1981 – Réponse d’Igor Morgoulov, vice-Ministre russe des Affaires étrangères, à l’agence d’information Rossiya Segodnya sur la Corée du Nord

2017.07.02.coree du sud coree du nord

Question: Récemment, le Secrétaire d’État américain Rex Tillerson a annoncé un changement de position de la Russie concernant la Corée du Nord. Est-ce que Moscou est vraiment prêt à faire évoluer sa politique sur cet axe? Est-ce que la Russie est prête, seule ou avec la Chine, à essayer d’exercer une influence sur Pyongyang pour que le régime nord-coréen cesse d’enfreindre les résolutions du Conseil de sécurité des Nations unies?

Réponse: La position de principe de la Russie concernant le processus de paix coréen reste inchangée et cohérente. Nous prônons une solution globale à tous les problèmes de la péninsule coréenne, exclusivement par la voie pacifique, à travers un dialogue sans conditions préalables entre toutes les parties impliquées et notamment les principaux antagonistes – les USA et la Corée du Nord. Nous sommes convaincus que les provocations militaires, le cliquetis des armes, les déclarations belliqueuses – quelles qu’en soient les origines – ne font qu’aggraver la situation et la rapprochent d’une ligne rouge qui, une fois franchie, conduira à l’éclatement d’un vaste conflit armé, qui plus est avec la probabilité d’utilisation de l’arme nucléaire.

Pour éviter un tel scénario, nous avons élaboré et nous sommes prêts à évoquer avec nos partenaires un ensemble de mesures pratiques, une sorte de « feuille de route » ayant pour objectif final la mise en place en Asie du Nord-Est d’un mécanisme de paix solide tout en réglant les problèmes de la péninsule, y compris sa dénucléarisation.

Il faut que tous les pays de cette région se sentent en sécurité à part égale, sachant que dans le cas de la Corée du Nord il faudra donner des garanties suffisamment solides pour que Pyongyang accepte d’abandonner ses programmes balistiques et nucléaires.

Nous préconisons d’aller dans ce sens sans conditions préalables, étape par étape, du plus simple au plus compliqué, en commençant par les choses évidentes: faire preuve de retenue réciproque sans se provoquer, entamer les négociations sur les principes généraux des relations comme la non-agression, l’abandon de l’usage et de la menace d’utiliser la force.

En promouvant notre initiative nous agissons en coordination avec les partenaires chinois qui éprouvent les mêmes préoccupations par rapport aux événements dans la péninsule coréenne, et nous avons proposé un « double gel »

  1. des expériences balistiques et nucléaires de la Corée du Nord
  2. des exercices militaires des USA et de la Corée du Sud

– et la « progression parallèle » vers la dénucléarisation et vers la mise en place d’un système de paix et de sécurité dans la région. Nous soutenons ces idées.

Un élément important de la position russe est d’exhorter toutes les parties à respecter rigoureusement les termes des résolutions du Conseil de sécurité des Nations unies.

La Russie a participé à l’élaboration de ces documents internationaux et a voté pour leur adoption en se basant sur le caractère inadmissible de l’obtention du statut nucléaire par la Corée du Nord. Je voudrais noter par ailleurs que les résolutions du Conseil de sécurité mentionnées parlent de l’absence d’alternative au règlement des problèmes existants par des méthodes politico-diplomatiques.

En ce qui concerne les sanctions internationales contre la Corée du Nord, elles ont pour but de pousser Pyongyang à renoncer aux programmes balistiques et nucléaires et n’ont pas uniquement pour objectif de « punir » le peuple nord-coréen.

Nous sommes opposés à une large interprétation du régime de sanctions de l’Onu et, qui plus est, à l’adoption de restrictions unilatérales par des États à part visant de facto à « étouffer » économiquement la Corée du Nord.


source/ http://www.mid.ru/fr/foreign_policy/news/-/asset_publisher/cKNonkJE02Bw/content/id/2798991