2092 – Voici comment les USA « rassurent » l’Europe… Le plan du Pentagone pour l’Europe

1 – Voici comment les USA « rassurent » l’Europe…

2 – Le plan du Pentagone pour l’Europe

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C’est bien connu, c’est par pur altruiste que les États-Unis financent le déploiement de leurs forces en Europe de l’Ouest et centrale afin de protéger celle-ci d’une invasion russe. Pourtant ce danger imminent est infirmé par l’Histoire : les troupes russes n’ont jamais envahi l’Europe, alors que l’inverse fut malheureusement successivement entrepris par l’empereur Napoléon Ier, puis par le führer Adolf Hitler. En réalité cette sollicitude vise uniquement à protéger le sol états-unien en déplaçant le théâtre potentiel d’affrontement vers l’Europe, donc au détriment des populations qu’elle prétend soutenir.

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Durant l’année fiscale 2018 (qui commence le 1er octobre 2017) l’administration Trump augmentera de plus de 40 % les crédits pour l’« Initiative de réassurance de l’Europe » (Eri), lancée par l’administration Obama après « l’invasion russe illégale de l’Ukraine en 2014 » : c’est ce qu’annonce le général Curtis Scaparrotti, chef du Commandement européen des États-Unis et donc, de droit, Commandant suprême allié en Europe (Otan).
  • Parti de 985 millions de dollars dépensés en 2015,
  • le financement de l’Eri est monté à 3,4 milliards en 2017
  • et devrait arriver (selon la demande de budget) à 4,8 milliards en 2018.

En quatre ans, 10 milliards de dollars dépensés par les États-Unis pour « accroître notre capacité de défendre l’Europe contre l’agression russe ».

Presque la moitié de la dépense de 2018 soit 2,2 milliards de dollars— sert à potentialiser le « pré-positionnement stratégique » US en Europe, c’est-à-dire les arsenaux qui, placés en position avancée, permettent « le déploiement rapide de forces sur des théâtres de guerre ».

Un autre gros pourcentage1,7 milliards de dollars— est destiné à « augmenter la présence rotatoire de forces états-uniennes dans toute l’Europe ».

Les pourcentages restants, chacun de l’ordre de centaines de millions de dollars, servent au développement des infrastructures des bases en Europe pour « augmenter la rapidité des actions US », à la potentialisation des exercices militaires et à l’entraînement pour « accroître la rapidité et inter-opérabilité des forces de l’Otan ».

Les fonds de l’Eri —spécifie le Commandement européen des États-Unis— ne sont qu’une partie de ceux destinés à l’« Opération Atlantic Resolve, qui démontre la capacité US de répondre aux menaces contre les alliés ».

Dans le cadre de cette opération,

  • a été transférée en Pologne de Fort Carson (Colorado), en janvier dernier, la 3ème Brigade blindée, composée de 3 500 hommes, 87 chars d’assaut, 18 obusiers automoteurs, 144 véhicules de combat Bradley, plus de 400 Humvees et 2 000 véhicules de transport.
  • La 3ème Brigade blindée sera remplacée dans l’année par une autre unité, afin que des forces blindées états-uniennes soient en permanence déployées en territoire polonais.
  • De là, leurs unités sont transférées, pour entraînement et exercices, dans d’autres pays de l’Est, principalement l’Estonie, la Lettonie, la Lituanie, la Bulgarie, la Roumanie et probablement aussi l’Ukraine : c’est-à-dire qu’ils sont continuellement déployés aux marches de la Russie.

Toujours dans le cadre de cette opération,

  • a été transférée dans la base de Illesheim (Allemagne) depuis Fort Drum (New York), en février dernier, la 10ème Brigade aérienne de combat, avec plus de 2 000 hommes et une centaine d’hélicoptères de guerre.
  • D’Illesheim, ses forces d’intervention sont envoyées « en positions avancées » en Pologne, en Roumanie et en Lettonie.
  • Dans les bases de Ämari (Estonie) et de Graf Ignatievo (Bulgarie), sont positionnés des chasseurs bombardiers des USA et de l’Otan, y compris des Eurofighter italiens, pour la « surveillance aérienne » de la Baltique.
  • L’opération prévoit en outre « une présence persistante en Mer Noire », avec la base aérienne de Kogalniceanu (Roumanie) et la base d’entraînement de Novo Selo (Bulgarie).

Le plan est clair.

Après avoir provoqué avec le putsch de Place Maïdan une nouvelle confrontation avec la Russie, Washington (malgré le changement d’administration) poursuit la même stratégie :

transformer l’Europe en première ligne d’une nouvelle Guerre froide, à l’avantage des intérêts des États-Unis et de leurs rapports de force avec les plus grandes puissances européennes.

Les 10 milliards de dollars investis par les États-Unis pour « rassurer » l’Europe, servent en réalité à la rendre encore moins sûre.

