2415 – Sergueï Lavrov – Du 11 au 13/12/17 > La Libye > RIC = Russie, Inde, Chine … et Afghanistan, Pakistan …

1 – Allocution d’ouverture du Ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov lors de la réunion du Conseil de coordination russe du Forum des sociétés civiles «Dialogue du Trianon», Moscou, 13 décembre 2017
2 – Allocution d’ouverture du Ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov lors de son entretien avec le Ministre des Affaires étrangères du Gouvernement d’entente nationale de la Libye Mohamed Taher Siala, Moscou, 12 décembre 2017 12/44
3 – Allocution et réponse à la presse du Ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov lors d’une conférence de presse conjointe à l’issue de son entretien avec le Ministre des Affaires étrangères du Gouvernement d’entente nationale de la Libye Mohamed Tahar Siala, Moscou, 12 décembre 2017 13:55
4 – Sur l’entretien du Ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov avec le Ministre des Affaires étrangères du Gouvernement d’entente nationale de la Libye Mohamed Tahar Siala – 12 décembre 201720:03
5 – Allocution du Ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov lors d’une conférence de presse à l’issue de la réunion des ministres des Affaires étrangères de la Russie, de l’Inde et de la Chine (RIC), New Delhi, 11 décembre 2017 13:51
6 – Sur le séjour du Ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov en Inde 11 décembre 201722:15
7 –  Allocution et réponses à la presse du Ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov à la Vivekananda International Foundation, New Delhi, 11 décembre 2017 -22:35

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1 – Allocution d’ouverture du Ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov lors de la réunion du Conseil de coordination russe du Forum des sociétés civiles «Dialogue du Trianon», Moscou, 13 décembre 2017

Chers collègues,

Mesdames et messieurs,

Avant tout je voudrais remercier les membres du Conseil de coordination russe du Forum des sociétés civiles «Dialogue du Trianon» ici présents pour leur participation active à la mise en œuvre de l’initiative du Président russe Vladimir Poutine et du Président français Emmanuel Macron avancée pendant leur rencontre à Versailles cet été, qui vise à renforcer la confiance et l’entente entre nos peuples. Je suis convaincu que vos connaissances et votre expérience permettront de faire passer la coopération franco-russe dans le domaine de la diplomatie populaire à un niveau supérieur.

Je constate avec satisfaction que, côté français, des collègues émérites et respectés participent à ce projet. Certains d’entre eux, par exemple l’ex-ambassadeur de France en Russie Pierre Morel, le président du groupe pétrolier et gazier Total Patrick Pouyanné, le directeur de l’Institut français des relations internationales Thomas Gomart, ont accumulé une riche expérience de coopération diversifiée avec notre pays. J’espère que vous arriverez rapidement à établir avec eux un dialogue actif et productif.

La flexibilité du modèle de notre Forum permet de profiter également de l’expérience utile d’autres structures existantes – je fais avant tout allusion à l’association Dialogue franco-russe. De plus, il est possible de tenir compte de la pratique de coopération de la Russie avec d’autres pays comme l’Allemagne et l’Italie au niveau de la société civile.

La réunion d’aujourd’hui a été précédée d’un grand travail de préparation. Il est réjouissant que, durant les contacts du coprésident du Forum Anatoli Torkounov et du secrétaire exécutif Alexandre Orlov avec leurs partenaires français Pierre Morel et Christian Leyrit, il ait été possible de déboucher sur une vision commune de l’agenda à court et à moyen terme.

Le Forum est appelé à devenir une plate-forme utile pour renforcer les contacts directs entre les organisations non gouvernementales, notamment de jeunesse, les communautés professionnelles et d’affaires (avant tout des petites et moyennes entreprises), les milieux scientifiques et académiques, ainsi que les structures à profil culturel et éducatif.

Du côté du Ministère russe des Affaires étrangères, tout comme du côté du Quai d’Orsay, j’en suis sûr, vous recevrez tout le soutien nécessaire. Dans le même temps, nous partons du principe que compte tenu de l’orientation du Forum sur le développement du dialogue entre le grand public en Russie et en France, le contenu doit être prise en charge par les représentants de la science, de la culture, des milieux d’affaires et des organisations des droits de l’homme.

Les relations entre la Russie et la France ont des racines très profondes. Même à des époques difficiles pour les relations bilatérales, nos peuples ont toujours éprouvé des sentiments sincères de respect et de sympathie réciproques. L’enrichissement et l’enchevêtrement des cultures nous distinguent. Il est réjouissant de voir qu’aujourd’hui l’intérêt pour la Russie en France ne diminue pas, et même qu’il grandit. Les grands événements organisés l’an dernier et cette année à l’occasion du 100e anniversaire de la Révolution russe sont là pour en témoigner.

J’espère que grâce au travail conjoint qui sera mené dans le cadre du Dialogue du Trianon, vos partenaires du Conseil de coordination et surtout tous les citoyens français recevront de première main des informations objectives sur notre pays, sur la politique nationale et étrangère, sur la vie des Russes, sur leurs valeurs morales. C’est d’autant plus important dans la situation actuelle en Europe, qui est difficile, quand de nombreux canaux de dialogue restent gelés et qu’une « guerre médiatique » est menée à l’égard de la Russie.

Je voudrais souligner en particulier l’idée de créer dans le cadre du Dialogue du Trianon une plate-forme numérique répondant à toutes les réalités contemporaines. Je sais qu’il existe déjà des élaborations concrètes d’une compagnie russe, le Groupe ADV. Le lancement d’une telle plate-forme ouvrira indéniablement des possibilités supplémentaires pour une communication libre et intéressée entre nos citoyens.

On prépare actuellement le premier projet conjoint dans le cadre du Dialogue du Trianon, appelé « Ville du futur ». La spécificité du développement des aspects sociaux, économiques, de transport, technologiques et écologiques de la vie des mégapoles, des mégalopoles et des petites villes pose de nouveaux et de sérieux défis face à la société contemporaine. L’union des efforts pour trouver des solutions efficaces à ces problèmes d’actualité est un très bon départ du Forum.

En ce qui concerne l’inauguration officielle du Dialogue du Trianon, une cérémonie solennelle pourrait avoir lieu dans le cadre de la première réunion du Conseil de coordination conjoint en présence des dirigeants de la Russie et de la France. Plusieurs options sont à l’étude actuellement. Le Forum économique international de Saint-Pétersbourg prévu l’an prochain pourrait être une plate-forme convenable et au travail de laquelle, comme cela a été annoncé, compte participer le Président français Emmanuel Macron en tant qu’invité d’honneur. Nous partons du fait que d’ici là, les conseils de coordination russe et français doivent être prêts à présenter aux chefs d’État des élaborations et des plans concrets.

