ses innombrables partisans à travers le monde.

La décision de l’Équateur a été annoncée mardi après qu’Assange a tweeté lundi sur l’accusation de la Grande-Bretagne selon laquelle la Russie était responsable de l’empoisonnement présumé de l’ancien agent russe Sergei Skripal et de sa fille Yulia dans la ville anglaise de Salisbury au début du mois.

Cette décision est une menace terrible pour Assange.

Il fait face à un isolement total, étant essentiellement prisonnier dans la minuscule ambassade, et risque davantage d’être extradé afin d’être jugé aux États-Unis pour espionnage et trahison, crimes passibles de la peine de mort.

La démarche de l’Équateur est également une attaque directe contre la liberté de parole dans le monde, en conformité avec la censure grandissante de l’Internet, pour faire taire la dissidence politique et l’opposition à l’impérialisme et à la guerre.

WikiLeaks a rapporté que l’Équateur a exigé qu’Assange supprime le tweet suivant, dans lequel il a souligné le précédent historique terrifiant de la décision de l’Allemagne de détenir le dirigeant catalan à la demande du gouvernement espagnol:

ESPAGNE DE FRANCO Lluís Companys  ESPAGNE DE FRANCO Lluís Companys

«En 1940, le président élu de la Catalogne, Lluís Companys, a été capturé par la Gestapo, à la demande de l’Espagne, livré aux autorités espagnoles et exécuté.

Aujourd’hui, la police allemande a arrêté le président élu de la Catalogne, Carles Puigdemont, à la demande de l’Espagne, pour qu’il soit extradé.»

La police secrète de Hitler, la Gestapo, a arrêté Companys, qui s’était exilé en France en 1936 après que le général Franco, avec le soutien de l’Allemagne, eut écrasé la révolution espagnole et établi une dictature brutale.

Les nazis ont extradé Companys à Madrid, où il a été torturé, condamné à mort et exécuté.

ESPAGNE DE FRANCO Lluís Companys companys  ESPAGNE DE FRANCO Lluís Companys

Les puissances européennes et autres puissances impérialistes sont derrière l’action de l’Équateur.

Dans un communiqué, l’Équateur a déclaré que le comportement récent d’Assange sur les médias sociaux «met en péril les bonnes relations que l’Équateur entretient avec le Royaume-Uni, les autres États de l’Union européenne et avec d’autres nations».

Lundi, Assange a demandé pourquoi la Grande-Bretagne et ses alliés avaient expulsé les diplomates russes au sujet de l’empoisonnement de Skripal.

«Bien qu’il soit raisonnable que Theresa May considère l’État russe comme le principal suspect, les preuves sont circonstancielles jusqu’à présent et l’OIAC [Organisation pour l’interdiction des armes chimiques] n’a rien confirmé encore, permettant au Kremlin de clamer dans le pays que la Russie est persécutée», a-t-il tweeté.

Dans un autre tweet, Assange a souligné que

«21 alliés américains ont expulsé des diplomates sous prétexte d’un événement non résolu au Royaume-Uni et que les États-Unis ont expulsé près de trois fois plus de diplomates que le Royaume-Uni, le pays prétendument victime».

Malgré les accusations fabriquées d’agression sexuelle du gouvernement suédois contre Assange depuis longtemps, il risque toujours une arrestation immédiate s’il sort de l’ambassade équatorienne, où il est confiné depuis près de six ans, ce qui fait qu’il peut difficilement sortir prendre l’air, du soleil, ou faire de l’exercice.

Les autorités suédoises ont officiellement clôturé l’enquête l’année dernière, confirmant ainsi qu’il n’y a jamais eu de véritable affaire.

C’était en fait un «coup monté» visant à discréditer et à paralyser WikiLeaks et à mettre Assange derrière les barreaux, ou pire.

Mardi, l’Équateur a affirmé qu’Assange avait violé

«un engagement pris auprès du gouvernement à la fin de l’année 2017 de ne pas publier de messages qui pourraient interférer avec d’autres États».

Cependant, ses mesures vont au-delà de ses actions précédentes.

