2038 – STX – Nationalisation ? Vrai & Faux à la fois …

1- STX: la fin et les moyens d’une politique industrielle

2- STX : les trois raisons du blocage français

3- STX : «La France doit refuser le rachat des chantiers de Saint Nazaire par Fincantieri »


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STX: la fin et les moyens d’une politique industrielle

DÉCRYPTAGE – La décision d’Emmanuel Macron et de Bruno Le Maire de nationaliser les chantiers navals est à double tranchant. Si le crédit politique est immédiat, les dégâts potentiels sont importants.

La France est décidément un pays singulier. Son gouvernement, réputé le plus libéral depuis des lustres, entame son mandat par une nationalisation dont ni les syndicats – sauf FO – ni la direction de l’entreprise ne veulent.

L’opération est en revanche applaudie des deux mains par une bonne partie de la classe politique, la droite en tête. Bruno Retailleau, ex-bras droit du candidat François Fillon et sénateur de Loire-Atlantique, est carrément enthousiaste. À gauche aussi, les félicitations s’imposent. Les proches d’Arnaud Montebourg revendiquent même une part de paternité sur l’opération.

STX France seul, même avec l’État pour actionnaire, semble bien petit

La décision annoncée jeudi n’entre pourtant pas dans le continuum de l’histoire des nationalisations à la française. Elle n’est ni dogmatique, comme les opérations de 1981, ni dictée par un impératif de sauvetage comme pour Alstom en 2004 ou Dexia en 2009, ni vindicative, comme celle de Florange qui n’a pas eu lieu en 2012.

Emmanuel Macron et Bruno Le Maire ont inventé la nationalisation très – temporaire. C’est l’affaire «de quelques semaines» espèrent-ils. Cette étatisation serait un moyen dans la négociation, et non une fin en soi. Dont acte.

Leur décision est à double tranchant.

Côté pile, le crédit politique est immédiat. L’exécutif apporte la preuve qu’il entend mettre un coup d’arrêt à la fuite des actifs et des groupes français vers l’étranger. Il donne de la substance au discours sur la restauration de l’autorité de l’État sur ses intérêts stratégiques.

Côté face, les dégâts potentiels sont importants. La relation franco-italienne est abîmée et, avec elle, le credo européen du gouvernement pourtant affirmé avec conviction par Emmanuel Macron comme Bruno Le Maire. Surtout, le signal envoyé par cette opération de nationalisation vient brouiller le discours de politique économique du nouveau gouvernement, dont la priorité, rappelée jeudi, est de «libérer les capacités» du pays.

À force de défendre sa« pépite industrielle » de Saint-Nazaire, la France est en train de perdre de vue la réalité économique de ce dossier.

Cet objectif ne peut s’accommoder que d’une nationalisation effectivement très transitoire de STX France. L’échec du nouveau round de négociation qui s’engage avec Rome est donc interdit.

Or cela ne va pas être simple de trouver un accord avec l’Italie et avec Fincantieri. Paris vient de tirer sa dernière cartouche. Le groupe italien est le seul candidat en lice pour le rachat des chantiers français. L’alternative n’existe pas. Le rapport de force est donc plus complexe qu’il y paraît. Fincantieri n’a «pas besoin de STX à tout prix», a déjà prévenu son patron, Giuseppe Bono. Et le temps joue maintenant en faveur du camp italien, tandis qu’il installe les chantiers français dans une incertitude nocive pour ses relations commerciales.

À force de défendre sa «pépite industrielle» de Saint-Nazaire, la France est en train de perdre de vue la réalité économique de ce dossier. Si STX France est aujourd’hui à la portée de la bourse de l’État pourtant impécunieux, si la société ne vaut que 80 millions d’euros malgré ses carnets de commandes pleins à ras bord et ses savoir-faire mondialement reconnus, c’est qu’elle n’est pas si florissante. Dans un monde de la construction navale dominée par les géants asiatiques, STX France seul, même avec l’État pour actionnaire, semble bien petit.

L’alliance avec Fincantieri lui donne une opportunité de s’arrimer à un groupe plus puissant, de s’attaquer au problème de la faiblesse de ses marges et de déployer une véritable stratégie industrielle. Cela suppose que le groupe italien ait effectivement les manettes – ce qui n’empêche pas de négocier des garanties – et qu’il ne soit pas relégué au statut d’actionnaire financier.

