1841 – Suisse – Débat sur la loi sur l’énergie – Votation du 21 Mai 2017

CINQ ARTICLES

  • 1/- En crise, les barrages suisses s’infligent une cure d’austérité  –
  • 2/-Énergie: un oui à l’avenir et à notre indépendance … –
  • 3/-Refusons de sauter dans le vide! Non à la loi sur l’énergie  –
  • 4/-L’économie se déchire autour de l’énergie  –
  • 5/-Pascal Couchepin sur l’énergie: «Je dis non au subventionnement généralisé»

 

1/-En crise, les barrages suisses s’infligent une cure d’austérité

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Sylvain Besson -Rédacteur en chef adjoint et journaliste d’investigation

Gel des investissements , production en chute libre , projets stoppés:

l’ hydroélectricité helvétique traverse une tourmente sans précédent. Enquête sur un fiasco

Depuis le lancement du projet en 2007, le prix de l’électricité en Europe a presque été divisé par quatre. Les administrateurs de la centrale ont même songé à arrêter le chantier en 2013. Avant de conclure qu’il serait moins cher de l’achever quand même.

«La situation est critique»

Sous sa forme actuelle, Veytaux est une version réduite: le plan initial prévoyait une super-centrale à 1,5 milliard de francs. L’aménagement n’a finalement coûté que 300 millions de francs. Mais même ainsi, son électricité n’a aucune chance d’être rentable sur le marché européen. Le maître d’œuvre du chantier, Alpiq, s’attend à des premières années «difficiles sur le plan économique».

Flambant neuve, la centrale de Veytaux sera inaugurée jeudi. Ses pompes envoient l’eau du lac Léman dans celui de l’Hongrin, 880 mètres plus haut. L’eau redescend ensuite pour produire de l’électricité lorsque les prix sont favorables.  Sylvain Besson

Pour limiter les pertes, l’entretien du complexe qui alimente Veytaux a été réduit de plus de moitié par rapport à ce qui était budgété au départ. «Parce que la situation économique est vraiment critique», résume Nicolas Rouge, responsable de la centrale chez Alpiq.

Le 21 mai, les Suisses voteront sur une première tranche d’aide aux barrages.

La Stratégie énergétique 2050 prévoit 600 millions sur cinq ans pour la «grande hydraulique», ainsi que 55 à 60 millions annuels d’aides à l’investissement.

Presque une paille en regard des pertes abyssales du secteur: 1,4 milliard en 2015, 900 millions en 2016, selon Alpiq, qui pronostique un déficit de 1,5 milliard pour la branche en 2018 si les prix du marché restent ce qu’ils sont.

L’opposition de Pascal Couchepin, précisément sur la question des barrages: «Je dis non au subventionnement généralisé»

La crise des barrages suisses vue de l’intérieur

Production en berne

Aujourd’hui, cette crise se fait sentir sur le terrain. En 2016, la production des barrages suisses a baissé de 8%, selon l’Office fédéral de l’énergie [1].

Pour la première fois, la Suisse a importé plus de courant qu’elle n’en a exporté sur une année.

Depuis 2010, chaque Vaudois a perdu 1319 francs à cause de la baisse des actions du canton et des communes dans les compagnies hydroélectriques, calculaient l’an dernier [2] les spécialistes du think tank libéral Avenir Suisse.

L’effet le plus visible de ce coup de froid, c’est le gel des investissements. Les barragistes n’ont tout simplement plus l’argent nécessaire pour remplacer leurs vieilles installations. «Si aujourd’hui il fallait réinvestir dans toutes les centrales, beaucoup s’arrêteraient», affirme le conseiller national valaisan Yannick Buttet.

Mottec, dans le Val d’Anniviers, est l’un de ces chefs-d’œuvre électriques en péril.

La centrale a été conçue en 1954 et ses turbines sont à peine plus jeunes. En 2011, le groupe numéro deux a surchauffé, nécessitant dix mois de réparations. «A 60 ans, cette machine est en fin de vie, constate le directeur de l’aménagement Georges-Alain Zuber. C’est comme si vous aviez une crise cardiaque: vous êtes en sursis.»

Le directeur de l’aménagement de Mottec, Georges-Alain Zuber, devant l’un des groupes vieillissants de la centrale.  OLIVIER MAIRE

Un nouvel alternateur a été commandé pour quelque 4 millions de francs. Il faudrait 31 millions pour réhabiliter les trois machines. Trop pour l’exploitant, les Forces motrices de la Gougra: l’investissement est aujourd’hui «en stand-by», selon Georges-Alain Zuber.

