2020 – Le général Pierre de Villiers, chef d’état-major des armées, a démissionné – Le Général François Lecointre nommé chef d’état-major des armées

PORTRAIT – Tancé publiquement par le chef de l’État, il était en désaccord sur les coupes dans le budget de la Défense. Il a annoncé sa démission mercredi matin.

Sa situation devenait intenable. Tancé publiquement à deux reprises par le chef de l’État, dans les jardins de l’hôtel de Brienne, à la veille du 14 Juillet, et à nouveau dans les colonnes du Journal du dimanche , le général Pierre de Villiers a été contraint de lâcher les rênes de l’état-major des armées (EMA) mercredi matin, alors même qu’il venait d’être prolongé à son poste jusqu’en juillet 2018. Dans un communiqué, il déclare «ne plus être en mesure», «dans les circonstances actuelles», «d’assurer la pérennité du modèle d’armée auquel [il croit] pour garantir la protection de la France et des Français».

Communiqué du général d’armée Pierre de Villiers 19 juillet 2017
J’assume les responsabilités de chef d’état-major des armées depuis trois ans et demi. Je suis pleinement conscient de l’honneur qui m’est fait, de la confiance qui m’a été accordée et des devoirs qui sont attachés à cette fonction.
 J’ai toujours veillé, depuis ma nomination, à maintenir un modèle d’armée qui garantisse la cohérence entre les menaces qui pèsent sur la France et sur l’Europe, les missions de nos armées qui ne cessent d’augmenter et les moyens capacitaires et budgétaires nécessaires pour les remplir.
 Dans le plus strict respect de la loyauté, qui n’a jamais cessé d’être le fondement de ma relation avec l’autorité politique et la représentation nationale, j’ai estimé qu’il était de mon devoir de leur faire part de mes réserves, à plusieurs reprises, à huis clos, en toute transparence et vérité.
 Dans les circonstances actuelles, je considère ne plus être en mesure d’assurer la pérennité du modèle d’armée auquel je crois pour garantir la protection de la France et des Français, aujourd’hui et demain, et soutenir les ambitions de notre pays. Par conséquent, j’ai pris mes responsabilités en présentant, ce jour, ma démission au Président de la République, qui l’a acceptée.
J’éprouve une vraie reconnaissance envers nos soldats, nos marins et nos aviateurs avec lesquels j’ai partagé ma vie, pendant quarante-troisannées, au service de la nation, en toute sincérité. Je sais pour les connaître qu’ils continueront à assurer la mission aux ordres de mon successeur avec autant de détermination et de fidélité.
Je reste indéfectiblement attaché à mon pays et à ses armées. Ce qui m’importera, jusqu’à mon dernier souffle, c’est le succès des armes de la France.
 Général d’armée Pierre de Villiers
 Communiqué de presse du général de Villiers publié par LeFigaro

Né en juillet 1956 en Vendée, frère de l’homme politique Philippe de Villiers, Pierre Le Jolis de Villiers de Saintignon aura placé ses trois années et demie en tant que chef d’état-major des armées (Cema) sous le signe d’une défense opiniâtre des budgets de la défense. Une cause plus qu’honorable – le pays n’est-il pas «en guerre» contre le terrorisme? – qui aura néanmoins été fatale à son héraut. Pris ces derniers jours dans un maelström politico-médiatique, à la suite de propos tenus à huis clos, le général s’est trouvé confronté à l’autorité d’un jeune président de la République désireux d’affirmer sa prééminence à la tête des armées.

Le général Pierre de Villiers connaît à fond les rouages de la Défense

Saint-Cyrien (promotion capitaine Henri Guilleminot, 1975), issu de l’arme blindée cavalerie, Pierre de Villiers a servi notamment

  • en 1999 au Kosovo – où il a commandé pendant cinq mois le bataillon mécanisé de la brigade Leclerc –
  • et en 2006-2007 en Afghanistan.
  • Il passe ensuite deux ans à Matignon comme chef du cabinet militaire de François Fillon.
  • En mars 2010, le poste de chef de l’état-major du président de la République lui est promis, avant que Nicolas Sarkozy ne revienne brutalement sur sa décision, lui préférant le général Benoît Puga.
  • Pierre de Villiers, pour qui comptent la parole donnée et le respect des formes, en est fort affecté. Sa nomination comme Cema, en février 2014, apparaît comme un juste retour des choses.

Auparavant, c’est lui qui, de 2010 à 2014, aura fait «tourner la boutique», en tant que major-général – numéro deux de l’EMA.

