2522 – «No Billag» est une attaque contre la Suisse …

  1. «No Billag» est une attaque contre la Suisse …
  2. «Est-ce que vous voteriez encore non si vous deviez payer?»
  3. Pléthore d’adversaires à l’initiative «No Billag»

 

1 – «No Billag» est une attaque contre la Suisse

Par Tim Guldimann, conseiller national socialiste –

Les médias indépendants relèvent d’une grande importance pour la démocratie suisse, souligne Tim Guldimann. Selon le conseiller national socialiste et ancien ambassadeur de Suisse en Allemagne, l’initiative populaire pour la suppression de la redevance radio et télévision met en péril l’accès à une information objective et équitable. 

swissinfo.ch est une entreprise qui fait partie de la SSR. Son budget est financé pour moitié par la Confédération et pour moitié par la redevance.

J’ai toujours été très critique envers mon pays, mais plus je passe de temps hors des frontières, plus j’apprécie la Suisse. À l’étranger, surtout au cours de mes 13 ans passés en Allemagne, j’ai constaté que de nombreuses choses ne fonctionnent pas aussi bien que selon les habitudes suisses. Les qualités de notre pays ne devraient pas être pensées comme acquises. Voici trois exemples:

Premièrement, nous tendons à penser que notre démocratie directe est extraordinaire. Elle garantit une large confiance de la population envers l’État, le gouvernement et la politique. Dans d’autres pays, cette confiance s’est évanouie. Notre démocratie dépend d’une capacité à discuter ouvertement et objectivement des questions politiques. Et pour cela, nous avons besoin de médias indépendants.

Ces dernières années, de nombreux journaux ont perdu leur liberté.

Ils ont été rachetés par des milieux économiques influents cherchant à orienter l’opinion publique de manière intéressée. Aussi donc est-il d’autant plus important, pour le système, que la radio et la télévision conservent leur indépendance et leur caractère équitable. C’est la seule façon pour que swissinfo.ch, en tant qu’institution de la SSR, puisse publier ce présent article en même temps que celui de mon collègue du Conseil national, Claudio Zanetti.

Toutefois, si en vue des votations futures, vous souhaiteriez connaître l’avis unique de Monsieur Zanetti, dans un média dirigé par Christoph Blocher, alors il vous faudrait accepter l’initiative «No Billag», dès lors que la SSR n’existera plus.

 

 

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Tim Guldimann

siège au Conseil national sous la bannière du Parti socialiste.

Il a été ambassadeur de Suisse à Berlin de 2010 à 2015. ‘Kyystone

Deuxièmement, une menace pèse sur la fonction publique. Nous nous plaignons souvent des CFF, de la Poste ou de Swisscom, parce que les exigences du marché les poussent à faire des économies, ce qui engendre, par exemple, la fermeture de certains bureaux de poste. Relevons toutefois que notre service public fonctionne toujours très bien, en comparaison internationale. Fiable, il garantit aussi bien la qualité de vie que l’attractivité de notre lieu d’investissement.

L’Allemagne a davantage succombé à cette illusion de croire que la privatisation permet de réduire les coûts, que le marché serait plus efficace que l’État.

Je m’énerve constamment à Berlin: quand les colis n’arrivent pas, les trains sont en retard, la ligne téléphonique est coupée. Seule la radio publique allemande, comparable à celle que nous avons en Suisse, garantit la qualité d’une information objective.

«No Billag» réduirait non seulement «Echo der Zeit» (une émission de radio SRF) à néant, mais l’initiative constitue aussi une attaque frontale contre la croyance, jusqu’ici incontestée, que l’État doit s’attaquer à des problèmes sociaux que le marché ignore.

Troisièmement, la qualité essentielle de la Suisse repose sur une diversité linguistique et régionale. En raison de cette diversité, seul un traitement solidaire et respectueux de toutes les parties permet de maintenir la cohésion intérieure de l’État. Cela s’applique par exemple aux infrastructures: nous avons dépensé 500 millions de francs pour construire le tunnel de la Vereina afin qu’une petite minorité de 8000 habitants en Basse-Engadine puisse être reliée à la Suisse. Il en va de même pour la radio et la télévision publique.