Avant, on prenait soin des turbines comme d’une voiture de collection. Aujourd’hui, on attend les pannes et les fuites plutôt que de les anticiper
Un ingénieur valaisan

Les machines ne sont pas le seul souci à Mottec. La conduite qui amène l’eau de la centrale dans la plaine date de 1908. C’est un aqueduc primitif taillé dans la montagne, qui amène l’eau lentement. Trop lentement pour le marché actuel, où la production doit être lancée en un éclair, pour profiter des rares moments où les prix sont favorables. Un projet de nouveau tunnel existe, mais lui aussi est trop cher: 85 millions.

Georges-Alain Zuber devant le vieil aqueduc reliant Mottec à la plaine du Rhône. Datant de 1908, il est devenu trop lent mais ne peut être remplacé, faute d’investissements.  OLIVIER MAIRE

Quant à la réfection complète de l’aménagement, elle a été revue à la baisse. Au lieu de tout refaire pour quarante ans, comme avant, l’exploitant se contentera d’une rénovation limitée, pour vingt ans.

Travaux abandonnés

Ailleurs, le problème se répète. Les machines vieillissent, les investissements attendent, les exploitants taillent dans l’entretien. «On vit encore avec ce qu’on a fait dans le passé», ajoute Nicolas Rouge d’Alpiq. D’ici quelques années, la réduction de l’entretien devrait réduire les disponibilités des installations.

Certaines sont déjà à l’arrêt. En Valais, des microfissures ont été repérées dans la conduite forcée qui relie Fionnay à Nendaz. Elle est vide depuis un an et vu la conjoncture, les actionnaires ne sont pas pressés de la réparer.

Un peu partout, les barragistes ont choisi d’espacer les cycles de maintenance et de reporter les réhabilitations. Les travaux qui ne paraissaient pas indispensables à la sécurité ont été abandonnés. Les centrales les plus anciennes et les moins rentables ont souffert plus que les autres. Un ingénieur qui a longtemps travaillé à leur entretien résume: «Avant, on prenait soin des turbines comme d’une voiture de collection et on se battait pour chaque goutte d’eau. Aujourd’hui, on attend les pannes et les fuites plutôt que de les anticiper.» Personne ne doute que les économies d’aujourd’hui se paieront plus tard.

20% d’effectifs en moins

Ces trois dernières années, Hydro-Exploitation, un prestataire de services pour les propriétaires de barrages, a supprimé une centaine de postes, soit 20% de ses effectifs, en profitant des départs naturels. Les mécaniciens et électriciens, longtemps sédentaires et très attachés à leur lieu de travail, doivent désormais se montrer flexibles et nomades. Leur agenda ne cesse d’évoluer pour s’adapter à un marché qui définit des fenêtres de turbinage de plus en plus brèves et précises. «Ils ont le sentiment désagréable de réagir aux instructions des traders», explique l’ingénieur précité.

On observe enfin un arrêt général des nouveaux projets. Annoncée en fanfare en 2008, la construction d’un barrage de 87 mètres à Fah près de Zwischbergen, au Simplon, a été abandonnée. Le rêve d’une centrale géante reliant Riddes et la Grande Dixence (projet Rhôdix) est remisé aux oubliettes. Longtemps bloqué, le projet de barrage sur le Rhône à Massongex (coût estimé: 250 millions) a été revu à la baisse dans l’attente d’éventuelles subventions.

Le barrage de Fah au Simplon, le long de la frontière italienne, aurait dû être rehaussé de 87 mètres. Un projet démesuré et aujourd’hui abandonné.  @EES

Même la ville de Lausanne retarde la réfection, pour 200 millions de francs, de son barrage de Lavey qui date de 1950. «Ce projet ne porte aucune atteinte à l’environnement, au contraire, il permet de minimiser celles de l’aménagement actuel, précise le municipal Jean-Yves Pidoux, responsable des services industriels. Il a été reconnu d’intérêt national, mais pour des raisons économiques, il ne se fait pas pour l’instant

Carte montrant une partie des projets hydroélectriques affectés par la crise en Suisse. Certains ne verront jamais le jour, d’autres doivent attendre

Tous les scénarios élaborés à Berne fixent comme objectif l’augmentation de la production hydroélectrique.

C’est aussi le cas de la Stratégie énergétique 2050 soumise au vote le 21 mai.

Mais comment faire si les entreprises ne peuvent plus investir?

