2607 – Donner davantage de poids aux voix de la paix !

Conférence de Munich sur la sécurité …

Un sérieux risque de confrontation est en vue …

 

CONFERENCE MUNICH the Munich Security Conference (MSC) Perspektive_Saal_MSC2014_Kuhlmann

par Karl Müller – N° 5, 5 mars 2018 –   Horizons et débats

La situation actuelle au Proche-Orient (comme dans d’autres régions), rappelle beaucoup la situation de l’Europe centrale, du Saint Empire romain germanique, pendant la guerre de Trente Ans.
Fanatisme religieux, violences inouïes, abrutissement dans tous les domaines de vie, confrontation géopolitique des grandes puissances sur le dos d’États et de peuples entiers, alliances et fronts changeants, destruction de paysages et des biens culturels précieux … et avant tout, des souffrances humaines incommensurables.
En 1648, la guerre de Trente Ans ne finit qu’au moment où plus aucun parti impliqué ne pouvait espérer une victoire militaire, où toutes les armées furent épuisées et les caisses de guerre vidées.
Alors tout le monde dut accepter l’état des faits: la perte du pouvoir de l’empire, l’essor de principautés égales dans leurs droits, politiquement et religieusement souveraines comme fondement pour des États souverains, en quelque sorte le début d’un droit public international.

La Guerre de Trente Ans en Alsace pano_vrancx  La Guerre de Trente Ans en Alsace

Comme dans la guerre de Trente Ans

Dans une situation comparable, de nombreux politiques, militaires et autres «élites» de ce monde se sont rencontrés à Munich du 16 au 18 février 2018 pour la Conférence annuelle sur la sécurité.
La conférence a montré que le monde reste encore impliqué dans la grande confrontation, mais le moment où l’apogée des hostilités sera atteint n’est pas encore prévisible.

USA sénateur américain John McCain 603x339_379127            sénateur américain John McCain

Tout au contraire, le simple fait que le prix de la Conférence, le prix Ewald-von-Kleist, soit à nouveau remis à un va-t’en-guerre – au sénateur américain John McCain – ne pressage rien de bon.
Ce sont avant tout les représentants de l’«Occident» qui proférèrent à nouveau des accusations et des menaces, à peine cachées dans un discours simpliste et enjolivé, plein de fioritures, de partialité, de déformations des faits et de demi-vérités.

USA Herbert R. McMaster mcmaster  Herbert R. McMaster

Le discours du conseiller en sécurité américain Herbert R. McMaster et ses prises de position lors de la discussion1 n’en étaient qu’un exemple.

Justification et messages

Une telle manifestation est faite pour le public, notamment pour le public allemand.

Le battage médiatique est tonitruant. Il ne faut cependant pas s’attendre à être informé par ces discours de ce qui se passe vraiment dans ce monde. S’il y a des débats politiques sérieux, ils se tiennent en secret. Dans les discours et interventions en public, il ne s’agit que de justifications politiques et de messages adressés à l’opinion publique. Un message était clair: personne ne parle de paix. Les pays, y compris l’Allemagne, se préparent pour de nouvelles guerres.

ALLEMAGNE Von der Leyen image-967325-640_panofree-kwsf-967325   Von der Leyen

Von der Leyen: la militarisation de l’UE est une «tâche européenne pour l’avenir»

Deux phrases du discours d’entrée de la ministre allemande Ursula von der Leyen sont significatives:2 «Le développement de capacités et de structures est une chose. Une autre est la volonté de réellement utiliser la force militaire quand les circonstances l’exigent.» – Von der Leyen veut y arriver avec davantage d’UE et au sein de l’OTAN: «Nous voulons rester transatlantiques, et en même temps devenir plus européens. Il s’agit d’une Europe voulant peser davantage au niveau militaire.» Et deux phrases plus loin: «Voilà notre devoir européen pour l’avenir.» – Ainsi, avec de telles phrases, on s’est éloigné des années-lumière de ce que les peuples du monde étaient résolus à mettre en œuvre en 1945: «Nous, peuples des Nations Unies, résolus à préserver les générations futures du fléau de la guerre qui deux fois en l’espace d’une vie humaine a infligé à l’humanité d’indicibles souffrances …».

