2018 – Agriculture en Suisse, en France, robotisation, « marché »… vers la déshumanisation des paysans …

1/- Quand les robots remplaceront les tracteurs

2/- Un monde agricole en pleine crise

3/- Crise agricole : 20.000 exploitations risquent de disparaître en France d’ici 2018

2017.06.30 paysage-suisse


Quand les robots remplaceront les tracteurs

Par

Samuel Jaberg
13. juillet 2017 – 11:05
Le drone équipé d'une caméra miniature développé par la start-up helvétique Gamaya est capable de surveiller l'état des cultures de manière automatisée. 
Le drone équipé d’une caméra miniature développé par la start-up helvétique Gamaya est capable de surveiller l’état des cultures de manière automatisée.

(swissinfo.ch)

Drones, robots de traite, véhicules autonomes, capteurs intelligents, bio-surveillance, partage des données: les nouvelles technologies s’immiscent à grande vitesse dans le monde agricole.

En Suisse, le ministre de l’Économie plaide pour une véritable «révolution numérique» de l’agriculture. Un tournant qui n’est toutefois pas exempt de risques pour la paysannerie helvétique.

Des drones équipés de caméras capables de détecter des maladies ou d’estimer les besoins précis en apports nutritifs des cultures à large échelle.

Des salades cultivées hors-sol dont les racines sont directement alimentées par un nuage de nutriments 100% biologique.

Ou encore un robot solaire qui spraye uniquement les mauvaises herbes dans les champs, réduisant ainsi drastiquement l’utilisation de pesticides (voir la vidéo de démonstration ci-dessous).

Non, ce n’est pas de la science-fiction: les nouveaux outils de l’agriculture de précision sont aujourd’hui déjà indispensables au service des fermiers soucieux d’utiliser plus efficacement leurs ressources et donc de booster leur productivité. Aussi spectaculaires soient-elles, ces innovations – toutes développées en Suisse – ne sont pourtant que la pointe visible de l’iceberg de la mutation technologique et numérique qui secoue l’agriculture aux quatre coins du globe.

Des tracteurs autonomes – ou presque

Alors que les véhicules autonomes n’ont pas encore fait leur apparition sur les routes, le guidage automatique des tracteurs devient de plus en plus populaire, notamment chez les agro – entrepreneurs, note l’Agroscope suisse dans un rapport [1] publié en début d’année.

Cette technique, qui allie capteur GPS et système d’automatisation des processus, permet de diriger le tracteur au centimètre près et donc de replacer les voies de passage au même endroit chaque année.

Cela a notamment pour avantage de réduire le compactage du sol, d’offrir de meilleures conditions de croissance aux plantes et, lors de la récolte, de gagner du temps en optimisant les passages de la moissonneuse-batteuse.

«La véritable révolution se joue sur la récolte et la gestion des données agricoles. Et je ne vous parle pas d’un horizon lointain, mais d’un changement qui interviendra d’ici un an en ce qui concerne la Suisse», affirme Francis Egger, membre de la direction de l’Union suisse des paysans, le puissant lobby des agriculteurs helvétiques.

Moins de paperasse

Assis confortablement dans la cabine climatisée de sa moissonneuse-batteuse dotée d’un système de guidage automatique (voir vidéo ci-dessous), Cédric Romon, patron d’une entreprise de travaux agricoles de la région lausannoise, a déjà une idée bien précise de l’utilité de ces données, puisqu’il en récolte lui-même une quantité importante au quotidien. «Je peux livrer des indications précises au propriétaire de la culture sur le rendement de chaque portion de terrain, la qualité ou encore l’humidité des grains de céréales récoltés», indique-t-il.

Autre avantage non négligeable: une réduction drastique des heures de travail passées au bureau. «Mes collaborateurs introduisent directement les données – temps, surface, quantité récoltée, etc. – dans un système centralisé via leurs smartphones. On peut ainsi passer plus de temps dehors et se concentrer sur l’activité qu’on aime, c’est-à-dire le contact avec la nature», avance Cédric Romon.

A bord d’une moissonneuse-batteuse qui ne récolte pas seulement des céréales

ParSamuel Jaberg

La moissonneuse-batteuse semi-autonome de Cédric Romon est capable de récolter de nombreuses données sur la quantité et la qualité de la récolte.

