1897 – Autriche-Norbert van Handel – « Nous devons créer une Union d’Europe Centrale pour sauver nos identités »

Autriche – Entretien avec Norbert van Handel, juriste et homme d’influence en Autriche: «Nous devons créer une Union de l’Europe centrale pour sauver nos identités», par Ferenc Almássy. Entretien mené début mai 2017, à Vienne.


Ferenc Almássy : Merci pour cet entretien, baron van Handel. On dit de vous que vous êtes une sorte d’éminence grise derrière Norbert Hofer, troisième président du Parlement autrichien et vice-président du Parti de la liberté autrichien (FPÖ), que vous avez fait profiter de vos réseaux. En effet, vous avez aidé par exemple à organiser la réunion entre M. Hofer et le président tchèque Zeman lors de la campagne présidentielle du candidat du FPÖ. Quel était votre rôle réel et votre place dans la campagne de M. Hofer ?

Norbert van Handel : Je suis un ami personnel de Norbert Hofer et il est membre, comme moi, de l’Ordre européen de Saint George (un ordre de la Maison de Habsbourg-Lorraine) qui est devenue une grande organisation en Europe centrale et du sud-est. Bien que je ne suis pas membre du FPÖ moi-même – je suis complètement indépendant – je pense que leurs valeurs sont bonnes. Ils sont chrétiens, ils croient en la famille, dans la propriété et dans la possibilité de défendre notre société et notre culture. Et ils croient en l’Europe, dans une Europe qui soit une patrie des patries.

Nous pensons que l’Europe devrait être entièrement refondée. La politique étrangère actuelle est mauvaise. Regardez l’Ukraine. Cela ne fait aucun sens d’avoir des sanctions contre la Russie, et il n’y aura pas de bons résultats sur le long terme.

La deuxième chose, c’est que nous avons besoin de paix en Europe. Et la troisième chose que nous devons avoir est une forte défense. Au lieu de cela, ce que nous avons maintenant, c’est une invasion de personnes du Moyen-Orient, d’Afrique, d’Asie, qui, si elle se poursuit, va certainement détruire ce continent. Une députée allemande de la CDU – son nom est Kordula Kovac a déclaré que nous devons nous attendre à ce que 20 millions d’autres musulmans arrivent en Europe.

Et cela signifie que, si, disons, 10 millions de ces 20 millions d’immigrés fondent des familles, et si vous le comparez avec 10 millions du côté chrétien, vous aurez en 10 ans 50 millions de musulmans et seulement 15 millions de chrétiens. Par conséquent, tout le monde comprendra que l’Europe sera islamique dans les 20 à 30 prochaines années si nous continuons comme ceci.

Cela est difficile à croire, mais cela découle – c’est mon avis, bien que je ne puisse pas le prouver – de l’agenda et des intérêts spécifiques de personnes comme Soros, le Conseil des relations extérieures et les groupes de réflexion de Bilderberg. Et je pense que nous sommes actuellement impuissants pour lutter contre ce genre de développement sur notre continent.

FA : C’est un point de vue que certains pourraient contester, en disant que c’est une sorte de théorie du complot.

Norbert van Handel : Je ne suis pas partisan des théories du complot. Cependant, lorsque vous regardez un homme comme Soros, sa stratégie est claire : il détruit les monnaies d’abord, puis joue le rôle du philanthrope à travers des investissements sociaux. C’est une manière très vile d’agir. Cet homme veut changer le monde. Il veut créer des continents avec des populations complètement mélangées et organiser le monde en plusieurs grands domaines réglementés par le super-capitalisme et gérés par très peu d’entreprises, ou plutôt, en fait, par quelques milliardaires aux États-Unis. Si cela devait arriver, cela signifierait la perte complète de notre culture, de notre religion, de nos traditions et de tout ce qui, accumulé, a constitué notre identité au cours des 1.000 dernières années.

Et je pense que nous devons également nous battre contre des gens comme M. Asselborn qui ont déclaré que la Hongrie devrait être expulsée de l’UE, ou M. Timmermans qui a déclaré que les États-nations doivent être éliminés et que toute l’humanité doit être métissée, et aussi contre certaines politiques de Mme Merkel dont «l’invitation» a causé une catastrophe pour ce continent, et qui a aussi fait un accord très dangereux avec les Turcs.

