2452 – Le remaniement ministériel en Pologne … et la destruction d’une forêt par les écolos soutenus par Bruxelles ?

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Par Olivier Bault.

Pologne – Le discours dominant dans les médias internationaux après le remaniement ministériel du 9 janvier à Varsovie, c’était qu’il s’agissait pour le PiS, après avoir changé le premier ministre en décembre, d’apaiser les relations avec Bruxelles.

En réalité, si les partenaires européens de la Pologne peuvent éventuellement profiter de l’occasion pour ne pas donner suite à la procédure de sanction au titre de l’article 7 engagée par la Commission, il s’agit surtout pour le PiS de passer à la phase deux de son programme :

après les grandes réformes, adopter un discours plus lisse sans changer de politique face à une opposition très affaiblie, afin de tenter d’attirer les électeurs conservateurs du centre à l’approche des élections régionales et municipales de l’automne et des élections législatives qui se dérouleront en 2019.

Bien entendu, il est aussi important pour le gouvernement Morawiecki de faire échec à la procédure de sanction engagée par la Commission européenne en ralliant au moins 6 pays pour le vote au Conseil européen, ce qui suffirait pour bloquer la procédure à son étape initiale et ce qui permettrait de montrer aux Polonais que la Pologne n’a pas que le soutien de la Hongrie en Europe.

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Witold Waszczykowski laisse la place à …

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… Jacek Czaputowicz,

Deux ministres au centre des conflits avec Bruxelles ont ainsi été remplacés. Au ministère des Affaires étrangères,

Witold Waszczykowski laisse la place à Jacek Czaputowicz, qui était secrétaire d’État dans son ministère et qui a plus le profil d’un haut fonctionnaire que d’un homme politique.

  • S’agit-il d’une nomination provisoire ou bien ce choix vise-t-il à laisser plus de place à l’action du président Andrzej Duda ?

L’avenir le dira. Au ministère de l’Environnement, Jan Szyszko est remplacé

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Jan Szyszko est remplacé

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par Henryk Kowalczyk

par Henryk Kowalczyk qui était jusqu’ici chargé de coordonner les travaux du Conseil des ministres. Jan Szyszko déplaisait beaucoup aux écologistes dont il ne partage pas l’idéologie et à laquelle il opposait ses connaissances de professeur ès sciences de la forêt dans le conflit autour de la gestion de la forêt de Białowieża.(ARTICLE SUIVANT )

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Premier Ministre Mateusz Morawiecki

Après sa nomination au poste de premier ministre en décembre, Mateusz Morawiecki avait signalé que la Pologne appliquerait les décisions de la Cour de Justice de l’Union européenne malgré ses désaccords avec la Commission européenne dans ce domaine.

Le remplacement du professeur Jan Szyszko s’inscrit donc dans la ligne de cette annonce et prive l’opposition libérale d’une de ses trois cibles privilégiées.
Si Witold Waszczykowski était l’un des ministres les plus souvent cités quand on évoquaient un remaniement au cours des derniers mois, en raison de ses maladresses, son remplacement n’est pas particulièrement le signe d’un changement de la politique étrangère de la Pologne. Il s’agit surtout dans son cas d’une décision de politique intérieure, pour priver l’opposition de cartouches.

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 Antoni Macierewicz.

Le remplacement qui a fait couler le plus d’encre, c’est celui du ministre de la Défense Antoni Macierewicz. Il n’était pas particulièrement engagé dans les conflits avec Bruxelles, et il s’agit ici exclusivement d’une décision de politique intérieure, d’autant qu’il était en conflit quasi-ouvert avec le président Andrzej Duda.

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POLOGNE le président Andrzej Duda.

C’était le ministre le plus attaqué et son franc-parler (pas toujours précédé d’une réflexion appropriée) ainsi que son rôle dans la contre-enquête sur la catastrophe de Smolensk en faisait l’ennemi numéro un des médias d’opposition.