Francis Egger nourrit lui aussi l’espoir que cette numérisation permettra de diminuer la charge administrative des paysans, qu’il juge aujourd’hui «à la limite du supportable». Objectif: faire cohabiter sur une même plateforme les données agricoles publiques – liées au système de paiements directs ou à la traçabilité des animaux – et privées – économiques et techniques – afin de faciliter la gestion des exploitations ainsi que la mise en réseau des acteurs du monde agricole, État y compris.

Vers une toute-puissance des multinationales?

Une évolution qui n’est toutefois pas exempte de risques, selon Francis Egger.

«Celui qui possède des données agrégées a la capacité de contrôler le marché, ce qui peut conduire à une intégration verticale de l’agriculture. Au final, l’acheteur a la possibilité de gérer quasiment lui-même l’exploitation, un phénomène que l’on observe déjà partiellement dans la filière de la volaille. Or nous voulons éviter à tout prix que l’agriculteur ne devienne un simple ouvrier au service d’une organisation».

«Il faut à tout prix éviter que l’agriculteur ne devienne un simple ouvrier au service d’une organisation»

Francis Egger, Union suisse des paysans

Le risque de dépendance existe également à l’égard des géants de l’électronique et de l’agro-alimentaire, qui investissent massivement dans cette course à l’agriculture 4.0.

La multinationale américaine John Deere propose par exemple des systèmes de management intégrés des exploitations agricoles qui incluent la gestion et l’entretien à distance des machines agricoles, la planification du budget ou encore l’optimisation de la productivité des chauffeurs.

«La Confédération, les cantons et les organisations agricoles doivent agir rapidement pour éviter que les paysans ne deviennent captifs de ces multinationales qui occupent une position dominante sur le marché», estime Francis Egger.

Un ministre suisse optimiste

Une mise en garde qui s’adresse en particulier au ministre de l’Économie et de l’Agriculture [2], Johann Schneider-Ammann, qui s’est fait au mois de mars, à l’occasion d’une visite au Salon de l’agriculture de Paris, le chantre de l’agrotech. «Qu’on le veuille ou non, la révolution est déjà en marche. L’agriculture se renouvellera par la numérisation, et sa compétitivité en sortira renforcée», déclarait-il à cette occasion au magazine «Terre & Nature».

Partisan d’une vision libérale de l’agriculture, Johann Schneider-Ammann se refuse à fixer des règles trop strictes en ce qui concerne l’utilisation des données agricoles. «Il faut laisser le temps et l’espace maximum pour faire les premières expériences et en tirer les enseignements». Et de lancer, toujours dans la même interview, ce vibrant appel aux agriculteurs: «Soyez courageux et innovants, engagez-vous dans cette voie de la digitalisation!»

Pour des vaches plus heureuses La production laitière à l’heure de la robotique [3 pour voir la vidéo]

L’agriculture suisse est depuis bien longtemps largement mécanisée. La production laitière n’échappe pas à cette évolution.
Dans certaines exploitations, la traite est même devenue entièrement mécanisée.
Tranchant radicalement avec l’image traditionnelle de l’activité d’agriculteur, le robot trayeur est parfois décrié. Mais cette traite automatisée présente aussi bien des avantages, tant pour les paysans que pour leurs bêtes. Pour en savoir plus, la famille Cotting a ouvert à swissinfo.ch les portes de son exploitations située à Ependes, dans le canton de Fribourg.

Un discours optimiste et technophile qui laisse songeur Yvan Droz, chargé d’enseignement et de recherche à l’Institut de hautes études internationales et du développement de Genève et co-auteur en 2014 de l’ouvrage «Malaise en agriculture»«On est en train d’ouvrir une véritable boîte de Pandore sans rien savoir des conséquences sociales et psychologiques de ces nouvelles technologies sur les agriculteurs», dénonce-t-il.

Cette technologie qui isole

L’enquête réalisée par Yvan Droz et deux ses collègues en Suisse, en France et au Québec a permis de mettre en évidence le très fort sentiment de solitude qui parcourt le monde agricole. «La technologie est un facteur d’isolement. Les agriculteurs passent beaucoup de temps à écouter la radio ou à regarder la télévision, seuls, dans la cabine de leur tracteur autonome. Les contacts avec leurs pairs se raréfient», relève-t-il.

Autre conséquence de cette automatisation croissante: la perte de lien du paysan à sa terre et la mise à distance du rapport homme-animal. Yvan Droz a ainsi constaté que l’introduction des robots de traite dans les étables a nui au lien très affectif et émotionnel qu’entretiennent les paysans avec leurs bêtes.