FA : Parlant d’Angela Merkel : vous lui avez écrit une lettre ouverte … pensez-vous qu’elle puisse gagner les prochaines élections cette année et quelles en seraient les conséquences? D’autant plus que M. Macron en France a été élu, et qu’il est connu pour sa proximité avec Mme Merkel.

Norbert van Handel : C’est une question très difficile. Je pense que Mme Merkel sera réélue. Les gens en Allemagne semblent n’avoir aucun autre choix. D’autre part, M. Schultz serait également une catastrophe pour l’Europe. Je pense que les choses seront pires en Allemagne qu’en France. Avec l’élection de M. Macron, la position de Mme Le Pen sera renforcé lors des prochaines élections législatives de juin. Et il sera très difficile pour M. Macron d’organiser la soi-disant cohabitation. Je pense qu’il y aura des émeutes majeures, sinon une révolution. De notre côté, cependant, notre tâche est de créer une Europe centrale très forte.

FA : Et comment ? Ne pensez-vous pas que l’Allemagne est le maître actuel de l’Europe centrale ? Beaucoup de personnes disent que l’Allemagne est le véritable marionnettiste en Europe centrale en raison de ses liens économiques dans la région.

Norbert van Handel : Je pense que les pays plus petits en Europe centrale comme la Hongrie, l’Autriche, la Croatie, la Pologne, la Tchéquie, la Slovaquie et la Slovénie doivent être beaucoup plus proches et doivent pouvoir parler d’une seule voix à Bruxelles.

Cela signifie que nous devrions revenir aux quatre grandes libertés: les biens, les personnes, les services et les finances. Et la configuration institutionnelle de l’Union européenne doit être beaucoup plus réduite. Il y a deux parlements, quelle folie! Un à Bruxelles, l’autre à Strasbourg. Celui à Strasbourg est juste là pour satisfaire la France, mais il n’est pas nécessaire du tout.

En outre : nous avons beaucoup trop de lobbyistes – ils influencent les institutions européennes uniquement dans l’intérêt de la super-finance et du super-capitalisme.

Nous devons créer une Union de l’Europe centrale afin de sauver nos identités, si vous voyez ce que je veux dire.

FA : Je vois … Mais pensez-vous que l’Europe centrale aura la force nécessaire pour amener ces réformes alors que l’Allemagne, le Benelux et la France veulent une plus grande centralisation de l’Union européenne ? Et maintenant, avec le Brexit, le Royaume-Uni quittant l’Union, une Union centre-européenne pourrait s’avérer être un peu trop faible pour défendre son point de vue.

Norbert van Handel : C’est pourquoi il est nécessaire de mettre tous les efforts dans la construction d’une coopération solide, d’élargir le groupe Visegrád, d’essayer de promouvoir l’idée Visegrád, de créer un groupe fort qui défendrait les intérêts de ces pays, puis parler d’une seule voix. Pas sur tous les sujets, mais sur les points principaux. Le plus gros argument est que l’Europe centrale élargie, si vous incluez la Roumanie et la Bulgarie, aura une population de plus de 100 millions de personnes.

FA : Vous incluez l’Autriche ?

Norbert van Handel : Bien sûr. L’Autriche en sera bien sûr membre. Je ne dis pas que l’Autriche doit être le meneur, mais ce doit être l’un des points focaux. Cependant, ce que nous ne voulons pas, c’est une sorte de revanchisme. Vous savez, l’histoire est l’histoire. Ces pays ont été ensemble pendant des centaines et des centaines d’années. Ils ont les mêmes racines, une façon de penser similaire. Nous devrions essayer de découvrir quelles sont vraiment les volontés des personnes dans ces pays. Selon un nouveau sondage, plus vous allez vers le Sud-Est, moins le soutien à la politique actuelle de l’Union européenne est important.

FA : Les élections se tiendront l’année prochaine en Autriche (ndlr : entre temps, des élections anticipées ont été prévues pour cet automne). Selon les sondages, le FPÖ est en très bonne position pour arriver en tête. Cela signifie que l’Autriche peut avoir un Chancelier FPÖ. Comment voyez-vous les actions possibles d’un gouvernement autrichien dirigé par FPÖ dans les Balkans et vis à vis du groupe Visegrád ?