Je voudrais vous souhaiter de la réussite dans votre activité visant à promouvoir le partenariat entre la Fédération de Russie et la République française.

http://www.mid.ru/fr/foreign_policy/news/-/asset_publisher/cKNonkJE02Bw/content/id/2988011

la Libye … 

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2 – Allocution d’ouverture du Ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov lors de son entretien avec le Ministre des Affaires étrangères du Gouvernement d’entente nationale de la Libye Mohamed Taher Siala, Moscou, 12 décembre 2017 12/44

Monsieur le Ministre,

Chers collègues et amis,

Nous nous réjouissons de cette nouvelle rencontre avec vous. Nous nous sommes entretenus en septembre dernier à New York avec le premier ministre du Gouvernement d’entente nationale Fayez el-Sarraj. En septembre également, le nouveau représentant du Secrétaire général des Nations unies pour la Libye Ghassan Salamé a proposé à l’Onu son plan d’action. Nous avons aujourd’hui une bonne opportunité d’évoquer le déroulement des négociations interlibyennes sur ce document important.

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Nous tenons en grande estime la disposition du Gouvernement d’entente nationale de Tripoli et de la Chambre de députés de Tobrouk à poursuivre les contacts avec la médiation du représentant du Secrétaire général de l’Onu Ghassan Salamé. Deux cycles de négociations ont déjà eu lieu et nous observons déjà des résultats concrets.

La Fédération de Russie est prête à contribuer par tous les moyens aux accords définitifs. Depuis le début de la crise libyenne, nous avons établi des contacts avec tous les groupes politiques et tribus sans exception. Aujourd’hui encore nous entretenons une coopération très étroite avec toutes les parties libyennes. Nous espérons également qu’au fur et à mesure que la situation se stabilisera, que toutes les menaces pour la structure étatique libyenne et la sécurité des citoyens libyens seront éliminées, nous pourrons accroître notre coopération bilatérale avec une Libye unie souveraine et libre.

Non seulement nos diplomates mais également les représentants d’autres organes et les députés russes participent à la promotion des processus de réconciliation nationale, contribuent à ces processus. Nous apprécions cette coopération.

Nous voyons qu’au sein de votre délégation sont présents les représentants des structures de force et de compagnies économiques. Des réunions à part ont été organisées pour eux. Cela sera également utile pour l’avenir.

Il nous serait très intéressant d’entendre votre appréciation du processus de paix libyen notamment en prévision de la réunion interlibyenne prévue la semaine prochaine entre les représentants de Tripoli et de Tobrouk avec la médiation de l’Onu.

Encore une fois: bienvenue!

 

http://www.mid.ru/fr/foreign_policy/news/-/asset_publisher/cKNonkJE02Bw/content/id/2985025

 

3 – Allocution et réponse à la presse du Ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov lors d’une conférence de presse conjointe à l’issue de son entretien avec le Ministre des Affaires étrangères du Gouvernement d’entente nationale de la Libye Mohamed Tahar Siala, Moscou, 12 décembre 2017 13:55

Mesdames et messieurs,

Nous venons d’avoir un entretien substantiel avec mon homologue le Ministre des Affaires étrangères du Gouvernement d’entente nationale de la Libye Mohamed Tahar Siala. Nous avons évoqué en détail l’évolution de la situation dans son pays, les perspectives de règlement de la crise qui frappe ce dernier ainsi que certains aspects des relations bilatérales.

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la Libye Mohamed Taher Siala

Nous avons souligné la nécessité de consolider les efforts internationaux visant à contribuer à la mise en place des conditions pour régler au plus vite la crise qui perdure en Libye grâce aux négociations directes entre les groupes libyens concernés.

Tous les efforts de médiation sont salués, mais ils doivent être coordonnés sous l’égide de l’Onu dont le nouveau représentant spécial du Secrétaire général pour la Libye Ghassan Salamé a présenté un Plan d’action, une sorte de « feuille de route » du processus de paix libyen soutenu par le Conseil de sécurité des Nations unies.

Dans ce contexte, nous sommes satisfaits de constater qu’à l’initiative du représentant spécial du Secrétaire général de l’Onu pour la Libye Ghassan Salamé les principaux acteurs libyens – les représentants de Tripoli et de Tobrouk – ont entamé un dialogue intense et concret sur la modification de l’accord de Skhirat qui reste la base d’un règlement durable de la crise. Le prochain cycle de consultations est prévu la semaine prochaine.

Nous saluons les résultats déjà atteints dans le cadre du dialogue interlibyen. Nous contribuerons au règlement de toutes les questions des négociations entre Tobrouk et Tripoli, avec lesquels nous sommes régulièrement en contact.

Nous sommes convaincus que les Libyens pourront régler le problème principal dans le cadre de négociations inclusives s’appuyant sur le Plan proposé à l’Onu, c’est-à-dire rétablir l’unité de leur pays compte tenu des intérêts de toutes les forces politiques, des groupes régionaux et des tribus qui le constituent, et garantir les conditions d’un développement durable de la Libye.

Nous sommes convaincus que l’application de l’accord de Skhirat, une fois mis à jour des quelques modifications sur lesquelles travaillent actuellement les participants aux négociations interlibyennes, doit également contribuer au règlement d’autres tâches prioritaires de l’agenda libyen, y compris au rétablissement de l’ordre dans le domaine de la sécurité, à la relance de l’économie, au redressement de la situation humanitaire et au règlement du problème de migration illégale qui s’est significativement aggravé ces derniers temps.

Nous avons évoqué en détail les perspectives de reprise d’une coopération commerciale et économique à part entière entre nos pays. Dans ce domaine, nous sommes assez optimistes. De nombreuses compagnies russes qui travaillaient auparavant sur le marché libyen souhaitent revenir et se joindre aux projets dans les domaines comme l’énergie, l’infrastructure industrielle et de transport. Nous sommes convenus de poursuivre les contacts sur la reprise des liens commerciaux et économiques. Une délégation d’affaires libyenne s’est rendue ici en octobre, et début 2018 est prévue une mission d’affaires russe. Nos collègues libyens ont assuré qu’ils feraient tout pour garantir une sécurité totale à l’activité des compagnies russes qui reviendront en Libye.

Le Ministre des Affaires étrangères du Gouvernement d’entente nationale de la Libye Mohamed Tahar Siala a aimablement promis d’accélérer le règlement de la question humanitaire liée à l’interpellation d’un cargo pétrolier russe par la sécurité côtière libyenne l’an dernier. Tout l’équipage a été rapatrié sauf le capitaine et son adjoint supérieur. Nous espérons que cette question sera réglée très prochainement.