Il connaît à fond les rouages de la Défense et doit accompagner la réduction des budgets et des effectifs prévus dans la loi de programmation militaire (LPM). Sans plaisir et avec une grande vigilance. «Le costume est taillé au plus juste», a-t-il coutume de dire, en guise de mise en garde. Et quand le seuil d’alerte est franchi, il monte en ligne…(voir l’article suivant)

Ainsi, en mai 2014, l’annonce par Bercy de coupes budgétaires, dans le cadre d’un plan d’économie de 50 milliards d’euros, suscite une démarche rarissime:

  • le Cema et les chefs d’état-major d’armées (terre, air, marine) menacent de démissionner.

Une initiative approuvée, sinon encouragée, par le ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, alors en plein bras de fer avec Michel Sapin, son collègue de l’Économie et des Finances. François Hollande arbitre alors en faveur de la Défense. Cette guérilla rapproche le Cema et le ministre breton. Deux profils et deux styles fort différents, mais qui se retrouvent sur les moyens dus aux armées. Éminemment loyal, le général de Villiers termine systématiquement chacune de ses interventions en célébrant «les armes de la France».

«L’accélération du tempo des engagements et la multiplication des crises mettent notre modèle complet d’armée sous tension et l’usent»

Général Pierre de Villiers

Les attentats terroristes de 2015 bouleversent la donne. Les Français comprennent que la période des «dividendes de la paix», ouverte après la chute du Mur, n’est plus de saison. Impossible de baisser la garde.

Le général de Villiers dirige les opérations sur tous les fronts. Avec 30.000 militaires déployés, les armées françaises combattent le djihadisme, au Sahel, au Levant, mais aussi sur territoire national, avec «Sentinelle», un dispositif de 10.000 hommes mis en place en quelques jours, fin janvier 2015. Une actualisation de la LPM, en 2015, et les mesures décidées lors d’un conseil de défense, en avril 2016, mettent fin à la déflation des effectifs et des budgets de la Défense qui prévalait depuis plusieurs décennies.

Le général de Villiers ne cessera néanmoins d’alerter sur la fragilité de cette «remontée en puissance» à peine amorcée et sur la nécessité d’en poursuivre l’effort dans la durée.

«L’accélération du tempo des engagements et la multiplication des crises mettent notre modèle complet d’armée sous tension et l’usent»,

avertit le général de Villiers, dans le quotidien Les Échos, en décembre dernier.

«Tout le monde l’a compris: on ne gagne pas une guerre sans effort de guerre»

 ajoutait-il. Dans le même temps, face au risque de voir s’éterniser l’opération «Barkhane» au Sahel, il prône une démarche de développement et de sécurité globale, car «gagner la guerre ne suffit pas pour gagner la paix».

Le Cema enfourche aussi un autre cheval de bataille:

porter à 2 % la part du PIB consacrée à la défense en 2022, contre 1,78 % actuellement. Y renoncer, plaide-t-il devant les parlementaires en février 2017,

«ce serait le désengagement opérationnel, rendu inéluctable par le manque de moyens (…), ce serait accepter de peser de façon moins déterminante sur la protection des Français, (…) ce serait laisser à d’autres le soin d’influer sur les grands équilibres internationaux».

Pas plus tard que le 14 juillet dernier, dans une chronique publiée dans [1]Le Figaro , il déplorait le «grand écart» entre les missions et les moyens.

«Notre liberté d’action souffre déjà, ponctuellement, écrivait-il. C’est le cas, par exemple, à chaque fois qu’une opération doit être différée, voire annulée, faute de moyens disponibles…»

Pierre de Villiers devait théoriquement quitter son poste le 31 juillet

Pour atteindre l’objectif, «l’effort à consentir est globalement de 2 milliards par an», estime-t-il, évaluant à 35 milliards d’euros les besoins des armées en 2018 (contre 32,7 milliards en 2017). L’année prochaine constitue, selon lui, une

«marche» décisive à franchir, pour aller de manière réaliste vers les 2 %. Faute d’être entendu, le Cema «en tirera les enseignements», souligne une note de l’EMA. En interne, il n’a pas que des soutiens, certains grands chefs estimant même qu’«il va trop loin».

Pierre de Villiers devait théoriquement quitter son poste le 31 juillet. Emmanuel Macron lui demande de rester un an de plus et lui promet de ne pas amputer le budget de la Défense, relate une bonne source.

«Je ne suis pas un lapin de six semaines», a l’habitude de dire le Cema, courtois et posé, mais sachant être direct, notamment lorsqu’il s’agit de dénoncer les chausse-trappes de Bercy.