Norbert van Handel : À mon avis, il est clair qu’un gouvernement où le FPÖ occupe une position forte s’efforcera très activement et directement à travailler avec nos voisins. Surtout avec la Hongrie, parce que les relations politiques entre l’Autriche et la Hongrie n’ont pas été les meilleures récemment, ce pour quoi je suis vraiment navré. Mais aussi avec la Pologne, la Tchéquie, la Slovaquie, la Croatie, la Slovénie et l’Italie du Nord. Nous devons établir des relations politiques très étroites avec ces pays.

FA : Que voulez-vous dire ? Plus de collaboration ?

Norbert van Handel : Plus de collaboration, pour commencer, des conférences, mais aussi des contrats d’État et toutes ces choses. Nous devons montrer à nos amis ce que nous voulons faire, nous devons obtenir leur soutien, et nous devons prendre des mesures décisives – comme l’Autriche l’a fait maintenant en ce qui concerne ladite route des Balkans. Le ministre autrichien des Affaires étrangères a déclaré: “Nous la fermons!” et il en fut ainsi.

L’Autriche a encore une certaine influence dans ces pays, mais ce ne devrait jamais être une relation de suprématie, pas du tout. Ce devrait être une relation basée sur notre histoire mutuelle, sur les objectifs mutuels de développement et toutes ces choses que nous avons en commun.

La prochaine question pourrait être – quelle coalition ? Eh bien, si le FPÖ arrive au pouvoir, vous pourriez avoir une coalition entre l’ÖVP – qui en Autriche est beaucoup plus à droite que le CDU ne l’est en Allemagne – ou les sociaux-démocrates.

FA : Donc, vous ne voyez pas l’Allemagne elle-même comme un problème pour l’Europe centrale ? Vous ne pensez pas que, en étant un mandataire des États-Unis, l’Allemagne tentera de garder l’Europe sous contrôle, d’en faire un marché sous son contrôle, et que l’Allemagne utilisera l’Union européenne pour créer une nouvelle Mitteleuropa (ndlr : Il s’agit d’un terme de propagande allemand inventé par Friedrich Naumann en 1915, pendant la Première Guerre mondiale), où toutes ses entreprises peuvent produire à des prix avantageux ? Et donc, l’Allemagne a un important  levier politique sur les gouvernements des pays d’Europe centrale, non ?

Norbert van Handel : Je pense qu’il ne faut pas oublier que l’Allemagne est une fédération, et l’un des membres les plus gros et les plus importants est la Bavière. Et la Bavière s’intéresse résolument à une Europe centrale comme nous voudrions le voir. Si vous allez en Saxe, c’est similaire. Et en Rhénanie, vous trouveriez un vieux pays catholique qui repose sur les traditions de l’ancien Empire romain, et ce n’est que lorsque les Prussiens et Napoléon sont venus que ces traditions ont été perdues … ainsi donc je ne pense pas que notre concept d’Europe centrale ne sois pas possible.

Une Union centre-européenne semblable au Benelux est vraiment importante au sein de l’UE, car l’Allemagne compte environ 80 millions de personnes et une grande partie d’entre elles ne sont pas satisfaites des politiques de Mme Merkel – même si elles vont l’élire à nouveau. Mais en Europe centrale, vous avez plus ou moins les mêmes concepts de base dans tous les partis politiques. Et cela pourrait nous rendre forts : Viribus Unitis.

FA : Mais quelle sera la clé pour faire une Europe centrale forte, quel pourrait être l’outil qui permette à ces pays de parler d’une seule voix?

Norbert van Handel : De mon point de vue, le groupe Visegrád ne sera qu’un début. L’étape suivante sera d’étendre le groupe Visegrád en incluant de nouveaux pays et en renforçant son fonctionnement. Bien sûr, il faudra beaucoup de travail pour convaincre les gens et leur expliquer pourquoi tout cela est nécessaire.