Il ne s’agit pas que du romanche, en tant que quatrième langue nationale, mais de la diversité à petite échelle de notre pays.

Un pays où les gens se sentent chez eux grâce aux programmes locaux et régionaux des médias. La SSR soutient 21 radios et 13 télévisions régionales. Cela coûte de l’argent. Pourtant, la redevance, même pour un passionné de sport, coûte moins cher à son budget qu’un abonnement à une télévision payante pour assister aux matchs qu’il peut voir sur la télévision nationale.

La SSR est particulièrement importante pour les 780’000 concitoyens vivant à l’étranger, en tant que passerelle d’informations vers leur patrie.

swissinfo.ch rapproche la Cinquième Suisse de notre pays, donne des éclairages sur les votations, et en matière électorale, elle crée le cadre d’un débat politique auquel les Suisses de l’étranger peuvent participer.

Le mandat d’information de la SSR va bien au-delà. Avec sa participation à TV5Monde et 3Sar, la Suisse atteint 300 millions de foyers francophones et 70 millions de ménages germanophones dans le monde.

«No-Billag» signifie la fin de la SSR. En tant que Suisses de l’étranger, nous devons comprendre ce qui est vraiment en jeu pour notre pays le 4 mars 2018.

Les points de vue exprimés dans cet article sont ceux de son auteur et ne reflètent pas obligatoirement ceux de swissinfo.ch.​​​​​​

(Traduit de l’allemand par Lucie Cuttat)

 

SOURCE/ https://www.swissinfo.ch/fre/point-de-vue_-no-billag–est-une-attaque-contre-la-suisse/43860280


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2 – «Est-ce que vous voteriez encore non si vous deviez payer?»

Le conseiller national UDC Claudio Zanetti représente son parti au Comité de l’Organisation des Suisses de l’étranger (OSE). Celle-ci s’est prononcée contre l’initiative No Billag alors qu’il la soutient. Dans ce cas, ceux qui ne paient pas devraient se taire, écrit ce partisan de No Billag. 

Claudio Zanetti

Les Suisses de l’étranger consomment volontiers les émissions de la SSR. Ils montrent ainsi qu’ils sont attachés à leur patrie. C’est plutôt sympathique et il faut s’en féliciter. Mais cela devient problématique quand la «cinquième Suisse» contribue à l’introduction d’impôts qu’elle-même n’a pas à payer. À long terme, il n’est pas dans l’intérêt des Suisses de l’étranger que la règle «no taxation without representation» soit subitement remplacée par «representation without taxation».

swissinfo.chest une entreprise qui fait partie de la SSR. Son budget est financé pour moitié par la Confédération et pour moitié par la redevance.

Contrairement à ce qui ressort du communiqué de presse, le Comité de l’Organisation des Suisses de l’étranger (OSE) n’a pas été unanime pour recommander de rejeter l’initiative populaire «Oui à la suppression des redevances radio et télévision (suppression des redevances Billag)». J’ai même proposé de renoncer tout simplement à une prise de position. L’expérience montre que ceux qui doivent payer pour une prestation acceptent mal d’avoir à le faire si elle a été commandée par des tiers qui pour la plupart ne sont pas soumis à cet impôt.

 

 

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Claudio Zanetti

est juriste et conseiller national de l’UDC du canton de Zurich. Il est conseiller en relations publoiques et s’est fait un nom sur Twitter. (Keystone)

En particulier lorsque le résultat d’une votation est serré, on ne peut éviter le reproche selon lequel des intérêts particuliers ont prévalu.

Il suffit de penser aux 5000 voix qui ont fait la différence pour l’introduction du passeport biométrique ou au non à l’initiative «contre les abus dans le droit d’asile». Les Suisses de l’étranger ont fait pencher la balance dans ces deux cas – ils étaient plutôt favorables au premier et plutôt opposés à la seconde. (source: swissinfo)

En 2015, le Conseil fédéral et la majorité du Parlement ont réussi – sans base constitutionnelle! – à introduire un nouvel impôt sur la radio et la télévision en veillant à parler systématiquement de «taxe» ou de «redevance» pour dissimuler une violation de la Constitution.

