1779 – Un immense ras-le-bol brouille la politique française, estiment les médias suisses

Olivier Perrin – Le Temps . ch – Publié lundi 24 avril 2017 à 08:59, modifié à 09:32.

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La qualification d’Emmanuel Macron et de Marine Le Pen pour le second tour de la présidentielle française est un «bouleversement», estime ce lundi la presse helvétique. Elle pense aussi que la «claque historique» infligée à la gauche et à la droite traditionnelles sera lourde de conséquences

Le premier tour de la présidentielle, qui a vu le candidat d’ En Marche!, Emmanuel Macron, s’imposer avec 23,75% des suffrages devant la cheffe du Front national, Marine Le Pen (21,53%), constitue une «claque historique» donnée aux représentants de «la politique à la papa». Une claque à ceux qui s’enferrent dans le clivage partisan, affirment ce lundi matin les deux quotidiens neuchâtelois, L’Impartial et L’Express [1]. Oui, «même s’il semble plus souvent dicté par la raison que par le cœur, c’est un message clair que les Français envoient à leur classe politique»: «Changez tout!»

Facebook.com/EmmanuelMacron

Car «l’enjeu» de ce scrutin pour le moins atypique dans la course à l’Élysée, aux yeux de pas mal d’expatriés et de doubles nationaux qui votaient dimanche à Genève, c’était «l’image de la France dans le monde»: «On nous demande des comptes», prétend Geoffrey dans 20 minutes [2]. Journal gratuit dans lequel la députée genevoise Magali Orsini [3], fervente partisane de Jean-Luc Mélenchon     [4], prétend tout de même qu‘«il faudra faire face à cinq années de libéralisme tiédasse, avec un coup à droite et un coup à gauche». Excluant, comme la plupart des commentateurs de la presse ou du monde politique, l’accession du Front national (et d’une première femme) au sommet de l’État le 7 mai prochain.

Le «dégagisme ou le renvoi des partis politiques traditionnels à leurs chères études», voilà «finalement le grand vainqueur de ce premier tour», surenchérit Le Quotidien jurassien [5]. «Tout reste à faire en France, tout est à reconstruire», mais c’est «assurément un profond bouleversement, dont on n’a pas fini de prendre la mesure». Reste tout de même que le mouvement extrémiste du FN, «dont la venue au pouvoir briserait l’Europe, a encore progressé». La tâche d’Emmanuel Macron sera «immensément difficile». Alors, «les Français espèrent que ce sera pour le meilleur. A voir.»

Pour le Journal du Jura[6], le résultat de dimanche est «un véritable séisme dont les conséquences risquent d’être lourdes» pour la droite et la gauche, qui dominent la vie politique en France depuis le début de la Ve République en 1958. «Si Les Républicains boivent la tasse avec la terrible désillusion qu’a vécue François Fillon, […] le PS, lui, subit une véritable débâcle.» Ce que Le Courrier[7] de Genève, avec son titre de Une «En marche ou crève»[8], déplore, en jugeant que «la gueule de bois des Français risque d’être carabinée quand ils seront passés à l’essoreuse des visées antisociales du champion d’En Marche!». Car c’est bien, prétend-il, «un triste clone des Tony Blair, Gerhard Schröder ou Bill Clinton qui a pris une option sur la présidence. Des expériences qui ont conduit au naufrage de leurs formations historiques de la gauche européenne ou états-unienne.»

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La Tribune de Genève[9] et 24 heures [10] préviennent, d’ailleurs: sans «projet pour tous» de la part du gendre idéal, «le FN arrivera au pouvoir tôt ou tard». Si «le cœur du projet de Marine Le Pen n’est que division», ceux qui l’ont soutenue «sont majoritairement des petits, des précaires, des inquiets qui ne voient aucun signe d’amélioration dans leur quotidien et sont en colère. A raison, le plus souvent. La France qui gagne, qui croit en ses chances et veut se projeter dans le monde avec optimisme […], gagnera sans doute la présidentielle», mais «battre le FN», à ce stade de la compétition, ce «n’est pas encore gagner» le scrutin.

Un «Rastignac» bluffant

Le Matin [11] voit cependant mal comment «cette belle gueule de 39 ans encore inconnue du grand public» pourrait perdre au second tour, même si elle émane «de l’impopulaire régime Hollande» et se pique «de savoir comment transformer le pays». «Sa probable accession au pouvoir suprême est une opportunité pour la France.» D’où la question, abyssale, qui ne manque pas de surgir: «Le pays voudra-t-il laisser sa chance à un président issu d’un incroyable concours de circonstances?»

