2191 – L’avenir de l’Union européenne en débat au 27e Forum économique de Krynica

 

Par Olivier Bault. 15/09/2017

Pologne, Krynica

Le 26e Forum économique de Krynica avait beaucoup fait couler d’encre l’année dernière quand Viktor Orbán et Jarosław Kaczyński y avaient lancé un appel à une contre-révolution culturelle en Europe.(article à la suite de celui-ci)

Lors de ce forum, souvent qualifié de Davos de l’Europe centrale et orientale, on s’était alors beaucoup intéressé à la question du patriotisme économique et de la réindustrialisation remis à l’honneur par la Pologne et la Hongrie.

Une politique qui semble d’ailleurs payer, puisque juste avant le 27e Forum de Krynica qui s’est déroulé du 5 au 7 septembre dernier, l’agence Moody’s annonçait qu’elle relevait sa prévision de croissance économique de la Pologne pour 2017 de 3,2 % à 4,3 %, tandis que la Hongrie affichait à la fin du premier semestre de cette année une croissance de 3,6 % en rythme annuel.

Mais le thème central du Forum économique de Krynica de cette année, ce n’était ni la Pologne, ni la Hongrie, mais l’avenir de l’Union européenne vu de ce côté-ci de l’Europe.

Avec 4000 visiteurs de différents pays et 650 journalistes accrédités, la présence des présidents de Pologne, de Géorgie et de Macédoine en plus de plusieurs ministres et secrétaires d’Europe centrale et orientale, outre bien entendu la présence des dirigeants de grandes entreprises de la région, le Forum de Krynica n’a une fois de plus pas déçu.

On a parlé coopération régionale, et notamment de l’Initiative des Trois mers[1] qui a donné lieu à une discussion à laquelle participait le vice-président du parlement hongrois János Latorcai, et l’on s’est demandé comment remédier à la crise actuelle que traverse l’UE.

Si Europe à deux vitesses il doit y avoir, ce devrait être uniquement une question d’appartenance ou non à la zone euro.

Une appartenance qui n’est pas aujourd’hui dans l’intérêt de la Pologne, a souligné a Krynica le vice-premier ministre polonais Jarosław Gowin, car l’on observe dans les pays qui ont adopté la monnaie unique un ralentissement structurel de la croissance économique.

C’est pourquoi la deuxième vitesse en termes d’UE pourrait bien à terme s’avérer être la première vitesse en termes d’économie.

L’Europe à deux vitesses existe aussi en terme non de prix mais de salaires, ce qui a encore fait l’objet de débats, car c’est une source de déséquilibre structurel au sein de l’UE.

Il a encore été question des politiques sociales forcément moins généreuses dans les ex-pays de l’Est, moins riches, et du protectionnisme économique, ou en tout cas perçu comme tel dans ces pays, voulu par le président français Emmanuel Macron avec la renégociation de la directive sur les travailleurs détachés.

Thème central des discussions sur l’avenir de l’UE, les ingérences intolérables de Bruxelles et des capitales occidentales dans les affaires intérieures de la Pologne et de la Hongrie et les raisons qui font que les élites bruxelloises semblent complètement coupées de la réalité.

À Krynica, le secrétaire d’État tchèque aux Affaires européennes,

  • Alesz Chmelarz, a d’ailleurs fait savoir que son pays s’opposerait, comme la Hongrie, à des sanctions contre la Pologne
    • au titre de l’article 7 du Traité sur l’UE (pour non-respect de l’État de droit).

Si un Polexit est totalement exclu et n’est, pour le gouvernement polonais, qu’un sujet inventé par l’opposition, l’attachement des Polonais, des Hongrois et des autres peuples d’Europe centrale et orientale à l’Union européenne pourrait s’affaiblir si l’on continue de traiter ces pays comme des États membres de seconde zone.

C’est ce qu’a souligné Daniel Kawczynski, député conservateur britannique d’origine polonaise, en se référant au Brexit.