La différence lors du scrutin n’a été que de 3696 voix, soit moins de 0,2%. Les voix des Suisses de l’étranger ont été décisives. Le projet n’aurait pas été accepté sans elles. Des études ont montré une énorme différence entre le vote des Suisses de l’intérieur et celui des Suisses de l’étranger: dans le canton de Zurich par exemple, 52% des votants ont rejeté la révision de la loi. En revanche, le projet a été approuvé par 63,2% des Suisses de l’étranger inscrits dans ce canton qui ont voté (4470 oui et 2600 non).

Faut-il donc s’étonner que le conseiller aux État Andrea Caroni du Parti libéral-radical (PLR) ait exigé du Conseil fédéral qu’il limite, en se basant sur le critère du domicile, la durée pendant laquelle les Suisses et les Suissesses de l’étranger peuvent exercer leurs droits politiques après avoir quitté le pays?

Point de vue

swissinfo.ch ouvre ses colonnes à des contributions extérieures choisies. Régulièrement, nous publions des textes d’experts, de décideurs, d’observateurs privilégiés, afin de présenter des points de vue originaux sur la Suisse ou sur une problématique intéressant la Suisse. Avec, au final, le souci d’enrichir le débat d’idées.

Écrémage cosmopolite?

Une organisation qui se veut cosmopolite se complaît à expliquer aux Suissesses et aux Suisses sceptiques face à l’adhésion à l’UE qu’on «ne peut pas avoir le beurre et l’argent du beurre», ou que le temps de l’écrémage est terminé. Il est donc malvenu qu’elle soit elle aussi prise à ce jeu. Ce mauvais coup de PR n’est pas dans son intérêt car il fait le jeu d’Andrea Caroni. À long terme, celui qui méprise ou jette par-dessus bord les règles fondamentales de la politique pour faire valoir ses intérêts particuliers se fait du tort. Il vient grossir les rangs des innombrables lobbyistes du Palais fédéral.

Le principe de causalité prend toujours plus de place dans le droit administratif.

  • S’il est fondamentalement juste, pourquoi s’avérerait-il faux dans les cas particuliers?
  • Et pourquoi quelqu’un devrait-il payer pour une prestation que non seulement il ne veut pas, mais qu’il rejette parce qu’il la trouve politiquement douteuse?

Sans compter qu’il y a pour cette prestation un marché qui fonctionne parfaitement.

Faisons une expérience de pensée et imaginons que chaque Suisse et chaque Suissesse vivant à l’étranger doive dès 2019 verser 365 francs par an à la SSR parce que celle-ci serait, comme on le prétend, essentielle pour la formation de la volonté populaire.

  • Honnêtement! L’argument de la solidarité ne fondrait-il pas comme neige au soleil?

Et beaucoup ne découvriraient-ils pas subitement qu’internet fournit gratuitement une quantité presque démesurée d’informations.

Pour l’OSE, il aurait été plus intelligent de se réjouir en silence de l’échec prévisible de l’initiative.

Elle aurait en revanche mieux fait de réagir énergiquement à la volonté du Conseil fédéral d’accorder désormais l’entraide fiscale également lorsqu’une demande se base sur des données bancaires volées. Elle ne l’a pas fait malgré les problèmes que les Suisses de l’étranger rencontrent avec leurs comptes en Suisse. Il faut se demander ici de qui on représente les intérêts.

Les points de vue exprimés dans cet article n’engagent que leur auteur et ne recouvrent pas forcément ceux de swissinfo.ch.

SOURCE/https://www.swissinfo.ch/fre/point-de-vue_-est-ce-que-vous-voteriez-encore-non-si-vous-deviez-payer–/43868630

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Pléthore d’adversaires à l’initiative «No Billag»

01. février 2018 – 13:53

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Le 30 janvier, les opposants à l’initiative «No Billag» ont manifesté sur la Place fédérale, à Berne.