Cette technologie est par ailleurs susceptible d’engendrer un stress important. «Durant la phase d’adaptation, le robot est directement relié au smartphone du paysan. Dès qu’il y a un problème, celui-ci est appelé dans la salle de traite, souvent au beau milieu de la nuit. La pénibilité physique du travail se transforme ainsi en pénibilité psychologique», souligne Yvan Droz.

Tout ceci dans un environnement économique et commercial très difficile, qui plonge de plus en plus d’agriculteurs dans un désarroi profond.

En novembre 2015, plus de 10'000 paysans avaient manifesté à Berne pour protester contre les coupes budgétaires prévues par la Confédération dans le domaine agricole.

Société Un monde agricole en pleine crise

Des centaines d’exploitations agricoles disparaissent chaque année en Suisse. Derrière les chiffres se cachent des drames humains qui se terminent …

 

Considéré comme un pionnier de l’agriculture de précision en Suisse, Cédric Romon se montre lui-même dubitatif face au grand tournant numérique prôné par Johann Schneider-Ammann. «Si je n’avais pas un intérêt personnel pour les nouvelles technologies, cela fait longtemps que j’aurais mis la clé sous la porte», affirme l’agro – entrepreneur vaudois.

A ses yeux, les investissements nécessaires à la mise en place d’une agriculture connectée sont tout simplement irréalistes dans le contexte actuel. «Mes collègues sont sous une pression financière terrible, beaucoup songent à changer de métier. Alors, si on veut vraiment sauver l’agriculture suisse, il y a des chantiers bien plus importants à mener que celui de la révolution numérique», estime Cédric Romon. 

Pas sur le modèle américain

Si les nouvelles technologies s’immiscent de plus en plus dans la vie des agriculteurs, elles sont encore loin d’avoir colonisé les campagnes suisses.

Dans les grandes nations agricoles que sont les les États-Unis, le Brésil ou l’Australie, les avantages procurés par les machines auto-guidées et semi-autonomes, les drones pulvérisateurs ou encore la gestion automatisée des silos sont depuis longtemps reconnus.

En Suisse, les exploitations agricoles sont trop petites et le terrain trop accidenté pour permettre un développement sur le modèle américain.

«En ce qui concerne la gestion des grandes cultures, la Suisse suit les développements technologiques qui se font à l’étranger. En revanche, notre pays a un intérêt à se profiler sur tout ce qui touche à l’automatisation et à la numérisation des processus à l’intérieur des bâtiments (étables, porcheries, etc.)», estime Francis Egger, de l’Union suisse des paysans.

Les robots de traite ou de distribution de fourrage connaissent ainsi un succès grandissant en Suisse.

C’est le cas également des capteurs utilisés dans l’élevage bovin. La société bernoise Anemon Lien externe [4]a par exemple développé un capteur intravaginal qui donne des renseignements sur la température du corps d’une vache, son pouls et son positionnement GPS. La détection des chaleurs bovines est en effet un facteur important pour la rentabilité d’un élevage de vaches laitières.


  1. https://www.admin.ch/gov/fr/accueil/documentation/communiques.msg-id-65311.html

  2. https://www.blw.admin.ch/blw/fr/home.html?_organization=705
  3. http://www.swissinfo.ch/fre/pour-des-vaches-plus-heureuses_la-production-laiti%C3%A8re-%C3%A0-l-heure-de-la-robotique/32596366
  4. http://www.anemon-sa.ch/index.php?page=pages/welcome&lg=fr
  5. source/ http://www.swissinfo.ch/fre/agriculture-connect%C3%A9e_quand-les-robots-remplaceront-les-tracteurs/43312850?&ns_mchannel=rss&srg_evsource=rss

    Un monde agricole en pleine crise


    Par Luca Beti – publié le 9 mars 2017

    Des centaines d’exploitations agricoles disparaissent chaque année en Suisse. Derrière les chiffres se cachent des drames humains qui se terminent parfois en tragédie. C’est par exemple le cas dans le canton de Vaud, où douze paysans se sont suicidés ces deux dernières années. Depuis plus d’une année, un aumônier de campagne s’y occupe d’une quarantaine de familles paysannes en difficulté. Dans le Seeland bernois, Hans aussi traverse une mauvaise passe après la vente de toutes ses vaches laitières.