La négociation qui se relance ne pourra aboutir que si elle n’est plus polluée par les symboles politiques qu’elle porte. Ni à Paris, où la preuve d’autorité ayant été apportée, il faudra savoir être réaliste sur les concessions que l’on peut espérer. Ni à Rome, où il est temps de digérer l’affront de la renégociation des accords obtenus du précédent gouvernement.

Cet article est publié dans l’édition du Figaro du 28/07/2017.


source/ http://premium.lefigaro.fr/societes/2017/07/27/20005-20170727ARTFIG00350-sxt-la-fin-et-les-moyens-d-une-politique-industrielle.php


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STX : les trois raisons du blocage français

Stratégiques, les Chantiers de l’Atlantique ? C’est la raison officielle invoquée par l’État français pour justifier son intervention spectaculaire dans la vente de STX France à Fincantieri. Revue de détail des sujets qui fâchent.

Un actif militaire

Pour les amateurs de croisière, les Chantiers de Saint-Nazaire vendent du rêve avec leurs célèbres paquebots géants. Mais pas seulement. Le site est aussi déterminant pour la construction navale militaire.

STX France est notamment le seul chantier français à pouvoir construire un porte-avions, parce qu’il dispose d’une «forme» géante, de 900 mètres de long et équipée d’un portique capable de soulever 1.400 tonnes.

Cette installation, la Marine nationale y tient, surtout au moment où elle bataille pour obtenir le lancement de la construction d’un second porte-avions dans le cadre de la préparation de la prochaine loi de programmation militaire. Naval Group, l’ex-DCNS, y tient aussi et c’est notamment ce qui justifie son implication dans le futur tour de table de STX France.

Quelle que soit la configuration future du capital de la société, la France veut garder un droit d’accès à cette installation industrielle, pour ses chantiers militaires.

Une concurrence à gérer

La bonne santé actuelle du marché de la croisière a rempli les carnets de commandes des chantiers navals français et italiens à des niveaux records. Avec la confirmation récente des commandes de quatre paquebots GNL pour 4,5 milliards d’euros par MSC Croisières, STX France a ainsi quelque quatorze navires à construire dans les dix ans qui viennent…

Mais le marché de la croisière est cyclique. Le «trou» de charge connu par Saint-Nazaire au tournant des années 2010 l’a prouvé.

  • Que se passera-t-il lors du prochain bas de cycle?
  • L’italien Fincantieri ne sera-t-il pas tenté de faire travailler en priorité ses sites domestiques?

Il compte 8 chantiers navals en Italie et 20 en tout dans le monde, où il emploie au total 19 000 personnes.

À Saint-Nazaire, STX représente 2.600 emplois directs, mais aussi 5.000 emplois indirects, qui craignent plus encore pour leur avenir, redoutant que leur travail d’équipement et d’aménagement des paquebots ne soit le premier à subir une forme lancinante de délocalisation.

L’enjeu est donc majeur. Fincantieri et l’État italien en ont du reste conscience.

«On a expliqué en long et en large que pour des raisons de logistique, d’espace, on ne peut pas faire à Trieste ce qu’on peut faire à Saint-Nazaire. Il n’y a donc aucun risque de déplacer des filières de production ou de l’emploi de Saint-Nazaire à Trieste»,

déclarait mercredi le secrétaire d’État italien aux Affaires européennes, Sandro Gozi.

L’ombre chinoise

  • Fincantieri peut-il être le cheval de Troie européen des chantiers navals chinois, qui cherchent à acquérir le savoir-faire de la construction de paquebots?

C’est l’une des inquiétudes qui planent sur l’opération STX. Car le groupe italien a conclu l’an dernier deux partenariats en Chine, dont l’un avec la China State Shipbuilding Corporation (CSSC) pour la construction en Chine de paquebots copiés sur les modèles Vista de l’Italien.

Cet article est publié dans l’édition du Figaro du 28/07/2017


source/ http://premium.lefigaro.fr/societes/2017/07/27/20005-20170727ARTFIG00284-sxt-les-trois-raisons-du-blocage-francais.php


FIGAROVOX/TRIBUNE – Fleuron de l’industrie navale, STX pourrait être absorbé par son concurrent italien. Alors que Trump montre des signes d’activisme industriel pour protéger l’emploi américain, l’Etat doit réagir, quitte à nationaliser l’entreprise, estime Laurent Herblay.

Laurent Herblay tient le blog Gaulliste libre depuis 2007, classé dans les 20 premiers blogs politiques (selon ebuzzing).