(Keystone)

 
L’initiative «No Billag», qui veut supprimer la redevance pour financer la radio et la télévision, n’est soutenue que par un nombre assez restreint de partis et d’organisations. Parmi les principaux soutiens, on trouve l’Union démocratique du centre et l’Union suisse des arts et métiers. La plupart des autres organisations ou partis préconisent le rejet de l’initiative
 
Pro No-Billag

Partis politiques

Union démocratique du centre (UDC)

L’UDC est le seul parti gouvernemental qui soutient «No Billag». Ses délégués se sont très clairement prononcés en faveur de l’initiative.

Jeunes UDC, Jeunes PLR

Les sections jeunes de l’Union démocratique du centre et du Parti libéral-radical (PLR) font partie des tout premiers soutiens de l’initiative.

Organisations

Union suisse des arts et métiers

L’organisation faîtière des PME s’est prononcée en faveur de l’initiative à une majorité des deux tiers.

Comité d’initiative

A la base de l’initiative, il y a de jeunes Suisses qui se qualifient de «libertariens». Le comité d’initiative ne compte que peu d’élus politiques.

 

Contra No-Billag

Conseil fédéral et Parlement

Tant le gouvernement que les deux Chambres du Parlement rejettent l’initiative.

Partis politiques

Parti socialiste suisse (PSS)

La direction du PS a adopté à l’unanimité le rejet de l’initiative.

Parti libéral-radical (PLR)

Les délégués du PLR ont clairement voté pour le rejet.

Parti démocrate-chrétien (PDC)

Les délégués du PDC ont dit clairement non à l’initiative.

Parti écologiste suisse (PES)

Lors de leur assemblée des délégués, les Verts ont clairement refusé l’initiative.

Parti bourgeois-démocratique (PBD)

Les délégués du parti ont très largement voté contre l’initiative.

Verts libéraux

Là aussi, l’assemblée des délégués a largement préconisé le non à l’initiative.

Organisations

Conférence des gouvernements cantonaux

Les gouvernements des différents cantons suisses sont opposés à l’initiative.

Economiesuisse

L’organisation faîtière de l’économie nationale rejette l’initiative.

Organisation des Suisses de l’étranger (OSE)

L’OSE, qui représente les intérêts d’environ 770’000 Suisses établis à l’étranger, refuse l’initiative.

Organisations touristiques

La Fédération suisse du tourisme, qui regroupe Hotelleriesuisse, Gastrosuisse et les Remontées Mécaniques Suisses, refuse l’initiative.

Union suisse des paysans (USP)

La direction de l’USP s’est prononcée pour un rejet de l’initiative.

Association des communes suisses (ACS)

L’ACS rejette l’initiative à l’unanimité.

Union des villes suisses (UVS)

Là aussi, c’est à l’unanimité que l’UVS demande de refuser l’initiative.

Culture populaire suisse

Cette organisation, qui représente 33 associations avec plus de 400’000 membres actifs de la culture, rejette l’initiative.

Aînés

Plusieurs organisations de retraités se sont prononcées contre «No Billag», dont l’Association suisse des aînés (ASA) et la Fédération des Associations des retraités et de l’entraide en Suisse (FARES).

Milieux religieux

La Fédération des Eglises protestantes et la Conférence des évêques suisses refusent cette initiative «qui couperait la parole aux minorités»

Syndicats

Les milieux syndicaux, notamment l’Union syndicale suisse et Travail.Suisse, préconisent le rejet de l’initiative.

Régions de montagne

Le Groupement suisse pour les régions de montagne s’oppose à l’initiative qui supprimerait de nombreux emplois et diminuerait l’offre médiatique dans ces régions.

Handicapés

L’organisation Pro Infirmis recommande le rejet de l’initiative, car «les voix des plus faibles seraient réduites au silence en premier».

swissinfo.ch est une entreprise qui fait partie de la SSR. Son budget est financé pour moitié par la redevance et pour moitié par la Confédération.

Fin de l’infobox

(Traduction de l’allemand: Olivier Pauchard)


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