1766 – Crise du Brexit : élection générale anticipée au Royaume-Uni

British Prime Minister Theresa May in India

Par Chris Marsden  – 20 avril 2017

Mardi, la Première ministre Theresa May a annoncé l’intention de son gouvernement de tenir des élections générales anticipées. Si les deux tiers des députés votent aujourd’hui pour accepter d’abroger la disposition récente qui fixe la durée des mandats à cinq ans, le Parlement mettra fin à sa session le 2 mai et un scrutin aura lieu le 8 juin.

La décision surprise de May donne une mesure de la crise croissante de l’impérialisme britannique après un vote à seulement 51,9 pour cent pour la sortie de l’Union européenne lors du referendum de juin dernier.

Depuis lors, May, qui avait soutenu le camp « Rester », a dirigé son parti tout en se soumettant aux forces pro-Brexit au sein du Parti conservateur en affirmant continuellement que « le Brexit c’est le Brexit ». Mais sa posture de ligne dure n’a jamais caché avec succès, et encore moins réparé, les divisions profondes au sein de la classe dirigeante. Au lieu de cela, elle a été poussée à utiliser la menace d’un « Brexit dur » qui entraînerait l’exclusion du Royaume-Uni du marché unique européen.

Avec 44 pour cent des exportations britanniques destinées à l’Europe, et la position de Londres comme centre financier qui dépend de l’accès au continent, les autres grands partis ont dans l’ensemble combiné des exigences selon lesquelles un « Brexit dur » devrait être évité à tout prix avec la menace de bloquer tout accord négocié qui ne maintiendrait pas l’accès au marché unique.

En conséquence, May est dans une position très affaiblie dans ses négociations avec l’UE, reflétant le poids global du Royaume-Uni en déclin lui-même.

Dans sa brève déclaration annonçant les élections anticipées, May a fustigé

  • le Parti travailliste pour avoir menacé de « voter contre l’accord que nous allons atteindre »,
  • les Démocrates libéraux pour avoir menacé de « rendre progressivement le processus de gouvernement impossible »,
  • le Parti national écossais pour son intention de voter contre une loi abrogeant formellement l’adhésion de la Grande-Bretagne à l’UE, ainsi que « des membres non élus de la Chambre des Lords ».

Tous ont été dénoncés pour avoir trahi

  • l’« intérêt national » à « ce moment d’une énorme importance pour la nation », May exigé la fin de toute dissidence d’une manière qui lui a valu plusieurs comparaisons avec le président turc Erdogan.

L’idée principale du discours de May était que : « le pays se rassemble, mais pas Westminster [le Parlement]. »

C’est un mensonge.

En premier lieu, les divisions à Westminster reflètent celles de la classe dominante et continuent de s’accroître. Celles-ci, à leur tour, sont l’expression des antagonismes nationaux croissants qui ont d’abord suscité le referendum sur le Brexit.

May a espéré répondre à ses détracteurs en forgeant une alliance avec le président Donald Trump, dont le ralliement au Brexit était lié à son programme protectionniste « l’Amérique d’abord » et à son hostilité non dissimulée envers une UE menée par l’Allemagne et concurrente commerciale des États-Unis.

Cela s’est retourné contre Trump, car Berlin et Paris ont répondu à son défi en adoptant eux aussi une ligne dure.

La semaine précédant l’annonce de May, son secrétaire d’État aux Affaires étrangères et au Commonwealth, Boris Johnson, a été humilié lorsque les puissances européennes ont rejeté les demandes dictées par les États-Unis lors du sommet du G7 pour des sanctions supplémentaires contre la Russie, et que Moscou a couvert la Grande-Bretagne de mépris en la traitant d’entité sans importance et sans position indépendante.

Enfin, et surtout, aucun politicien de premier plan, à commencer par May elle-même, ne peut parler honnêtement des tensions sociales énormes qui ont donné lieu au vote inattendu pour la « sortie » lors du referendum de juin dernier.

Une partie importante des travailleurs les plus exploités et opprimés ont défié tous les appels à soutenir l’adhésion à l’UE venant aussi bien du Premier ministre de l’époque, David Cameron, de Jeremy Corbyn (Parti travailliste), du Congrès des syndicats, de la Ville de Londres, que du président Barack Obama et de tous les chefs d’État de l’UE.

May calcule qu’elle peut exploiter le sentiment anti-UE pour assurer une victoire électorale.

Son hypothèse de travail est que la mince majorité de travail du gouvernement de 17 votes atteindra jusqu’à 200 votes en raison d’un effondrement du soutien pour le Parti travailliste, comme prévu dans les sondages d’opinion, donnant aux conservateurs une avance étonnante de 21 points de pourcentage.