« Le Brexit a été un processus de sortie de l’UE qui s’est joué en plusieurs actes, et non pas une impulsion irrationnelle. Aujourd’hui, un tel scénario est éloigné pour la Pologne. Mais qui sait ce qui peut survenir d’ici à quelques décennies ? Peut-être les Polonais décideront-ils que la priorité pour eux, c’est l’OTAN et une union économique, mais pas idéologique »,

s’est demandé Kawczynski.

En attendant, ce que veulent majoritairement les pays d’Europe centrale et orientale, et c’est ce qui est ressorti du 27e Forum économique de Krynica, c’est un retour aux fondamentaux de l’Union européenne.

Lien[]

  1. https://sansapriori.net/2017/07/09/1994-initiative-des-trois-mers-trump-soutient-le-projet-a-varsovie/

source/ https://visegradpost.com/fr/2017/09/15/lavenir-de-lunion-europeenne-en-debat-au-27e-forum-economique-de-krynica/


Orbán et Kaczyński pour une contre-révolution culturelle en Europe

Par Olivier Bault.

  Pologne, Krynica – Participant ensemble à un débat au Forum économique de Krynica, en Pologne,

  • Viktor Orbán, premier ministre de Hongrie et chef du parti conservateur hongrois
  • Fidesz, et Jarosław Kaczyński, chef du parti conservateur Droit et Justice au pouvoir en Pologne, ont appelé à une contre-révolution culturelle en Europe.

Krynica, une charmante station thermale du sud de la Pologne, c’est le Davos des pays d’Europe centrale et orientale.

Organisé depuis 1990, le Forum de Krynica réunit des dirigeants du monde politique et économique de la région et pas seulement. Cette année, ce sont plus de 3000 participants de plus de 50 pays différents qui discutent ensemble de la situation politique, économique et sociale en Europe et dans le monde, avec six sessions plénières et 150 débats et conférences. Un des thèmes du 26 e Forum économique de Krynica, c’est l’avenir de l’Union européenne après le Brexit.

Lors d’un débat organisé mardi, Jarosław Kaczyński et Viktor Orbán n’ont pas caché que Pologne et Hongrie s’inspirent mutuellement des réformes entreprises par chacun des deux pays, et le premier ministre hongrois a ironisé sur le fait que l’hostilité de la presse internationale à l’égard des deux pays est plutôt une preuve de reconnaissance des efforts engagés.

Et si les deux pays militaient pour que le Royaume-Uni reste dans l’UE, afin de préserver la liberté de mouvement des travailleurs mais aussi parce que Londres était jusqu’ici le meilleur rempart contre les excès de Bruxelles, Viktor Orbán, soutenu en cela par Jarosław Kaczyński, a parlé des opportunités créées par la décision du peuple britannique.

Orbán a expliqué

« Je vais régulièrement à Bruxelles depuis 11 ans ,  les élites européennes, les décideurs politiques, les personnes qui dirigent les médias s’imaginent que le développement de l’humanité

  • passe par la liquidation de nos identités,
  • qu’il n’est pas moderne d’être Polonais, Tchèque ou Hongrois, 
  • qu’il n’est pas moderne d’être chrétien.

Une nouvelle identité est apparue à la place, celle d’Européen. On a voulu presser les choses.

Et que nous dit le Brexit ? Les Britanniques ont dit « non ». Ils ont voulu rester Britanniques. […] L’identité européenne n’existe pas, il y a des Polonais et des Hongrois. […] La crise renforce notre argumentation.

Tous ces phénomènes observés aujourd’hui en Europe montrent qu’une contre-révolution culturelle est possible. Nous, en Europe centrale, nous pouvons initier cette renaissance. ».

2017.09.15 Orbán et Kaczyński fustigent l'UE165856-5x3-topteaser940x564   Orbán et Kaczyński fustigent l’UE


https://visegradpost.com/fr/2016/09/09/orban-et-kaczynski-pour-une-contre-revolution-culturelle-en-europe/