Le 12 juillet, interrogé par des députés lors d’une audition à huis clos, il exprime sans détour son intention de ne pas «se faire baiser» par les zélotes du Budget. Le propos enflamme le petit monde de la Défense. Visiblement irrité, le chef de l’État ne se privera pas de le faire savoir, sans ménagement, en invoquant le devoir de réserve et cette incontestable réalité: il ne saurait par nature y avoir le moindre désaccord entre le chef de l’État et le Cema. Dont acte.

liens[]

  1. http://premium.lefigaro.fr/vox/societe/2017/07/13/31003-20170713ARTFIG00351-general-d-armee-pierre-de-villiers-soyons-fiers-de-nos-armees-francaises.php

SOURCE/ http://premium.lefigaro.fr/actualite-france/2017/07/19/01016-20170719ARTFIG00053-le-general-pierre-de-villiers-chef-d-etat-major-des-armees-a-pose-son-kepi.php


2- Défense: l’alarme budgétaire du général en chef

2017.07.14 le général Pierre de Villiers Face-aux-menaces-le-chef-d-etat-major-des-armees-veut-plus-de-moyens

Le chef d’état-major des armées, Pierre de Villiers, réclame un effort de défense porté à 2% du PIB avant 2022.

«Le prix de la paix, c’est l’effort de guerre»: reprenant un message qu’il égrène depuis plusieurs mois, le général Pierre de Villiers plaide pour un nouvel effort budgétaire en faveur des armées, dans une tribune publiée mercredi par le quotidien Les Échos.

«Cet effort doit se traduire par une hausse progressive du budget de la défense pour rejoindre la cible des 2% du PIB, avant la fin du prochain quinquennat»,

souligne le chef d’état-major des armées (Cema) dans son texte où chaque mot est pesé. «Cet effort ne pourra être ni allégé ni reporté», ajoute-t-il. Pour le général de Villiers, la «première marche d’une remontée en puissance» devrait se concrétiser dès le budget 2018. Plus tardive, cette «marche» serait inévitablement plus haute, et donc plus difficile à gravir…

«Ce que j’ai entrepris pour redresser la défense devra être poursuivi au-delà de mon mandat et dans les années à venir, contrairement à ce que je peux entendre ici ou là»

François Hollande

Déjà, dans ses récents discours, le Cema ne dissimulait pas une forme d’urgence: faute d’engager à temps la remontée – pour prolonger, en les amplifiant, les efforts déjà consentis à partir de 2015 -, les armées risquent le «décrochage». Avec, à la clé, trois risques graves:

  1. primo, des trous capacitaires (patrouilleurs hauturiers, avions ravitailleurs et de transport, véhicules blindés…),
  2. secundo, une distorsion accrue entre les «contrats opérationnels» prévus dans le livre blanc et la multiplication des engagements sur le terrain,
  3. tertio, enfin, le risque d’une érosion de la crédibilité de la dissuasion nucléaire, si sa coûteuse modernisation (6 milliards d’euros annuels à l’horizon 2025) n’était pas réalisée à temps.

Trois risques, qui désignent donc, aux yeux du général de Villiers, trois objectifs à atteindre:

  1. «récupérer des capacités»,
  2. «aligner les contrats opérationnels sur la réalité des capacités que nous engageons en opération»,
  3. «assurer l’indispensable crédibilité de la dissuasion nucléaire».

Car pour le Cema, nous vivons «la fin de l’insouciance» :

  • avec la «rupture sécuritaire des années 2015 et 2016, nous avons changé d’époque».
  • Des menaces multiples, un environnement stratégique en pleine mutation imposent de conserver la «garde haute», rappelle-t-il en substance.
  • Le pays doit se «préparer à une guerre longue», dit-il encore, citant François Hollande. «Le modèle d'(armée) est bon mais il fut taillé au plus juste», insiste encore le Cema.

François Hollande, interrogé mercredi (décembre 2016) sur les propos du Cema, a répondu que la France dispose aujourd’hui des «ressources nécessaires» pour ses missions de défense. Manière d’auto-satisfecit pour son action dans ce domaine. «Il y aura encore dans les prochaines années à faire des efforts supplémentaires», a ajouté le chef de l’État. Le 9 décembre, ils étaient ensemble sur le Charles-de-Gaulle. «Ce que j’ai entrepris pour redresser la défense devra être poursuivi au-delà de mon mandat et dans les années à venir, contrairement à ce que je peux entendre ici ou là», avait alors déclaré François Hollande, faisant écho aux inquiétudes que l’alternance suscite chez certains militaires.

«Le temps presse»

Pour sa part, le général de Villiers ne cache pas les craintes que lui inspirent les projets de François Fillon. Les deux hommes, qui se sont fréquentés à Matignon, se connaissent bien et s’apprécient. Mais a priori leurs courbes budgétaires ne coïncident pas. François Fillon, quoique ayant réaffirmé son ambition pour la défense, prévoit de poursuivre la LPM actuelle avant le dépôt d’une nouvelle loi de programmation 2020-2025. Un simple «audit financier» est censé «mettre en lumière» les insuffisances de la LPM 2014-2019. Selon le candidat de la droite, l’objectif des 2% du PIB est programmé pour la prochaine LPM, soit à l’horizon 2025. L’effort est donc repoussé… au quinquennat suivant (2022-2027). Pierre de Villiers estime, quant à lui, que «le temps presse». Il plaide pour une «revue stratégique ramassée», dès 2017, préludant au vote d’une nouvelle LPM et à la préparation d’un budget 2018 «robuste et cohérent».

