2374 – A propos du travail, de l’économie, du pouvoir et de l’éthique dans l’économie… Réflexions… Livre

Contribution à la discussion sur la base de l’éthique économique d’Arthur Rich

par Dieter Sprock –  No 29/30, 27 novembre 2017 

On ne peut le nier:

la vie sur notre planète est imprégnée de travail.

La plupart des êtres vivants passent l’essentiel de leur temps à chercher de quoi se nourrir, à protéger leur vie et à élever leurs progénitures. L’être humain n’y échappe pas. Mais cela ne lui a pas suffi de ramasser des baies, de chasser et d’élever ses enfants dans des grottes. Il a donc commencé à cultiver les terres, où il était établi, et à s’approprier les biens fournis par la terre.

Depuis lors, l’être humain a parcouru un long chemin.

Il a «gravi les montagnes» dès lors qu’il avait pu surmonter ses craintes des mauvais esprits tapis derrière les forces de la nature. Il a rendu la terre exploitable, construit des routes, parcouru les océans, développé le commerce, il a été inventif et il a appris à penser. Il a percé les secrets de la nature, maîtrisé la vapeur et fait éclater une riche culture. Il a même, grâce aux sciences et à la technique, réussi à se rendre dans l’espace et il se prépare, à l’aide de la révolution numérique, à réinventer le monde du travail.

Du monde agraire à la société industrielle

Arthur Rich l_éthique économique d_Arthur Rich1364509_4606264Selon le théologien et spécialiste en éthique économique Arthur Rich,*

«le processus ayant permis de maîtriser la nature et le monde a commencé dès lors que nos ancêtres lointains se mirent – au néolithique [il y a environ 12 000 années] – à passer de l’économie de subsistance à l’économie productive, c’est-à-dire en passant de l’état de chasseurs, de cueilleurs, et de bergers nomades à celui de paysans sédentaires. Il a introduit, en fait, le développement de la culture de l’humanité. […] Avec le développement de l’agriculture, les êtres humains ont commencé à ‹cultiver› le monde naturel, à l’utiliser activement et à le transformer en vue de son utilité. L’un de ses enfants légitimes est la technologie actuelle, laquelle, au cours d’un long parcours, a connu un développement rapide, mais en même temps menaçant. C’est elle qui a permis cet essor fulgurant transformant les ressources naturelles, la médecine et tous les domaines de la vie à tel point qu’on peut parler de ‹révolution›.»1 (Tome 1, p. 47)

La révolution industrielle, débutant dans la deuxième moitié du XVIIIe siècle en Angleterre,

a modifié les conditions dans les domaines de l’économie, du travail et de la vie dans les pays industrialisés, au cours des trois derniers siècles, plus que ce ne fut le cas au cours des millénaires précédents.

Leurs inventions géniales ont donné un élan à la productivité à tel point qu’il semble possible, pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, de fournir un bien-être à tout le monde.

Toutefois, en jetant un regard froid sur ce développement, on ne peut s’empêcher de constater que seule une partie de l’humanité en profite et que trop d’entre eux n’atteignent pas même le minimum nécessaire pour une vie digne.

Selon l’Index de la faim dans le monde de 2017, plus de 800 millions de personnes souffrent de la faim et cela malgré l’augmentation des vivres. Même dans nos sociétés occidentales de surproduction il y a une pauvreté, même ascendante, ne pouvant être imputée à ceux qui en souffrent.

L’économie et la question du pouvoir

On n’invente rien en prétendant que l’économie et le commerce sont liés au pouvoir.

Ce qui est nouveau, c’est la dimension du pouvoir atteinte par les énormes entreprises industrielles travaillant

  • dans les domaines des matières premières,
  • de la chimie,
  • de l’armement,
  • de l’électronique
  • et même de la finance à la suite de l’industrialisation.

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Du fait du progrès de l’automatisation de la production, le capital a vu grandir son importance en économie.