«Il y a cinq ans, j’ai dit à la Conseillère fédérale Doris Leuthard que nous allions dans le mur si nous ne soutenions pas la force hydraulique, souligne l’ancien conseiller d’État valaisan Jean-Michel Cina. Mais les problèmes se sont accentués dans l’intervalle et la Stratégie 2050 ne suffira pas. Il faudra d’autres mesures si nous voulons maintenir une production hydraulique en Suisse.»

Les producteurs étranglés

Certaines voix critiques pensent que les électriciens exagèrent la gravité de la crise. Pour obtenir des subventions, et effacer les ardoises gigantesques de leurs nouvelles centrales. D’ailleurs, malgré les déficits qui s’accumulent, presque aucune installation n’a fermé. La raison est simple: dans l’hydraulique, mieux vaut produire à perte que de ne rien produire. Tourner coûte que coûte, pour rembourser les emprunts bancaires, et payer les droits d’eau fixes dus aux communes et aux cantons qui abritent les ouvrages.

Pour l’instant donc, la crise se voit peu. Mais plus le temps passe, plus elle risque de s’aggraver. Car les contrats à terme conclus sur la base de prix anciens, plus favorables, s’éteignent progressivement, étranglant les gros producteurs. «Plus vous avancez et moins vous avez d’oxygène», résume un fonctionnaire qui suit de près l’industrie.

Il faut un certain nombre d’heures de production par an pour que des centrales soient rentables, et on ne sait pas combien il y en aura

Michael Wider, Alpiq

Les centrales géantes de Nant de Dranse (Alpiq, démarrage prévu en 2018) et Linth-Limmern (Axpo) risquent de se transformer en gouffre financier. Linth a déjà valu une perte de 500 millions à Axpo l’an dernier, lors de sa mise en service, pour tenir compte de sa perte de valeur.

En vidéo: Présentation de la centrale de Linth-Limmern par l’exploitant Axpo (en Allemand).

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«Ces deux centrales sont des monstres, pour l’instant totalement surdimensionnés, estime le conseiller national Roger Nordmann (PS/VD). Elles peuvent consommer un quart de l’électricité suisse lorsqu’elles pompent, et produire un quart lorsqu’elles turbinent!»

Point d’interrogation

Le grand espoir, bien sûr, est que l’hydraulique suisse redevienne rentable grâce à une remontée des prix et à la sortie du nucléaire en Allemagne. Mais quand?

A Berne, l’Office fédéral de l’énergie ne prévoit aucune amélioration avant 2022.

D’ici là, le développement rapide des technologies (nouvelles formes de stockage de l’électricité, maisons autonomes) pourrait rendre les grandes centrales de pompage-turbinage définitivement obsolètes.

«Physiquement, personne ne doute de leur utilité», estime Michael Wider, directeur pour la production d’électricité en Suisse chez Alpiq. Le pompage-turbinage permet en effet de stocker des réserves d’énergie en amenant l’eau dans les lacs d’accumulation, et de produire à volonté lorsque le solaire et l’éolien flanchent à cause de la météo. «Mais il faut un certain nombre d’heures de production par an pour qu’elles soient rentables, et on ne sait pas combien il y en aura. C’est le grand point d’interrogation.»

Heinz Karrer, l’ancien patron d’Axpo, aujourd’hui président du lobby patronal Economiessuisse, estime «plus que probable» que la rentabilité puisse à terme être assurée, grâce à la durée de vie très longue de ces centrales – Linth-Limmern a une concession lui permettant de tourner jusqu’en 2095.

La Suisse a-t-elle englouti des milliards dans des «éléphants blancs», dépassés avant même d’être mis en service? L’avenir le dira. Mais pour Patrick Dümmler, le spécialiste d’Avenir Suisse, une chose est claire: «On a investi beaucoup, beaucoup d’argent dans un futur incertain.»


Les chiffres clé de l’hydroélectricité suisse

  • L’hydraulique produit 60% de l’électricité suisse.
  • Le secteur emploie quelque 5370 personnes.
  • La Suisse compte 643 centrales hydroélectriques produisant plus de 300 kW, et 783 minicentrales.
  • 75% de leur production est «hors marché», c’est-à-dire plus chère que le prix européen.
  • En 2015, le secteur a versé 550 millions de francs de taxes aux cantons et communes.

Protectionnisme light pour sauver les barrages

Comment combler les centaines de millions de francs de pertes que subissent chaque année les exploitants des grands barrages suisses?

Leur lobby Swisselectric a lancé une première offensive il y a quelques jours[3] en demandant une surtaxe sur l’électricité censée garantir la sécurité d’approvisionnement du pays.