Car il y a un risque «d’une instabilité chronique si d’aventure aucune majorité parlementaire n’était trouvée» lors des élections législatives de juin, craignent La Liberté [12] de Fribourg et Le Nouvelliste [13] de Sion. Et il y a toutes les chances qu’«avec les deux grands partis de gouvernement exclus du pouvoir, tous les scénarios s’écrivent désormais au jour le jour». Reste que «ce sera donc lui. Et non elle.» Il y aura, à l’Élysée, un «Rastignac» qui «apprend et dégaine plus vite que son ombre. Bluffé par l’audacieux, Hollande lui-même a dû avouer qu’il l’avait trahi avec méthode…»

Outre-Sarine et outre-Gothard

La Neue Zürcher Zeitung [14] voit dans le résultat du scrutin un «plébiscite pour l’Union européenne»: «Non seulement les candidats de la droite et la gauche traditionnelles n’ont pas convaincu, mais il est aussi une punition pour les dix ans de marasme sous les présidences Sarkozy et Hollande.» Et pour le Blick [15], c’est «une sensation», «un miracle pour les libéraux et les Européens» six mois après l’élection de Donald Trump: «Le nationalisme, la xénophobie, le repli sur soi ne sont pas inéluctables. Et pour nous les Suisses pas sans importance: l’UE n’est de loin pas morte.»

Le Tages-Anzeiger et le Bund [16] estiment de leur côté que «le résultat du premier tour montre un mécontentement de l’électorat français» contre la politique pratiquée ces dernières années, qui a provoqué l’insatisfaction tant au plan économique que social, alors que la Basler Zeitung [17] pointe, elle, la «crise du système»: ainsi, «le choix des Français sera […] plus simple, mais absolument pas plus facile, car beaucoup auraient espéré un autre choix pour le second tour». Ce que de nombreux autres titres alémaniques résument en écrivant que «le fait que la candidate du Front national devance des adversaires expérimentés comme François Fillon et Jean-Luc Mélenchon […] doit faire réfléchir l’Europe entière».

Peut-être en effet que «la partie est encore très ouverte» et que «Macron peut encore perdre», se méfie le Corriere del Ticino [18]. Qui s’y connaît dans la montée des populismes.


Liens[]

  1. http://www.arcinfo.ch/dossiers/election-presidentielle-francaise/articles/
  2. http://www.20min.ch/ro/news/geneve/story/Pro-Macron-de-Geneve—Un-moment-historique—31922418
  3. http://ge.ch/grandconseil/gc/depute/2347/
  4. http://melenchon.fr/
  5. http://lqj.ch/region/le-degagisme-s-impose-en-france
  6. http://www.journaldujura.ch/nouvelles-en-ligne/monde/macron-favori-face-le-pen-pour-le-second-tour
  7. https://www.lecourrier.ch/148815/une_gauche_a_rebatir
  8. https://www.lecourrier.ch/edition_du_lundi_24_avril_2017_1_sommaire
  9. http://www.tdg.ch/editorial/battre-fn-suffit/story/19181857
  10. http://www.24heures.ch/signatures/editorial/battre-fn-suffit/story/10984064
  11. http://www.lematin.ch/monde/europe/suivez-minute-minute-premier-tour/story/28773418
  12. http://www.laliberte.ch/news/archives/fait-du-jour/le-pen-macron-finale-inedite-388538#.WP23ytykI4k
  13. http://www.lenouvelliste.ch/dossiers/election-presidentielle-francaise/
  14. https://www.nzz.ch/international/wahlen-in-frankreich-kommentar-wahlen-frankreich-der-nette-und-das-biest-ld.1288454
  15. http://www.blick.ch/news/das-meint-blick-doch-das-ist-eine-sensation-id6570734.html
  16. http://www.tagesanzeiger.ch/ausland/europa/ein-halber-aufstand-gegen-die-elite/story/25553873
  17. http://bazonline.ch/ausland/europa/Kommentar-Ein-halber-Aufstand-gegen-die-Elite/story/25553873
  18. http://www.cdt.ch/commenti-cdt/commento/175417/ma-la-partita-resta-apertissima

2017.04.24 Emmanuel Macron und Marine Le Pen ziehen in die Stichwahl am 7. Mai ein.-Bild Gonzalo Fuentes - Reuters-3cb9b3e3-e7e1-48a6-9d7e-3657fdbed129

source/  https://www.letemps.ch/opinions/2017/04/24/un-immense-raslebol-brouille-politique-francaise-estiment-medias-suisses