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POLOGNE Mariusz Błaszczak

C’est le ministre de l’Intérieur Mariusz Błaszczak qui prend sa place et qui est lui même remplacé par un autre proche de Jarosław Kaczyński, le vice-maréchal de la Diète Joachim Brudziński.

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POLOGNE Joachim Brudziński.

Mariusz Błaszczak fait plutôt parti des faucons et en tant que ministre de l’Intérieur il s’est toujours opposé, avec des propos parfois très durs, aux politiques immigrationnistes de Bruxelles et des capitales d’Europe occidentale.

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POLOGNE Antoni Macierewicz

Il a d’ailleurs nommé jeudi Antoni Macierewicz à la tête de la commission chargée de la contre-enquête sur la catastrophe de Smolensk[1], qui dépend du ministère de la Défense, sans doute pour rassurer l’aile droite de l’électorat du PiS et les médias comme Gazeta Polska et Nasz Dziennik / TV Trwam / Radio Maryja qui s’inquiétaient de voir partir trois ministres jugés particulièrement conservateurs du gouvernement de Morawiecki.

Le nouveau gouvernement polonais a un profil plus technocrate que l’ancien, mais il ne faut pas oublier que la première rencontre bilatérale de Mateusz Marowiecki a été avec le Hongrois Viktor Orbán[2] et que le nouveau premier ministre polonais a fait de nombreuses déclarations pour confirmer que son gouvernement ne comptait pas changer de cap par rapport à celui de Beata Szydło, mais simplement de mettre plus l’accent sur l’économie.

Morawiecki, rappelons-le, était partisan des réformes de la justice au centre de la procédure de sanctions engagée par la Commission européenne.

Après la rencontre du premier ministre polonais avec le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker, le lendemain du remaniement, les médias conservateurs polonais, au premier rang desquels la télévision publique, affirmaient d’ailleurs que c’est la Commission européenne qui est en train de changer de politique et de chercher à apaiser ses relations avec Varsovie.

Le lancement de la procédure de l’article 7 [3] avant la ratification des deux lois réformant la justice par le président Andrzej Duda avait probablement pour but de peser sur la décision de ce dernier, mais elle a eu l’effet contraire puisque celui-ci a signé les deux lois dans les heures qui ont suivi la conférence de presse du premier vice-président de la Commission Frans Timmermans.

Aujourd’hui, Juncker affirme que l’on ne peut pas lier la question des subventions européennes à celle des quotas de migrants et qu’il ne faut pas donner aux pays d’Europe centrale et orientale l’impression que ce sont uniquement les grands pays d’Europe occidentale qui décident entre eux pour tout le monde.

Il faudra cependant attendre la réunion du Conseil européen en février pour savoir s’il y a un changement réel du côté de l’UE.

Côté polonais, un député du parti libéral Plateforme civique (PO) se demandait à la radio après le remaniement ce que l’opposition libérale devait faire pour gagner les élections en… 2023, comme s’il considérait déjà la victoire du PiS en 2019 comme acquise.

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POLOGNE Grzegorz Schetyna

Quant au leader de la PO Grzegorz Schetyna, il adoptait un ton plus conciliant. Lui qui avait parlé dans le passé d’opposition totale et de victoire sur le PiS à l’aide de la rue et de l’étranger, le voilà qui vante l’idée d’une opposition constructive.

Il faut dire que depuis plusieurs mois les sondages donnent au PiS entre 40 et 50 % des intentions de vote alors que la PO oscille autour des 20 %.

Pourquoi un changement de premier ministre et un remaniement dans ces conditions ?

Sans doute le PiS vise-t-il désormais la majorité constitutionnelle aux prochaines élections pour une réécriture de la constitution adoptée en 1997 sous un gouvernement dirigé par le SLD post-communiste.
Jusqu’ici les attaques européennes n’ont fait que renforcer sa popularité, et les institutions bruxelloises ainsi que l’opposition « totale » en Pologne seraient donc bien inspirées de profiter du changement du premier ministre et des ministres les plus « controversés » pour changer de ton et de tactique.