La Russie fera tout pour normaliser complètement la situation en Libye et autour – en ce qui concerne les aspects internationaux du rétablissement des droits de l’État libyen. J’espère que toutes les conditions seront bientôt réunies à l’issue des négociations qui se déroulent actuellement entre les parties libyennes.

Je remercie le Ministre des Affaires étrangères du Gouvernement d’entente nationale de la Libye Mohamed Tahar Siala pour cet entretien constructif qui contribuera indéniablement au développement progressif des liens russo-libyens.

Egypt Libya Conference

la Libye Mohamed Taher Siala

4 – Question: On rapporte que la Russie compte organiser une sorte de conférence du dialogue national libyen. Si c’est une information confirmée, qui pourrait participer à ce dialogue? N’est-ce pas contraire aux formats qui existent déjà dans le cadre de l’accord de Skhirat?

Sergueï Lavrov: En ce qui concerne le dialogue national libyen – je n’ai pas entendu parler de ce terme. Je sais seulement que plusieurs médiateurs travaillent avec les différentes parties libyennes. Plusieurs pays exercent une influence sur les territoires qui ne sont pas contrôlés par les deux principaux acteurs des négociations interlibyennes (je fais allusion à Tripoli et à Tobrouk). En raison de la structure historique de la société libyenne, les tribus ont beaucoup d’influence, notamment au sud et à l’ouest. Quand (je suis certain que « quand » et non « si ») l’accord de Skhirat mis à jour et le Plan d’action du représentant spécial du Secrétaire général de l’Onu pour la Libye Ghassan Salamé commenceront à être mis en œuvre, il faudra évidemment impliquer toute la société libyenne. Mais indépendamment de savoir si cela prendra la forme d’un dialogue national ou d’autres formes, les résultats des négociations menées actuellement sous l’égide de l’Onu doivent être acceptés par toute la société libyenne, c’est inévitable. C’est pourquoi, dans le contexte de ces négociations, il est question de la préparation de réformes législative, constitutionnelle et institutionnelle, ainsi que de l’organisation des élections. Cela sera nécessaire pour que tout le peuple libyen et toute la société libyenne soutienne les accords élaborés actuellement avec notre soutien actif.

http://www.mid.ru/fr/foreign_policy/news/-/asset_publisher/cKNonkJE02Bw/content/id/2985123

Politique étrangère/

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4 – Sur l’entretien du Ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov avec le Ministre des Affaires étrangères du Gouvernement d’entente nationale de la Libye Mohamed Tahar Siala – 12 décembre 201720:03

Communiqué de presse

 Libye annonce la formation d'un gouvernement d'union1021757531

La Libye annonce la formation d’un gouvernement d’union

Mardi 12 décembre, le Ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov s’est entretenu avec le Ministre des Affaires étrangères du Gouvernement d’entente nationale de la Libye Mohamed Tahar Siala venu à Moscou en visite de travail.

Leur échange s’est focalisé sur l’évolution de la situation en Libye et sur les perspectives du règlement interlibyen. Ils ont mis l’accent sur le soutien des efforts entrepris dans le cadre de la mise en œuvre du Plan d’action élaboré par le représentant spécial du Secrétaire général de l’Onu pour la Libye Ghassan Salamé.

Le Ministre russe a souligné la nécessité de poursuivre un large dialogue national avec la participation des représentants des principales forces politiques, des groupes tribaux et des différentes régions du pays afin de trouver des solutions mutuellement acceptables destinées à garantir les conditions d’un développement durable de la Libye en tant qu’un État uni, souverain et indépendant. Les deux interlocuteurs ont réaffirmé leur disposition à poursuivre la contribution à la promotion du processus de paix en Libye sous l’égide de l’Onu dans les contacts avec toutes les parties libyennes.

Concernant les aspects pratiques des relations russo-libyennes bilatérales a été soulignée la volonté mutuelle de rétablir à part entière les liens commerciaux et économiques au fur et à mesure de la normalisation de la situation en Libye.

Mohamed Tahar Siala a attribué une note élevée au rôle de la Russie dans les efforts pour contribuer au règlement de la crise en Libye et a réaffirmé la disposition du Gouvernement d’entente nationale de poursuivre une coopération étroite avec la Russie dans différents domaines.

Il a également promis de prendre les mesures nécessaires pour libérer au plus vite deux marins détenus en Libye depuis juin 2016 – membres de l’équipage international du cargo pétrolier Temeteron – ainsi que pour rendre à son propriétaire le cargo Merle saisi par la sécurité côtière libyenne en mars dernier.

http://www.mid.ru/fr/foreign_policy/news/-/asset_publisher/cKNonkJE02Bw/content/id/2986273

la Russie, de l’Inde et de la Chine (RIC)

 

RIC RUSSIE INDE CHINE 1014285119

5 – Allocution du Ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov lors d’une conférence de presse à l’issue de la réunion des ministres des Affaires étrangères de la Russie, de l’Inde et de la Chine (RIC), New Delhi, 11 décembre 2017 13:51

Mesdames et messieurs,

Je me joins aux remerciements adressés à la Ministre indienne des Affaires étrangères Sushma Swaraj et au gouvernement de l’Inde pour l’organisation de cette 15e réunion des ministres des Affaires étrangères des RIC.

La réunion a confirmé que ce format était utile et permettait de mieux prévoir les démarches pour appréhender la formation du monde contemporain. La Russie, l’Inde et la Chine partagent cette vision. Nous voulons voir un monde polycentrique (c’est une tendance objective) basé sur le droit international et le respect de tous les principes de la Charte de l’Onu.

Nous avons eu un échange d’avis convivial, franc et de confiance. Nos positions coïncident sur la plupart des questions évoquées. Ces approches et intérêts communs sont reflétés dans la Déclaration conjointe développée et très concrète qui a été diffusée à l’issue de notre réunion d’aujourd’hui.

Nous sommes préoccupés par les phénomènes actuels tels que l’érosion du droit international et la hausse du recours à la force dans les affaires internationales. Dans ces conditions, notre travail conjoint revêt une importance particulière. Nous sommes convenus de poursuivre et d’améliorer la coordination de nos démarches dans le cadre de l’Onu, du G20, de l’OCS, des Brics, ainsi que sur différentes plate-formes en Asie-Pacifique, notamment dans le cadre des sommets d’Asie de l’Est.

Nous avons une position commune sur la nécessité d’accroître les efforts pour former en Asie-Pacifique une architecture de sécurité et de coopération multilatérale, ouverte et inclusive.