  • En octobre 2016, il a suspendu l’accès à Internet d’Assange après que WikiLeaks eut publié des courriels révélant des fuites provenant de la campagne présidentielle de Hillary Clinton.
  • En mai 2017, le président équatorien Moreno a exigé qu’Assange s’abstienne de commenter le conflit entre l’Espagne et la Catalogne. Assange avait tweeté que Madrid était coupable de «répression».

ANGLETERRE sir-Alan-Duncan-_3600883b        ANGLETERRE Sir Alan Duncan 

Après les commentaires d’Assange sur l’affaire Skripal, le ministre britannique des Affaires étrangères Alan Duncan l’a qualifié de «pourriture» et a déclaré qu’il devrait quitter l’ambassade équatorienne et se rendre à la «justice» britannique.

Assange a répondu:

«La Grande-Bretagne devrait dire si elle a l’intention de m’extrader aux États-Unis pour avoir publié la vérité et devrait mettre un terme à sa violation continue des décisions de l’ONU dans cette affaire.»

En 2015, le Groupe de travail des Nations unies sur la détention arbitraire a condamné la détention d’Assange comme

«arbitraire, déraisonnable, inutile, disproportionnée»

et a demandé qu’il soit immédiatement libéré et indemnisé.

la justice britannique Devant-la-justice-anglais

Le vrai visage de la justice britannique a été révélé en février. Un juge de Londres a rejeté une demande d’Assange de retirer un mandat d’arrêt britannique contre lui émis en 2012, en dépit du fait qu’un mandat d’arrêt européen lancé par des Suédois – le déclencheur du mandat britannique – eût été annulé en mai 2017.

USA le-senateur-jeff-sessions-lors-de-son-audition-devant-le-senat-pour-le-poste-de-ministre-de-la-justice-le-10-janvier-2017-a-washington-1_5797127   USA Le procureur général de l’administration Trump Jeff Sessions  

Le procureur général de l’administration Trump Jeff Sessions a déclaré en avril dernier que l’arrestation d’Assange pour qu’il soit officiellement inculpé par les États-Unis, demeurait une «priorité».

L’establishment politique, militaire et du renseignement américain est déterminé à punir Assange pour avoir révélé ses crimes de guerre en Irak et en Afghanistan et ses intrigues diplomatiques et sa surveillance de masse dans le monde entier.

Cela comprend

  • une vidéo «meurtre collatéral» diffusée par WikiLeaks qui montre le massacre de 12 civils irakiens par un hélicoptère américain en 2007,
  • la publication de plus de 250.000 câbles diplomatiques secrets américains
  • de milliers de dossiers détaillant les opérations de «logiciels malveillants» de la CIA afin de s’emparer secrètement de réseaux informatiques.

 

(Article paru en anglais le 29 mars 2018)


source/https://www.wsws.org/fr/articles/2018/03/30/jula-m30.html


Cambridge Analytica, Trump, Poutine…  les confidences de Julian Assange

Par Stefania Maurizi – Publié le 29/03/2018

INTERVIEW – Dans un entretien à La Repubblica, partenaire du Figaro au sein de l’alliance Lena*, le fondateur de WikiLeaks explique pourquoi il a décliné tout contact avec Cambridge Analytica.

Julian Assange extradition  Assange en Mai 2017

Depuis huit ans, selon le Groupe de travail des Nations Unies sur la détention arbitraire,

Julian Assange est placé sous arrestation de manière injustifiée.

Au cours des six dernières années, il a été confiné dans la minuscule ambassade de l’Équateur à Londres. Et depuis deux ans, il est sévèrement critiqué pour la décision de WikiLeaks, son organisation, de publier les emails du parti démocrate des États-Unis à quelques semaines seulement des élections américaines, dans lesquelles Cambridge Analytica a prétendument joué un rôle déterminant.

La Repubblica vient d’interviewer Julian Assange qui, ces derniers mois, a tenté de faire montre d’ironie à propos de la salve d’attaques, de critiques et de soupçons que lui et son organisation essuient depuis quelques années. De fait, «notre entreprise est un chemin de croix», confiait-il au journal italien quelques semaines avant cet entretien.