De plus en plus se révélait que seules des personnes ou des multinationales financièrement solides pouvaient entreprendre les investissements nécessaires à l’acquisition des installations hautement développées nécessaires à une production hautement rationalisée, ce qui amena un déplacement important du «facteur de production ‹travail› vers celui du ‹capital›».

L’«entrepreneur en management», disposant du capital de l’entreprise, en n’étant toutefois impliqué que symboliquement, gagna en puissance.

Et c’est ainsi que se développa, à côté d’une économie sédentaire locale et nationale, reposant surtout sur l’artisanat dans l’ensemble encore florissant, une économie globale transformant fortement les structures de concurrence de l’économie de marché.

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Les multinationales, implantées depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale dans l’économie mondiale, aspirent à la domination des marchés et sont intéressées à réduire la concurrence afin de pouvoir étendre leur marché.

«A l’intérieur du marché, explique Arthur Rich, on peut observer à tout moment la tendance à développer des positions de force et à réduire les processus concurrentiels. […] Finalement, on en arrive au point, où la production commence à n’être plus qu’un effet secondaire de la recherche de gains, de manière à ce que le capital puisse, sans recourir au travail et aux moyens de production, c’est-à-dire par la spéculation, faire des bénéfices. Les multinationales entretiennent leurs propres instituts financiers gagnant ainsi des fortunes sans devoir s’occuper de la production et de la vente de biens d’investissement, de consommation et de prestation de services.»2 (Tome II, p. 262)

Dans de telles conditions, la volonté légitime d’obtenir des bénéfices dérape en une lutte d’éviction agressive dans laquelle «ce n’est plus les capacités concurrentielles d’une entreprise suite à ses parts de marché qui comptent», mais bien sa position économique dominante.

L’économie de marché se dégrade ainsi en un «bazar reposant sur un darwinisme économique», où règne la loi du plus fort.

On crée toujours plus de «contraintes» pour développer de plus en plus de croissance, phénomène auquel l’entrepreneur isolé ne peut très souvent pas se soustraire, s’il veut survivre.

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Ainsi, les uns font faillite et les autres sont soumis à une pression grandissante. On rachète des firmes pour les fermer afin d’éliminer la concurrence.

On a affaire à une espèce de guerre économique, qui ne se cantonne pas nécessairement à l’économie, comme on en a fait l’amère expérience dans le passé.

Les multinationales régnant sur l’ensemble de l’industrie veulent détruire les frontières nationales et transformer leur pouvoir économique en pouvoir politique, étant en cela favorisés par leur situation multinationale.

Ils peuvent ainsi détourner les conditions cadres de la législation de leurs pays d’origine, étant en mesure de choisir librement les emplacements pour leurs investissements.

De plus, leur puissance économique leur permet de faire changer en leur faveur les règles dans les pays où elles s’implantent, en exigeant, et obtenant, des avantages fiscaux, des garanties de ventes, des transferts financiers libres et d’autres avantages.

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Mesurer l’économie à l’aune de son utilité générale

Le spécialiste en éthique économique mesure l’économie en fonction de son utilité générale: elle doit servir les êtres humains, et non le contraire. Il ne suffit pas de produire des biens et des services, nécessaires à une vie digne – alors même que cela a une priorité en cas de disette – mais il faut encore assurer «à tout personne qui le désire» d’atteindre dans le monde du travail un statut «lui permettant de coopérer, de participer aux décisions, et donc de partager les responsabilités».

Le travail n’est pas seulement «un moyen de subsistance», mais aussi un puissant moyen de donner un sens à sa vie et de faire vivre l’esprit communautaire.

Il donne à la vie une structure et un sens. L’activité fait partie de l’humain. Les petits enfants déjà veulent être actifs et copient les activités de leurs parents. Pour les personnes perdant leur emploi, la perte du contact humain pèse souvent plus que la perte de gain.

L’«utilité générale» ou l’«activité correspondant à l’être humain», comme le définit Rich, inclut forcément le «respect de l’environnement» et la «justice dans la distribution».