D’ailleurs, nous sommes convenus, comme l’ont déjà dit mes collègues, d’organiser régulièrement des consultations trilatérales sur les problèmes de l’Asie-Pacifique. Le premier cycle de consultations a eu lieu en Chine, et pour le deuxième cycle nos amis indiens ont proposé de l’organiser chez eux. Nous avons accepté cette invitation avec plaisir.

Nous avons mis un accent particulier sur la nécessité de renforcer l’aspect multilatéral des affaires mondiales et celle de chercher des décisions collectives.

La Déclaration adoptée exprime un rejet catégorique de mesures unilatérales de pression économique qui, comme nous l’avons souligné, sont contraires aux normes et aux principes du droit international et portent atteinte à l’autorité du Conseil de sécurité des Nations unies.

Nous avons prôné la poursuite de la réforme du système monétaro-financier international.

Ce thème est également promu activement aussi bien dans le format des RIC que des Brics, avec nos partenaires du G20. Nous prônons la garantie d’un caractère ouvert et non-discriminatoire du système commercial international. Dans ce  contexte, nous avons évoqué en détail les perspectives d’union de différents processus d’intégration en Eurasie.

A cet égard, il faut noter que l’Inde et la Chine ont entamé des négociations avec l’Union économique eurasiatique (UEE) sur le développement de la coopération et la libéralisation du commerce. Je suis certain que ces négociations apporteront un résultat positif pour tous.

Nous avons noté l’importance de développer la coopération sur la base de nos projets pour réaliser le potentiel de transport et de transit des trois pays.

Nous y voyons une contribution supplémentaire à la formation du Grand Partenariat eurasiatique évoqué pendant les sommets réunissant nos dirigeants.

Nous avons accordé une attention particulière à la lutte contre le terrorisme. Nous avons souligné l’intransigeance de la lutte contre le terrorisme sous toutes ses formes et manifestations, y compris la propagation de l’idéologie terroriste et extrémiste.

Nous avons souligné la sollicitation de l’expérience unique de coopération antiterroriste accumulée notamment à l’OCS, dans le cadre de laquelle, cette année, a été adoptée la Convention pour la lutte contre l’extrémisme.

La Russie, l’Inde et la Chine sont également prêtes à partager leur expérience avec d’autres partenaires sur la lutte contre le financement du terrorisme, sur la lutte contre les terroristes et les combattants étrangers.

La base de données sur les terroristes et les combattants étrangers créée en Fédération de Russie est une forme pratique de coopération à laquelle participent nos partenaires chinois et indiens.

Nous avons également souligné la nécessité d’intensifier les efforts pour empêcher la prolifération de l’arme de destruction massive.

Nos partenaires ont soutenu la thèse de l’importance de commencer au plus vite le travail sur la Convention sur la lutte contre le terrorisme chimique et biologique.

Nos positions convergent ou coïncident sur la garantie de la sécurité grâce aux technologies de l’information et de la communication, et notamment sur l’adoption, sous l’égide de l’Onu, de règles universelles de conduite responsable des États dans l’espace de l’information. C’est également une initiative des membres de l’OCS.

Nous nous opposons également au déploiement d’armes dans l’espace extra-atmosphérique et nous coordonnerons nos actions dans ce domaine de coopération internationale.

Parmi les sujets régionaux, nous avons échangé nos avis concernant la situation sur la péninsule coréenne. Elle est extrêmement tendue. Nous jugeons inadmissible d’exacerber la tension militaire et la confrontation militaire, qui pourrait passer d’un état de propagande à celui de guerre chaude. Nous avons souligné l’absence d’alternative au règlement de ce problème par des moyens exclusivement politiques et diplomatiques. Vous le savez, il y a une feuille de route sino-russe à ce sujet.

Nous avons vérifié nos positions sur la situation en Afghanistan, en Irak, au Yémen et en Libye.

Sur le processus de paix syrien, nous nous sommes exprimés pour l’initiation au plus vite du processus de règlement national conformément à la résolution 2254 du Conseil de sécurité des Nations unies. Dans ce sens, il a été souligné qu’à cet objectif contribuaient l’avancée du processus d’Astana et l’initiative de réunir le Congrès du dialogue national syrien.

Nous avons également souligné la nécessité de respecter rigoureusement et complètement la résolution 2202 du Conseil de sécurité des Nations unies qui a approuvé à l’unanimité les Accords de Minsk pour régler la crise ukrainienne.

Nous avons analysé la mise en œuvre des idées qui avaient été évoquées pendant notre réunion précédente en avril 2016 à Moscou et avons noté des succès concrets dans la création de nouveaux formats de coopération.

Nous avons notamment souligné l’organisation réussie de la première rencontre de jeunes diplomates russes, indiens et chinois en Chine cette année. L’an prochain elle aura lieu en Inde, et en 2019 c’est la Russie qui invitera chez elle les jeunes diplomates.

Pour conclure, nous avons souligné l’importance du travail des centres politologiques sur le problème évoqué au niveau interétatique et intergouvernemental au format RIC. A cet égard, je voudrais noter que la 15e conférence académique trilatérale a eu lieu en Inde, et que la 16e se tiendra en Russie en 2018. C’est un potentiel intellectuel très important qui aidera à approfondir notre partenariat stratégique.

Nous avons également eu des entretiens bilatéraux avec les ministres des Affaires étrangères de l’Inde Sushma Swaraj et de la Chine Wang Yi pour évoquer le déroulement de la mise en œuvre des accords conclus pendant les sommets russo-indien et sino-russe cette année …

nous avons prévu des démarches pour préparer de nouveaux contacts entre nos dirigeants et à d’autres niveaux.

J’exprime une nouvelle fois ma reconnaissance envers Mme Sushma Swaraj et tous nos amis indiens.

http://www.mid.ru/fr/foreign_policy/news/-/asset_publisher/cKNonkJE02Bw/content/id/2984153

 

India

6 – Sur le séjour du Ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov en Inde 11 décembre 201722:15

Lundi 11 décembre à New Delhi, le Ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov, la Ministre indienne des Affaires étrangères Sushma Swaraj et le Ministre chinois des Affaires étrangères Wang Yi ont participé à la 15e réunion des chefs de diplomatie au format Russie-Inde-Chine.

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Les chefs de diplomatie ont évoqué les questions régionales et internationales d’actualité. Les futures démarches visant à accroître l’efficacité de la coopération trilatérale ont également été discutées. Il a été convenu de renforcer la coordination des efforts des trois pays dans le cadre de l’Onu, du G20, de l’OCS, des Brics, ainsi que des plate-formes régionales de l’Asie-Pacifique telles que les sommets de l’Asie orientale.

