1729 – Candidats du passé, candidats du futur

2016-08-24-le-palais-de-l-elysee-le-10-septembre-2013-a-paris_5509769

La semaine qui s’annonce devrait être décisive. Nous sommes ce dimanche 9 avril à exactement quatorze jours du premier tour de l’élection présidentielle. Alors que l’électorat semble encore extrêmement volatile, des tendances se dessinent qui indiquent les possibles coagulations à venir.

 

Les hommes du chômage et du passé

Nous sommes aujourd’hui en présence d’une « bande des 4 » inattendue. Alors qu’il y a deux mois toute le monde pensait que l’affrontement serait entre Mme Marine le Pen et François Fillon, voire Emmanuel Macron, la situation actuelle est celle d’un changement radical.

François Fillon semble irrémédiablement empêtré dans les conséquences morales des différents scandales qui l’ont éclaboussé. La question n’est pas tant la réalité juridique des accusations (et c’est à la justice de trancher cette question) que la dimension morale de ces affaires qui ont définitivement mis à mal l’image d’homme intègre de ce candidat. L’impact est d’autant plus grand, d’autant plus fort, que ce candidat s’est fait l’apôtre d’une politique d’extrême rigueur et envisage des coupes dramatiques dans la fonction publique. Cette politique fut déjà, et l’on a tendance à l’oublier, appliquée de 2011 à l’élection présidentielle de 2012. Elle a provoqué un accroissement instantané de 300 000 chômeurs et, si l’on considère que ces effets se sont faits sentir jusqu’au début de 2013, en réalité de 500 000 chômeurs. On imagine les conséquences dramatiques que provoquerait l’application du programme de François Fillon.

Dans le même temps, la « bulle » Emmanuel Macron semble bien en train d’exploser. Les sondages montrent au mieux ce candidat stagnant, mais plus probablement en déclin. Les électeurs semblent s’être rendus compte du vide du personnage, un vide qui se conjugue avec un projet social extrêmement réactionnaire. Se faisant le candidat de l’Ubérisation de la société, Emmanuel Macron, derrière un langage faussement moderne, n’est en fait que l’avocat d’un retour au début du XIXème siècle, un retour au « domestic system » d’avant la révolution industrielle. Il est ici frappant de constater que le candidat même qui se prétend le plus « moderne », celui qui ne cesse de vanter les vertus de ce qu’il appelle « l’économie numérique », est en réalité un homme du passé. Mais, Emmanuel Macron est un homme du passé à un deuxième titre. S’il se présente comme un « homme nouveau », voire – et cela ne manque pas de sel – comme un candidat « anti-système »[1], il convient de rappeler qu’il fut étroitement associé, que ce soit comme conseiller de François Hollande ou comme Ministre de Manuel Valls, à la politique désastreuse mise en œuvre durant ce quinquennat. Or, cette politique à rajouté, de février 2013 au début de cette année, plus de 400 000 chômeurs au nombre considérable que nous avait laissé le tandem Sarkozy-Fillon.

Face à ces deux candidats en crise qui sont – et je renvoie ici mes lecteurs à l’interview de 15 minutes que j’ai donnée à Mme Vera Gaufman sur RT

– des hommes du passé mais aussi des hommes du chômage, deux autres candidats représentent, d’une manière ou d’une autre, le futur.

Des candidats d’avenir ?

Mme Marine le Pen s’appuie sur un électorat extrêmement stable, largement composé de personnes convaincues, et qui défie toutes les approximations et autres effets de manche cherchant à le qualifier « d’extrême droite » et même, sans aucune peur du ridicule, de « fasciste ». Si des franges extrémistes peuvent se joindre à cet électorat, sa réalité correspond très largement à ce que le géographe Christophe Guilluy a appelé la « France périphérique »[2]. Toute cette « France périphérique » ne vote pas pour Mme Marine le Pen, et l’on peut trouver dans ses électeurs des représentants des beaux quartiers, mais il est incontestable qu’une large part des délaissés des politiques gouvernementales de ces dernières années, des victimes de la « mondialisation », vote pour elle. Nous sommes ici en présence d’un mouvement populiste qui se développe d’autant plus que le système politique actuel a fait faillite. Il est par ailleurs frappant que ce mouvement populiste a très largement repris les codes de la démocratie politique et se caractérise par un niveau de violence extrêmement bas, bien inférieur à ce que l’on peut trouver dans certains groupuscules. C’est bien l’une des raisons qui font que les accusations de « fascisme » sont d’un ridicule achevé.