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LA REPUBBLICA – Près d’une année et demie après l’élection de l’administration Trump, quel est votre avis à ce sujet? Autrement dit, la direction du Département d’État est passée d’Hillary Clinton, probablement pas votre responsable politique préférée, à Mike Pompeo[1], qui s’est employé l’année dernière à vous attaquer de manière cinglante, vous et WikiLeaks [2]…

 

Julian ASSANGE. – Ce processus illustre particulièrement bien comment une personne extérieure à Washington DC s’est lentement mais sûrement retrouvée prise dans les rets des réseaux de pouvoir qui y gravitent. Cela dit, il n’est pas du tout aisé de cataloguer Trump qui, en permanence, intervient subrepticement. Pompeo n’a pas encore été ratifié par le Sénat, mais il le sera probablement. De toute évidence, la connexion contre l’Iran au sein du gouvernement américain se consolide lentement mais sûrement. John Bolton est le produit de la connexion israélo-saoudienne et de la difficulté de l’administration Trump à recruter des talents. Bolton allie ses compétences à la compréhension de la bureaucratie, à une vive énergie et il est un faucon de guerre.

«De toute évidence, la connexion contre l’Iran au sein du gouvernement américain se consolide lentement mais sûrement»

Julian Assange

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Les politiques de Trump sur des questions telles que les armes nucléaires vous effraient-elles?

George W. Bush s’est retiré d’importants traités nucléaires en 2004, puis Obama a ratifié un programme de modernisation de l’armement nucléaire de 1,2 milliard de dollars.

USA John Bolton lead_960_540  USA John Bolton

C’est en attente depuis un certain temps. Les présidents ne peuvent pas simplement ordonner une frappe nucléaire. Il faut l’aval de plusieurs niveaux de personnes au-dessous, d’où l’importance des choix de nominations dans ces strates liées aux systèmes d’armes nucléaires. Il convient de s’inquiéter lorsque des personnes comme John Bolton se retrouvent dans ces rares sphères.

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En regardant en arrière, avez-vous eu raison de publier les emails d’Hillary Clinton?

Avoir raison par rapport à qui? C’est pour cela qu’au cours de l’histoire, “avoir raison” est une des expressions les plus complexes.

Si vous voulez savoir si, ainsi, nous avons pu tenir notre promesse au public et, dès leur réception et en l’absence de toute censure, révéler des informations qui en valaient la peine, alors la réponse est affirmative.

Aujourd’hui et à l’avenir, différents groupes pourront avoir plusieurs points de vue sur chaque publication de WikiLeaks qui les a aidés ou gênés. Ils peuvent avoir différentes opinions. Toutefois, à mon avis, la connaissance acquise par le biais d’informations sur le monde a manifestement un effet net positif en moyenne.

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Vous avez proposé de comparaître devant le comité du Parlement britannique chargé de l’enquête sur le dossier Cambridge Analytica[3]. Pouvez-vous nous en dire plus?

Impossible, car l’effet-surprise au Parlement disparaîtrait (sourire). Ils m’ont invité à fournir des preuves et j’étais d’accord, mais ce comité a fait l’objet de pressions. Il s’agit d’un problème politique.

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Pourquoi?

Je l’ignore. Peut-être devriez-vous les interpeller directement. Des personnes qui y sont intervenues, dont Alexander Nix, ont signalé mon nom à vingt-six reprises. Il me semblerait correct de répondre à l’identique aux diffamations émanant notamment de David Alandete, rédacteur en chef adjoint de El País.

ESPAGNE David Alandete, rédacteur en chef adjoint de El País. _S3X4893                                     ESPAGNE David Alandete, rédacteur en chef adjoint de El País.

Ce dernier a comparu devant ce même comité pour me calomnier personnellement de même que le mouvement indépendantiste catalan à un moment d’intense conflit politique interne en Espagne. Aujourd’hui, à cause de ce conflit, beaucoup sont prisonniers et réfugiés politiques.

