2198 – Natacha Polony – «Réflexions non autorisées sur la PMA pour toutes» & Le débat se déroulera en 2018 …

FIGAROVOX/CHRONIQUE – Avoir un enfant est-il un droit ? Il semble aujourd’hui impossible d’exprimer des interrogations légitimes sur le sujet sans que ne ressurgissent la violence, les prises à partie et les procès d’intention.

C’est un sentiment de profonde lassitude. Il a suffi que la secrétaire d’État à l’Égalité «entre les femmes et les hommes», un jour de manifestation contre la loi travail, n’allume un contre-feu en déclarant que la procréation médicalement assistée serait légalisée pour toutes les femmes en 2018 [1] pour que ressurgissent la violence, les prises à partie et les procès d’intention.

Sur les réseaux sociaux, des tordus insultent les homosexuels, des excités proclament qu’il faut «protéger nos enfants». De l’autre côté, des militants LGBT traitent d’«homophobe» quiconque ne partage pas l’ensemble de leurs vues, considèrent qu’on ne saurait être légitime pour réfléchir à ces questions si l’on n’est pas homosexuel, et se lancent dans des analogies effarantes: «Bientôt, on interdira aux chômeurs d’avoir des enfants…» (rappelons que personne «n’interdit» aux lesbiennes d’avoir des enfants, elles le peuvent).

Aussi, pour éviter tout énervement inutile, sans doute faut-il poser quelques prémisses: nul ne reviendra sur le mariage pour tous, ni sur la PMA, qui sera bien évidemment étendue aux couples de femmes homosexuelles. De sorte que les réflexions qui suivent relèvent seulement d’une analyse de la notion de droit dans les sociétés libérales, sans que des groupes activistes ne puissent s’en prévaloir pour insulter qui que ce soit.

Avoir un enfant est-il un droit?

Telle est finalement la question que se pose quiconque se penche sans a priori sur le sujet.

  • Jusqu’à une époque récente, avoir un enfant était un fait, l’enfant était une conséquence naturelle du couple (hétérosexuel, fatalement), que celui-ci dure dix minutes ou une vie entière.
  • Et tout enfant était issu du croisement d’un principe masculin et d’un principe féminin, que ce père et cette mère soient des modèles ou des repoussoirs.

La médecine ayant progressé, il a été peu à peu proposé aux couples stériles de les aider en compensant les problèmes physiologiques qui les empêchaient de concevoir.

  • Le premier problème se présente à partir du moment où, ne pouvant soigner l’infertilité, on propose à la place de remplacer les gamètes défectueux par d’autres que celles du couple parent.

Problème éthique puisque des gamètes, porteurs des caractéristiques génétiques et de toute l’histoire biologique d’un individu, sont traités comme un matériau pour fabriquer un enfant.

Pour autant, on reste bien dans le cadre médical: il s’agit de traiter l’infertilité. Un traitement qui n’est en rien un droit.
Il n’est d’ailleurs pas accessible non plus aux femmes de plus de 43 ans, puisqu’il est censé compenser ce que devrait permettre la nature mais qu’elle ne permet pas. Tel est, du moins, le droit français.

«Il n’est pas question de permettre aux lesbiennes d’avoir des enfants (…) mais bien de transformer l’État en fournisseur d’enfants pour tous ceux qui ne veulent pas en passer par la reproduction naturelle»

Les sociétés libérales telles que le sont les sociétés anglo-saxonnes et telles que tend à le devenir la société française considèrent que les présupposés éthiques qui régissent nos lois bioéthiques (ce précepte issu des Lumières, et notamment de la morale kantienne, selon lequel on ne doit en aucun cas instrumentaliser l’humain, l’utiliser comme un moyen) sont inutiles et infondés, car le principe qui doit régir une société démocratique est la régulation par le droit et le marché.

Est autorisé tout ce qui ne limite pas les libertés d’autrui en tant qu’individu.

Il n’y a donc aucune raison objective, dans cette conception des rapports sociaux, pour ne pas étendre les droits individuels, suivant la logique selon laquelle tout ce qui est possible doit être permis.

Mais le problème se complique, concernant la PMA pour les couples homosexuels.

Car il ne s’agit pas d’étendre un droit mais de réclamer que l’État et la collectivité prennent en charge la procédure qui permettra à des femmes de fabriquer des enfants sans avoir à s’embarrasser d’un père.

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«Fabriquer»

«Fabriquer», dans la mesure où la conception devient volontairement un processus technique.

Il s’agit donc bien, non pas d’étendre une liberté au nom de l’égalité mais de considérer qu’avoir un enfant est un droit pour lequel la collectivité doit payer (puisqu’il s’agit de la faire payer par la Sécurité sociale, ce qui signifie également que la «Sécu» n’est plus une assurance solidaire contre les risques).