     

    En novembre 2015, plus de 10'000 paysans avaient manifesté à Berne pour protester contre les coupes budgétaires prévues par la Confédération dans le domaine agricole.
    En novembre 2015, plus de 10’000 paysans avaient manifesté à Berne pour protester contre les coupes budgétaires prévues par la Confédération dans le domaine agricole.

    (Keystone)

    Hans* hume l’atmosphère. Son étable est froide et désespérément vide. Appuyés contre le mur, il y a une fourche pour étendre la paille, un balai et un tabouret de traite typique à un seul pied. «Ce n’est pas facile», soupire Hans, le regard perdu dans le vide. Qui sait à quoi il est en train de penser. A ses 18 vaches qu’il a vendues l’an dernier? A son avenir difficile à imaginer?

    Hans a passé depuis peu le cap des 50 ans. Pendant plus de 30 ans, il a trait et porté le lait à la laiterie locale, où il était transformé en yogourt, en quark ou en beurre. «Je ne pouvais plus continuer ainsi», dit-il avec résignation. A l’automne 2015, une double hernie discale le contraint à une immobilité pratiquement complète. Seule une longue thérapie réussit à le remettre sur pied. Jeune, il aurait pu déplacer des montagnes, mais maintenant, il doit se ménager.

    Puis, l’été dernier, s’ajoutent de graves problèmes avec la fertilité de ses vaches. «Personne n’a été en mesure de découvrir la raison de cette difficulté», se souvient-il. Enfin, il faut rénover une écurie vieille de 30 ans et avec des équipements d’un autre temps. Il aurait dû contracter un crédit, un investissement à faire trembler les jambes et qui n’aurait peut-être pas eu d’avenir, puisque ses quatre fils, à l’époque, avaient choisi un parcours professionnel différent.

    A la fin 2016, Hans jette donc l’éponge. «Je n’ai pas fait faillite, précise-t-il. Je suis un paysan qui aime profondément son métier et les animaux, mais qui n’est plus disposé à traire à n’importe quel prix.»

    Cette décision a bouleversé son quotidien. «Avant, c’était les vaches qui rythmaient ma journée. Le matin, je descendais à l’écurie et je m’occupais d’elles. Maintenant, le temps ne semble jamais s’écouler», regrette-t-il. Cet hiver, il revêtira les habits d’homme au foyer, pendant que sa femme partira travailler. L’été, il cultivera ses terres – un peu plus d’une vingtaine d’hectares – et tentera de joindre les deux bouts en vendant du foin, de l’herbe, du maïs et de la paille. «Ce ne sera pas facile», soupire-t-il.

    Victimes de la cage d’écureuil 

    Chaque année, des centaines d’exploitations agricoles disparaissent en Suisse. Depuis 1980, leur nombre a été réduit de moitié. On en compte aujourd’hui un peu plus de 53’000.

    Durant la seule année 2015, 800 ont disparu, surtout celles de taille petite et moyenne, et tout particulièrement celles spécialisées dans la production de lait. A contrario, les grandes exploitations, spécialement celles comptant plus de 50 hectares, ont augmenté. 

    «Comme tous les secteurs économiques, l’agriculture subit aussi un changement structurel. Les exploitations agricoles sont obligées de se développer pour produire de manière rentable et durable ou de trouver des niches d’activité, comme l’agritourisme ou la vente directe, afin d’augmenter leurs recettes. Mais ce ne sont pas des voies praticables par tous. Les petites et moyennes exploitations qui n’ont pas réussi à suivre l’évolution sont malheureusement destinées à disparaître», explique Gianluca Giuliani, ingénieur agronome et expert d’économie agraire. 

    Selon cet expert, l’évolution que vit le secteur agricole suisse peut aussi s’analyser en termes économiques. Selon Willard Cochrane (1914-2012), expert américain d’économie agraire, ce processus de transformation est favorisé par ce que l’on appelle «la cage d’écureuil de l’innovation technologique». Comme un écureuil dans une cage tournante, le paysan court, mais sans avancer pour autant. 

    C’est un mécanisme à plusieurs phases. «Une innovation technique provoque une surproduction et un tassement des prix. Cette situation pousse à la faillite des paysans âgés, pauvres ou qui se sont endettés pour acheter de nouveaux équipements. Leur faillite provoque une réduction de la production et une augmentation des prix. Ensuite, malheureusement, le mécanisme recommence», résume Gianluca Giuliani. 