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Quand vous indiquez que le rédacteur adjoint de El País vous a calomnié, faites-vous référence à ses articles invoquant que la Russie se trouve derrière le mouvement indépendantiste catalan et le soutien que vous lui témoignez?

Effectivement, c’est le cas et bien davantage. Je me réfère à la pertinence de mes commentaires sur l’indépendance de la Catalogne. J’ai défendu l’Article premier des Nations Unies selon lequel l’autodétermination des peuples doit prévaloir, pas uniquement celle de chaque famille ou petite ville, mais bien celle de tout un peuple.

Les Catalans ont leur propre langue et leur culture. Ils constituent donc un peuple et, de ce fait, ont le droit à l’autodétermination.

Leur indépendance est une question d’une tout autre nature. Personnellement, j’ai l’intime conviction qu’il serait préférable que le reste de l’Espagne les traite avec complaisance et inversement, pour ainsi assurer une coexistence harmonieuse. Mais cette décision leur appartient à eux, et pas à moi.

«Cambridge Analytica n’est pas un média lié au journalisme et, dès lors, nous avons décliné leur contact»

Julian Assange

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Aviez-vous entendu parler de Cambridge Analytica avant qu’ils ne vous abordent?

 

Non. De nombreuses personnes et organisations tentent constamment de contacter WikiLeaks, et, à l’instar de tout organe de presse, nous tâchons également de prendre attache avec beaucoup. En revanche, hormis en cas de partenariat à des fins journalistiques, nous ne révélons rien sur nos prochaines publications.

Cambridge Analytica n’est pas un média lié au journalisme et, dès lors, nous avons décliné leur contact.

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Ils vous contactaient donc pour la première fois.

En effet. Il y a une organisation, le SCL Group, dont Cambridge Analytica fait partie, qui est bien plus importante que cette dernière.

Le SCL Group travaille beaucoup pour le secteur de l’armée et des renseignements britanniques et, au cours des vingt dernières années, il a été impliqué dans de nombreuses élections.

Ils s’affichent dans soixante pays. Ils agissent tant pour le gouvernement que pour des entreprises.

Une question majeure reste toujours sans réponse: parmi les activités du SCL Group dans les élections de pays tiers, quelle proportion se fait pour le compte de l’État britannique ou est subventionnée d’une manière ou d’une autre par ce dernier, et quelle part correspond simplement à des opérations de service sur le terrain au profit de partis politiques dans ces États?

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Si vous n’êtes pas autorisé à témoigner devant le Comité du Parlement britannique, diffuserez-vous ces documents?

C’est à voir. Après avoir été détenu pendant près de huit années de manière arbitraire par le Royaume-Uni en toute violation de deux décisions des Nations Unies, je suis profondément en conflit avec l’État britannique et, en général, avec l’establishment qui le dirige.

Je me suis entretenu par vidéoconférence avec le Parlement européen concernant le meurtre de Daphne Caruana Galizia. Toutefois, en ce moment, il ne semble pas que le Parlement britannique – “la mère des parlements”, comme on se complaît à l’appeler ici – jouisse de l’indépendance du Parlement européen.


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Parlons du Mouvement 5 Étoiles que, de fait, vous avez félicité via Twitter après sa victoire lors du récent scrutin en Italie. En quoi les aimez-vous ou les trouvez-vous intéressants?

Je suis heureux de faire l’éloge de toute politique spécifique d’un parti que je trouve utile pour nos sources ou pour susciter le débat politique.

Par exemple, lors des élections de 2016, je suis intervenu à la première convention du parti Vert américain pour l’investiture de Jill Stein. De fait, même si sa victoire était bien entendu impossible, ce parti affichait une position solide sur la protection des lanceurs d’alerte, dont Edward Snowden et Chelsea Manning. Le Mouvement 5 Étoiles, quant à lui, présente des politiques transparentes et déclare vouloir agir par rapport à nos sources présumées.

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Vous faites référence à leur proposition de protection de la dénonciation?

Oui.

«Dans l’humanité, les rapides évolutions technologiques bouleversent la façon de faire de la politique qui, de ce fait, doit également progresser»

Julian Assange

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Toutefois, vos idées diffèrent des leurs. Vous leur avez notamment fait part d’un «certain scepticisme» quant à la démocratie directe via des plateformes en ligne...