Au cours de nos entretiens avec le président Zeman – qui vient de la gauche – il a semblé avoir un grand intérêt pour ce concept. Parler avec le vice-premier ministre de la Hongrie m’a donné la même impression. Lorsque nous avons parlé au président Nikolić, l’ancien président serbe, il a compris très bien notre point de vue. Et le président Kitarović en Croatie également. Donc, dans l’essence, nous nous comprenons, mais tant que nous ne gouvernons pas le pays avec le FPÖ, nous ne pouvons pas vraiment lancer le projet.

FA : Donc, vous pensez que la clé pour l’Europe centrale serait la participation de l’Autriche ?

Norbert van Handel : De l’Autriche et de la Hongrie aussi. La Hongrie est importante. Cependant, il faut éviter tout type de suprématisme par rapport aux autres.

FA : Vous comprenez que certains pays et personnes puissent s’inquiéter si on parle de l’Autriche-Hongrie à nouveau …

Norbert van Handel : Oui, mais nous devons dire clairement ce que nous voulons, et alors ils n’auront pas peur. Regardez, lorsque l’Autriche en 1908 est allée en Bosnie-Herzégovine occupée, elle due s’entendre avec la population musulmane locale. En conséquence, le vieil empereur a décrété une loi sur l’islam en 1912. Deux ou trois ans plus tard, les Bosniaques étaient les meilleurs et les plus efficaces soldats de l’armée austro-hongroise. Et ils ont vu ce que la Monarchie a fait pour eux : construire des rues, des hôpitaux, des écoles, des chemins de fer, des routes, etc.

Je pense que l’Ordre européen de Saint George est sur le bon chemin lorsque nous disons honnêtement que nous ne voulons rien. La Première Guerre mondiale a pris fin il y a près de cent ans, avec de nombreux événements sanglants et beaucoup de cruauté. Mais c’est l’histoire et ce que nous essayons de développer de nos jours est une nouvelle Europe qui est une patrie des patries. Ce qui importe, c’est que nous n’oubliions pas nos anciennes racines communes.

Cela peut sembler une illusion. Mais si vous n’avez pas de vision en politique, ne faites pas de politique. Je n’aime pas les gens qui disent : «nous agissons uniquement de façon pragmatique». Cela ne nous avance pas d’un pas dans la bonne direction.

FA : Donc, si je résume vos pensées, je dirais que vous voyez l’Autriche comme la clé de la région ? L’implication de l’Autriche sera la clé pour construire une nouvelle Europe centrale ?

Norbert van Handel : Non, je ne pense pas que l’Autriche soit si importante. D’autre part, je vois l’exemple de la fermeture de la route des Balkans – M. Kurz a pris cette décision très rapidement et contre la volonté de Mme Merkel. Finalement, Mme Merkel a déclaré: «C’est fantastique! Maintenant, nous avons moins de réfugiés!” Ce qui ne l’a pas empêchée, cependant, de blâmer l’Autriche pour la fermeture des frontières …

FA : Mais deux ans auparavant déjà, le groupe Visegrád s’est levé et a dit “Non” à cela … allant même jusqu’à envoyer des soldats du V4 en Macédoine, par exemple.

Norbert van Handel : La Macédoine est un gros problème. Il y a quelques semaines, j’ai eu une conversation téléphonique avec le président Ivanov qui m’a parlé de ses problèmes avec les musulmans venant d’Albanie. Ils veulent diviser l’ensemble de l’État pour l’islamiser. La Macédoine est bloquée entre l’Albanie et la Grèce, et de plus en plus de musulmans arrivent. J’ai donc dit à mon ami : vous rappelez-vous ce que nous avons fait en 1683 ? Si nous ne réagissons pas maintenant, ils continueront d’envahir nos pays. Et cela peut bien signifier la fin de notre démocratie.

Nous devons construire une “Forteresse Europe”. Nous devons commencer à les renvoyer dans leurs pays d’origine dès que possible. Il est impossible de les intégrer tous. Peut-être certains d’entre eux, sur une base individuelle, soit. Mais ce qui se passe maintenant n’est rien d’autre qu’une invasion. C’est pourquoi nous devons considérer la politique des États-Unis. Pourquoi ont-ils détruit la Libye ? Pourquoi détruisent-ils la Syrie ? Pourquoi ont-ils détruit l’Irak ? Ces guerres ont généré des situations dramatiques qui ont poussé des gens à venir ici.