L’échange de points de vue a confirmé la coïncidence et la proximité des positions des parties sur un large éventail de thèmes régionaux et internationaux, y compris la formation en Asie-Pacifique d’une nouvelle architecture de sécurité et de coopération. Une attention particulière a été accordée à la situation sur la péninsule coréenne et en Afghanistan. Un soutien unanime a été exprimé aux changements positifs qui ont lieu en Syrie et à l’initiative de lancer un large dialogue intersyrien inclusif.

Parmi d’autres sujets prioritaires de la réunion ministérielle des RIC figuraient la lutte contre le terrorisme et contre le trafic de stupéfiants, la garantie de la sécurité de l’information au niveau international et la prévention du déploiement des armes dans l’espace extra-atmosphérique.

Un Communiqué conjoint a été adopté à l’issue de cette rencontre.

Un accord a été convenu pour organiser la prochaine réunion des ministres des Affaires étrangères des RIC en 2018 en Chine.

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Dans le cadre de son séjour en Inde, Sergueï Lavrov a également été reçu par le Président Ram Nath Kovind et s’est entretenu avec son homologue indienne Sushma Swaraj.

Le Ministre a prononcé un discours au grand centre politologique indien Vivekananda International Foundation présentant une analyse de la situation dans le monde et des perspectives des relations russo-indiennes, qui a ouvert le cycle de conférences consacrées à la mémoire de l’Ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire russe Alexandre Kadakine.

Sergueï Lavrov a remis à un groupe de hauts diplomates indiens à la retraite des insignes du Ministère russe des Affaires étrangères « Pour la contribution à la coopération internationale » et « Pour la coopération ». La cérémonie était associée au 70e anniversaire de l’établissement des relations diplomatiques bilatérales célébré cette année.

En marge de la réunion ministérielle des RIC, Sergueï Lavrov s’est entretenu à part avec le Ministre chinois des Affaires étrangères Wang Yi pour évoquer différentes questions d’actualité relatives à la coopération sino-russe, ainsi que la coopération bilatérale sur les plate-formes régionales et internationales.

http://www.mid.ru/fr/foreign_policy/news/-/asset_publisher/cKNonkJE02Bw/content/id/2984545

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la Vivekananda International Foundation, New Delhi,

 

7 –  Allocution et réponses à la presse du Ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov à la Vivekananda International Foundation, New Delhi, 11 décembre 2017 -22:35

Mesdames et messieurs,

C’est un grand honneur pour moi de donner le départ à ce projet de la Vivekananda International Foundation associé au nom du grand diplomate russe Alexandre Kadakine. Je voudrais exprimer ma sincère reconnaissance envers nos amis indiens pour la haute estime qu’ils portent à l’activité de notre collègue et les efforts entrepris pour immortaliser sa mémoire, notamment sous la forme d’une conférence à la mémoire d‘Alexandre Kadakine.

Alexandre était une personnalité marquante, extraordinaire et un véritable professionnel. Il aimait l’Inde qui est devenue, comme il disait, son karma. Il investissait sans exagération toutes ses forces et son talent dans l’établissement et le renforcement du partenariat russo-indien privilégié.

Les relations diplomatiques entre nos deux États ont été établies il y a 70 ans.

Des résultats remarquables ont été atteints en sept décennies. Nous en sommes fiers à juste titre. Nos peuples sont unis par des liens solides et réciproques d’amitié, de sympathie, de confiance et de respect pour nos cultures et traditions.

Le dialogue politique évolue de manière dynamique. Les sommets organisés chaque année permettent de « régler nos montres » en toute confiance sur

  • les principales questions de coopération, de définir les repères pour l’avenir.
  • Une base contractuelle juridique solide a été formée et se développe.
  • Des projets de grande envergure ont été lancés dans différents secteurs, de l’énergie à la pharmaceutique.
  • Les Commissions intergouvernementales pour la coopération commerciale, économique, scientifique, technique, culturelle et militaro-technique se réunissent régulièrement et travaillent efficacement.

Dans le même temps nous ne devons pas nous reposer sur nos lauriers, d’autant que le monde continue de changer rapidement.

En s’appuyant sur l’expérience accumulée et en la développant de manière créative, nous devons aller de l’avant et chercher de nouveaux domaines de coopération prometteurs, avant tout pour assurer une croissance rapide dans le domaine commercial et des investissements.

Il est évident que le montant actuel des échanges ne peut pas être considéré comme satisfaisant pour des États aussi importants que les nôtres.

Nous sommes disposés à les augmenter jusqu’à 30 milliards de dollars d’ici 2025.

Il est possible d’atteindre cet objectif  en combinant nos avantages concurrentiels naturels, en réalisant des projets communs de grande ampleur, par exemple dans le domaine aérospatial et la construction navale.

Le groupe de travail sur les projets d’investissement prioritaires, qui fonctionne dans le cadre de la Commission intergouvernementale bilatérale, a choisi les 12 projets

les plus prometteurs dans les États de Gujarat, de Karnataka et d’Andhra Pradesh, où les compagnies russes investiront dans la construction d’une usine de caoutchoucs butyle, d’équipements d’éclairage, ainsi que dans l’élaboration d’un modèle de « ville intelligente » pour l’Inde.

Ces projets dans la lignée du programme « fabriqué en Inde » du Premier ministre Narendra Modi nécessitent la signature rapide d’un nouvel accord intergouvernemental sur la protection réciproque des investissements de capitaux qui tiendrait compte des intérêts des deux côtés.

Moscou partage avec New Delhi son savoir-faire avancé dans le domaine du nucléaire pacifique, contribuant ainsi à la sécurité énergétique de l’Inde.

La mise en œuvre du projet phare de centrale nucléaire de Kudankulam se poursuit dans l’État de Tamil Nadu. Le premier réacteur fonctionne, le deuxième a été également remis à l’Inde. Le travail se poursuit sur les réacteurs 3-6.

Je rappelle que la « Vision stratégique du renforcement de la coopération russo-indienne dans l’usage pacifique de l’énergie nucléaire », signée en décembre 2014, a fixé une tâche encore plus ambitieuse: construire au moins 12 réacteurs d’ici 2020.

La confiance entre la Russie et l’Inde a atteint un niveau sans précédent dans le domaine de la coopération militaro-technique.

Cela concerne aussi bien les fournitures directes que la production conjointe d’armements et de différents équipements militaires. Les experts savent que les propositions russes dans la plupart des secteurs de la coopération militaro-technique sont les meilleures pour l’Inde.