Cet article est publié dans l’édition du Figaro du 22/12/2016


SOURCE/ http://premium.lefigaro.fr/international/2016/12/21/01003-20161221ARTFIG00257-l-alarme-budgetaire-du-general-en-chef.php


PORTRAIT – Issu de l’infanterie de marine, ce saint-cyrien de 55 ans a connu une carrière militaire exemplaire marquée par un coup d’éclat le 27 mai 1995, lors de la reprise du point de Vrbanja, à Sarajevo, et par son engagement en Afrique.

Emmanuel Macron a créé la surprise ce mercredi lors du Conseil des ministres en nommant le général François Lecointre, 55 ans, chef d’état-major des armées. Issu de Saint-Cyr, ce natif de Cherbourg succède ainsi au général Pierre de Villiers, alors qu’il ne faisait pas partie du réservoir traditionnel des chefs d’état-major (armée de terre, marine, air).

Pour inattendue qu’elle soit, sa nomination vient cependant couronner un parcours d’excellence marqué par une promotion très rapide au sein des Troupes de Marine, jusqu’au poste de chef du cabinet militaire du premier ministre auquel il accède en août 2016.

Intellectuel et homme de terrain

Avant de s’illustrer au sein du cabinet militaire de Manuel Valls, puis de Bernard Cazeneuve et d’Edouard Philippe, le général Lecointre s’est en effet largement distingué sur le terrain.

  • Commandant le 3ème régiment d’infanterie de marine (RIMa) de Vannes,
  • il participe à la guerre du Golfe en Irak en 1991,
  • sert en Somalie et à Djibouti,
  • puis au Rwanda lors de l’opération Turquoise, en 1994 .
  • Peu de temps après, il est envoyé en Serbie, et s’illustre lors de la reprise du pont de Vrbanja, «clef» de Sarajevo, le 27 mai 1995.
    • Avec les trente «Forbans» du lieutenant Heluin, Lecointre parvient à reprendre ce poste stratégique capturé la veille par les forces serbes, avec 14 otages parmi les casques bleus.
    • Si l’opération est un succès, l’assaut coûte alors la vie à deux «marsouins», Marcel Amaru et Jacky Humblot, tandis que 17 autres sont blessés, dont le lieutenant Heluin. Citant Montesquieu, François Lecointre déclare à cette occasion: «Pour faire de grandes choses, il ne faut pas être au-dessus des hommes, il faut être avec eux.»

 

Sa brillante carrière militaire franchit un nouveau cap en 2005, lorsqu’il est nommé chef de corps du 3e régiment d’infanterie, à Vannes.

  • Entre 2006 et 2007, il retourne en Afrique, participant à l’opération Licorne mise en place à la suite de la crise politico-militaire que traverse le pays.

En 2011, François Lecointre fait ses premiers pas en cabinet ministériel: il est adjoint «terre» au cabinet militaire du ministre de la Défense.

Un passage express avant d’être de nouveau promu et de prendre le commandement de la 9e brigade d’infanterie de Marine, à Poitiers, jusqu’à l’été 2013.

Deux ans plus tard, l’Union européenne, misant sur son expérience de l’Afrique, lui confie la direction de la première mission de formation de l’Union européenne au Mali (EUTM Mali). Dotée d’un mandat de formation et d’expertise, elle se donne pour objectif de fournir des conseils militaires aux armées maliennes engagées dans la lutte contre les factions terroristes, dans le Sud du pays.

En 2014, aux côtés du chef d’état-major de l’Armée de terre, il participe à l’élaboration de la réforme de l’Armée de terre,[1] théorisant notamment son implication nouvelle dans la sécurité intérieure du pays. Avec Jean-Pierre Bosser, il met en place son déploiement sur l’ensemble du territoire national, anticipant ainsi avec un an d’avance l’opération Sentinelle de janvier 2015.

Depuis juillet 2009, il nourrit également de ses analyses la très pointue revue militaire Inflexions[2] , centrée sur l’enrichissement des réflexions sur l’action militaire.


liens[]
  1. http://premium.lefigaro.fr/actualite-france/2014/10/15/01016-20141015ARTFIG00413-les-mesures-du-plan-de-restructuration-de-l-armee-francaise.php
  2. http://inflexions.net/

Une réflexion au sujet de « 2020 – Le général Pierre de Villiers, chef d’état-major des armées, a démissionné – Le Général François Lecointre nommé chef d’état-major des armées »

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