    Un aumônier au chevet de familles désespérées 

    Cette cage d’écureuil fait des centaines de victimes chaque année, dont Hans. «Tôt ou tard s’ouvrira pour moi une porte vers une nouvelle activité professionnelle», dit-il plein d’espoir. Mais il n’est pas facile de changer de vie après avoir travaillé pendant des décennies de manière indépendante, au contact avec les animaux et à l’air libre. Pour certains, l’avenir est noir et sans échappatoire. 

    Ces deux dernières années, 12 paysans se sont ôté la vie dans le canton de Vaud. Une série de suicides qui a suscité de grandes inquiétudes parmi les agriculteurs. Depuis l’automne 2015, un pasteur de campagne s’occupe des paysans en crise. Pierre-André Schütz, aumônier du village d’Autavaux, près du lac de Neuchâtel, accompagne actuellement une quarantaine de familles. «Je rencontre un inconfort humain, existentiel. Il y a des personnes qui ont peur de l’avenir», a-t-il témoigné à la radio alémanique SRF. 

    Pierre-André Schütz connaît bien cette situation. Paysan jusqu’à l’âge de 52 ans, il décide d’étudier la théologie après une dépression. Aujourd’hui âgé de 67 ans, il devrait être à la retraite. Mais il n’a pas le temps de se reposer. Sa charge à 50 pour cent l’occupe à plein temps. «J’ai été submergé de demandes d’aide. Jusqu’à présent, nous avions totalement sous-évalué le désespoir qui règne dans le monde agricole», indique-t-il. Un paysan qui tombe en faillite est contraint de vendre la ferme et les terres qui ont été transmises de père en fils pendant des générations. «C’est une honte, une humiliation parfois insupportable», rappelle l’aumônier.

    Le cadre de l'Emmental est très bucolique, mais les paysans y sont souvent confrontés à de grandes difficultés.
    Le cadre de l’Emmental est très bucolique, mais les paysans y sont souvent confrontés à de grandes difficultés.

    (Thomas Kern/swissinfo.ch)

    Ligne du cœur des paysans 

    Le changement structurel qui a lieu dans le secteur agricole n’est pas le seul responsable de ce désespoir profond. C’est un ensemble de difficultés, accentuées par la pression croissante exercée sur les familles paysannes. «Dans l’agriculture, plusieurs générations – les grands-parents, les parents et les enfants – vivent sous le même toit. La cohabitation est problématique, aujourd’hui plus qu’autrefois, parce que les besoins ne sont plus les mêmes», déclare Lukas Schwyn, prêtre dans une paroisse de l’Emmental et président d’une ligne du cœur des agriculteurs. «La majeure partie des femmes paysannes a une bonne formation et veut se réaliser professionnellement aussi en dehors de l’exploitation. Souvent, l’homme veut que les rôles traditionnels restent inchangés.»

    Créée en 1996, la ligne du cœur est gérée par une association d’utilité publique. Ces dernières années, il a enregistré une augmentation des demandes d’aide. En 2015, il a reçu 153 appels, pratiquement deux fois plus qu’en 2011. Tant les hommes que les femmes appellent. Le 39% a téléphoné en raison de conflits familiaux, 24% pour des problèmes financiers et 17% pour des difficultés économiques. 

    «En ce moment, de nombreux agriculteurs, surtout ceux âgés de 50 à 65 ans, se demandent s’il ne faut pas tout envoyer balader», déclare Lukas Schwyn, en précisant que les suicides en Suisse romande ne sont pas dus uniquement aux difficultés économiques favorisées par la politique agricole, mais aussi à des problèmes personnels et de couple. «Il est rare qu’un paysan nous dise au téléphone qu’il a l’intention de se suicider. Mais nous enregistrons un nombre croissant d’appels de personnes qui souffrent de dépression et de burnout.»

    Mais les choses sont en train de bouger dans toute la Suisse pour venir en aide aux paysans en difficulté. Depuis le printemps 2015, les représentants des bureaux d’aide aux paysans de la Suisse alémanique se rencontrent dans le cadre de la plate-forme «Notfallhilfe» (aide en cas d’urgence) pour échanger des expériences et apprendre les uns des autres. Dans le canton de Vaud, cet hiver, des vétérinaires, contrôleurs et représentants des coopératives agricoles – soit une centaine de personnes en contact étroit avec les paysans – sont formés afin de reconnaître à temps les signes avant-coureurs d’un possible suicide.