Échec de la proposition, qui a été écartée par la commission de l’énergie (CEATE) du Conseil national le 25 avril. «Personne aujourd’hui ne soutient une surtaxe», affirme Eric Nussbaumer (PS/BL), membre de la commission.

Une proposition inspirée par le lobby des SI

Les parlementaires ont riposté avec leur propre proposition [4], inspirée par le lobby des services industriels des villes, Swisspower, dont Eric Nussbaumer est porte-parole.

A l’avenir, les consommateurs dits captifs (qui consomment peu de courant et paient un tarif administré) recevront uniquement de l’électricité issue de centrales hydrauliques suisses. Celles-ci auront ainsi un accès privilégié à un marché domestique protégé et à des prix garantis, fixés en fonction des coûts d’exploitation, et presque deux fois plus élevés que ceux du marché européen.

«Ce n’est pas une surtaxe, mais ça va amener assez d’argent aux producteurs suisses», précise Eric Nussbaumer, qui ne veut pas citer de chiffres sur les montants ainsi générés. «Pour Alpiq et Axpo (les plus gros producteurs suisses, ndlr), cela apporte une petite sécurité, ils vont pouvoir vendre leur production d’énergie renouvelable à un prix juste.» Et recommencer à investir – un peu.

Bras de fer en vue

Mais à moyen terme, cette mesure risque de ne pas suffire. Il faudra un nouveau «design de marché», promis par Berne à l’horizon 2020, afin de renflouer le secteur. Un modèle qui tient la corde semble être celui du «marché de capacité» promu par le producteur bernois BKW: un dédommagement aux exploitants de barrage pour ne pas vider leurs lacs de retenue pendant l’hiver, lorsque la Suisse consomme le plus.
Sitôt passée la votation sur l’énergie du 21 mai, cantons urbains et régions de montagne se livreront un bras de fer sur la redevance hydraulique. Les premiers, propriétaires des sociétés qui exploitent les barrages, et impatients de diminuer leurs coûts de production, souhaitent réduire les droits d’eau perçus par les seconds. Le Conseil fédéral devrait proposer un projet avant l’été.

LIENS[]

  1. https://www.admin.ch/gov/fr/accueil/documentation/communiques.msg-id-66433.html
  2. https://www.nzz.ch/schweiz/aktuelle-themen/oeffentliche-beteiligungen-in-der-strombranche-milliarden-an-volksvermoegen-vernichtet-ld.114404
  3. https://www.letemps.ch/suisse/2017/04/18/lobby-barrages-loffensive-decrocher-500-millions-daides
  4. https://www.parlament.ch/press-releases/Pages/mm-urek-n-2017-04-25.aspx

source / https://www.letemps.ch/suisse/2017/05/10/crise-barrages-suisses-sinfligent-une-cure-dausterite


2/-Énergie: un oui à l’avenir et à notre indépendance …


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Daniel Brélaz, ancien syndic de Lausanne, conseiller national
Publié mardi 9 mai 2017

Le conseiller national Daniel Brélaz dénonce la manœuvre de Christoph Blocher qui a imposé son référendum sur la politique énergétique du Conseil fédéral à l’UDC, puis au peuple suisse , pour raviver l’un de ses vieux combats: la promotion du nucléaire

 

Le 21 mai, le peuple suisse est amené à se prononcer sur la stratégie Energie 2050, soutenue par le Conseil fédéral, le parlement et tous les partis significatifs de Suisse sauf un, suite au référendum que Christoph Blocher a imposé à l’UDC et pour lequel il investit plusieurs millions, vu l’affichage massif à deux mois de la votation.

Blocher est un nostalgique du nucléaire et la stratégie interdit la construction de nouvelles centrales nucléaires, un de ses premiers combats avant l’Europe et les étrangers dans les années 70 et 80. Il finance la campagne de l’UDC et a proposé récemment de largement subventionner le nucléaire.

Hormis les risques bien connus du nucléaire, une nouvelle centrale d’un prix de production de 15 ct par kWh nécessiterait une subvention de 800 millions par an pour ne pas faire faillite, ce qui serait la véritable arnaque à milliards que l’UDC prétend dénoncer dans ses affiches.

Trois choix, une solution

Sachant que les centrales actuelles finiront par être mises hors service, en principe dès que la sécurité n’est plus garantie, et ont représenté environ 30% de l’électricité en 2016, il y a trois solutions possibles:

Construire au moins deux grandes centrales, avec les risques liés, et une subvention minimale de 1,6 milliard de francs par an comme semble le souhaiter M. Blocher.