Les mesures pour améliorer le service après-vente contribueront à l’augmentation de leur compétitivité. Notre projet commun de missile supersonique BrahMos, qui est le meilleur du monde, reste un sujet de fierté particulière. Nous évoquons des plans d’élaboration conjointe d’autres types d’armement, y compris pour leur promotion ultérieure dans des pays tiers, dans le cadre desquels il est prévu de transmettre à l’Inde des technologies militaires russes.

Les contacts au niveau des régions et des milieux d’affaires apportent également leur contribution aux efforts communs.

Dans le cadre du Forum économique international de Saint-Pétersbourg en juin dernier, le Premier ministre indien Narendra Modi a eu un entretien très productif avec le Président russe Vladimir Poutine puis a rencontré les responsables régionaux.

Nous apprécions positivement la participation de la délégation indienne dirigée par la Ministre indienne des Affaires étrangères Sushma Swaraj au 3e Forum économique oriental à Vladivostok en septembre, ainsi que les résultats du dialogue d’affaires qui a eu lieu en marge de cet événement.

La Russie a des choses à proposer en matière de formation et de réorientation des cadres professionnels. Plusieurs générations d’ingénieurs et de médecins indiens ont reçu leurs diplômes dans notre pays.

Je pense que cette expérience pourrait constituer une base pour la coopération future dans le contexte de la mise en œuvre du programme Skilling India initié par le gouvernement indien. La signature d’un accord intergouvernemental sur la reconnaissance réciproque des diplômes et des degrés dans les spécialités générales et médicales fera significativement augmenter l’efficacité de nos efforts communs dans ces domaines et leur importance concrète pour nos citoyens.

Notre partenariat stratégique privilégié implique une coordination étroite et orientée sur le long terme de nos approches du règlement des problèmes internationaux. Nous apprécions notre coopération sur la scène internationale.

La politique étrangère indépendante et responsable de votre pays demeure un facteur important de la garantie de la sécurité et de la stabilité tant sur le plan régionale qu’international. Nous comptons sur la préservation et le renforcement de cet acquis.

A l’Onu et sur différentes plate-formes multilatérales, la Russie et l’Inde prônent continuellement le respect inconditionnel de la Charte de cette Organisation et d’autres principes du droit international…  

…notamment l’intégrité territoriale, l’indépendance, la souveraineté des États, le respect de l’identité culturelle et civilisationnelle des nations du monde, le pluralisme, le droit des peuples à choisir leurs propres modèles de développement politique et socioéconomique.

Avec de nombreux autres partenaires, la Russie et l’Inde défendent la justice et la démocratie sur la scène internationale, elles prônent le renforcement du rôle des pays émergents au sein des institutions internationales comme l’Onu, le FMI et la Banque mondiale. Nous continuons d’unir nos efforts pour mettre en œuvre les réformes nécessaires dans différents formats. Aujourd’hui vient de se tenir la 15e réunion des ministres des Affaires étrangères des RIC, groupe qui a été formé à la fin des années 1990 et qui a donné naissance aux Brics. Ce dernier est devenu un acteur influent du G20 notamment par la coopération d’autres participants avec les cinq États des Brics sur la réforme du système monétaro-financier international.

L’adhésion de New Delhi à l’OCS a considérablement renforcé le potentiel politique et économique de l’organisation, notamment sa capacité à stabiliser la situation en Asie centrale et du Sud, ainsi qu’à régler la crise en Afghanistan et dans sa région.

Le renforcement de la coopération russo-indienne pourrait contribuer à trouver des réponses optimales aux nombreux défis en Asie-Pacifique. Nous sommes convaincus qu’il est impossible de créer une architecture de sécurité stable en Asie-Pacifique à l’intérieur d’un bloc isolé.

Il faut une base collective ouverte s’appuyant sur les principes d’indivisibilité de la sécurité, de primauté du droit international, de règlement pacifique des litiges, et de non-usage de la force ou de menace par la force.

Il est réjouissant que l’Inde ne partage pas seulement nos approches, mais qu’elle participe également de manière active aux discussions sur l’architecture régionale qui ont commencé dans le cadre du sommet de l’Asie orientale. Le mécanisme de dialogue régulier de ce sommet sur le fonctionnement stratégique de la région a été formé à Jakarta au siège de l’ANASE.

La montée en puissance sans précédent du terrorisme international représente une très grave menace pour tous les États sans exception.

Il n’est possible de combattre ce mal qu’ensemble, sur la base d’une coalition antiterroriste globale sans deux poids deux mesures ni intentions cachées.

Les tâches prioritaires aujourd’hui sont l’élimination de Daech et du Front al-Nosra sous toutes leurs formes, la lutte contre le déplacement transfrontalier des combattants terroristes étrangers et contre la propagation de l’idéologie terroriste qui alimente les sentiments radicaux.

Pendant le sommet de l’Asie orientale à Manille le 14 novembre a été adoptée une déclaration sur la lutte contre les défis idéologiques du terrorisme, des idées terroristes et la propagande du terrorisme à l’initiative de la Russie. Nous comptons sur la poursuite de la coopération en ce sens avec nos partenaires indiens.

Il est évident qu’il est impossible d’assurer le bien-être de tous les peuples qui vivent dans le vaste espace eurasiatique sans garantir l’indivisibilité de son développement économique.

Ce développement doit être réellement global, sans blocs commerciaux fermés subjectivement en contradiction avec le système de commerce mondial à l’œuvre dans le cadre de l’OMC.

En juin 2017, le Président russe Vladimir Poutine a suggéré de créer une architecture économique complètement nouvelle en Eurasie où les associations d’intégration sous-régionales avanceraient progressivement vers la libéralisation du régime commercial et d’investissement entre leurs membres. Cette initiative résulte de la volonté de plusieurs pays et groupes de créer des mécanismes de libre-échange avec l’Union eurasiatique. L’Inde fait partie de ceux qui entameront ces négociations le mois prochain.

A la prochaine étape, il est prévu d’élargir ce processus pour y faire adhérer les pays de l’Union économique eurasiatique (UEE), de l’OCS, de l’ANASE et de l’UE (pourquoi pas?) s’ils décidaient que la promotion de leurs intérêts économiques était prioritaire. Au final pourrait être créé un Grand Partenariat eurasiatique. Je suis certain que les organisations de coopération régionale qui existent en Asie du Sud pourraient également tirer profit de la participation à ce partenariat.

Mesdames et messieurs,

Toutes les prémisses sont réunies pour un déploiement encore plus complet du potentiel réellement inépuisable que représente le partenariat stratégique russo-indien grâce à l’expérience accumulée, la volonté politique et nos priorités similaires. Les gouvernements de nos pays sont convenus des mesures qui contribueront au développement optimal de nos pays. Mais nos efforts doivent s’ajouter au dialogue au niveau de la diplomatie populaire, des milieux scientifiques et d’experts. Je suis certain que les politologues russes et indiens seront à même de proposer les idées les plus audacieuses et réalistes pour développer notre partenariat stratégique privilégié.