LIENS

  1. https://visegradpost.com/fr/2017/06/05/catastrophe-aerienne-de-smolensk-nouvelles-decouvertes-macabres-apres-les-exhumations/
  2. https://sansapriori.net/2018/01/04/2434-le-nouveau-premier-ministre-polonais-choisit-budapest-comme-premiere-destination-de-rencontre-bilaterale/
  3. http://reinformation.tv/sanctions-pologne-commission-europeenne-conseil-europeen-article-7-bault-78635-2/

source/ https://visegradpost.com/fr/2018/01/12/le-remaniement-ministeriel-en-pologne-pour-un-apaisement-des-relations-avec-bruxelles/


Comment le bostryche typographe est en train de détruire la forêt de Białowieża en Pologne avec le soutien des écologistes et de la Commission européenne

Par Olivier Bault. Article publié originellement sur Réinformation TV.

Le bostryche typographe est un coléoptère qui colonise les forêts d’épicéas, un arbre très présent dans la magnifique forêt de Białowieża en Pologne.

  • Les écologistes considèrent qu’il s’agit d’une forêt primitive à laquelle il ne faut surtout pas toucher,
  • tandis que les services forestiers et les habitants parlent d’une forêt naturelle, puisque l’homme y est présent depuis des siècles même si ses ingérences y ont toujours été limitées.

Pour les forestiers, le bostryche typographe n’est pas un problème en soi, mais la vague de colonisation actuelle par cet insecte destructeur d’épicéas est la plus importante depuis près d’un siècle.

Le moyen de lutte le plus efficace, c’est d’abattre et évacuer les arbres morts ou infectés, car ce coléoptère est capable de tuer un arbre en un mois et un arbre tué, c’est une trentaine d’autres infectés après lui.

Jusqu’en 2011, les services forestiers de la forêt de Białowieża expliquent qu’ils n’avaient aucun problème[1] à gérer le problème du bostryche typographe.

C’est l’entrée en vigueur du nouveau plan de gestion des forêts en 2012, sous le gouvernement de Donald Tusk, qui a tout changé.

Sous la pression des ONG écologistes, le ministère de l’Environnement a en effet réduit de manière drastique la quantité d’arbres qu’il était possible d’abattre et il a étendu les zones protégées d’où il était désormais interdit de dégager les arbres infectés. Pour couronner le tout, la forêt de Białowieża est inscrite sur la liste des Zones de Protection Spéciale (ZPS) Natura 2000, d’intérêt communautaire, et la Commission européenne se considère donc en droit d’intervenir pour y empêcher tout abattage d’arbre comme le demandent les écologistes depuis 2007.

Sans l’action des écologistes, il aurait suffi d’abattre quelques dizaines d’arbres seulement dans la forêt de Białowieża

C’est en effet en 2007 qu’un garde-forestier local a identifié 29 épicéas infectés par le bostryche typographe en demandant au Conservateur régional de la Nature l’autorisation de les faire abattre et évacuer rapidement. Une demande à laquelle s’est opposée la branche locale d’une organisation de gentils écolos défendant le droit à la vie des coléoptères.

Leur opposition a si bien fait durer les choses, qu’en 2009 il n’y avait plus 29 arbres infectés mais 2656.

En 2014, la forêt de Białowieża a été inscrite sur la liste du Patrimoine de l’Humanité de l’UNESCO.

En avril 2017, les arbres infectés recensés étaient au nombre d’environ…. 834 000, soit à peu près 8 % des arbres de la forêt de Białowieża.

En mètres cubes, c’est un million de m³ de bois infecté pour seulement un peu plus de 160 000 m³ de bois évacué en raison des restrictions légales. L’origine de l’invasion actuelle et la responsabilité des écologistes est décrite ici sur un site[2] par ailleurs profondément hostile au gouvernement du PiS.