Importer massivement du courant nucléaire français et du courant charbonnier ou gazier allemand en dépendant pour au moins 25% de l’étranger, stratégie dénoncée par l’UDC pour combattre en novembre 2016 l’initiative «Sortir du nucléaire», ceci pour cause d’indépendance et d’encouragement à la pollution.

Enfin, moyennant un investissement annuel de 40 francs par ménage, de développer davantage les solutions indigènes (hydraulique, biogaz, bois, solaire, éolien) et l’efficience énergétique, solution que devrait plébisciter tout vrai patriote et donc l’UDC, si elle n’était pas à la solde de ses patrons financiers Christoph Blocher, forcené du nucléaire, et Walter Frey, membre très influent d’Autosuisse, qui ne supporte pas l’idée d’une norme CO2 à 95 g par km.

Cette troisième voie est celle sur laquelle vous devez voter le 21 mai. Elle est combattue par le chef de l’UDC Blocher qui a remis au pas l’aile paysanne favorable au projet comme l’écrasante majorité de l’Union suisse des paysans. Combattent également le projet une association de pronucléaires en général très âgés et une partie du PLR, essentiellement alémanique, qui confond libéralisme et incurie.

Il est temps pour les patriotes de se libérer de la tutelle des chefs de l’UDC

Cette troisième voie permet de réduire progressivement notre dépendance énergétique, qui coûte au peuple suisse 13 milliards par an en énergie importée, profitant essentiellement aux États pétroliers, y compris ceux qui ont financé Daech dont l’UDC est un allié objectif dans ce dossier.

Objectif réaliste d’Énergie 2050

Selon les prévisions, d’ici à 2035, la consommation globale d’énergie par habitant aura baissé de 43% par rapport à l’an 2000.

En 2015, la baisse constatée est déjà de 15% grâce à l’augmentation de l’efficacité énergétique, efficacité qu’il est prévu d’amplifier dans Energie 2050, ce qui rend l’objectif réaliste, n’en déplaise aux vendeurs de mazout que préside Albert Rösti, accessoirement président de l’UDC suisse.

Enfin le programme Énergie 2050 prévoit la mise en service de 11 400 GWh de nouvelles énergies renouvelables et de 2000 GWh d’énergie hydraulique pour l’électricité d’ici à 2035, soit deux tiers de ce qu’ont produit nos centrales nucléaires en 2016. S’y ajoute une diminution de 13% de la consommation d’électricité par habitant, par augmentation de l’efficacité, d’ici à 2035 également.

Il est temps pour les patriotes de se libérer de la tutelle des chefs de l’UDC, de favoriser nos énergies indigènes et nos emplois locaux et de voter OUI à la stratégie énergétique 2050, la solution la plus favorable pour l’indépendance énergétique de notre pays, l’environnement et la sécurité de notre approvisionnement.


source/ https://www.letemps.ch/opinions/2017/05/09/energie-un-oui-lavenir-independance


3/-Refusons de sauter dans le vide! Non à la loi sur l’énergie

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Kevin Grangier, secrétaire général de l’UDC Vaud – Publié mardi 9 mai 2017

Pour le secrétaire général de l’UDC Vaud, Kevin Grangier, la nouvelle loi sur l’énergie coûterait cher et mettrait notre approvisionnement en danger

Le 21 mai, les Suissesses et les Suisses devront raisonnablement rejeter la loi sur l’énergie qui est soumise à leur verdict et refuser du même coup le grand saut dans l’inconnu qu’elle représente. Petit retour en arrière pour comprendre comment nous en sommes arrivés là.

Le 12 mars 2011, le monde s’est réveillé groggy par le séisme qui a touché la ville japonaise de Fukushima la veille et qui a causé d’importants rejets radioactifs de la centrale nucléaire à proximité. Immédiatement, en Suisse et dans le monde, des voix se sont élevées pour exiger l’abandon de l’énergie nucléaire en raison de sa dangerosité.

Quelques mois plus tard, le Conseil fédéral a décidé d’abandonner l’exploitation de nos quatre centrales nucléaires et de présenter une stratégie permettant de compenser la production ainsi perdue. Le vote du 21 mai prochain est donc le premier volet de l’application de ce principe. D’autres volets suivront.

La loi soumise au peuple propose de remplacer le nucléaire abandonné par des éoliennes, de l’énergie solaire et par des importations (notamment du nucléaire étranger). Actuellement, le nucléaire représente 38% de la production électrique suisse et les énergies climatiques 6%. Ces sources d’énergie sont – comme leur nom l’indique – soumises aux rigueurs du climat et ne peuvent donc garantir une production d’électricité stable, continue et sûre. Pour pallier cette incertitude, seule une augmentation de nos importations – et donc de notre dépendance à l’énergie nucléaire d’États étrangers – se propose à nous.