Mais l’Occident ne représente pas le monde entier

Mais l’«Occident» ne représente pas le monde entier. A la conférence de Munich, il y avait également des politiciens qui, portés par une grande inquiétude, ont demandé un tournant.
Fu Ying, présidente du Comité des Affaires étrangères du Congres national du peuple de la République populaire de Chine, avait déjà expliqué dans un article détaillé3 paru dans une édition spéciale du «German Times» à l’occasion de cette conférence, pourquoi son pays considère que le développement de la Chine et d’autres pays comparables ne se fera pas au dépit de l’Occident.

La Chine n’a aucune intention d’exporter sa politique et sa vision du monde.

Le monde occidental, dirigé par les États Unis, a tenté d’imposer la vision occidentale au monde entier, en exportant leurs propres valeurs et leurs modèles. Non seulement ces tentatives n’ont en rien contribué à la résolution des anciens problèmes mais elles en ont crée de nouveaux.

Ce n’est que dans un contexte international pacifique que la Chine pourra bien se développer. Si la Chine, les États Unis et également l’Europe, la Russie et d’autres pays pouvaient commencer à analyser les bases de la résolution de grands conflits, ceci contribuerait à maintenir la stabilité générale des relations entre les grandes puissances et aiderait à développer des solutions aux problèmes régionaux brûlants.

54th Munich Security Conference  RUSSIE LAVROV

Le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov [4] a proposé de ne pas falsifier l’histoire:

  • ni l’histoire de la Seconde Guerre mondiale et de l’instrumentalisation de l’Allemagne national-socialiste par l’Occident contre l’Union soviétique,
  • ni l’histoire à partir 1991 et la politique de l’OTAN d’avancer jusqu’aux frontières de la Russie,
  • ni l’instrumentalisation de forces fascistes pour le coup d’État en Ukraine en février 2014 et les violences consécutives.
Il a décrit les continuelles accusations concernant une prétendue influence négative grandissante de la Russie, comme de la «propagande pour la confrontation avec la Russie». Les vraies intentions de son pays sont toutes autres. Il a donc répété la proposition russe de continuer de collaborer avec l’UE et l’Occident, dans l’intérêt mutuel, et de renforcer les Nations Unies.

Une voix du Qatar

  • Comment évoluerait l’histoire, si l’on prenait au sérieux la voix d’un petit pays du Proche-Orient tel que le Qatar… et si ce qu’il dit était ce qu’il pense?
Chez nous, en Occident, nous obtenons avant tout des nouvelles négatives de ce pays situé au bord du golfe Persique. Et c’est bien vrai qu’il n’est jamais justifié de soutenir des groupes d’opposition violents dans d’autres pays.

QATAR l'Emir Cheikh Tamim bin Hamad Al-Thani prononçant un discours lors de la séance d'ouverture de la Conférence de Munich emir  l’Emir Cheikh Tamim bin Hamad Al-Thani prononçant un discours lors de la séance d’ouverture de la Conférence de Munich

Cependant, le discours de l’émir Tamine bin Hamad al-Thani à Munich5 valait la peine d’être écouté.

Emir al-Thani a rappelé qu’en Europe, après la Seconde Guerre mondiale, on avait réussi à transformer des nations ennemies en partenaires prêtes à collaborer et à résoudre les conflits pacifiquement. Un événement tel que la sortie de la Grande-Bretagne de l’UE ne provoque pas une guerre mais est réglé de manière pacifique.

Le Proche-Orient a besoin d’une voie similaire.

Jusqu’à ce jour, de nombreux gouvernements et des grandes puissances agissant au niveau international y bafouent impunément les droits de l’homme.
De nombreux gouvernements agissent sans aucun sens de responsabilité. Ainsi, les peuples perdent l’espoir d’un futur meilleur. Les mécanismes pour résoudre les conflits et l’imposition du droit restent sans effet.
Il a rappelé l’expulsion des palestiniens il y a 70 ans, et la situation actuelle en Syrie, en Libye, en Afghanistan, en Somalie et au Yémen.