Une conférence (dont monsieur Gupta a déjà parlé) a été organisée en octobre dernier à Moscou grâce aux efforts communs du Conseil russe pour les affaires internationales et de la Vivekananda International Foundation. A l’ordre du jour figurait la stratégie des relations russo-indiennes et le changement de l’ordre mondial. Je pense que le dialogue sur ces questions doit avoir lieu régulièrement. Les réponses aux nombreuses questions très complexes pour le monde contemporain nécessitent des solutions communes.

Pour conclure, je voudrais remercier une nouvelle fois le Vivekananda International Foundation pour sa contribution à ces efforts, notamment par l’organisation des Lectures Kadakine.

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A – Question: Votre excellence, ma question concerne les événements sur la scène internationale. La création du format RIC regroupant la Russie, l’Inde et la Chine a donné vie à une idée de longue date qu’Evgueni Primakov avait proposée. A son époque, un tel mécanisme de coopération ne semblait pas du tout prometteur. Aujourd’hui, la Chine s’est transformée en force dominante du point de vue de l’économie et du potentiel militaire. L’Inde ne connaît aucun problème dans ses relations avec Pékin, mais nous avons des problèmes avec la Chine: la question nucléaire, un litige territorial, le problème de déficit de la balance commerciale. D’après vous, ce format a-t-il de l’avenir?

Sergueï Lavrov: Si vous m’aviez posé cette question après la première réunion, j’aurais peut-être réfléchi. Mais à présent, alors que la 15e vient de s’achever, je pense que la réponse est évidente. D’ailleurs, la réunion d’aujourd’hui s’est terminée par un déjeuner où la Ministre indienne des Affaires étrangères Sushma Swaraj a porté un toast à l’amélioration des relations non seulement entre l’Inde et la Chine, mais également entre l’Inde et le Pakistan. Nous nous réjouirions tous du règlement de tous les différends et divergences, y compris des problèmes que vous avez mentionnés. Je pense qu’au sujet des solutions, le prochain à parler devrait être le Ministre chinois des Affaires étrangères.

Afghan President Ashraf Ghani and India's PM Narendra Modi pose for the media outside Hyderabad House in Delhi

.. Le président afghan Ashraf Ghani et le premier ministre indien Narendra Modi © reuters.

B – Question: La position de l’Inde et de la Russie coïncide sur ce qui doit être fait en Afghanistan. Mais il semble y avoir une divergence sur les moyens d’assurer la paix et la stabilité dans le pays. On a l’impression que la Russie adopte une approche relativement souple par rapport aux talibans. Cela semble être le problème primordial de l’Afghanistan. On remarque de plus en plus une différence entre Daech et les talibans, même si au fond Daech en fait partie en Afghanistan. Pourquoi la Russie a-t-elle une telle attitude envers les talibans?

La Russie a l’intention de se joindre au projet de couloir économique sino-pakistanais, du moins c’est ce que dit le Pakistan. Les Chinois sont évidemment conscients de la possibilité de perdre une partie de leurs investissements au Pakistan. La Russie a-t-elle estimé ces éventuelles pertes?

Sergueï Lavrov: J’ai l’impression que vous avez été victime d’un puissant traitement de propagande. Par rapport aux talibans, il n’a jamais existé de preuves ou de faits de leur soutien par la Russie, comme l’affirment certains représentants américains, ou même que nous les ayons armés. Nous sommes entrés en contact avec les talibans seulement pour deux raisons: quand nos citoyens ou les citoyens de nos alliés étaient en danger et que nous avions besoin de les faire sortir, et pour persuader les talibans de s’asseoir à la table des négociations. Nous soulignons toujours qu’ils ne peuvent se joindre aux négociations qu’à condition de respecter les critères fixés par le Conseil de sécurité des Nations unies. Ils doivent renoncer à l’activité terroriste, à la violence, rompre les relations avec d’autres organisations terroristes et agir dans le cadre de la Constitution afghane.

Les attaques critiques des Américains ont lieu depuis longtemps.

Récemment, j’ai entendu un représentant américain dire que nous appelions les talibans à participer aux négociations sans respecter de critères. A vous de tirer vos propres conclusions.

Je ne pense pas que la nouvelle stratégie des USA pour l’Afghanistan, récemment annoncée et mettant l’accent sur l’usage de la force contre ceux qui ne coopèrent pas et participent à la violence, puisse fonctionner.

Les 16 années de présence de l’immense armée de l’Otan n’ont permis de vaincre ni l’extrémisme ni le terrorisme, ni de régler le problème du trafic de stupéfiants qui a atteint cette année une ampleur sans précédent.

Après le 11 septembre 2001, la production d’opium et d’héroïne a été multipliée par quatre, voire plus. Il faut comprendre et reconnaître que tout cela alimente l’activité terroriste.

Il faut également comprendre que sans précurseurs, la production de drogue serait impossible. Les précurseurs sont principalement livrés d’Europe. Il faut assurer la formation d’un front antiterroriste commun où il n’y aurait pas de place pour la tromperie ou le deux poids deux mesures, pour combattre le terrorisme sous toutes ses formes et manifestations – le financement du terrorisme, le trafic de stupéfiants qui alimente le terrorisme, l’idéologie terroriste et ainsi de suite.

A une époque il existait le format 6+1 sur l’Afghanistan.

Les talibans étaient alors au pouvoir dans ce pays. Le groupe s’est réuni plusieurs fois. Il était utile de voir ce que pouvaient faire ensemble certains États voisins de l’Afghanistan avec la Russie, les USA et, évidemment, l’Onu compte tenu de la situation dans le pays. Depuis, la situation a changé. Un gouvernement légitime est au pouvoir à Kaboul. Bien sûr, la manière dont ce gouvernement a été formé – , comment les élections s’y sont déroulées, qui a gagné, qui a annoncé le recompte des voix et les résultats – est discutable.

Comme on peut également discuter du rôle des forces extérieures dans la création de ce système politique concret de l’Afghanistan. Il est impossible d’assurer le fonctionnement durable d’un système imposé de l’extérieur.

On l’a vu sur l’exemple de l’Afghanistan où grandissent les problèmes politiques intérieurs.

  • C’est également visible sur l’exemple du Yémen où un accord a été convenu par les forces extérieures et imposé au pays. Vous connaissez vous-mêmes le résultat.
  • Puis il y a eu le « quartet » Pakistan-Afghanistan-Chine-USA. Ils se sont rencontrés plusieurs fois, puis les réunions ont cessé. Aujourd’hui ils songent à les relancer.
  • Puis il y a eu le processus de Kaboul qui, à l’étape actuelle, me paraît trop large.