Dépendance face à l’étranger

Pire, pour compenser l’énergie perdue par l’abandon des centrales, il faudrait construire et exploiter plusieurs centaines d’éoliennes. Actuellement, la Suisse en compte près de 40.

  • Or, pour compenser intégralement l’arrêt de la centrale nucléaire de Mühleberg, l’exploitation de 700 éoliennes serait nécessaire. C’est comme si l’on implantait sept turbines chaque kilomètre le long de l’autoroute entre Genève et Montreux.
  • C’est d’autant plus inimaginable que nous ne parlons ici que de l’équivalent d’une seule des quatre centrales nucléaires actives en Suisse.

Si le principe d’abandonner notre dépendance à l’énergie nucléaire est louable et qu’il bénéficie probablement d’un avis majoritaire en Suisse, il apparaît malheureusement que la réalisation de ce souhait se heurte à un vrai manque d’alternative. Les énergies renouvelables et propres ne peuvent pas (encore) compenser l’apport de la production nucléaire.

Un oui à la loi sur l’énergie ouvrirait donc le champ à une incertitude sur notre approvisionnement énergétique. Ce n’est bon ni pour les ménages, ni pour les entreprises suisses.

Pour compenser l’incertitude créée par l’abandon du nucléaire, il faudra importer de l’électricité étrangère… notamment de l’énergie nucléaire française.

La Suisse augmentera donc sa dépendance énergétique face à l’étranger, ce qui est stratégiquement inapproprié à l’heure où tous les fronts politiques internationaux se durcissent.

La situation empirera rapidement

Les Suissesses et les Suisses s’exposent donc à deux désagréments majeurs en approuvant cette loi.

  • Le premier désagrément se fera sentir dans le porte-monnaie. Sans aucune prestation supplémentaire, le prix de l’énergie va augmenter de manière significative, soit plusieurs centaines de francs supplémentaires par an au minimum.
  • Le deuxième désagrément concerne l’instabilité de l’approvisionnement. Actuellement, l’approvisionnement est garanti tous les jours de l’année selon les besoins des consommateurs.

En cas de oui à la loi sur l’énergie, ça ne sera plus le cas.

Alors que les coupures de courant sont devenues un phénomène rare, elles ne pourront être évitées si l’approvisionnement est incertain. Une coupure de courant de quelques minutes est sans gravité, une coupure de courant de quelques heures génère des accidents mortels, des blocages monstrueux et des pertes économiques considérables. Si le problème persiste, la situation empirera rapidement.

La volonté affichée par les promoteurs de la loi sur l’énergie est louable mais ne vaut pas la prise de risque qu’ils désirent nous imposer. Ce grand saut dans l’inconnu doit être évité à tout prix.

Ce n’est pas seulement un enjeu énergétique, c’est aussi un enjeu économique, sécuritaire, stratégique et diplomatique. N’affaiblissons pas la Suisse et les Suisses. Le 21 mai, votons toutes et tous non à la loi sur l’énergie tout en affirmant notre volonté de diminuer notre dépendance à l’énergie nucléaire sans la précipiter inutilement.

SOURCE/ https://www.letemps.ch/opinions/2017/05/09/refusons-sauter-vide-non-loi-lenergie


4/-L’économie se déchire autour de l’énergie


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Bernard Wuthrich – Journaliste politique. – Publié mardi 2 mai 2017

Deux comités, l’un pour, l’autre contre la Stratégie énergétique 2050, s’affrontent. Ils ne défendent pas les mêmes intérêts. Explications

La Stratégie énergétique 2050 (SE 2050) est-elle profitable ou néfaste à l’économie suisse?

Les réponses divergent au point que deux comités économiques concurrents se sont constitués. L’un soutient la transition énergétique, l’autre la combat. Et l’examen des membres et soutiens de chacun suscite une certaine perplexité, tant le message paraît confus.

Le lobby de l’économie opposé à la réforme énergétique est composé de quelques grandes associations faîtières comme Swissmem (machines), Scienceindustries (chimie et pharma), Swiss Plastics, Swissoil, Swiss Mechanic.

Mais des membres éminents de ces organisations sont dans l’autre camp. Ainsi, ABB et Landis + Gyr, affiliés à Swissmem et actifs dans le secteur de l’énergie, s’engagent pour le oui, tout comme des dirigeants de groupes partenaires de Science industries.