L’Europe n’en voulait pas entendre parler, mais par la vague de réfugiés, ces injustices sont également devenues l’affaire de l’Europe.

S’y ajoute le terrorisme dont les racines ne se trouvent pas uniquement dans l’extrémisme religieux. De grandes parties de la population dans de nombreux pays arabes sont marginalisées, et le sectarisme religieux sert de justification pour des régimes oppressifs.
La jeunesse au Proche-Orient pense que le monde est régi par l’hypocrisie et l’injustice. Les peuples perdent la confiance en leurs gouvernements et ne voient aucune possibilité de changer la situation pacifiquement. On leur propose un faux choix entre «sécurité» d’un côté et dignité, liberté et justice sociale de l’autre. Les «printemps arabes» n’y ont rien changé.

Les gens réclamaient la dignité, et on les a fait taire par la violence. Il faut y mettre un terme.

Un ordre de paix pour le Proche-Orient

Maintenant il faut terminer les conflits violents dans la région et il faut donner aux gens les droits élémentaires et de la sécurité. Huit des dix conflits les plus sanglants du monde sont encore localisés dans la région du Moyen-Orient élargi.

QATAR 42620283_304    l’Emir Cheikh Tamim bin Hamad Al-Thani

Son pays, le Qatar, aurait appris en 2017 ce que cela signifie d’être cloué au pilori et d’être isolé. Mais son pays a tout supporté sans abandonner sa souveraineté.

Les petits États sont trop souvent manipulés par les grandes puissances. Mais: «Il est vital pour les intérêts des hommes au Proche-Orient de garantir l’indépendance et la souveraineté d’États tel le Qatar refusant d’être forcé à prendre parti dans la lutte entre deux blocs.»
Emir al-Thani pense que le temps est arrivé pour créer une véritable architecture de sécurité au Proche-Orient. Toutes les nations ont la tâche «de ne plus remuer le passé, mais de se concerter sur les principes élémentaires de sécurité et les règles de gouvernance, pour créer un minimum de sécurité, permettant de développer la paix et le bien-être».
«Toutes les nations du Proche-Orient, les petites et les grandes, doivent se concerter sur un fondement de coexistence, basée sur des mécanismes de négociations fixes, et portée par le soutien de toute la région.»
Selon l’émir al-Thani, le Proche-Orient a besoin pour cela de l’aide de la communauté internationale. A la fin de son discours il a exhorté toutes les nations du Proche-Orient d’accepter son invitation et de collaborer à un tel accord sécuritaire exhaustif.

Peut-être le Proche-Orient peut-il espérer que l’émir du Qatar se soit transformé en un idéaliste réaliste. Nous le souhaitons instamment pour le bien de toutes les populations de la région.

Et à nos responsables politiques en Occident, nous souhaitons davantage d’idéalisme naturel – le machiavélisme actuel a déjà apporté bien trop de malheur, de détresse et de souffrance.     •

1    www.securityconference.de/mediathek/munich-security-conference-2018/video/statement-by-
herbert-raymond-mcmaster/

2    www.bmvg.de/de/aktuelles/europaeischer-werden–transatlantisch-bleiben-22174
3    www.the-security-times.com/beijings-plans-for-a-globalization-that-is-more-open-inclusive-and-beneficial-for-all/
4    www.mid.ru/en/press_service/minister_speeches/-/asset_publisher/7OvQR5KJWVmR/content/id/3081301
5    www.securityconference.de/fileadmin/MSC_/2018/MSC2018_Rede/Speech_of_HH_The_Amir_in_the_Munich_Security_Conference_English_Version.pdf

QATAR 220181621431621276236          l’Emir Cheikh Tamim bin Hamad Al-Thani


SOURCE/https://www.zeit-fragen.ch/fr/editions/2018/n-5-5-mars-2018/conference-de-munich-sur-la-securite.html