2345 – Entre Albanie et Chine, l’heure des grandes retrouvailles ?

Bilten | Traduit par Jacqueline Dérens | vendredi 24 novembre 2017

Entre la Chine et l’Albanie, la lune de miel dura deux décennies, sous le drapeau rouge du marxisme-léninisme version Mao et Enver Hoxha. À l’époque, 80% du commerce extérieur de Tirana se faisait avec Pékin. Après un quart de siècle de carence, voici revenue l’heure des investissements chinois en Albanie : jusqu’où peut aller la nouvelle idylle ?

 

Par Arlind Qori

Note sans a priori : Petit Cadeau ! l’Albanie un pays qui gagne à être connu pour sa beauté … un pays à découvrir …

Autrefois, bien que distantes de plus de 7000 km, l’Albanie et la Chine étaient unies par une même adhésion à une version intransigeante du marxisme-léninisme et une commune hostilité à l’URSS. Après sa rupture avec le bloc soviétique, en 1961, l’Albanie avait désespérément besoin d’aide pour développer son industrie et ses infrastructures, et la Chine s’est imposée comme son seul partenaire possible : 80% du commerce extérieur de l’Albanie étaient réalisés avec Pékin. Après la chute du régime, en 1991, les échanges économiques entre les deux pays se sont vite réduits à néant, malgré le maintien de relations politiques cordiales.

Les choses ont commencé à changer depuis que l’initiative chinoise pour une nouvelle « route de la soie » [1] a suscité un sérieux intérêt chez les dirigeants albanais.

La Chine et l'Albanie conviennent d'élargir la coopération dans le cadre de -la Ceinture et la Route- et du mécanisme 16plus1-2017041809141335676

le vice-Premier Ministre Zhang Gaoli & l’ancien Président Albanais Bujar Nishani  jusqu’au 27/07/2017 (Parti démocrate d’Albanie)

En avril 2017, le vice-Premier Ministre Zhang Gaoli est venu en Albanie et, au mois de mai, le gouvernement chinois a accordé deux millions de dollars pour la reconstruction de l’Opéra national et du Ballet de Tirana.

Ces dernières années, la Chine a recommencé à investir en Albanie.

En 2016, les puits de pétrole albanais, jusqu’alors contrôlés par la Canadian Bankers Petroleum, ont été revendus à la compagnie chinoise Geo-Jade Petroleum pour 384,6 millions d’euros[2], avec la promesse d’améliorer la technologie et d’employer plus de travailleurs albanais.

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En 2017, China Everbright a acheté le droit d’exploitation du seul aéroport civil du pays, l’aéroport Mère Theresa de Tirana-Rinas[3]. En conséquence, la Chine s’est brusquement retrouvée parmi les principaux investisseurs étrangers en Albanie. Ce nouveau bond économique place Pékin au deuxième ou troisième rang des investisseurs étrangers, après l’Italie et l’Allemagne.

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Les mines et le tourisme

On compte aujourd’hui 150 entreprises chinoises enregistrées en Albanie.

Des petites sociétés investissent dans le secteur de l’extraction minière. L’une d’elle a, par exemple, obtenu la sous-traitance de l’extraction du chrome dans les mines de Bulqiza[4], l’un des derniers centres industriels d’Albanie. Malheureusement, cette mine a surtout fait parler d’elle parce que trois employés chinois y ont trouvé la mort par asphyxie.

Il est aussi désormais question d’amener des touristes chinois en Albanie.

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Un attaché de l’ambassade de Chine à Tirana a récemment assuré que l’Albanie éveillait « beaucoup de curiosité » chez les Chinois de plus de cinquante ans, soumis à une forte influence culturelle albanaise dans les années 1970. Les films des Studios Albanie nouvelle (Kinostudio Shqipëria e Re)[5] étaient alors très populaires en Chine et des touristes chinois seraient intéressés à visiter les lieux de tournage de l’époque.

On ne peut toutefois pas parler d’explosion d’investissements chinois en Albanie.

Même ceux mentionnés plus haut se situent presque tous dans le secteur de de l’extraction minière, alors qu’il n’y en pas dans les autres secteurs industriels ou manufacturiers. Alors que ces investissements pourraient jouer un rôle important en diversifiant la dépendance économique de l’Albanie envers les pays de l’UE, comme l’Italie ou la Grèce, ils ne contribuent pratiquement pas à l’émergence d’un socle industriel moderne.