Une économie qui détruit les bases naturelles de la vie est tout aussi inutile que celle qui provoque des inégalités telles que d’un côté on vit dans la «surabondance inutile» et de l’autre dans un «manque de l’indispensable».

Il est donc décisif pour Rich que l’économie telle qu’elle se présente actuellement n’est pas un «produit de la nature», mais une «institution» façonnée par les êtres humains, donc un «produit culturel historique», donc modifiable.

Il ne participe pas à l’idée que la transformation structurelle des relations dans la société modifierait le fond même des êtres humains. Pas plus d’ailleurs que les modifications profondes de l’individu ne permettraient de supprimer les inégalités structurelles de la société.

Il faut des efforts des deux côtés.

A son avis, les structures de conception de l’économie ne doivent s’appuyer

  • ni sur le libéralisme
  • ni sur le socialisme,
  • mais rester «objectives et humaines».

Un ordre humain doit reposer sur la confiance fondamentale.

Cela se constate dans toutes les activités et prises de décisions quotidiennes. Sans «la bonne foi», explique Rich, les meilleures lois et les structures les plus performantes ne portent pas. Quand la «bonne foi» disparaît, l’humanité dans la vie disparaît également.

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La question de la répartition

L’économie mondiale forme avec ses marchés illimités, un réseau complexe, exigeant une collaboration internationale entre les diverses économies nationales.

Comme l’expérience le montre, les inégalités économiques ne s’ajustent pas automatiquement, tout au contraire, elles s’aggravent.

L’un des «problèmes de répartition» les plus sensibles est pour Rich la disproportion massive dans la répartition des revenus entre les États industrialisés et les pays en voie de développement.

Sans omettre la complicité des pays en voie de développement, il rend responsable «les structures conflictuelles des relations d’échanges économiques» entre les États industrialisés et les pays en voie de développement. Pour corriger les «désavantages inacceptables des pays en voie de développement dans les relations d’échanges sur le marché» il est nécessaire de «réorganiser la coopération économique» entre «le Nord et le Sud» dans le sens d’une «structuration participative». Cela revient à créer des conditions-cadres permettant aux pays en voie de développement de pouvoir, au moins à long terme, se rapprocher des pays industrialisés au niveau de la concurrence. (Tome II, p. 366)

Une condition décisive pour cela est la limitation du pouvoir économique avec le but de le rendre contrôlable et maîtrisable.

Si cela n’aboutit pas et si le déséquilibre dans l’économie mondiale continue à s’accentuer, Rich prévoit pour l’avenir des «conflits désastreux» entre «le Nord et le Sud».

L’éthique économique face à la réalité

Pour le théologien Rich les «dernières et définitives solutions» dans le sens d’une économie absolument juste ne sont possibles que dans le royaume de Dieu sur terre. Le spécialiste de l’éthique économique en conclu que l’éthique économique reste «relative». Ce n’est pas son rôle de cultiver la vision d’un ordre économique absolument juste et de remettre en question toutes les formes d’organisation réellement existantes ou réellement possibles, parce qu’elles ne suffisent pas à l’idéal.

Les réflexions économiques doivent se faire «face à la réalité» et si des solutions parfaites ne sont pas possibles, il faut se concentrer à étudier les «conditions normatives et factuelles» pouvant mener à moins d’injustice en comparaison de l’état actuel.

Selon Rich, il y a deux prémisses obligatoires en lien avec le réalisme de l’économie:

«D’une part, il faut le plein respect des nécessités économiques factuelles, c’est-à-dire ne retenir que ce qui est approprié pour rester humain. D’autre part, il faut que l’éthique économique fasse soigneusement et clairement la différence entre les ‹contraintes› économiques basées sur des nécessités factuelles, et celles fondées sur un ordre que l’homme lui-même a créé et donc transformable ou du moins influençable par lui pour devenir plus humain. Face à de telles contraintes, l’éthique économique doit indubitablement exclure tout ce qui est en opposition donc inapproprié à l’être humain.» (Tome II, p. 374)

Les réflexions d’Arthur Rich n’ont rien perdu de leur actualité.

