1783 – Sept faits qui prouvent que cette élection est vraiment historique

François Reynaert – Publié le 24 avril 2017 à 20h25

Pour qualifier ce premier tour, on a beaucoup employé l’adjectif historique. Il s’impose. Car cet événement n’a pas d’équivalent.

Voilà pourquoi en 7 points.

2017.04.25 Marine-Le-Pen-Emmanuel-Macron
La bataille pour le second tour de la présidentielle entre Marine Le Pen et Emmanuel Macron est déjà lancée.

  • Arrivé en tête du premier tour, l’ancien ministre de l’Économie devance, avec 23,86% des voix,
  • la candidate FN (21,43%), selon les résultats globaux quasi-définitifs du ministère de l’Intérieur.

Ce face-à-face, déjà inédit en soi, n’est pas le seul fait historiquement nouveau. « L’Obs » fait le point sur une situation politique sans précédent en France.

 

1 Les grands partis éliminés

Électrochoc dans les états-majors, le PS et Les Républicains, c’est-à-dire les deux grands partis de gouvernement sont éliminés. A notre connaissance, les seules tornades qui, jusque-là, avaient réussi à emporter d’un coup les partis majoritaires s’étaient produites en 1940 puis en 1958, c’est-à-dire lors de circonstances exceptionnelles, liées à la guerre – la défaite face à l’Allemagne nazie dans le premier cas ; le pourrissement de la guerre d’Algérie dans le second. En temps de paix, c’est une première.

2 La fin du cycle d’Epinay

Les 6% du candidat socialiste Benoît Hamon n’établissent pas un record : lors de l’élection de 1969, malgré une campagne en duo avec le très aimé Pierre Mendès-France, Gaston Deferre avait terminé à 5%. Seulement, cette élection s’était déroulée avant la rénovation du PS et la nouvelle stratégie mise en place au congrès d’Epinay par Mitterrand, son nouveau leader, consistant à s’allier avec le PCF dans l’espoir de le dominer peu à peu.

En 1969, Jacques Duclos, candidat du PCF, élimine le PS et recueille 21% des voix. (AFP/STF)

Pendant des décennies, cela fonctionne. En 1969, le PC de Duclos qui faisait cavalier seul était à 21%. En 1974, toujours au premier tour, Mitterrand, candidat de l’union de la gauche, est à 45%. En 1981, le PC a présenté un candidat (Georges Marchais) mais se retrouve à 15% et son déclin s’accentue par la suite. Aujourd’hui, en comparant le score pathétique de Benoît Hamon et les 19% de Jean-Luc Mélenchon, on constate que cette mécanique semble s’être inversée. Après sa défaite aux primaires, Manuel Valls avait annoncé : « le cycle d’Epinay se termine ». Les résultats lui donnent raison.

3 La disparition de la droite

Avant cette élection, le PS, sous la Ve République, a déjà été éliminé deux fois du second tour : la première, en 1969 ; la deuxième, en 2002.

La disparition de la droite est une première. Notons toutefois que l’éviction du courant gaulliste a déjà eu lieu. En 1974, le second tour oppose Mitterrand, candidat de toute la gauche, à Giscard, qui se revendique de la tradition centriste. Ce dernier réussit, il est vrai, à passer la barrière du premier tour, grâce au soutien d’une partie des gaullistes, emmenés par un certain Jacques Chirac qui a trahi son camp.

En 1974, la campagne de Jacques Chaban-Delmas plombée, elle aussi, par des révélations
du « Canard ». (AFP/STF)

Jacques Chaban-Delmas, candidat officiel de cette famille, ancien résistant, héritier officiel du Général, ex-Premier ministre de Pompidou, termine avec un petit 15%. Comme François Fillon, il était donné favori au début de la campagne. Comme François Fillon, il a souffert d' »affaires »  soulevées, déjà, par « le Canard enchaîné ».

Quelques années plus tôt, en dévoilant sa déclaration de revenus, l’hebdomadaire avait montré que ce chanceux contribuable, alors Premier ministre, réussissait à ne payer pratiquement pas d’impôt en jouant habilement avec la législation. La publication de la « feuille d’impôt de Chaban » fut aussi ravageuse que les difficultés de Penelope Fillon à justifier ses bulletins de salaire. Les deux faits ne sont pourtant pas de même nature. Être payé en échange d’un emploi qu’on n’effectue pas est interdit par la loi. Optimiser sa déclaration, en jouant avec celle-ci, est autorisé par définition. Chaban ne fut donc jamais inquiété par la justice. François Fillon, lui, l’est toujours.