Il convient pour la mobilisation du soutien afin de reconstruire le pays, mais un groupe de pays moins nombreux est nécessaire pour trouver des solutions à la crise politique et passer de la violence aux négociations.

Nous pensons qu’aux négociations doivent être représentés tous les participants au format 6+1, ainsi que tous les pays d’Asie centrale. Parce que tous ces pays, pas seulement l’Ouzbékistan, le Tadjikistan et le Turkménistan qui sont frontaliers avec l’Afghanistan, mais également tous les autres pays d’Asie centrale, ressentent sur eux les conséquences négatives des événements en Afghanistan.

Nous avons convoqué une réunion en ce format en l’appelant processus de Moscou. Malheureusement, les Américains n’ont pas accepté l’invitation. Nous ignorons pourquoi. Au lieu de cela ils s’occupent à nouveau du format 6+1.

Je suppose qu’il est impossible de régler la situation sans la présence de toutes les parties à la table des négociations: du gouvernement, des talibans et de tous ceux qui pourraient influencer la situation, y compris les pays voisins.

La Russie a réussi à organiser plusieurs de telles réunions, et ceux qui y ont participé ont noté leur utilité.

A présent, avec l’adhésion à l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS) de l’Inde et du Pakistan les réunions du groupe de contact OCS-Afghanistan ont repris leur travail.

La réunion a eu lieu en octobre à Moscou. La prochaine est prévue pour début 2018 et se tiendra en Chine. Bien sûr, nous saluons l’initiative de l’Inde de recevoir la réunion du groupe de contact à New Delhi.

Il y avait également une question sur le couloir économique sino-pakistanais.

Vous savez, nous avons nos propres couloirs. La Russie possède un immense territoire et nous n’avons pas besoin de couloirs ailleurs. Il faut développer ses propres couloirs au lieu de créer des concurrents pour eux.

Mais il ne faut pas oublier le contexte global du développement économique de l’Eurasie.

  • Le Kazakhstan est prêt à ouvrir son territoire,
  • l’Azerbaïdjan souhaite créer des couloirs pour relier l’Asie centrale à la région Caspienne,
  •  la Chine promeut un concept que la Russie trouve très intéressant et qui nécessite une mise au point supplémentaire dans le contexte de l’établissement de relations harmonieuses dans le domaine du commerce, des investissements, du transport et de la logistique sur le continent eurasiatique.
  • Je sais que l’Inde a des problèmes avec l’initiative « Une ceinture, une route », et nous en avons parlé aujourd’hui.

Mais la présence de certaines divergences politiques ne doit pas mettre en péril tout le reste. L’Inde est membre de l’OCS au même titre que la Russie, la Chine et pratiquement tous les pays d’Asie centrale.

  • Pratiquement tous ces pays ont déjà signé avec la Chine un accord de coopération dans le cadre de l’initiative « Une ceinture, une route« .
  • La Russie et d’autres membres de l’Union économique eurasiatique ont signé avec la Chine un accord de coopération économique.

Ce sont tous des faits, des initiatives concrètes qui auront une suite.

Je suis certain à 100% que l’Inde ne manque pas de diplomates et de politiciens doués pour trouver un moyen de tirer profit de ce processus sans pour autant faire de concessions sur les questions fondamentales.

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C – Question: Pourquoi la Russie et certains de vos collègues du Conseil de sécurité des Nations unies ne s’empressent pas d’accuser le Pakistan de sponsoriser le terrorisme? Il existe suffisamment de preuves d’encouragement du terrorisme ou de dualité du pays concernant le terrorisme. Pensez-vous que le Pakistan peut être qualifié de pays-sponsor du terrorisme?

Sergueï Lavrov: Il n’existe pas de liste de l’Onu d’États-sponsors du terrorisme. Les USA ont une telle liste et ils l’utilisent à leur guise. Mais il n’y a pas de liste d’Etats-sponsors du terrorisme à l’Onu.

Le Conseil de sécurité des Nations unies prend des décisions pour inscrire des organisations concrètes sur la liste des organisations terroristes. En regardant les documents du Conseil de sécurité des Nations unies et la déclaration adoptée à l’issue du sommet des Brics en septembre 2017 en Chine, vous verrez la liste des organisations considérées par tout le monde comme terroristes. Cette information vous sera utile.

Quoi qu’il en soit, nous voulons tous éradiquer le terrorisme en Afghanistan, au Pakistan et dans tous les autres pays.

Oui, nous comprenons que le Pakistan souhaite se débarrasser des organisations terroristes qui utilisent le territoire du pays. Nous sommes prêts à soutenir les autorités du Pakistan en ce sens. Je pense que tout le monde doit agir dans ce sens.

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D – Question: Dans quelle mesure la Russie est-elle prête à partager les technologies dans le cadre de la coopération militaro-technique?

Sergueï Lavrov: Comme je l’ai dit pendant mon allocution, au fur et à mesure de l’approfondissement de la coopération militaro-technique sera intensifiée l’échange de technologies. J’ignore s’il faut que j’entre dans les détails. Vous n’êtes pas par hasard le représentant d’une compagnie concurrente?

E – Question: Le chasseur de 5e génération pour l’armée de l’air et le ministère de la Défense a été récemment présenté. On a l’impression qu’il existe des doutes sur ce projet. La Russie a-t-elle reçu une telle information concernant le chasseur de 5e génération de la part du gouvernement indien?

Sergueï Lavrov: Des informations sur quoi?

F – Question: Que le gouvernement indien a des doutes sur ce projet. Après tant d’années d’investissements pouvez-vous dire si le second sous-marin du projet 971 Chtchouka-B (Akula) sera finalement remis à l’Inde?

Sergueï Lavrov: Premièrement, ces questions ne sont pas posées à la bonne personne. Si vous voulez assouvir votre curiosité, je dois dire avec regret que le débat de cette question ne fait pas partie de l’agenda de cette activité. Je peux seulement dire que si nos pays ont passé un accord sur un projet, que ce soit dans le domaine de la coopération militaire, militaro-technique, économique, logistique ou autre, un tel projet sera réalisé. Mais si aucune des parties n’est intéressée, personne n’a l’intention de tordre les bras à qui que ce soit.

Ministère Russe des Affaires Etrangères 2016.12.26 585e984bc461884d5c8b46ef

http://www.mid.ru/fr/foreign_policy/news/-/asset_publisher/cKNonkJE02Bw/content/id/2984577