Ces dernières années, la France a laissé racheter tout ou partie de trop nombreuses entreprises, alors que d’autres solutions auraient pu être choisies.

Aujourd’hui, c’est le tour de STX France, le chantier naval de Saint Nazaire, véritable fleuron industriel, qui, après avoir été racheté par des Norvégiens, puis des Coréens, pourrait être croqué par des Italiens, si notre gouvernement reste passif.

L’histoire des chantiers de Saint Nazaire est un peu trop typique de ce qui se passe dans notre pays.

Cette entreprise est un fleuron industriel Français, la seule filiale rentable du groupe Coréen, qui l’a racheté en 2010, en rachetant l’entreprise Norvégienne qui avait racheté ce qui était alors Alstom Marine en 2006… Elle dispose d’un savoir-faire unique en matière de production de très grands bateaux, elle est profitable, et elle a un carnet de commande qui lui assure d’ors et déjà 10 ans d’activité! Bref, il semble évident qu’elle pourrait voguer seule. Mais ses résultats attirent logiquement la convoitise de Fincantieri, qui se renforcerait en la rachetant, tout en permettant au Coréen d’alléger sa dette.

On pourrait se dire que le rachat par Fincantieri est une bonne solution, une solution européenne qui permettrait à notre continent de se renforcer.

On pourrait se dire que le rachat par Fincantieri, le seul à déposer une offre auprès du tribunal de commerce Coréen, est une bonne solution, une solution européenne qui permettrait à notre continent de se renforcer et dominer la construction navale. Mais cela pose deux problèmes.

  1. D’abord STX France n’a nullement besoin de se rapprocher de quiconque, étant donnés ses résultats.
  2. Ensuite, il est évident que si Fincantieri la rachète, alors, elle pourra récupérer des commandes, du savoir-faire, en somme dépecer cette très belle entreprise, comme l’ont fait tant de repreneurs d’entreprises Françaises, comme Pechiney, Arcelor ou Alstom récemment.

Voilà pourquoi l’Etat doit s’opposer au rachat.

Et le mieux, c’est que la France peut le faire puisque nous avons 33% du capital d’STX France, avec un droit de préemption.

Aujourd’hui, mieux vaut nationaliser l’entreprise, quitte à remettre une partie du capital sur le marché ensuite, pour protéger ce fleuron industriel national. Mais, on peut craindre que le PS ne laisse faire ce rachat(on était au 05/01/17) contre de belles promesses, qui ne vaudront pas plus que celles de GE avec Alstom, qui a fini par fermer Belfort et licencier des centaines de salariés, chose qui était parfaitement prévisible dès 2014 derrière les belles paroles d’Arnaud Montebourg. Après tout, ils ont laissé Nokia racheter Alcatel ou encore le Chinois Dongfeng prendre une part de PSA à un prix un peu trop intéressant.

Trump n’hésite pas à monter au créneau pour protéger les emplois industriels en faisant pression sur les industriels, comme Ford et GM.

Voilà pourquoi les promesses du secrétaire d’État à l’Industrie, Christophe Sirugue, qui soutient que l’Etat «posera ses conditions» et «veut garder le site à Saint-Nazaire, les sous-traitants, la stratégie et la propriété industrielle», n’ont absolument aucune crédibilité.

Le passif est trop lourd pour croire que ce rachat se finira bien pour les chantiers, tous ceux qui y travaillent, et la France. Malheureusement, il n’y a pas grand chose à espérer d’un tel gouvernement.

Pas étonnant que les Américains votent pour quelqu’un comme Trump, qui, quoiqu’on en pense, n’hésite pas à monter au créneau pour protéger les emplois industriels en faisant pression sur les industriels, comme Ford et General Motors (GM) actuellement.

En 2014 déjà, il fallait défendre une autre solution que le dépeçage d’Alstom par Siemens ou GE. Aujourd’hui, après être passé sous pavillon Norvégien, puis Coréen, avoir menacé de passer sous pavillon Chinois, et aujourd’hui, être sur le point de passer sous pavillon Italien, il faut que l’État joue son rôle et défende une solution nationale: STX France a tout pour prendre son indépendance.


source/ http://premium.lefigaro.fr/vox/economie/2017/01/05/31007-20170105ARTFIG00139-stx-la-france-doit-refuser-le-rachat-des-chantiers-de-saint-nazaire-par-fincantieri.php