Cependant, il s’agit d’un pari à haut risque basé sur la reconnaissance que l’opposition sous-jacente à la réduction de l’austérité et la dévastation sociale ne peut trouver aucune expression progressive.

Le personnage de Corbyn n’offre aucune véritable alternative aux conservateurs.

Le dirigeant du Parti travailliste a passé l’année écoulée à faire tout son possible pour décevoir les millions de gens qui ont compté sur lui pour inverser la trajectoire à droite du parti, en donnant l’initiative aux blairistes, qui discutent de nouveau de son départ ou de la formation d’une alliance avec les démocrates libéraux.

Compte tenu de l’extrême instabilité et de l’inflammabilité de la situation en Europe et dans le monde entier, les sept semaines d’ici le 8 juin seront, en termes politiques, très longues. Le paysage politique sur lequel les sondages actuels sont fondés pourrait se trouver transformé au moment de l’élection anticipée.

Dans son éditorial sur les élections, le Guardian déclare sans détours :

« La Grande-Bretagne n’en a pas besoin, et ses citoyens ne demandent pas cette élection générale. Il n’y a pas de crise dans le gouvernement. Mme May ne perd pas de voix à la Chambre des communes. La Chambre des Lords ne la défie pas. Aucune législation n’est menacée. Il n’y a pas de guerre ni de crise économique. Le Brexit est dans deux ans. La presse ne réclame pas une élection anticipée. Le gouvernement n’est pas à court d’idées. L’opposition n’est pas prête. »

Pas de guerre et pas de crise ?

À l’intérieur du pays, le gouvernement de May affronte

  • une classe ouvrière de plus en plus résistante, alors qu’il s’est engagé sur une trajectoire de collision avec le Parti national écossais, qui exige un deuxième referendum sur l’indépendance, et avec le Sinn Fein en Irlande du Nord et le gouvernement de la République d’Irlande, qui ont soulevé la possibilité de leur propre vote sur l’unification de l’Irlande.
Un mois avant les élections prévues au Royaume-Uni, la France tiendra le deuxième tour de son élection présidentielle, dans laquelle on s’attend à ce que Marine Le Pen, chef du Front national fasciste, affronte probablement le candidat privilégié de l’UE, Emmanuel Macron, du groupe « En Marche ! », une émanation du Parti socialiste, ou bien, Jean-Luc Mélenchon, de « La France insoumise ». L’une ou l’autre issue aurait comme effet de polariser politiquement toute l’Europe, avec des conséquences tout à fait imprévisibles pour le Royaume-Uni.
Le plus important de tous, les événements en Grande-Bretagne se déroulent à la suite des préparatifs d’une possible guerre américaine contre la Corée du Nord et d’une propagande anti-russe sans fin. L’annonce de May a été éclipsée par l’effusion de menaces contre Pyongyang par Washington, avec le vice-président américain, Mike Pence, déclarant que « l’ère de la patience stratégique est terminée. »

Publiquement, le Royaume-Uni s’est positionné comme l’allié le plus fidèle de Trump.

  • Mais la veille de son annonce électorale, le bureau de May a laissé savoir qu’elle s’était opposée aux déclarations des chefs de la défense des États-Unis selon lesquelles ils sont convaincus qu’ils peuvent « détruire complètement » les sites nucléaires de la Corée du Nord.
  • Une source du gouvernement May a déclaré : « Nous avons connu cela auparavant […] Nous conseillons la retenue sur l’action militaire ».
  • Une autre source de haut niveau du gouvernement a ajouté : « Cela rappelle la crise des missiles cubains : treize jours avant l’Armageddon. »
De tels avertissements venant du Royaume-Uni comptent pour peu de choses à Washington. Mais ils soulignent les graves dangers auxquels est confrontée l’humanité.

La question centrale posée dans toute élection est d’élever la conscience politique de la classe ouvrière au niveau exigé par la crise du capitalisme mondial qui s’approfondit. Cela implique de rejeter toute tentative de regrouper les travailleurs derrière une ou plusieurs factions de la classe dirigeante dans ce qui est présenté comme un « deuxième referendum » sur le Brexit, et de s’appuyer au lieu de cela sur la compréhension de toute l’importance des événements mondiaux.

Il y a moins de quinze ans qu’un gouvernement et un Premier ministre avec un soutien populaire beaucoup plus grand que les conservateurs de May, le Parti travailliste de Tony Blair, ont été détruits politiquement à la suite d’une éruption du sentiment anti-guerre de masse. Lors de cette élection, le Parti de l’égalité socialiste utilisera toutes les occasions pour expliquer la nécessité de construire la direction socialiste requise pour vaincre le programme réel du gouvernement : l’austérité, le militarisme et la guerre.

(Article paru d’abord en anglais le 19 avril 2017)


source/  https://www.wsws.org/fr/articles/2017/avr2017/tmay-a20.shtml

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