Il n’est pas question de permettre aux lesbiennes d’avoir des enfants alors qu’on les en aurait privées jusqu’à présent, mais bien de transformer l’État en fournisseur d’enfants pour tous ceux qui, quelle qu’en soit la raison, ne veulent pas en passer par la reproduction naturelle (des couples hétérosexuels, là où c’est autorisé, trouvent désormais plus confortable d’avoir recours à la PMA, ce qui implique, dans certaines cliniques, de sélectionner un embryon non porteur de certains facteurs génétiques prédisposant à des maladies).

La fabrique des êtres humains avance par bien des moyens, la PMA pour toutes en est un parmi d’autres.

  • Balayer d’un revers de main ces réflexions au nom du désir d’enfant, ou plutôt du désir d’enfant sans père, de certaines femmes, relève du déni.
  • Traiter ceux qui s’y livrent d’homophobes relève du terrorisme intellectuel.

L’idéologie du progrès qui prévaut dans nos sociétés libérales nous impose d’estimer que c’est la marche de l’histoire.

Sommes-nous obligés, en plus, de nous interdire toute pensée?

liens[]

  1. http://premium.lefigaro.fr/actualite-france/2017/09/12/01016-20170912ARTFIG00110-la-pma-pour-toutes-annoncee-pour-2018.php

http://premium.lefigaro.fr/vox/societe/2017/09/15/31003-20170915ARTFIG00210-natacha-polony-pma-pour-toutes-reflexions-non-autorisees.php


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Ouverture de la PMA à toutes les femmes: le débat se déroulera en 2018

MARLENE SCHIAPPA (EN MARCHE !), SECRETAIRE D'ETAT CHARGEE DE L'EGALITE ENTRE LES FEMMES ET HOMMES, INTERVIEW

Marlène Schiappa a précisé ce dimanche que la PMA n’était pas encore à l’agenda gouvernemental.
Gérard Collomb a expliqué que ce n’était pas une « priorité ».

Tout est question d’agenda. La secrétaire d’Etat chargée de l’égalité entre les femmes et les hommes a précisé les propos qu’elle avait tenus en début de semaine sur le calendrier de l’ouverture de la procréation médicalement assistée à toutes les femmes. Marlène Schiappa avait annoncé, mardi, l’élargissement de la PMA à toutes les femmes dès 2018. Ce dimanche, elle a expliqué sur France 3 que seul le calendrier de la réforme serait connu l’an prochain. 

« Pas encore une actualité »

La procréation médicalement assistée regroupe les techniques médicales consistant à manipuler spermatozoïdes et/ou ovules pour aboutir à une fécondation et aider un couple infertile ou une femme à avoir un enfant. Elle est actuellement réservée au traitement de l’infertilité chez les couples hétérosexuels et est exclue aux femmes célibataires et homosexuelles.

En 2018, a priori fin 2018, il y a aura des états généraux de la bioéthique dans le cadre de la révision de la loi bioéthique. Dans ce cadre, nous débattrons de la PMA, le gouvernement proposera d’ouvrir la PMA », a ainsi déclaré Marlène Schiappa. A la question de la date de l’adoption de la loi, elle a répondu: « Nous ne sommes pas en train de débattre dans nos réunions, au conseil des ministres, pour l’instant de la PMA, ça n’est pas notre actualité, cela le sera au moment des états généraux de la bioéthique ». 

La ministre a tout de même assuré que la PMA serait adoptée d’ici la fin du quinquennat car c’est « un engagement de campagne du président de la République « . 

« Pas une priorité »

Une promesse évoquée par un autre membre du gouvernement ce dimanche. Gérard Collomb a exprimé ses réserves sur cette mesure qui « peut poser des problèmes » et à laquelle il faudra « mettre des garde-fous ». « Je proposerai que l’on puisse résoudre le problème du chômage avant de s’attaquer aux problèmes civilisationnels », a déclaré le ministre de l’Intérieur, invité du Grand Jury » RTL/Le Figaro/LCI. Avant de noter: « Pour le moment, je n’ai pas vu ce projet porté dans le calendrier. » « Pour moi, la priorité est aujourd’hui toujours économique et sociale », a-t-il ajouté.  

La ministre de la Santé avait jugé jeudi que l’adoption de cette mesure était « très probable ». « Nous verrons quel est le rapport final qui sera fait à l’issue de ces états généraux », avait expliqué Agnès Buzyn. « La promesse de campagne doit être entendue mais nous attendons le rapport final », avait-elle insisté. 


source/ http://www.lexpress.fr/actualite/societe/sante/ouverture-de-la-pma-a-toutes-les-femmes-le-debat-se-deroulera-en-2018_1944326.html

Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé
Médecin de formation, Agnès Buzyn est nommée le 17 mail 2017 ministre de la Santé dans le nouveau gouvernement d’Édouard Philippe après l’élection d’Emmanuel Macron. Née en 1962, l’ancienne professeur d’université avait pris la tête de la Haute Autorité de santé (HAS) en mars 2016, la première femme à ce poste. Elle a auparavant occupé plusieurs hautes fonctions à l’Institut national du cancer. Enfin, elle est mariée au directeur général de l’Inserm, Yves Lévy.

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