Mais, la « surprise », si s’en est une, de cette élection est la montée rapide de Jean-Luc Mélenchon. Ici aussi, nous sommes en présence d’un mouvement qui rassemble les exclus et les perdants de la mondialisation. Ici aussi, nous sommes en présence d’un mouvement clairement populiste. Comme dans tous mouvement populiste, il y a une dimension charismatique, et la personne de Jean-Luc Mélenchon, tout comme celle de Marine le Pen, fascine nombre de ses électeurs potentiels. La surprise, donc, est que Jean-Luc Mélenchon s’est joint aux trois premiers candidats. Il est actuellement en train de dépasser François Fillon et il commence à se rapprocher d’Emmanuel Macron dont le projet inquiète de nombreux de ses électeurs potentiels et dont le vide provoque un mouvement de rejet désormais de plus en plus sensible.

Ces deux candidats représentent incontestablement une forme de futur de la France. Pour autant, leurs programmes ne sont pas dépourvus de contradictions.

Candidats en campagne

Pour autant, il nous faut d’abord examiner les candidats qui suivent les quatre qui font la course en tête.

Benoît Hamon poursuit sa descente aux enfers, ce qui est en un sens normal car il est en réalité le croque-mort du PS d’Epinay. Son programme n’est que le faire-part de décès du parti qui avait voulu « faire de la politique autrement » et qui a sombré dans les compromissions et les ambitions personnelles. Pris entre la candidature d’Emmanuel Macron, à laquelle se sont ralliés éléphants et éléphanteaux de la ménagerie du P « S » (de Manuel Valls à Vaillant), et celle de Jean-Luc Mélenchon, sa campagne s’étiole de jour en jour. Il ne survit plus que dans des attaques calomniatrices contre ce dernier, attaques qui le déshonorent et qui devraient conduire son électorat à s’interroger sur le sens et la nature de cette candidature. Son électorat peut donc, et à juste raison, se poser la question d’à quoi sert la candidature de Benoît Hamon. S’il en est réduit à une simple candidature de témoignage, comme on peut le penser, alors la boucle sera bouclée, et le P « S » finira dans les mêmes poubelles de l’Histoire où avait fini la SFIO avec la calamiteuse campagne de Gaston Deferre et de Pierre Mendès-France. S’il veut faire gagner la gauche, la véritable gauche, alors qu’il se désiste pour Jean-Luc Mélenchon. Et, s’il n’est qu’un rabatteur de voix au profit d’Emmanuel Macron, qu’il le dise clairement.

Nicolas Dupont-Aignan a, pour sa part, réussi à se faire entendre[3], même s’il est, encore, trop peu écouté. Son discours est solidement souverainiste, et il tranche avec les changements de pieds quasi-permanents de François Fillon sur ce point. Il n’est d’ailleurs pas anodin que François Fillon l’ait attaqué de manière vipérine, et en réalité calomniatrice, lors du débat du 4 avril. La bassesse de ces attaques témoigne du désespoir de François Fillon. Elle accrédite aussi l’idée que Nicolas Dupont-Aignan est en train de devenir, pour le candidat des « Républicains », une véritable menace. On peut penser que la crainte de Fillon c’est que la candidature de Nicolas Dupont-Aignan rassemble autour d’elle une partie des électeurs écoeurés par les scandales qui entourent le prétendant des « Républicains » tout comme ils sont révulsés par sa longue compromission avec le sarkozysme. Nicolas Dupont-Aignan, s’il réussit à attirer cette frange de l’électorat de l’ex-UMP qui pense que la probité personnelle et l’honneur d’un candidat sont choses qui comptent, peut espérer talonner, et qui sait dépasser, un Benoît Hamon en perdition. Nicolas Dupont-Aignan, lui aussi, incarne le futur face au passé.

Pour les candidats des petits partis, Nathalie Arthaud et Philippe Poutou nous ont apporté la preuve (s’il en était besoin) que le sectarisme est profondément inscrit dans les gênes des groupuscules trotskystes et que ces derniers, de plus, vivent dans un permanent déni de réalité. François Asselineau, dont il convient de souligner la remarquable connaissance des textes européens, ne comprend toujours pas ce qu’est la politique. Jacques Cheminade rêve de Franklin D. Roosevelt (ce dont il faut le remercier) et Jean Lassalle, dont la connaissance concrète des problèmes impressionne, porte la voix de terroirs abandonnés.

 

Les contradictions des souverainistes

Revenons donc sur les contradictions présentes dans les programmes de Marine le Pen et de Jean-Luc Mélenchon.
Ces contradictions existent et il faut en mesurer l’importance. Car Marine le Pen et Jean-Luc Mélenchon représentent deux versions du programme souverainiste, avec les contributions de Dupont-Aignan, Asselineau et Cheminade, un programme souverainiste qui – et c’est la grande révélation de cette élection présidentielle – s’affirme aujourd’hui comme culturellement dominant.

Marine le Pen propose désormais un calendrier politique qui est en apparence solide. Il est effectivement clair que toute négociation avec l’Union européenne et avec l’Eurogroupe implique que les élections allemandes aient eu lieu. Mais, s’il est logique, ce calendrier n’est pas réaliste. Si Marine le Pen devait être élue, la spéculation commencerait immédiatement.