La Commission européenne est intervenue, ajoutant la lutte contre le bostryche typographe à la liste de ses griefs contre la Pologne gouvernée par le PiS

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Jan Szyszko (PiS)

Le ministère de l’Environnement actuel, Jan Szyszko (PiS), est partisan, comme les habitants et les forestiers, d’une politique d’abattage accru afin d’endiguer la progression du bostryche typographe, faute de quoi la forêt de Białowieża risque de se transformer en steppe pour de très longues années.

Les écologistes et la Commission européenne exigent au contraire l’arrêt de toutes les coupes qui ne sont pas motivées par le souci de la sécurité des promeneurs (arbres atteints au bord des chemins).

La Commission européenne a même porté l’affaire devant la Cour de Justice de l’UE qui a interdit à titre provisoire [3], en attendant de statuer sur le fond de l’affaire, toute « gestion forestière active » et donc toute coupe et toute évacuation des arbres hormis « pour assurer la sécurité publique ».

Le bostryche typographe continue donc de proliférer dans la forêt de Białowieża. L’importance de l’invasion fait que même les arbres jeunes sont atteints. Avant l’arrêt de la Cour de Justice, depuis l’arrivée du PiS au pouvoir, les écolos multipliaient les actions pour empêcher l’abattage tandis que les habitants organisaient des contre-manifestations pour exiger que l’on sauve leur forêt.

 

Le Parlement européen s’est lui aussi saisi de la question dans sa résolution fourre-tout [4] du 15 novembre sur la situation de l’État de droit et de la démocratie en Pologne, pour « mettre un terme à l’exploitation à grande échelle du bois dans la forêt de Białowieża ».

En employant ces mots, les députés au Parlement européen ont une fois de plus démontré leur profonde ignorance, d’ailleurs bien naturelle, des problèmes locaux.

Les écologistes donnent en exemple la forêt de Bavière, en Allemagne, qui subit le même type d’invasion du bostryche typographe et où les autorités ont décidé de ne pas intervenir.

Sauf que pour permettre la pousse des jeunes arbres sur les terrains dévastés par le coléoptère, les Allemands sont maintenant obligés de tuer les cervidés, expliquent les forestiers polonais, et leur forêt ne repousse donc pas plus naturellement que s’ils avaient abattu et évacué les arbres infectés, elle met juste plus longtemps à se régénérer.

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La Commission européenne veut prendre les décisions mais pas la responsabilité

Le ministre Jan Szyszko, qui a le titre de professeur en sciences de la forêt, organisait le 4 décembre à Varsovie une conférence scientifique internationale consacrée à la gestion de l’invasion du bostryche typographe.
Le problème, c’est que la Cour de Justice de l’UE a imposé une astreinte de 100 000 €/ jour en cas de coupes d’arbres dans la forêt de Białowieża.
Quel que soit l’avis des experts de terrain, c’est donc à Bruxelles et à Luxembourg que se décidera l’avenir de ce joyau de la nature. Contrairement au gouvernement de Beata Szydło et à son ministre de l’Environnement, les commissaires de Bruxelles et les juges de Luxembourg, qui ne sont pas les mieux placés pour prendre les bonnes décisions concernant la forêt de Białowieża, n’auront de toute façon pas de compte à rendre aux électeurs polonais si leur action y cause des dommages irréparables.

LIENS

  1. http://www.lasy.gov.pl/pl/informacje/aktualnosci/co-dzieje-sie-w-puszczy
  2. http://natemat.pl/210785,byly-lesnik-ujawnia-dokumenty-to-eko-terrorysci-najbardziej-przyczynili-sie-do-katastrofy-w-puszczy-bialowieskiej
  3. https://curia.europa.eu/jcms/upload/docs/application/pdf/2017-11/cp170122fr.pdf
  4. http://reinformation.tv/resolution-parlement-europeen-pologne-bault-77196-2/

https://visegradpost.com/fr/2017/12/12/comment-le-bostryche-typographe-est-en-train-de-detruire-la-foret-de-bialowieza-en-pologne-avec-le-soutien-des-ecologistes-et-de-la-commission-europeenne/

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