1714 – Le gouvernement grec Syriza et l’Union européenne finalisent d’autres mesures brutales d’austérité

Greece Cabinet Reshuffle

Par John Vassilopoulos – 4 avril 2017

Le gouvernement grec de Syriza aurait conclu une entente informelle avec la Commission européenne (CE) pour imposer des mesures d’austérité supplémentaires. Une entente doit être confirmée officiellement par le CE, qui est la branche exécutive de l’Union européenne (UE), et la Grèce.

Le journal grec Kathemirini a annoncé vendredi que «[L]e cadre d’une entente doit être présenté lors de la prochaine rencontre de l’Eurogroupe du 7 avril», afin de «permettre aux représentants de préparer une ébauche des mesures que les députés grecs doivent mettre sous forme de lois pour la rencontre de l’Eurogroupe subséquente du 22 mai…»

Divers médias ont rapporté la semaine dernière que les mesures

  • incluent possiblement des réductions massives pour les pensions de 900.000 retraités, l’équivalent d’un pour cent du PIB.

Une autre mesure d’austérité est

  • la réduction du seuil minimum pour l’imposition, qui passerait de 8.636 € à 5.900 €.

Ceci aura pour conséquence que de nombreux travailleurs précaires qui gagnent aussi peu que 500 € par mois seront dorénavant forcés de payer des impôts.

  • Le salaire minimum en Grèce demeure toujours à 683 € par mois, étant donné que Syriza est revenu sur sa parole de ramener le salaire minimum à 751 €, un montant déjà très faible.

Les augmentations d’impôts équivalent aussi à 1 pour cent du PIB et, tout comme avec les coupes dans les pensions, serviront à rembourser la dette de presque 300 milliards € de la Grèce envers les institutions financières mondiales.

Syriza et l’UE sont prêts à adopter la plupart des propositions de réforme du travail du Fonds monétaire international (FMI), à l’exception des licenciements collectifs.

De plus, la privatisation du secteur énergétique de la Grèce doit être intensifiée avec la vente

  • de 40 pour cent des usines de lignite
  • des barrages hydroélectriques de l’Entreprise publique d’électricité (DEH),
  • ainsi que le port de Thessalonique.

Les représentants de Syriza et de l’UE sont impliqués dans des pourparlers depuis des mois concernant l’application du troisième mémorandum d’austérité du pays, signé en juillet 2015, pour lequel la Grèce doit recevoir 86 milliards € pour payer ses dettes. Il est stipulé que les mesures d’austérité sont un préalable à la prochaine tranche d’aide, ainsi qu’à toute discussion future sur l’allègement de la dette.

Dans les semaines récentes, le spectre du défaut de remboursement de la dette de la Grèce et le «Grexit» subséquent (la séparation de la Grèce de l’UE et de l’eurozone) a resurgi.

Cela est dû au fait que l’État grec en faillite doit effectuer un remboursement de 7 milliards € en obligations qui arrivent à échéance en juillet.

Une entente devait avoir été finalisée à la fin de l’an dernier, mais un retard a été provoqué en grande partie par des désaccords entre l’UE et le Fonds monétaire international (IMF) concernant la façon dont la Grèce doit être saignée à blanc.

Le FMI ne considère pas que les niveaux de la dette grecque soient actuellement viables et préfère une forme d’allègement de la dette, en échange de mesures d’austérité encore plus draconiennes. Le rôle du FMI dans le programme d’austérité grec reste à formaliser.
Mais il exige sans relâche d’autres attaques contre les droits des travailleurs. Un rapport du FMI publié en février se plaignait que les lois syndicales de la Grèce «n’ont pas été réformées depuis les années 1980» et que «cela pourrait expliquer le nombre important de grèves en Grèce, qui dépassait de loin les fréquences observées ailleurs, même avant la crise».
Le rapport exigeait que le «cadre des grèves» corresponde «à la meilleure pratique internationale en appliquant des quorums appropriés pour l’appel à la grève par les syndicats et en permettant des lock-out défensifs par employeurs». Cela «permettrait d’appuyer l’investissement en limitant les coûts associés aux grèves potentielles qui pourraient entraîner l’arrêt de la production.»
Le FMI s’est plaint de ce qu’il considère comme étant un cadre trop restrictif concernant les licenciements collectifs de travailleurs, ce qui «rend les opérations de réductions d’effectifs en Grèce très coûteuses, et beaucoup de sociétés sont forcées de déménager, faire faillite ou recourir à des mesures coûteuses de départs volontaires».

La chancelière allemande Angela Merkel et son ministre des Finances, Wolfgang Schäuble, considèrent la participation du FMI comme étant politiquement essentielle si le programme de sauvetage de la Grèce doit être poursuivi.