D’autres formes de démocratie me laissent tout aussi perplexe.

Néanmoins, j’appuie cette expérience. Il est important d’innover, d’expérimenter et d’identifier les domaines qui réussissent et qui échouent. Nous devrons voir si elle [l’expérience de la démocratie directe par le biais de plateformes en ligne] renforce la liberté, la justice, la compassion et la créativité au sein de la société.

Il est difficile d’en connaître la réponse.

Dans l’humanité, les rapides évolutions technologiques bouleversent la façon de faire de la politique qui, de ce fait, doit également progresser. La plupart de ces expériences se soldent par un échec. En revanche, un fait est certain: les groupes qui ne tentent rien échouent.


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Quel est votre avis sur la réélection de Vladimir Poutine?

La controverse concernant le contrôle du Kremlin sur les chaînes de télévision publiques est largement fondée.

Russie Poutine Vladimir Poutine             VLADIMIR POUTINE

En revanche, voyez ce qu’il est advenu du peuple russe sous Gorbachev et Eltsine du point de vue de la Russie.

Leur gestion calamiteuse de la nation a conduit à la famine. Aussi, même selon les standards soviétiques, Poutine est le leader qui a le mieux géré la Russie toutes ces années et, sous son mandat, la Russie a connu une hausse considérable des pensions et des salaires.

Les problèmes du pays, certes graves, et sa stagnation économique au cours des quatre dernières années restent relatifs par rapport à ce que les Russes ont enduré au cours des années 90.

«Même selon les standards soviétiques, Poutine est le leader qui a le mieux géré la Russie toutes ces années»

Julian Assange

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En parallèle, il est un ancien membre du KGB et ses ennemis ne meurent pas de causes naturelles…

Il n’est pas facile de le savoir. De toute évidence, de nombreux meurtres sont associés à des éléments liés à l’État. Toutefois, des analystes sérieux de la Russie les imputent à un manque de contrôle sur les éléments associés à l’État russe et de ses régions.

Plusieurs meurtres liés à [Ramzan] Kadyrov en Tchétchénie, qui aurait apparemment agi dans son propre intérêt, ne semblent par exemple pas favoriser le Kremlin. Au contraire, ils lui donnent une image de faiblesse.

Les tentatives présumées d’assassinat de [Sergei] Skripal ici, à Londres, portent à mon avis la marque de l’implication de l’État. Davantage de preuves circonstanciées de l’implication des services de renseignements russes interviennent: ils avaient un mobile précis et ils possédaient les moyens. Je coïncide avec Theresa May, la Première ministre: ce sont manifestement les premiers suspects.

Toutefois, il y a d’autres possibilités, que j’omettrai de signaler parce qu’à mon avis, elles sont trop spéculatives. De nombreuses opérations d’éléments liés à l’État russe dans des régions telles que la Tchétchénie ou de la mafia russe sont imputées à des décisions personnelles du président Poutine. Et il est clair que le Kremlin œuvre parfois avec ou par l’intermédiaire de la mafia.

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Les câbles de WikiLeaks y font littéralement référence…

 

Effectivement, même si en raison de la taille de la Russie, de la diversité dans ses régions et du jeune âge relatif de l’État, les structures de contrôle sont faibles et le Kremlin préfère de loin être tenu responsable d’actes qu’il n’a pas commis, plutôt que de donner l’impression d’un manque de maîtrise.

La russophobie véhiculée par les services de renseignements occidentaux et par les responsables politiques d’Europe de l’Est, qu’ils mettent à profit pour augmenter leurs budgets et assurer l’unité politique de leurs États, bénéficie souvent au Kremlin.

En effet, ils le montrent puissant et discipliné en dépit, sur le fond, d’un PIB de l’ordre de celui de l’Italie et d’un manque profond de contrôle sur de nombreuses structures. Mais qu’on ne s’y méprenne pas. En Tchétchénie, malgré le simplisme de la plupart des analyses, le Kremlin se trouve effectivement derrière de nombreuses dérives, qui sont le fruit de politiques officielles.

