2411 – L’Antarctique, prochaine zone de conflits ? Partie 1

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L’Antarctique, prochaine zone de conflits ?

L’Antarctique, d’une étendue de 12,5 millions de km2, est le dernier continent a avoir été découvert. Contrairement à l’Arctique qui héberge de nombreuses populations indigènes, il n’était pas habité.

Sept pays revendiquent toutefois des portions de ce territoire.

  • L’Argentine, le Chili et l’Australie, en raison de leur proximité géographique avec le continent austral.
  • Pour la Grande-Bretagne, la France et la Norvège, c’est la participation de ressortissants à la découverte de l’Antarctique qui leur ouvrirait un droit sur celui-ci.
  • Enfin, l’Australie et la Nouvelle-Zélande se justifient aussi par leur participation aux premières expéditions scientifiques et d’exploration.

ANTARCTIQUE PAYSAGES No-2493

Comme le montre la carte, certaines de ces revendications se superposent.

La carte des revendications territoriales sur l’Antarctique et des principales bases scientifiques. Source : Le dessous des cartes.

Pour protéger ce continent vierge, a été signé en 1959 à Washington D.C., le Traité sur l’Antarctique. Il est entré en vigueur en 1961.

Il ne comptait à l’origine que douze signataires :

  1. l’Afrique du Sud,
  2. l’Argentine,
  3. l’Australie,
  4. la Belgique,
  5. le Chili,
  6. les États-Unis,
  7. la France,
  8. le Japon,
  9. la Norvège,
  10. la Nouvelle-Zélande,
  11. le Royaume-Uni
  12. l’URSS.

Aujourd’hui, il regroupe cinquante-trois pays.

Ce traité consacre l’Antarctique en « continent pour la paix et pour la science », en interdisant toute activité militaire et en dédiant l’ensemble du territoire à la recherche scientifique. Le traité « gèle » aussi les revendications originelles de souveraineté sur le continent, mais ne force pas les États signataires à y renoncer.

Ce traité consacre l’Antarctique en « continent pour la paix et pour la science », en interdisant toute activité militaire et en dédiant l’ensemble du territoire à la recherche scientifique.

Le traité « gèle » aussi les revendications originelles de souveraineté sur le continent, mais ne force pas les États signataires à y renoncer.Le Traité sur l’Antarctique a été assorti d’un protocole « relatif à la protection de l’environnement », ou Protocole de Madrid, signé en 1991 et entré en vigueur en 1998. Il consacre l’Antarctique comme une « réserve naturelle »[1] en y interdisant l’exploitation des ressources minérales à des fins autres que scientifiques.

Contrairement au Traité sur l’Atlantique, qui n’a pas de fin, le Protocole de Madrid n’a été prévu pour être intouchable que pendant cinquante ans. En 2048, il pourra donc être renégocié, voire aboli, selon la volonté des Parties.

Le Traité et son Protocole ont pu, à l’époque, être signés sans trop de dissensions car aucunes ressources minérales n’avaient été découvertes à l’époque.

La présence d’un État en Antarctique est un premier pas pour le faire rentrer dans un club restreint, le club des États polaires, qui regroupe les quelques pays qui ont la capacité militaire, économique et scientifiques pour être présent et puissant en Arctique et en Antarctique.

Nous assistons aujourd’hui à une « course à l’Antarctique », par laquelle les États se disputent l’influence sur le continent, un œil sur l’expiration des Traités et l’autre sur les opportunités stratégiques et commerciales déjà existantes.

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La multiplication des bases scientifiques : prise du possession de territoire

Tous les signataires du Traité peuvent installer en Antarctique des bases de recherches scientifiques, y compris sur des portions de territoire revendiquées par un autre État, sans que les autres Parties ne puissent s’y opposer. Par exemple, la base franco-italienne de Concordia est installée sur une parcelle revendiquée par l’Australie. La seule condition est que l’installation et le fonctionnement de la station ne doivent pas porter atteinte à l’environnement.

On voit aujourd’hui se multiplier les stations scientifiques, car elles permettent facilement de justifier d’une activité scientifique, condition requise pour devenir une « partie consultative au Traité sur l’Antarctique »[2]. En effet, il y a deux types de Parties au Traité : les Parties consultative qui ont un droit de vote lors des réunion, et les Parties non consultative, qui peuvent assister et participer aux réunions mais ne peuvent pas voter.

La multiplication des stations fait que pendant l’été austral, qui commence au mois de décembre, environ cinq milles personnes vivent sur le continent de glace. On compte aujourd’hui une quarantaine de bases permanentes, opérées par vingt États. Les plus récentes sont extrêmement modernes, à l’image de la base indienne de Bharati, ouverte en 2012, ou celle de Jang Bogo, administrée par la Corée du Sud depuis 2014.

La base indienne de Bharathi, aux allures futuristes. Source : New Atlas.