    Après notre conversation, Hans, notre paysan du Seeland bernois, ferme la porte de son écurie et retourne à la maison en traînant ses sabots. Un chaton s’approche de lui en miaulant. Il a faim. Hans prend la bouteille de lait dans son frigo et lui en verse un peu dans son écuelle. Mais ce n’est pas son lait. Lui, il n’a plus de vaches.

     

    Chaque année en Suisse, les plus de 53’000 exploitations agricoles se partagent environ 2,8 milliards de francs de paiements directs.

    Selon un rapport de l’Organisation pour la coopération et le développement économique (OCDE), la Suisse est le pays qui subventionne le plus son agriculture parmi les 34 États membres de l’organisation. 

    En 2015, environ 62% du revenu des exploitations agricoles provenait des caisses publiques. Mais c’est moins que dans le passé. Par exemple, dans les années 1986-1988, les subventions représentaient encore environ 78% des revenus des paysans. 

    Depuis 2014, avec l’adoption de la Politique agricole 2014-2017, il existe sept types de paiements directs qui soutiennent des prestations de l’agriculture qui ne sont pas rémunérées par le marché, comme la préservation du paysage rural, la préservation de la biodiversité ou la promotion de méthodes de production respectueuses de l’environnement. 

    Source: Rapport agricole 2016Lien externe

    (Traduction de l’italien: Olivier Pauchard)


    http://www.swissinfo.ch/fre/soci%C3%A9t%C3%A9_un-monde-agricole-en-pleine-crise/42961874


    DOSSIER : La ruralité : un enjeu électoral 2017

    Crise agricole : 20.000 exploitations risquent de disparaître en France d’ici 2018

    Par Dimitri Imbert et Jean-François Fernandez, France Bleu Besançon lundi 27 mars 2017 à 4:00

    Lors des dernières manifestations à Vesoul, les agriculteurs avaient répandu de la poudre de lait sur la route.
    Lors des dernières manifestations à Vesoul, les agriculteurs avaient répandu de la poudre de lait sur la route. © Maxppp – Lionel Vadam

    Un président concerné en urgence par la question agricole. C’est ce qu’attendent les agriculteurs des élections, à l’image de Patrice Perrier, un éleveur de Recologne-lès-Rioz en Haute-Saône. Il avait dû vendre aux enchères ses bêtes et son matériel le 5 février 2016 pour régler ses dettes.

    407.000 euros de dettes, un moral qui plonge et la santé qui fout le camp. Début 2016, la mort dans l’âme, Patrice Perrier, un éleveur de Recologne-Lès-Rioz en Haute-Saône, doit vendre son matériel agricole et son bétail pour régler ses difficultés financières.

    Un président qui s’occupe en urgence du monde agricole dès son arrivée à l’Elysée » – Patrice Perrier, éleveur

    Un an après la vente aux enchères, nous sommes retournés voir notre agriculteur. Patrice Perrier a repris une activité, non plus en EARL (entreprise agricole à responsabilité limitée) mais en son nom propre. Un cousin a racheté ses 70 vaches lors de la vente aux enchères, Patrice essaie de monter un crédit pour commencer à rembourser. Et il observe de près les candidats à la présidentielle : « On attend énormément, on espère un président qui s’occupe en urgence du monde agricole dès son arrivée à l’Elysée. Car 20.000 exploitations risquent de disparaître en France d’ici 2018. »

    Le problème de fond reste celui du prix du lait, des céréales, et bien sûr les charges. Selon lui, le futur président ne doit pas se contenter d’une visite médiatisée au Salon de l’agriculture, car les besoins sont immédiats et concrets : « Je sais que si on ne se regroupe pas, mon exploitation est condamnée d’ici les cinq prochaines années », constate Patrice, sans trop d’illusions. « Même si notre nouveau président fait de l’agriculture une priorité, on sait qu’il faudra de cinq à dix ans pour redresser la barre.«  Ce qui n’empêche pas Patrice Perrier, comme tous les agriculteurs, d’y croire et de se lever à l’aube pour monter sur son tracteur, et de finir sa journée tard dans la soirée.

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    Durant toute la durée des campagnes pour l’élection présidentielle et les législatives, France Bleu a choisi de ne pas relayer de sondage sur son site internet. Fidèle à son image de proximité, France Bleu donne la parole au plus grand nombre au travers des reportages réalisés sur le terrain par les rédactions des 44 locales du réseau France Bleu.


    source/ https://www.francebleu.fr/infos/agriculture-peche/20-000-exploitations-agricoles-risquent-de-disparaitre-en-france-d-ici-2018-1490288417