Le milieu de la construction également divisé

La fracture s’étend au milieu de la construction:

  • la Société suisse des entrepreneurs (SSE) fait partie du comité référendaire
  • alors que Construction suisse et la quasi-totalité des entreprises et associations actives dans le bâtiment sont favorables à la SE 2050.
  • La Fédération romande immobilière (FRI) s’est rangée dans le camp du oui,
  • l’Association suisse des propriétaires alémaniques (HEV) s’abstient
  • mais plusieurs sections alémaniques font partie du comité référendaire.
  • Plus curieux, Gastro suisse milite activement contre ce projet
  • alors qu’Hôtellerie suisse mise sur ses avantages à long terme.
  • L’Union suisse des arts et métiers (USAM) recommande le oui,
  • mais plusieurs associations affiliées font partie des adversaires, comme l’Association suisse des patrons boulangers-confiseurs (BCS).
  • Et le mutisme d’economiesuisse, qui laisse la liberté de vote, ne clarifie pas la discussion.

L’inquiétude des PME

Comment expliquer ces divergences?

Membre du comité directeur de Construction suisse, Hans Rupli propose une réponse simple:

«Cela dépend d’une chose: privilégie-t-on les coûts ou les investissements?»

En effet, les représentants de l’économie opposés à la SE 2050 mettent en avant les risques de renchérissement des coûts de l’énergie. Délégué romand de Swissmem, Philippe Cordonier confirme:

«Les coûts et la sécurité de l’approvisionnement préoccupent les PME, qui sont majoritaires chez Swissmem et sont déjà en mode survie à cause du franc fort. Or, les solutions proposées sont plus chères que ce qu’on a aujourd’hui.»

A l’image de la patronne d’Ems-Chemie, Magdalena Martullo-Blocher, (UDC/GR), le comité du non redoute en outre les effets concrets des économies d’énergie visées par la nouvelle législation.

Président de Gastro suisse, Casimir Platzer a aussi insisté durant la campagne sur les coûts du projet, selon lui «hostiles aux PME et au commerce». Il craint que de nouvelles taxes ne viennent encore surcharger la barque.

Hotelleriesuisse admet que la réforme occasionnera une «charge financière supplémentaire à court terme». Le supplément prélevé sur le prix de l’électricité pour financer les énergies renouvelables passera de 1,5 ct./kWh à 2,3 ct./kWh. Mais cette redevance est limitée dans le temps et le rejet de la réforme ne changerait rien pour ses membres, considère la faîtière des hôteliers. Elle rappelle encore que les déductions fiscales, par exemple en cas de remplacement d’un bâtiment ancien par une construction plus économe en énergie, seront étendues.

Pourquoi ABB dit oui

A ceux qui craignent des coûts supplémentaires s’opposent ceux qui voient dans la nouvelle stratégie des possibilités d’investissement.

Cela explique pourquoi toutes les associations et PME actives dans le domaine de l’assainissement énergétique ou du développement des ressources renouvelables s’engagent activement pour la réforme. Les paysans en font partie, qui espèrent que la production de courant et de chaleur par des panneaux solaires fera plus que compenser le surcoût occasionné par la hausse de 0,8 ct./kWh du prix de l’électricité.

Cité par le comité du oui, Remo Lütolf, patron d’ABB Suisse, argumente que les «innovations» du groupe peuvent contribuer au succès de la SE 2050.

Par ailleurs, il faut rappeler que les entreprises grosses consommatrices tirent un autre bénéfice de la nouvelle loi. Déjà aujourd’hui, elles sont une centaine à bénéficier du remboursement de la taxe sur l’électricité. Or, les conditions donnant droit à cette ristourne seront assouplies.

source/ https://www.letemps.ch/suisse/2017/05/02/leconomie-se-dechire-autour-lenergie


5/-Pascal Couchepin sur l’énergie: «Je dis non au subventionnement généralisé»

2017.05.10 Le front du refus de la Stratégie énergétique Le conseiller national Kurt Fluri file6uhhfkp8s2b99w3w4vs

Bernard Wuthrich – Publié jeudi 13 avril 2017

L’ancien conseiller fédéral s’oppose à la nouvelle loi sur l’énergie, en votation le 21 mai, notamment parce qu’elle propose des aides financières aux propriétaires des barrages. Il s’explique

Le front du refus de la Stratégie énergétique 2050 (SE 2050) s’élargit.