Les experts environnementaux s’inquiètent de la multiplication des bases et demandent le partage des bases existantes plutôt que la construction de nouvelles. Leurs revendications ne font cependant pas le poids face à l’opportunité d’affirmation de puissance qu’offre l’ouverture de bases scientifiques. En effet, ouvrir une base est un moyen d’assertion de sa présence sur un territoire ou la souveraineté est disputée.

Si l’Argentine est pour l’instant en tête avec six bases, la Chine, pourtant entrée récemment dans la course (sa première station date de 1985, alors que la première base argentine a cent-trois ans), est en passe de la rattraper. Elle possède déjà quatre bases, et projette déjà l’ouverture d’une cinquième pour 2022, dont l’installation a déjà commencé. Par comparaison, les États-Unis gèrent seulement trois bases équipées de matériel assez ancien, et la France, deux.

Si elle n’a pas de revendication territoriale officielle sur l’Antarctique, et ne peut en faire en vertu du Traité, la Chine développe cependant une ambitieuse politique en Antarctique. Ses dirigeants ont exprimé l’ambition de devenir une « puissance polaire »[3].

Parmi tous les pays présent en Antarctique, c’est la Chine qui dépense le plus pour ses programmes polaires.

Elle prévoit donc d’avoir cinq stations de recherche. Cependant, les justifications scientifiques pour l’ouverture de ces stations ne sont pas toujours évidentes. La disposition des bases existantes et prévues permettra à la Chine d’avoir une présence tout autour du continent. Elle semble donc agir avec la volonté de marquer le territoire. Les scientifiques chinois ont par ailleurs découverts et nommés des centaines de sites géographiques.

La Chine profite de la baisse d’intérêt des puissances polaires « originelles », notamment les Etats-Unis, dont les investissements en Antarctique ont fortement baissé. Les équipements ne sont pas renouvelés, notamment les brise-glaces, essentiels pour l’exploration et la recherche. En effet, les scientifiques américains ne disposent plus que de deux brise-glaces fonctionnant, mais dans un piteux état. Alors que la Chine en possède trois assez récent, et la Russie, quarante.

D’autres pays veulent désormais rejoindre ce club fermé que sont les puissances polaires en s’installant en Antarctique.

L’Iran a déposé une demande auprès du Comité de la Recherche Antarctique Internationale pour pouvoir ouvrir une base en Antarctique, ce qui est surprenant car il y a aujourd’hui très peu de chercheurs iraniens impliqués dans des programmes de recherches polaires.

La Biélorussie, avec l’aide de la Russie, est en train de développer sa première station,

et la Colombie et la Turquie ont aussi annoncé leur intention de s’établir en Antarctique.

Nous assistons à une course à la base scientifique en Antarctique. L’existence de ces bases permettent aux États qui les gèrent d’entrer dans un club restreint de puissances polaires, mais aussi, officieusement, de placer leurs pions pour exploiter les opportunités offertes par le continent austral.

Auteur : Jeanne Haushalter

Icebergs in the Weddell Sea

Sources :

Protocole au Traité sur l’Antarctique, relatif à la protection de l’environnement, 4 octobre 1991, entré en vigueur le 14 janvier 1998., art2. OCKRENT, Christine. Geopolitique des pôles. [Enregistrement radio] [en ligne]. Diffusé le 4 novembre 2017, France Culture. Disponible sur : https://www.franceculture.fr/emissions/affaires-etrangeres/geopolitique-des-polesAFP. La Chine ambitionne de devenir une puissance en Antarctique. GEO. 8 novembre 2012 [en ligne]. Disponible sur : https://www.franceculture.fr/emissions/affaires-etrangeres/geopolitique-des-polesSAMBUSSY Philippe. Les enjeux énergétiques en Antarctique. Infoguerre, centre de réflexion sur la guerre économique. 14 février 2014 [en ligne]. Disponible sur : http://www.infoguerre.fr/matrices-strategiques/les-enjeux-energetiques-en-antarctique-5275ROMERO Simon. Countries rush for upper hand in Antarctica. New York Times. Décembre 2015 [en ligne]. Disponible sur : https://www.nytimes.com/interactive/2015/12/29/world/countries-rush-for-upper-hand-antarctica.html

  • STROBEL Mathias et TÉTART Frank. « Le tourisme en Antarctique : un enjeu géopolitique ? », Hérodote, vol. 127, no. 4, 2007, pp. 167-177.

