1618 – Le centenaire de la révolution russe est aussi commémoré en Suisse


  • 1.     De premiers contacts au 17e siècle déjà
  • 2.     Un don de 100’000 roubles du tsar
  • 3.     Accord commercial en 1941
  • 4.     La Suisse, terre d’asile des réfugiés russes 
  • 5.     Première visite officielle en 2009
Le 6 décembre 1944, comme le reste de la presse suisse, le «National-Zeitung» rapporte le refus de l’Union soviétique d’établir des relations diplomatiques avec la Suisse. (archives de l’auteur)

Le 6 décembre 1944, comme le reste de la presse suisse, le «National-Zeitung» rapporte le refus de l’Union soviétique d’établir des relations diplomatiques avec la Suisse. (archives de l’auteur) –(zvg)


Par Igor Petrov, swissinfo – 22 février 2017

Le 100e anniversaire des deux révolutions russes de 1917 sera abondamment célébré en Suisse aussi, avec notamment plusieurs expositions. Ces célébrations seront l’occasion de revenir sur les relations parfois complexes entre les deux pays. Voici cinq faits relatifs à ces relations bilatérales qui sont assez peu connus du grand public. 

1.     De premiers contacts au 17e siècle déjà

C’est dès 1667 que la République de Genève et la chancellerie pour les Affaires étrangères de Moscou entretiennent des relations officielles. Le tsar Ivan V et la République genevoise échangent alors leurs ambassadeurs.

Le très intéressant ouvrage de Mikhaïl Chichkine – «La Suisse russe» – retrace les relations entre les deux pays aux XVIIe et XVIIIe siècles. Il écrit notamment que l’aristocratie russe envoyait volontiers ses enfants à Genève en raison de ses excellentes écoles. «Les mœurs strictes de la ville de Calvin, le niveau élevé des connaissances chez les professeurs et la compréhensibilité de la langue» constituaient de très bonnes raisons de considérer Genève comme une destination importante.

Aller et retour entre la Suisse et la Russie

01. mars 2006 – 08:18
Plan axonométrique de Saint-Pétersbourg (archives d'Etat de la Marine Russe)
Plan axonométrique de Saint-Pétersbourg (archives d’État de la Marine Russe)

La présence des Suisses en Russie a des racines historiques originales. A découvrir grâce à une exposition au Musée historique de Lausanne.

Cette présence va au-delà des grands architectes tessinois dans la Russie des tsars. Ils y ont construit de fastueux palais impériaux, la cathédrale Saint-Pierre et Saint-Paul et la célèbre perspective Nevsky de Saint-Pétersbourg.

La scintillante Russie impériale voulue par Pierre le Grand aurait-elle été la même, avec son luxe et ses contradictions, sans les Suisses? L’exposition de Lausanne tente de répondre à cette question.

Au 18ème siècle, sous le règne de Pierre le Grand et de Catherine II, l’empire atteint son apogée. Il s’étend jusqu’à la Mer Baltique et à la Mer Noire. Et en 1703, il s’attaque à la construction, digne des Pharaons, de Saint-Pétersbourg.

Un amiral de l’empire

C’est précisément un Suisse, François Le Fort, qui a dirigé des conquêtes militaires. Capitaine de l’armée du tsar à partir de 1679, ce Genevois a accompli une véritable escalade sociale pour devenir, en 1696, amiral de l’empire. Le philosophe et écrivain français, Voltaire, l’avait décrit en termes flatteurs.

On apprend également que Frédéric-César de la Harpe, un Lausannois, a été le précepteur personnel du prince Alexandre. Avant d’être renvoyé à cause de ses idées jacobines exprimées dans des pamphlets, le Vaudois a donné un élan déterminant à l’ouverture artistique et culturelle et au bon goût cosmopolite de la cour impériale.

Montres et bijoux

«Auprès des nobles russes, les Suisses étaient réputés pour leur précision et leur sérieux», explique Alexandra Kaourova, curatrice de l’exposition lausannoise.

«Ils avaient l’avantage de connaître les langues et leur rigueur calviniste était très appréciée. Ils étaient donc considérés comme les meilleurs précepteurs sur le marché. »

La précision et l’honnêteté ont aussi fait la fortune des horlogers et des bijoutiers. Ainsi, en 1729, Jérôme Pauzié qui était au service d‘Elisabeth Petrovna, fille de Pierre le Grand, réalisa la couronne impériale de Catherine II. Faite d’or et d’argent, elle était sertie de diamants, perles et rubis.

Des miniaturistes

Après Pauzié, Jean-Pierre Ador (1716-1799) ainsi que les horlogers Jean et Marc-Conrad Fazy, Philippe Dubois, Abraham-Louis Bréguet ou encore Antoine-Norbert de Patek ont fait de Saint-Pétersbourg, un des bastions de leur gloire internationale.

A leurs côtés, œuvraient plusieurs miniaturistes genevois dont les magnifiques tabatières et les ivoires peints peuvent être admirés à Lausanne.