4 L’extrême augmentation de l’extrême droite

En se remémorant les sondages qui, il y a six mois, la mettaient à 30%, les démocrates en sont presque à se réjouir que Marine Le Pen ait terminé ce premier tour à un peu plus de 21,43%, soit 7,658 millions de voix (résultat provisoire à 97% des bulletins dépouillés). Il ne faudrait pas oublier pour autant que ce résultat est le plus haut jamais obtenu en France, depuis l’après-guerre, par l’extrême droite. Rappelons que la première fois qu’il s’était présenté à une présidentielle, en 1974, Jean-Marie Le Pen avait terminé avec 0,75% des voix exprimées, soit 191.000 voix.

5 Le système dynastique

Autre particularité de l’extrême droite, elle inaugure une étrange continuité dynastique : à quinze ans de distance, une des candidates du second tour se trouve être la fille d’un autre candidat du second tour. A notre connaissance, c’est inédit dans la République. Pour retrouver des dynasties chez les prétendants à la magistrature suprême, il faut aller voir du côté de l’Empire (Louis Napoléon Bonaparte, neveu de Napoléon 1er, présida la IIe République, en 1848, mais c’était dans le but de l’abolir) ou bien évidemment des rois de France. Rappelons au passage que chez les Capétiens, dynastie toujours adulée par la frange monarchiste du parti lepéniste, la « loi salique » interdisait aux femmes de monter sur le trône.

6 Ni droite ni gauche

Emmanuel Macron entend proposer aux Français un avenir qui soit « et de droite et de gauche ». Nos esprits sont tellement structurés par la bipolarisation de la vie politique qu’on en a oublié que cette volonté de la dépasser a une histoire mais aucune des formules qui ont déjà été employées ne ressemble à celle promise par le candidat d’En Marche !.

A l’époque du régime parlementaire en place sous la IIIe république, le parti radical jouait, d’une certaine manière, la carte du « ni droite ni gauche » mais c’était en s’alliant parfois à la droite, ou parfois à la gauche, comme lors du Front populaire.

Pendant plus de dix ans, la IVe république, contestée sur sa droite par les gaullistes et sur sa gauche par les communistes, sera, elle aussi, gouvernée par un vaste centre. Celui-ci ne repose pas sur le dépassement du clivage droite gauche, mais sur l’alliance d’un parti plutôt à droite (le MRP, démocrate-chrétien) et des socialistes.

Enfin, lors de son arrivée au pouvoir en 1958, le général de Gaulle entend dépasser le « régime des partis », et fait entrer des personnalités de tout bord dans ses premiers gouvernements, dont Guy Mollet, le leader de la SFIO. Rapidement, la gauche réussit à se reconstituer et dès le début des années 1960, le gaullisme, malgré les espoirs du départ, n’apparaît plus que comme la grande idéologie de la droite.

7 Macron recordman ?

Par sa personne et son parcours, Emmanuel Macron, enfin, innove sur certains points, mais pas sur tous. On a beaucoup glosé sur son passé à la banque Rothschild. Il partage cette ligne sur son CV avec le président Georges Pompidou (1911-1974). On s’étonne parfois qu’il puisse prétendre à devenir chef de l’État sans avoir jamais été élu. Il existe pourtant, sous la Ve, un prestigieux précédent : Charles de Gaulle a affronté le suffrage universel pour la première fois de sa vie lors du scrutin présidentiel de 1965. La comparaison est sans doute disproportionnée.

Contrairement au Général, Emmanuel Macron n’a eu l’occasion, jusqu’alors, ni d’être le héraut de la France Libre face au nazisme, ni d’être chef du gouvernement provisoire de la république renaissante de la Libération, à Alger puis à Paris, ni d’être désigné pour relever le pays après l’effondrement de la IVe république. En tout cas, s’il obtient la victoire le 7 mai, le candidat d’En Marche, âgé de 39 ans, pourra toujours se targuer d’être le plus jeune président de la République jamais élu en France. Le titre, jusque-là, est détenu par Louis Napoléon Bonaparte, désigné en décembre 1848, à l’âge de 40 ans et six mois.

F.R

 

François Reynaert

Journaliste


source/ http://tempsreel.nouvelobs.com/presidentielle-2017/20170424.OBS8468/7-faits-qui-prouvent-que-cette-election-est-vraiment-historique.html

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