La France n’aurait alors pas d’autre solution

  • soit de renoncer spectaculairement à toute idée de sortie de l’Euro, et elle devrait donner des gages politiquement lourds pour en convaincre les marchés financiers,
  • soit de prendre des mesures, comme le contrôle des capitaux, qui impliqueraient dans les faits que l’on mette en œuvre cette sortie.

Bref, le temps de l’économie n’est pas, ici, le temps de la démocratie politique. La solution se trouve dans les pouvoirs spécifiques du Président.

  • Voudra-t-elle en user ?
  • Admettra-t-elle que l’échéancier qu’elle a proposé, aussi démocratique soit-il, ne correspondra pas aux nouvelles réalités et que, devant ses réalités, comme l’on dit en droit, « nécessité fait loi » ?

Quant à Jean-Luc Mélenchon, il combine une architecture politique compliquée avec une promesse de réforme constitutionnelle (la « VIème République »). Or,

  • soit l’on engage le bras de fer avec les institutions européennes (et avec l’Allemagne)
  • soit l’on procède à la réforme constitutionnelle,

mais on ne pourra pas faire les deux à la fois.

A cette incertitude s’ajoute celle qui plane au-dessus de la gauche radicale française depuis le dramatique mois de juillet 2015 :

  • Mélenchon sera-t-il un Tsipras français ?

Disons tout de suite que cette interrogation n’a rien à voir avec le passé politique de Jean-Luc Mélenchon. Assurément, il a voté le traité de Maastricht ; mais il a reconnu et expliqué pourquoi il s’était, alors, trompé. Faire ainsi son autocritique témoigne d’une honnêteté qu’il faut saluer. Pourtant, cette autocritique ne dissipe pas les doutes. Car, ce qui les alimente c’est le fait qu’il s’engage à courir deux lièvres à la fois et que, dans ce contexte, les positions clairement plus européistes de son entourage risquent de peser lourd.

Ces deux candidats ont donc maintenant deux semaines pour nous montrer d’abord qu’ils sont conscients de ces contradictions et ensuite de comment ils entendent les surmonter.

 

Choisir l’avenir

Néanmoins, il faut ici rappeler l’essentiel. Dans cette élection, nous avons un combat entre le passé et l’avenir.

Très clairement, François Fillon, Emmanuel Macron et en un sens Benoît Hamon incarnent ce passé. François Fillon et Emmanuel Macron représentent deux stratégies qui ont déjà échoué,

  • qui ont aggravé considérablement le chômage dans notre pays,
  • qui ont produit sa désindustrialisation.

Benoît Hamon, pour sa part n’offre rien qui permette de penser qu’il soit prêt à rompre avec les erreurs de ce dramatique quinquennat, que ce soit en économie ou dans le domaine de la sécurité.

L’attentat de Stockholm vient nous rappeler que l’on ne peut rester dans le déni du danger représenté par l’islamisme radical.

Ces trois candidats nous proposent, peu ou prou, de continuer de lier notre avenir avec une Union européenne, et une zone Euro, qui l’une et l’autre ont démontré toute leur nocivité. Leurs propositions pour faire évoluer l’UE et la zone Euro sont au mieux vagues et sans consistance, au pire elles sont inexistantes.

Ils nous faut donc, résolument, tourner le dos au passé et choisir l’avenir.

2016-08-24-le-palais-de-l-elysee-le-10-septembre-2013-a-paris_5509769

[1] http://www.lexpress.fr/actualite/politique/elections/emmanuel-macron-dans-quotidien-la-france-n-est-pas-le-canada_1888725.html

[2] Guilluy C., La France périphérique : comment on a sacrifié les classes populaires, Paris, Flammarion, 2014

[3] http://www.bfmtv.com/politique/11-millions-de-vues-pour-la-video-de-dupont-aignan-quittant-le-plateau-de-tf1-1125587.html


SOURCE/ http://russeurope.hypotheses.org/5888


2 réflexions au sujet de « 1729 – Candidats du passé, candidats du futur »

  1. Bonjour SANS A PRIORI … l’actualité sans idées préconçues … ??? Et où se trouvent donc vos commentaires sur les autres candidats à la présidentielle ? Le fait que chacun d’eux ait obtenu les parrainages pour se présenter à l’élection ne suffit-il pas à justifier que vous en parliez ? Drôle d’idée de l’impartialité et de la démocratie …

    J'aime

    1. Tous les candidats ont été cité et commenté plus ou moins longuement … c’est une analyse de J. Sapir … aurait-il fallu que chaque candidat obtienne le même nombres de mots pour vous agréer ? Vous pouvez vérifier : tous les candidats y sont !

      J'aime

Les commentaires sont fermés.