FA : Pensez-vous qu’il s’agit d’une politique délibérée des États-Unis? Pensez-vous qu’ils sont responsables de toute cette crise migratoire ?

Norbert van Handel : Oui, plus ou moins.

FA : Je veux dire, au-delà de leur bellicisme…

Norbert van Handel : Je pense qu’il est trop tôt pour que le président Trump joue son rôle comme annoncé. Il y a les grands groupes de réflexion … le Conseil des affaires étrangères ou l’Institut Rockefeller, par exemple, qui ne voient tout qu’à travers la recherche du gain. Ce qu’ils veulent, c’est tout changer sur leur chemin, mettre à terre ces Européens sanglants avec leur stupide Histoire et leur religion, et mettre un terme à tout cela. Ils veulent que tout devienne une partie de leur nouveau monde merveilleux, l’Europe perdant toutes ses identités nationales.

FA : Pensez-vous que c’est pour affaiblir l’Europe ou pour nous forcer au multiculturalisme ? Quel est l’objectif précis ?

Norbert van Handel : Je crois que leur objectif est d’affaiblir l’Europe en tant que continent, avec ses traditions, sa religion et sa culture et son ancienne histoire. Pour les Américains, ce sont des choses qu’ils n’aiment pas et ne comprennent pas. Ils peuvent aimer voir de beaux films, tels que “La Mélodie du Bonheur”. Mais leur véritable objectif est de créer et de dominer les marchés. Ils l’appellent cela des «marchés équitables», mais ce que les gros bonnets ont à l’esprit, c’est que quelques compagnies gigantesques gouvernent le monde entier et les finances.

Nous devons nous réveiller et nous demander : est-ce la vie que nous voulons? Est-ce que nous voulons cela pour nos enfants ? Désirez-nous que notre environnement soit détruit, comme dans une grande partie de l’Amérique ? Avons-nous envie de manger de la nourriture que nous n’aimons pas ? Veut-on que nos agriculteurs disparaissent ? Voulons-nous importer des marchandises de partout qui ne sont pas de bonne qualité ? Je pense que la réponse est non.

Cela ne veut pas dire évidemment que nous ne voulons pas développer de bonnes relations commerciales, mais une mondialisation complète ira sans conteste dans le mauvais sens. C’est une voie qui mène à la mort de notre culture. Nous ne voulons pas la culture de l’Amérique, nous voulons notre propre culture. Mais nous devons nous battre pour cela.

Ferenc Almássy et Norbert van Handel à Vienne, V. 2017.
FA : Quel est le rôle de l’Ordre Européen de Saint George que vous avez évoqué à plusieurs reprises ? Quel est son but ? Voulez-vous remettre un Habsbourg sur le Trône ?

Norbert van Handel: Eh bien, l’Ordre européen de Saint George est une organisation à croissance rapide en Europe centrale, mais nous avons aussi des membres en Angleterre et ailleurs. Nous nous battons pour de bonnes valeurs. Tout d’abord, le christianisme. Deuxièmement, le conservatisme basé sur les valeurs, et non sur les structures. Nous ne voulons pas encore d’une féodalité. Ensuite, une forte défense et une économie libérale. Nous voulons que l’Europe aille dans la bonne direction. Et bien sûr, nous sommes liés à l’histoire qui a été décisivement façonnée par la maison de Habsbourg-Lorraine qui a régné en Europe depuis 700 ans.

C’est ce que nous voulons promouvoir partout où nous le pouvons, et j’ai l’impression que l’intérêt pour notre objectif est beaucoup plus fort que prévu. Au cours de ses réunions et événements, l’Ordre européen de Saint George peut régulièrement enregistrer 50, 60, voire 70 nouveaux membres de tous les partis politiques, venant du monde économique, mais aussi des gestionnaires, des médecins, des professionnels des relations publiques, des universitaires et des aristocrates. Mais comme je l’ai déjà dit, nous devons défendre nos valeurs. Pour cela, nous devons rester debout.

FA : Qu’entendez-vous par économie libérale ?