D’après un article paru dans le journal de finances allemand Handelsblatt, «Schäuble ne veut faire le prochain virement que si le FMI accepte de participer comme pour les premier et deuxième programmes. Sinon, il craint qu’une rébellion puisse éclater parmi son groupe parlementaire des chrétiens-démocrates, qui s’attend à ce que le FMI participe au sauvetage de la Grèce.»

Mais le Handelsblatt cite l’intransigeance de Berlin concernant l’allègement de la dette, écrivant que «le ministre des Finances allemand répondra probablement à la demande du FMI avec un “non” retentissant. »

Ce qui provoque beaucoup d’inquiétude est que l’allègement de la dette va surtout toucher l’élite dirigeante allemande, puisqu’elle possède la majorité de la dette grecque.

Un autre obstacle qui pourrait empêcher la participation du FMI pour le programme grec de l’austérité en échange de prêts est la politique de «l’Amérique d’abord» du président des États-Unis Donald Trump.

Cela remet en question tout le cadre du capitalisme mondial d’après-guerre dont faisait partie intégrante le FMI dominé par les États-Unis. Trump a récemment nommé Adam Lerrick – un fervent critique du FMI – en tant que sous-secrétaire pour la finance internationale au Trésor américain.

La peur d’un Grexit a déjà provoqué la fuite de capitaux de la Grèce au montant de 2,8 milliards € cette année. D’après le Financial Times, il s’agissait de «la pire fuite de deux mois depuis que le pays avait frôlé une séparation de l’eurozone, il y a presque deux ans».

L’escalade de la crise financière a forcé les représentants de l’UE à intensifier les pourparlers qui visent à satisfaire certaines des demandes du FMI. En entrevue avec le site grec de nouvelles Euro2day, un représentant anonyme a dit mardi dernier que

«La BCE [Banque centrale européenne] a fait un virage soudain dans ses pourparlers avec Athènes et se rapproche à présent des propositions du FMI, particulièrement concernant la réforme du travail.»

Le fait que Syriza soit une fois de plus utilisé pour superviser une nouvelle série de coupes sauvages témoigne à quel point ce parti de la pseudo-gauche a viré à droite depuis son entrée au pouvoir en janvier 2015 avec une plateforme anti-austérité.

Depuis, Syriza – avec son partenaire de coalition, les Grecs indépendants (ANEL) – a été le fer de lance des ordres de l’UE et du FMI.

Cela a abouti à la signature du troisième programme de sauvetage en été 2015, suivant la trahison de Syriza des résultats du référendum en juillet 2015, qui témoignait d’un rejet retentissant des politiques d’austérité qui avaient été imposées par différents gouvernements depuis 2010.

Syriza est maintenant largement détesté. Il obtient seulement 15 pour cent d’approbation dans les sondages, ce qui est 15 points de moins que Nouvelle démocratie (ND) conservatrice.

L’hostilité de la classe ouvrière envers Syriza s’est exprimée dans une vague récente de grèves et de manifestations.

  • Le 15 mars, des infirmières et des médecins ont organisé une grève de 24 heures demandant la gratuité du système de santé, l’embauche d’employés et le remboursement de salaires qui ont été réduits.
  • La grève a été accompagnée d’une manifestation anti-austérité menée par des employés de l’hôpital en face du ministère des Finances, qui a été réprimée par la police antiémeute.

Des employés du gouvernement local, des débardeurs et des employés des autorités fiscales ont aussi manifesté.

La semaine précédente, une manifestation de fermiers grecs s’opposant aux augmentations d’impôts et aux coupes dans les pensions a viré à la violence après que des représentants du ministère de l’Agriculture ont refusé de rencontrer les délégués. Après une altercation, la police antiémeute a dispersé la foule dans les ruelles en utilisant des gaz lacrymogènes.

L’application de l’austérité par Syriza a été si efficace que l’une des manifestations impliquait même une délégation de personnes aveugles, qui manifestaient contre les coupes dans les prestations d’invalidité.

Un mouvement national pour empêcher la saisie immobilière a émergé en opposition à l’abandon par Syriza de sa promesse préélectorale d’empêcher les banques de saisir et revendre les maisons des travailleurs.

Syriza tente d’approfondir sa collaboration avec les syndicats afin de réprimer l’opposition croissante à son programme d’austérité. Le gouvernement s’est assuré que le rétablissement de la négociation collective soit à l’ordre du jour pour les négociations entre l’UE et le FMI.

Le raisonnement procapitaliste derrière cette position a été souligné par la ministre du Travail de Syriza, Effie Achtioglou, dans un article qu’elle a écrit pour le Huffington Post. Achtioglou a écrit que la réintroduction de la négociation collective entraînerait la «réduction des coûts de transaction, et égaliserait les chances des entreprises en termes de salaires, leur permettant en effet de se concentrer sur les questions de productivité, de réduire le travail non déclaré et de promouvoir le dialogue social et la paix sociale».

