1812 – Choix économiques du candidat Macron: affaisser la France pour sauver l’Allemagne?

2 mai 2017 – jean Claude Werrebrouck2017.05.02 merkel-ukraine-allemagne-europe

 

Nous nous sommes souvent prononcés sur la situation des différents pays de l’union européenne face à la monnaie unique.

  • Le nord, essentiellement l’Allemagne, connait un excédent extérieur considérable;
  • le sud un déficit lui-même très important.
  • La France qui n’est pourtant pas un pays du sud se trouve dans cette dernière situation.

Cela peut se traduire simplement : la France – qui serait « cigale » – consomme ainsi des revenus qui ne sont pas produits tandis que l’Allemagne – qui serait « fourmi » – produit davantage qu’elle ne dépense. S’agirait-il d’un trait de caractère ou bien de règles inadaptées du jeu économique?

Excédents et déficits se régulaient jadis par des modifications du taux de change.

  • Classiquement la demande de monnaie du pays déficitaire est forte : il faut payer des importations qui ne sont plus financées par les ressources apportées par le produit des exportations .
  • A l’inverse celle des pays excédentaires est faible : les ressources tirées des exportations sont importantes.

En simplifiant beaucoup et, en partant d’une situation d’équilibre,

  • la monnaie du pays déficitaire va perdre de la valeur sur le marché des changes – il faut beaucoup de monnaie pour pour payer les importations –
  • tandis que celle du pays excédentaire augmente il a moins besoin de monnaie nationale.

Jadis, sous le régime de l’étalon- or,les déséquilibres extérieurs étaient en principe compensés par des variations de flux monétaires : au déséquilibre de l’échange de marchandises correspondait un déséquilibre de l’échange monétaire.

  • Le pays déficitaire voyait la monnaie fuir vers le pays excédentaire, ce qui entrainait une déflation chez le déficitaire et une inflation chez l’excédentaire, d’où un rééquilibrage plus ou moins automatique des balances extérieures.

La fin de l’étalon-or au vingtième siècle permettra une autre régulation, celle d’une variation des taux de change politiquement décidée, d’où l’idée récurrente d’une possible guerre des monnaies.

Ce raisonnement fort simple devient impossible lorsque les taux de change disparaissent avec la naissance de l’euro. Désormais les pays ne disposent plus de l’arme du taux de change pour assurer le contrôle de leurs échanges extérieurs.

  • Or ces contrôles sont très importants car derrière ces échanges se profilent la situation économique générale d’un pays.

La compétitivité plus élevée d’un pays, compétitivité pouvant résulter d’une multitude de causes, n’est plus compensable par les pays clients qui vont devenir victimes de leur sous compétitivité relative.

Les différences de compétitivité étaient jadis gommées par des variations du taux de change.

  • Tel n’est plus le cas dans la zone euro, et si d’aventure un pays dispose d’une compétitivité plus grande, les autres dépourvus de l’arme de la dévaluation externe, n’ont d’autres solutions que de procéder à des dévaluations internes beaucoup plus couteuses.
  • Ces armes sont simples il faut réduire les dépenses globales d’un pays qui apparait « cigale » du seul fait de l’impossible dévaluation.
    • Les français ne sont pas naturellement paresseux et consommateurs invétérés de divertissements, ils sont simplement victimes de la compétitivité allemande pour laquelle il n’est plus possible de se protéger comme naguère.
  • Il est donc exact de dire que l’Allemagne avec l’euro a tout simplement acheté la garantie de la non dévaluation des autres pays. Nous en revenons au mercantilisme de jadis. Il n’y a plus de sas effaçant les différentiels de compétitivité.

Parce qu’il faut mener une politique de dévaluation interne pour assurer l’équilibre, toutes les dépenses doivent être diminuées et l’État doit diminuer les siennes, ensuite aider les entreprises en légiférant autant que faire se peut pour rétablir leur compétitivité.

D’où l’idée d’une politique de l’offre qui apparaitrait comme indispensable. Il faut donc une politique dite de rigueur dont on sait qu’elle ne fait qu’alimenter le différentiel de compétitivité. Clairement nous constatons que l’excédent allemand ne fait qu’augmenter et, les pays du sud, ne peuvent se rétablir dans un climat déflationniste général.

C’est dans ce contexte qu’il faut comprendre le programme Macron. S’agissant de la France les vraies dépenses qu’il faudrait comprimer sont toutes celles qui tournent autour du coût du travail : il faut massivement diminuer le cout du travail direct et du travail indirect, donc affaisser la demande globale et donc affaisser la croissance…seul moyen de rétablir l’équilibre…..

Nous invitons le lecteur à reprendre toutes les pièces du programme économique du candidat Macron.

Nous en résumons quelques points.

  • Il s’agit tout d’abord de flexibiliser le travail avec une « ubérisation » généralisée,
  • le développement des contrats de chantiers, d’usages, de missions, etc.
  • Il s’agit de bloquer les indemnités prud’homales
  • et débloquer les marchés fermés du travail avec pour finalité l’affaissement des insiders au profit des outsiders,
  • l’affaissement des organismes paritaires et celui du pouvoir syndical,
  • la fin des professions protégées ou règlementées ( plusieurs centaines selon la liste établie à Bruxelles) , etc.

Il s’agit de diminuer les coûts indirects du travail avec la transformation du CICE en allégement des cotisations sociales, avec le rétablissement des exonérations de cotisations sur les heures supplémentaires, avec la transformation du système d’assurance chômage par suppression de la part salariale transformée en CSG.

Mais il s’agit aussi de la transformation complète du système de retraites, avec certes maintien de la répartition,

  • mais la généralisation de comptes notionnels propres à développer l’allongement du temps de travail,
  • et d’interdire de fait tout questionnement sur le coût de la dépendance sans même une quelconque régulation politique.
  • Il s’agit aussi de limiter l’autonomie budgétaire des collectivités locales dont l’essentiel des dépenses est fait de dépenses sociales.

La baisse de la dépense publique– 60 milliards sur 5 années- devrait permettre une diminution de 0,5 point de PIB, de quoi rétablir l’équilibre budgétaire et les comptes TARGET 2 qui font si peur à l’Allemagne.

Car au final, il faut bien comprendre que cette politique qui affaisse durablement le sort des classes moyennes ( qu’en sera-t-il de l’hôpital, de l’école, etc. avec la suppression de 120000 emplois sur les 5 années ?) n’a d’autre intérêt que celui de rendre l’Allemagne plus aimable avec la construction européenne et la zone euro.

L’idée du candidat Macron serait de construire un authentique gouvernement de la zone euro, avec harmonisation fiscale et peut-être sociale, sur la seule base de la volonté allemande de ne rien faire pour mettre fin à son mercantilisme.

Et comprenons que pour l’Allemagne l’affaire est essentielle :

  • elle ne peut ni diminuer son excédent extérieur sans graves dommage économique et social,
  • ni assurer les transferts vers le sud que son agenda politique interdit de façon radicale,
  • ni accepter les déficits du sud trop visibles sur les comptes TARGETS surveillés par sa banque centrale et la cour Constitutionnelle de Karlsruhe.

Et elle ne veut ni ne peut sortir seule de la zone euro sans faire disparaitre immédiatement sa compétitivité, puisque tous les économistes s’accordent à dire que la monnaie allemande s’apprécierait immédiatement de 30%.

Parce que l’Allemagne veut rester ce qu’elle est, une puissance mercantiliste, on comprendra volontiers que le candidat Macron est véritablement béni par tous les médias et partis politiques du pays. Il faut affaisser la France pour sauver l’Allemagne.

2017.05.02 1604788931

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