Dans les années 1960 et 1970, les Chinois ont apporté à l’Albanie leurs tracteurs et leurs équipements modernes, même s’ils étaient bien loin des normes de la technologie occidentale.

Les Chinois sont aujourd’hui uniquement présents dans l’extraction pétrolière et celle du chrome,

et rien ne montre que ces entreprises traitent mieux leurs employés que les autres entreprises étrangères, ou qu’elles s’abstiennent de transactions douteuses avec une administration étatique albanaise corrompue.

Le fort engagement du gouvernement albanais en faveur de l’Otan représente un obstacle de taille à tout rapprochement politique avec la Chine.

albania-meta-2015-03-17-19-DSC5017Monsieur Ilir Meta, président du Parlement de la République d'Albanie .

Ilir Meta Président depuis le 27 juillet 2017

Dans le domaine politique, hormis les relations diplomatiques cordiales et l’intérêt pour les échanges économiques, La Chine et l’Albanie ont des positions bien éloignées sur quantité de questions importantes.

  • Le fort engagement du gouvernement albanais en faveur de l’Otan et de la politique étrangère américaine représente un obstacle de taille à tout rapprochement politique.
  • Le refus de la Chine de reconnaître la République du Kosovo constitue, notamment, une sérieuse pomme de discorde.
  • En dépit de quelques rumeurs dans les années 2000 de reconnaissance de Taïwan, la politique étrangère albanaise demeure inchangée sur ce point crucial pour Pékin : le seul représentant du peuple chinois est la République populaire de Chine.

Ce rapprochement économique entre la Chine et l’Albanie a bien soulevé quelques inquiétudes politiques aux États-Unis ou dans l’Union européenne.

Aucun changement de ligne de la politique étrangère albanaise n’est cependant à prévoir dans un proche avenir, bien que le blocage de la politique européenne d’élargissement puisse amener l’élite politique albanaise à essayer de chercher d’autres voies de sortie.

L’alignement occidental des élites albanaises, soutenues par un consensus pro-occidental très populaire dans l’opinion – qui passe parfois par des formes de dérision envers les Chinois et tout ce qui vient de l’Est – laisse supposer que les développements des relations avec la Chine risquent de rester longtemps encore cantonnés au seul domaine économique.

LIENS[]

  1. https://www.courrierdesbalkans.fr/pekin-bruxelles-la-nouvelle-route-de-la-soie-transite-par-les-balkans
  2. https://www.courrierdesbalkans.fr/champs-petroliferes-albanais-le-grand-retour-de-la-chine
  3. https://www.courrierdesbalkans.fr/aeroport-de-tirana
  4. https://www.courrierdesbalkans.fr/albanie-dramatique-epreuve-de-force-dans-les-mines-de-bulqize
  5. https://www.courrierdesbalkans.fr/Les-films-du-kinostudio-victimes-des-divisions-de-l-Albanie-contemporaine

NOTES L’Albanie possède trois lacs dont l’un des plus vieux du monde (lac d’Ohrid).

Le lac de Shkodër situé dans le nord-ouest du pays a une surface qui peut varier entre 370 km2 et 530 km2, partagé entre l’Albanie et la ville d’Ulcinj au Monténégro. La rive albanaise du lac est longue de 57 kilomètres.
Le lac d’Ohrid est le lac le plus profond des Balkans (288 m) mais aussi un des plus vieux du monde. Il est situé dans le sud du pays et est partagé entre l’Albanie et la République de Macédoine. Il possède une variété de flore et de faune unique au monde, des «fossiles vivants» et de nombreuses espèces endémiques. En raison de sa valeur naturelle et historique, le lac d’Ohrid est sous la protection de l’Unesco.
Plus d’un tiers du territoire de l’Albanie, environ 10 000 kilomètres carrés, est couvert de forêts et le pays possède une flore très riche. Environ 3 000 espèces différentes de plantes poussent en Albanie, dont beaucoup sont utilisées à des fins médicinales. Les forêts abritent une grande variété de mammifères, y compris les loups, ours, sangliers et chamois. Les lynx, les chats sauvages et les putois sont rares, mais continuent de survivre dans certaines régions du pays.
Les ressources naturelles les plus importantes sont le pétrole, le gaz naturel, le charbon, le chrome, le cuivre, le bois, le nickel, le potentiel hydroélectrique.
https://fr.wikipedia.org/wiki/Albanie

source/ https://www.courrierdesbalkans.fr/Albanie-Chine-nous-nous-sommes-tant-aimes

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