(Article paru en anglais le 1er avril 2017)


source/ https://www.wsws.org/fr/articles/2017/avr2017/syrz-a04.shtml


2017.04.04 crece_map

2- L’absence de consensus politique nuit à l’économie grecque… vue de Bruxelles

Le vice-président de la Nouvelle Démocratie, Costis Hatzidakis, a déclaré que la Grèce avait «pénalisé» le secteur privé et l’entrepreneuriat. [Stavros Mavrogenis]

Le manque de coopération entre les partis politiques grecs a empêché le pays de sortir d’un plan de sauvetage financier douloureux, selon certains experts.

Les « bonnes pratiques » mises en place par Chypre pour sortir de la crise ont payé, selon les spécialistes et les décideurs politiques. Mais en Grèce, la situation économique est loin d’avoir suivi le même cours.

Le PIB de la Grèce est en effet passé de 242 milliards d’euros au début de la crise à 175 milliards d’euros, soit une diminution de 27 %. Pendant la même période, les investissements ont été réduits de 65 % et les salaires de 29 %, faisant perdre près de 40 milliards d’euros en sept ans aux salariés.

Chypre, l’exemple à suivre

« Chypre a su faire preuve de bonnes pratiques qu’il faut présenter comme des solutions qui n’ont rien de magique […] des solutions réelles qui ont fait leurs preuves et qui pourraient également s’appliquer à la Grèce. » a expliqué Giannis Smyrlis, secrétaire du ND chargé des relations internationales et de l’UE.

Le secrétaire d’État chypriote Theodosis Tsiolas a expliqué les mesures prises par son pays ainsi que les initiatives du gouvernement chypriote en découlant.

À la suite d’une série de changements structurels tels qu’une restriction du secteur public par le biais d’une diminution des effectifs et de la mise en place de budgets plus équilibrés, Nicosie est parvenu à sortir de son plan de sauvetage financier plus tôt que prévu, en avril 2016.

D’après certains experts, la mesure la plus importante a été le soutien apporté aux petites et moyennes entreprises (PME), qui ont obtenu des subventions à hauteur de 125 millions d’euros jusqu’en 2020 de la part de la Banque européenne d’investissement et d’autres fonds de la part de la Banque européenne de reconstruction et de développement.

Croissance en hausse

Marios Tsakis, un représentant de la chambre de commerce et d’industrie chypriote, indique que le taux de croissance est à présent positif et a atteint à 2,8 % en 2016.

Concernant le secteur bancaire, près de 1,4 milliard d’euros ont été investis, 4 milliards d’euros ont permis de financer un programme offrant des permis de résidence permanente, et des investissements conséquents ont été effectués avec la participation d’investisseurs étrangers, surtout dans le secteur touristique.

Les créanciers de la Grèce durcissent encore le troisième mémorandum

Obsédé par son objectif de faire entrer le FMI dans le plan de soutien à Athènes, les créanciers européens ont encore une fois demandé des mesures dures à Athènes.[1]

Absence de volonté politique

Vasilis Korkidis, président de la confédération nationale du commerce grec, s’est inquiété du sort d’Athènes. Il a déclaré à Euractiv que depuis l’adoption initiale du mémorandum, huit événements importants avaient eu lieu à Chypre. En comparaison, « en Grèce, en sept ans de mémorandum, nous avons eu 118 dates importantes avec des événements, qui n’ont malheureusement apportées aucun résultat », a-t-il souligné.

Selon lui, il existe une volonté politique d’atteindre un consensus et une coopération entre les partis à Chypre, mais pas en Grèce. Le vice-président de la Nouvelle Démocratie, Costis Hatzidakis, a déclaré que la Grèce avait « pénalisé » le secteur privé et l’entrepreneuriat. « L’idée d’investir sans investisseurs, d’entreprendre sans employés et d’obtenir des résultats sans travail a prévalue », a-t-il déclaré.

Il a par ailleurs indiqué que son parti ne voterait pas pour les nouvelles mesures demandées par les créanciers au parlement et a ajouté que la « seule solution pour mettre un terme à la crise était de faire preuve de pragmatisme et de bon sens ».

liens[]

  1.    http://www.latribune.fr/economie/union-europeenne/grece-le-troisieme-memorandum-ne-cesse-de-se-durcir-643580.html

source/ https://www.euractiv.fr/section/economie/news/greece-still-in-bailout-due-to-lack-of-political-consensus-spirit-among-parties/

2017.04.04 silder-grece

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