Déterminant pour un changement de la réalité économique pourrait alors être l’analyse soigneuse des mesures réglementaires pouvant rendre l’économie plus juste et plus humaine.    •

 

* Arthur Rich est né le 21 janvier 1910 à Neuhausen am Rheinfall dans le canton de Schaffhouse. De 1925 à 1930, il fait son apprentissage dans une usine de machines et continue à y travailler. En 1932, il passe sa maturité (baccalauréat) suite à des cours préparatoire du soir. De 1932 à 1937, il fait des études de théologie à Zurich et Paris. En 1938, il épouse Elisabeth Schneider. De 1938 à 1947, il est pasteur dans une commune et ensuite, jusqu’en 1954 directeur du séminaire pédagogique du canton de Schaffhouse. De 1954 à 1976, il enseigne la théologie systématique et pratique à l’Université de Zurich, en mettant l’accent sur l’éthique sociale. Il fonde en 1964 et dirige jusqu’en 1977 l’Institut d’éthique sociale de l’Université de Zurich. En 1985, il obtient un doctorat honoris causa de la Haute Ecole de Saint-Gall. Il décède le 25 juillet 1992 à Zurich.

L’éthique des affaires sur le terrain de la réalité

Arthur RichPour le théologien Rich sont possibles dans le sens de l’ économie tout à fait juste que dans le royaume de Dieu sur terre «dernières solutions définitives. » éthicien d’affaires tire la conclusion que l’ éthique des affaires doit avoir sa place dans le « deuxième fond et donc dans le rapport ». Il ne peut pas être la cause de cultiver la vision d’un ordre économique juste absolument et de fournir toutes les formes réelles réelles d’ordre réel ou potentiel en question, parce qu’ils ne peuvent pas répondre à l’idéal.
réflexions économiques doivent se déplacer « sur le terrain de la réalité », et quand des solutions complètes ne sont pas possibles de se concentrer sur l’ étude des « conditions de fait et normatives » qui se traduisent par comparaison avec moins d’ injustice existante.
Pour plus de réalisme de l’économie de la façon dont il comprend riche, sont deux lieux essentiels: « Une fois entendu, le plein respect des besoins de propriété économique. Il est clair qu’il convient de noter que l’échelle ne peut pas être vraiment humaine, qui est même pas considérée comme insuffisante.
Cela inclut , mais pas moins que l’ éthique des affaires a avec précision et une nette distinction entre <contraintes> économiques en fonction des besoins concrets, et ceux qui sont ancrés dans des structures réglementaires, l’ensemble enfin par l’ homme et a changé de lui au Humane ou pas sont au moins influencé. Parmi ces contraintes a l’éthique des affaires à faire à nouveau affirme sans équivoque que ne peut pas vraiment être appropriée en fonction de ce que l’homme seulement des objets. « (Volume II, page 374)
considérations riches ont pas perdu de sa pertinence. Wegleitend pour un changement d’activité économique pourrait être la question pour nous qui permettent des structures réglementaires, une conversion à une économie plus humaine et appropriée. •

1 Rich, Arthur. Éthique des affaires, Volume I, Principes fondamentaux du point de vue théologique. Gütersloh 1984. 2e édition 1985
2 Rich, Arthur. Éthique des affaires, volume II, économie de marché, économie planifiée, l’économie mondiale dans une perspective éthique sociale. Gütersloh 1990. Deuxième édition 1992

SOURCE/ https://www.zeit-fragen.ch/fr/editions/2017/no-2930-27-novembre-2017/a-propos-du-travail-de-leconomie-du-pouvoir-et-de-lethique-dans-leconomie.html

https://i2.wp.com/mapage.noos.fr/moulinhg02/1945.2000/trans.eco.et.sociales/images.trans/PIB.pop.jpg

Inégalités de revenus

 

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