Manlio Dinucci

 

 Géographe et géopolitologue. Derniers ouvrages publiés : Laboratorio di geografia, Zanichelli 2014 ; Diario di viaggio (en trois tomes), Zanichelli 2017 ; L’arte della guerra / Annali della strategia Usa/Nato 1990-2016, Zambon 2016

 

Traduction  – Marie-Ange Patrizio – Source  – Il Manifesto (Italie)


source/ http://www.voltairenet.org/article197496.html


2 – Le plan du Pentagone pour l’Europe

par Manlio Dinucci – 9 mai 2017
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En préparation de la visite du président Donald Trump en Europe —le 24 mai à Rome, le 25 au Sommet de l’Otan de Bruxelles, les 26-27 au G7 de Taormina— le Pentagone a présenté son plan stratégique pour le « théâtre européen ».

Il l’a fait par la voix du général Curtis Scaparrotti qui, étant à la tête du Commandement européen des États-Unis, est automatiquement à la tête de l’Otan avec la charge de Commandant suprême allié en Europe. Au Sénat des États-Unis, le 2 mai, le général rappelle que « le théâtre européen reste d’une importance cruciale pour nos intérêts nationaux » et que « l’Otan nous donne un avantage unique sur nos adversaires ». Cet avantage se trouve cependant à présent mis en danger par « une Russie résurgente, qui essaie de miner l’ordre international sous conduite occidentale et de se réaffirmer comme puissance mondiale ».

Le Commandant suprême appelle les alliés européens à serrer les rangs autour des États-Unis pour défendre par tous les moyens l’ « ordre international » —celui qui est fondé sur la suprématie économique, politique et militaire de l’Occident— mis en péril par l’émergence de nouveaux sujets étatiques et sociaux.

Il concentre le feu sur la Russie, en l’accusant d’ « activités malignes et actions militaires contre l’Ukraine » (juste au troisième anniversaire du massacre de dizaines de Russes perpétré à Odessa le 2 mai 2014 par des néo-nazis ukrainiens sous direction des USA et de l’Otan). Mais la « menace » ne provient pas que de la Russie : les États-Unis —déclare l’amiral Harris, chef du Commandement Pacifique— sont défiés dans cette région simultanément par « une Chine agressive et une Russie revancharde ».

En réponse à ces défis, annonce Scaparrotti, le Commandement européen des États-Unis « est en train de revenir à son rôle historique de combat, en adaptant ses plans aux menaces que nous avons face à nous ». Il demande donc au Congrès d’augmenter les fonds pour la « European Reassurance Initiative », l’opération lancée par les USA en 2014 officiellement pour « rassurer » les alliés Otan et partenaires européens, pour laquelle 3,4 milliards de dollars ont été attribués en 2017. « De significatifs investissements sont nécessaires —souligne le général— pour augmenter dans toute l’Europe notre présence avancée, le pré-positionnement de matériels militaires, les exercices pour la préparation aux conflits ».

Le plan est clair et il est déjà en acte : transformer l’Europe en première ligne de la confrontation avec la Russie.

C’est ce que confirme l’annonce, faite le 4 mai, que l’Armée US en Europe a constitué un nouveau quartier général à Poznan, en Pologne, pour commander les plus de 6 000 GI’s basés en Pologne, Estonie, Lettonie, Lituanie, Allemagne, Slovaquie, Hongrie, Roumanie et Bulgarie, dans le but de « renforcer le flanc oriental de l’Otan comme dissuasion envers la Russie ».

Au déploiement sur le flanc oriental —comprenant forces blindées, chasseurs-bombardiers, navires de guerre et unités de missiles y compris nucléaires— participent les puissances européennes de l’Otan, comme le démontre l’envoi de troupes françaises et de chars d’assaut britanniques en Estonie.

Et l’armée européenne ? Lors de la rencontre avec les ministres de la Défense de l’Union européenne, le 27 avril à Malte, le secrétaire général de l’Otan Stoltenberg n’a laissé aucun doute : « Il a été clairement convenu par l’Union européenne que son objectif n’est pas de constituer une nouvelle armée européenne ou des structures de commandement en compétition avec celles de l’Otan, mais quelque chose qui soit complémentaire à ce que fait l’Otan ».

Le bâton de commandement reste donc solidement dans les mains du Commandant suprême allié en Europe, un général états-unien nommé par le président des États-Unis.

Traduction – Marie-Ange Patrizio Source  – Il Manifesto (Italie)


source/ http://www.voltairenet.org/article196295.html

Note Sans a priori : cela ressemble fort à une « soft »occupation de l’Europe par les Américains … Pour le moment cela se passe … sans anicroches… mais cela va-t-il durer … c’est une autre question … ??? 

Une réflexion au sujet de « 2092 – Voici comment les USA « rassurent » l’Europe… Le plan du Pentagone pour l’Europe »

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