Un comité environnemental d’une quarantaine de personnes opposées à la réforme vient de se constituer. Le conseiller national Kurt Fluri (PLR/SO), président de la Fondation suisse pour la protection et l’aménagement du paysage (FP, elle-même favorable à la réforme), et l’ancien directeur de l’Office fédéral de l’environnement Philippe Roch en sont les membres les plus éminents. Dans 24 heures et la Tribune de Genève [1], le Genevois explique sa position par le fait que les installations de production d’énergies renouvelables seront considérées de même importance que la protection de la nature. De surcroît, les possibilités de recours au Tribunal fédéral seront limitées.

A l’opposé de l’échiquier politique, le comité piloté par l’UDC vient de publier son premier bulletin, dans lequel il donne notamment la parole à… Pascal Couchepin! L’ancien conseiller fédéral PLR a publié à la fin de mars une tribune libre dans Le Nouvelliste dans laquelle il exprimait les doutes que lui inspirait la SE 2050. Il s’explique.

Le Temps: Le comité de l’UDC vous cite dans son bulletin de campagne. Avez-vous donné votre accord?

Pascal Couchepin: Oui. Ma tribune libre était publique. Nous nous sommes mis d’accord sur la citation qui serait retenue pour ce bulletin. Elle dit que «l’État n’est pas en mesure de contrôler l’avenir de la production d’énergie sur trente ans».

  • J’y précise que, si l’on tente l’aventure, on risque de gaspiller des moyens au détriment de la politique sociale, de l’environnement ou d’innovations technologiques.
  • J’ajoute que ce comité n’est pas composé que de membres de l’UDC. Il est interpartis et des libéraux-radicaux en font partie.

– Justement, le PLR s’est toujours déchiré autour de cette réforme, mais il a fini par recommander de voter oui. Cela vous a-t-il étonné?

– Je comprends que, quand on a trouvé un compromis insatisfaisant après des années de discussion, on finisse par l’accepter. On veut honorer les concessions qu’on a faites. Mais ce compromis reste insatisfaisant. Il fait la part trop belle aux subventions versées aux sociétés qui possèdent les centrales nucléaires et les barrages.

– Le subventionnement des barrages est-il l’aspect qui vous dérange le plus?

Oui. C’est une erreur. Les propriétaires des barrages auraient dû constituer des réserves quand ils ont réalisé des bénéfices. Mais le mécanisme de financement des barrages ne les a pas incités à le faire. Je refuse donc qu’on accorde des subventions pour une politique qui était favorable aux sociétés propriétaires. Comme libéral, je suis opposé aux subventions en général.

– Ces subventions sont pourtant limitées dans le temps. Cela devrait vous rassurer.

– Pensez-vous vraiment qu’on y renoncera au terme du délai prévu? Bien sûr que non. Influencé par ceux qui touchent déjà des subsides et ceux qui en recevront avec la nouvelle loi, comme les paysans, le parlement n’hésitera pas à les reconduire. Je dis non à la logique du subventionnement permanent et généralisé.

– Doutez-vous du potentiel des énergies renouvelables?

Je suis convaincu que l’avenir appartient aux renouvelables et je me réjouis des technologies nouvelles. Lorsque j’étais président de Martigny, nous avons investi dans l’éolien et le chauffage à distance. Il faut encourager les investissements libres des privés et l’expérience montre que certains projets fonctionnent bien et d’autres moins. Personne ne sait comment la technologie va se développer. C’est la même chose pour le nucléaire. Personne ne veut investir dans une technologie menacée par une décision du Conseil fédéral. Pourquoi la nouvelle loi veut-elle interdire de construire une nouvelle centrale? C’est inutile. Si on est ouvert aux nouvelles technologies, on ne peut pas diaboliser le nucléaire du futur. Il ne faut fermer aucune porte.

– Que préconisez-vous si la loi est rejetée le 21 mai?

Il y a des éléments positifs dans cette loi, comme la poursuite de la politique d’assainissement des bâtiments et les avantages fiscaux pour les propriétaires. On pourra revenir avec ces éléments sans difficulté.

– Vous vous opposez publiquement à un projet soutenu par le Conseil fédéral. Comme ancien membre du gouvernement, n’avez-vous pas un devoir de loyauté?

– J’ai toujours dit que je ne me mêlais pas des affaires de mes successeurs. Je n’interviendrai pas sur la Prévoyance vieillesse 2020 ni sur les dossiers de santé publique. Ce sera peut-être différent si je vis encore vingt ans. Plus je m’éloigne du Conseil fédéral, plus je retrouve ma liberté.

LIENS[]

  1. http://www.tdg.ch/suisse/devoir-voter-strategie-energetique/story/19272585

SOURCE/https://www.letemps.ch/suisse/2017/04/13/pascal-couchepin-lenergie-dis-non-subventionnement-generalise