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À plus d’une reprise, les presses américaine et britannique ont établi des liens entre la publication de WikiLeaks sur les emails d’Hillary Clinton, la Russie et Trump, en soulignant que vous avez reçu des personnes très proches de l’administration Trump dans cette ambassade, notamment Nigel Farage ou le sénateur américain Dana Rohrabacher. Pourquoi avez-vous rencontré ces personnes?


Dana Rohrabacher  USA Dana Rohrabacher.  

J’essaie de rencontrer quiconque dispose d’informations ou pourrait être utile pour faire passer un message. Quand on croit que ce qu’on fait est important, on veut parler à tous les publics possibles. Pour cette raison, en 2015 et en 2016, je les ai tous rencontrés, de Noam Chomsky et Michael Moore à Nigel Farage. C’est ainsi que font les journalistes. La LBC, à savoir Leading Britain’s Conversation (une station de radio basée à Londres), souhaitait réaliser une interview.

«Comme toutes les organisations liées aux médias, nous tentons d’obtenir des informations de chaque campagne et nous avons réussi à publier le scoop le plus retentissant de 2016»

Julian Assange

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Autrement dit, avez-vous rencontré Farage pour cette raison?

ANGLETERRE Nigel Farage fba37d72356d2020a92e0762a6065099  ANGLETERRE Nigel Farage  

En effet. Mais permettez-moi toutefois de vous expliquer pourquoi ces théories sur WikiLeaks et Farage sont apparues.

[Glenn] Simpson, responsable de Fusion GPS, a évoqué ces théories devant le Congrès des États-Unis. Fusion GPS est l’entreprise appelée par Hillary Clinton pour embaucher Christopher Steele et produire le rapport Steele [le dossier relatif aux soupçons de conspiration russe pour faire élire Donald Trump].

Glenn Simpson a indiqué au Comité du renseignement de la Chambre des Représentants américain qu’ils avaient entendu, sans toutefois le confirmer, que Nigel Farage m’avait rendu visite en 2016 avec la clé USB contenant tous les emails du Comité national démocrate. Postérieurement, le Comité du renseignement de cette Chambre a délibérément omis ce témoignage et le Guardian l’a rapporté.

Nigel Farage a réfuté ces faits, précisant que notre toute première rencontre remontait à 2017. D’une certaine manière, ces théories conspirationnistes reflètent l’ignominie du journalisme.

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Vous avez rencontré Dana Rohrabacher, le sénateur américain, ici avec vos avocats en présence de toutes ces caméras…

Je le confirme. Ce fut une rencontre intéressante sur laquelle je m’étendrai davantage en temps voulu…

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Et qu’en est-il des messages directs entre WikiLeaks et Donald Trump Jr.? Comment les expliquez-vous?

Comme toutes les organisations liées aux médias, nous tentons d’obtenir des informations de chaque campagne et nous avons réussi à publier sans conteste le scoop le plus retentissant de 2016 par rapport aux Démocrates.

Pour cette raison, nous voulions développer des contacts et recueillir des informations sur les Républicains. Nous continuons de poser des questions quant aux recettes fiscales de Trump après l’élection. De fait, en dépit de ses promesses, Donald Trump ne les a pas publiées.

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Pensez-vous pouvoir un jour parcourir à nouveau le monde en homme libre?

C’est une question de culture et de politique. En quelque sorte, il en va de l’opinion publique. Au-delà d’un certain niveau de conflit, les règles et les normes disparaissent totalement. Cela s’applique par exemple au conflit en Iraq, mais aussi probablement à des dossiers juridiques fort controversés impliquant un intérêt de l’État. Il en va de même en ce qui me concerne.

Sur le plan de la procédure, la politique a pris le pas sur le droit, mais tout dépend de l’opinion publique. Ma détention arbitraire est, de fait, une question politique.

ASSANGE julian-assange


l’alliance Lena*, Die Welt, El Pais, La Repubblica, Le Soir, Tages-Anzeiger, La Tribune de Genève et Le Figaro prônent un journalisme de qualité.

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