Norbert van Handel : Je ne veux pas dire le super-capitalisme. Ce que je veux voir, c’est moins de réglementations, moins d’impôts et de meilleures chances de développement, en particulier pour les entreprises de taille moyenne. Le concept de notre libéralisme économique est que tout le monde peut gagner de l’argent et devenir riche, que tout le monde peut travailler autant qu’il le souhaite et selon les lois, mais avec beaucoup moins de réglementations. C’est ce que nous avons à l’esprit.

FA : Mais pour éviter le super-capitalisme, alors vous devez avoir un État impliqué dans l’économie, qui peut arrêter …

Norbert van Handel : Il faudrait toujours des lois contre les ententes et qui prévoient des règles économiques équitables. Mais l’objectif politique est de protéger une économie large et ouverte et d’éviter que les grandes entreprises ne deviennent trop importantes. Cela signifie aussi éviter les monopoles.

FA : Donc, fondamentalement, vous plaidez pour un système libéral dans lequel l’État fournit simplement tous les moyens nécessaires pour éviter les monopoles ?

Norbert van Handel : Oui, laisser les gens travailler autant qu’ils le souhaitent, mais éviter les monopoles. Par exemple, si la société allemande Bayer achète Monsanto, Monsanto pourrait entrer dans l’Union européenne par la petite porte. C’est très, très dangereux. En revanche, je ne veux pas trop de protectionnisme. Le libre échange est correct, mais les biens devraient être autorisés à entrer uniquement s’ils répondent à certains critères de qualité.

Nous avons également besoin de réglementations pour notre santé et pour la sécurité des enfants. Et bien sûr, si les biens sont produits par un travail sous-payé ou par des enfants, il s’agit d’une question de moralité. Par exemple, les marchandises importées de Chine où les travailleurs sont sérieusement sous-payés, de sorte que les entreprises chinoises peuvent vendre des produits beaucoup moins chers que nous. Je ne pense pas que cela soit acceptable.

FA : À propos de la Chine : j’ai posé à M. Hofer cette question lorsque je l’ai interrogé en février[1]. La Chine s’intéresse vraiment à l’Europe centrale. Ils ont de grands projets comme la Nouvelle Route de la Soie et le projet dit “la Ceinture et la Route”, à savoir le développement d’un réseau d’infrastructures intercontinentales entre l’Europe, l’Afrique, l’Asie et la Chine. M. Zeman a rencontré de nombreux responsables chinois, et il y a un train ferroviaire rapide prévu d’Athènes à Budapest, dont la première partie reliera Budapest avec Belgrade. On parle également des canaux et des chemins de fer. La Chine investit déjà en Europe centrale. Comment voyez-vous cela ?

Norbert van Handel : Cela ne me dérange pas si la gestion en est correcte. Lorsque l’État est propriétaire d’une entreprise et la gère bien, cela ne me dérange pas. Mais, par exemple, en Afrique, la Chine ne fait pas attention lorsqu’elle entre dans des accords de coopération avec des dictateurs locaux, ce qui crée un problème pour l’Afrique. Mais ici en Europe, je ne pense pas que la coopération avec les Chinois soit un problème. C’est la même chose qu’avec les oligarques russes. Ils achètent de grands hôtels … mais ils ne peuvent pas les emporter avec eux.

Les règles de l’économie doivent être définies clairement. Un autre exemple : je ne pense pas que ce fut une bonne idée que la Hongrie ait exproprié les propriétaires de terres agricoles autrichiens. Par ailleurs, je crois que la politique de M. Orbán est très bonne. Il semble être un véritable meneur européen.

Nous devons veiller à ce que les États en Europe restent indépendants et nous devons réformer l’UE pour ramener la paix en Europe, poursuivre une politique substantielle qui doit inclure de bonnes relations avec la Russie, une défense forte et une économie libre et libérale qui protège également nos industries et nos entreprises de taille moyenne.

Permettez-moi de le répéter : nous voulons une Europe qui soit la Patrie des patries, et pas un monstre bureaucratique tel qu’elle semble l’être maintenant.


source / https://visegradpost.com/fr/2017/05/25/norbert-van-handel-nous-devons-creer-une-union-deurope-centrale-pour-sauver-nos-identites/

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