CHEW Allen. Fighting the russians in winter : three case studies. Leavenworth Papers, 1991, 51 p.Military’s arctic training facility opens in Resolute. CBS News. 16 août 2013 [en ligne]. Disponible sur :http://www.cbc.ca/news/canada/north/military-s-arctic-training-facility-opens-in-resolute-1.1411838VALDES ANDINO, Florencia. La conquête de l’Antarctique se poursuit à vitesse grand V. Geopolis-France Info. 19 septembre 2012 [en ligne]. Disponible sur : http://geopolis.francetvinfo.fr/la-conquete-de-lantarctique-se-poursuit-a-vitesse-grand-v-8575SCHMIDT Didier. L’Antarctique : Géopolitique des antipodes. La Tribune. 8 février 2017 [en ligne]. Disponible sur : https://www.latribune.fr/opinions/tribunes/l-antarctique-5-5-geopolitique-des-antipodes-636991.htmlBRADY Anne-Marie. China’s undeclared foreign policy at the poles. The Interpreter. 30 mai 2017 [en ligne]. Disponible sur : https://www.lowyinstitute.org/the-interpreter/china-undeclared-foreign-policy-polesMARY Olivier. La Russie bloque la création de deux aires marines protégées en Antarctique. Le Monde. 17 juillet 2013 [en ligne]. Disponible sur : http://www.lemonde.fr/planete/article/2013/07/17/la-russie-bloque-la-creation-d-aires-marines-protegees-en-antarctique_3448731_3244.htmlAntarctic glaciers and the global water crisis. Climate Reality Project. 3 février 2012 [en ligne]. Disponible sur : https://www.climaterealityproject.org/blog/antarctic-glaciers-and-global-water-crisisUS soldiers practice Arctic warfare in Lapland. Yle Uutiset. 15 janvier 2016 [en ligne]. Disponible sur : https://yle.fi/uutiset/osasto/news/us_soldiers_practice_arctic_warfare_in_lapland/8600292DURAND Charlotte. L’Antarctique menacée par le tourisme. La Croix. 18 juin 2014 [en ligne]. Disponible sur : https://www.la-croix.com/Actualite/Monde/L-Antarctique-menacee-par-le-tourisme-2014-06-18-1166439

  1. Protocole au Traité sur l’Antarctique, relatif à la protection de l’environnement, 4 octobre 1991, entré en vigueur le 14 janvier 1998., art2.
  2. OCKRENT, Christine. Geopolitique des pôles. [Enregistrement radio] [en ligne]. Diffusé le 4 novembre 2017, France Culture. Disponible sur : https://www.franceculture.fr/emissions/affaires-etrangeres/geopolitique-des-poles
  3. AFP. La Chine ambitionne de devenir une puissance en Antarctique. GEO. 8 novembre 2012 [en ligne]. Disponible sur : https://www.franceculture.fr/emissions/affaires-etrangeres/geopolitique-des-poles
  4. SAMBUSSY Philippe. Les enjeux énergétiques en Antarctique. Infoguerre, enctre de réflexion sur la guerre économique. 14 février 2014 [en ligne]. Disponible sur : http://www.infoguerre.fr/matrices-strategiques/les-enjeux-energetiques-en-antarctique-5275
  5. OCKRENT, Christine. Geopolitique des pôles. [Enregistrement radio] [en ligne]. Diffusé le 4 novembre 2017, France Culture. Disponible sur : https://www.franceculture.fr/emissions/affaires-etrangeres/geopolitique-des-poles
  6. AFP. La Chine ambitionne de devenir une puissance en Antarctique. GEO. 8 novembre 2012 [en ligne]. Disponible sur : https://www.franceculture.fr/emissions/affaires-etrangeres/geopolitique-des-poles
  7. Antarctic glaciers and the global water crisis. Climate Reality Project. 3 février 2012 [en ligne]. Disponible sur : https://www.climaterealityproject.org/blog/antarctic-glaciers-and-global-water-crisis
  8. ROMERO Simon. Countries rush for upper hand in Antarctica. New York Times. Décembre 2015 [en ligne]. Disponible sur : https://www.nytimes.com/interactive/2015/12/29/world/countries-rush-for-upper-hand-antarctica.html
  9. Strobel, Mathias, et Frank Tétart. « Le tourisme en Antarctique : un enjeu géopolitique ? », Hérodote, vol. 127, no. 4, 2007, pp. 167-177.
  10. ROMERO Simon. Countries rush for upper hand in Antarctica. New York Times. Décembre 2015 [en ligne]. Disponible sur : https://www.nytimes.com/interactive/2015/12/29/world/countries-rush-for-upper-hand-antarctica.html
  11. Strobel, Mathias, et Frank Tétart. « Le tourisme en Antarctique : un enjeu géopolitique ? », Hérodote, vol. 127, no. 4, 2007, pp. 167-177.
  12. CHEW Allen. Fighting the russians in winter : three case studies. Leavenworth Papers, 1991, 51 p.
  13. Military’s arctic training facility opens in Resolute. CBS News. 16 août 2013 [en ligne]. Disponible sur : http://www.cbc.ca/news/canada/north/military-s-arctic-training-facility-opens-in-resolute-1.1411838
  14. US soldiers practice Arctic warfare in Lapland. Yle Uutiset. 15 janvier 2016 [en ligne]. Disponible sur : https://yle.fi/uutiset/osasto/news/us_soldiers_practice_arctic_warfare_in_lapland/8600292

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SOURCE/ http://www.geolinks.fr/geopolitique/antarctique/lantarctique-prochaine-zone-de-conflits/

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