Au 19ème siècle, les manufactures de François Birbaum et de Carl Fabergé contribuent à un développement extraordinaire de l’art appliqué dans l’aristocratie russe et les autres cours européennes.

Grandeur et décadence

Le paysage serait incomplet si l’on omettait de mentionner l’apport des scientifiques. Ainsi, la «Kunstkamera» – édifiée par le Bâlois N.-F. Härbel – où siégeait, en 1725, l’Académie des Sciences, pullulait de génies helvétiques comme le mathématicien Jacob Hermann ou le physicien Leonhard Euler.

Le Musée lausannois évoque aussi le rôle des ouvriers-esclaves qui travaillaient à la construction spectaculaire de Saint-Pétersbourg.

Il est aussi possible d’y voir les dernières photographies connues de la dynastie des Romanov, prises en avril 1918 par le photographe suisse Pierre Gillard.

Il y écrit la coexistence entre autocratie et luxe, entre grandeur et tragédie dans un contexte où le tsar, illuminé et ignare, ne savait rien ou ne voulait rien savoir de la misère noire dans laquelle vivait son peuple.

Lénine élève d’un Neuchâtelois

Autre découverte possible: Les clichés monumentaux et les illustrations géantes du pionnier tessinois de la photographie, Ivan Bianchi. Ces photos – véritables joyaux artistiques – ont été retrouvés il y a quelques années dans les archives de la Bibliothèque cantonale de Lugano.

Au Musée de Lausanne, elles sont complétées par des aspects moins aristocratiques. Preuve en est, l’évocation des viticulteurs vaudois ou celle du précepteur neuchâtelois Jacques-Alexis Lambert qui enseignait dans un lycée sibérien.

Il y avait comme élève un certain Vladimir Ilitch Oulianov, passé à l’histoire sous le nom de Lénine.

Des Russes en Suisse

Si les Suisses ont été nombreux à émigrer en Russie où ils ont laissé des traces indélébiles, dès le 19ème siècle, les Russes sont arrivés à leur tour dans notre pays.

«Nicolas Karamzin a écrit des pages merveilleuses sur la réalité helvétique, dans la ligne des idées transmises par Jean-Jacques Rousseau», explique Laurent Golay, directeur du Musée historique de Lausanne.

«Mais ce ne sont pas seulement des touristes qui sont arrivés en Suisse. Au 19ème siècle, des étudiants en médecine par exemple se sont installés, en grand nombre, à Zurich pour y fréquenter l’université.»

Les exilés et les révolutionnaires aussi se sont établi en Suisse. Parmi eux se trouvaient plusieurs artistes. Ainsi, l’exposition retrace la collaboration entre l’écrivain vaudois Pierre-Ferdinand Ramuz et le musicien russe Igor Stravinsky, le séjour genevois du physicien soviétique André Sakharov, Prix Nobel de la Paix en 1975 et de sa femme Elena Bonner, celui des peintres du groupe « Die grosse Bär » à Ascona (TI).

De Nabokov à Sakharov

Elle présente aussi quelques portraits de l’écrivain Vladimir Nabokov (1899-1977), inoubliable auteur de «Lolita» (1955).

Les photos avaient été réalisées par le photographe allemand Horst Tappe (1938-2005) à Montreux où l’auteur polyglotte qui avait fui la Russie à la révolution s’était installé en 1961.

L’exposition propose aussi une étonnante collection de papillons capturés par Nabokov entre Lenzerheide (Grisons) et le Léman.

L’histoire retracée à Lausanne survole les siècles et les arts. C’est l’histoire des rapports entre la Suisse et la Russie, une histoire aux multiples facettes.

swissinfo, Pierre Lepori, Lausanne
(Traduction-adaptation de l’italien, Gemma d’Urso)

En bref

– «L’année du jubilé 2006» s’est ouverte le 14 février. Elle commémore 190 ans de relations diplomatiques entre la Suisse et la Russie et prévoit une centaine d’évènements.

– L’exposition «Suisse-Russie : des siècles d’amour et d’oubli 1680-2006 » s’est ouverte au Musée historique de Lausanne le 17 février. Elle fermera ses portes le 21 mai prochain.

– Le catalogue a été publié par les éditions «Benteli Verlag», aux bons soins de Laurent Golay et Alexandra Kaourova. Il est disponible en français et en russe.

Faits

Avant la révolution de 1918, 60’000 Suisses au moins ont tenté fortune en Russie, nation considérée comme un Eldorado de l’émigration.

Parmi les Suisses célèbres au pays des tsars, citons:

Le stratège François Le Fort
Le précepteur Frédéric-César de la Harpe
Les architectes Domenico Trezzini, Luigi Rusca et Domenico Gilardi
Les scientifiques Jacob Hermann et Leonhard Euler
Les bijoutiers Jérôme Pauzier et Jean-Pierre Ador
Les horlogers Abraham-Louis Bréguet et Antoine-Norbert Patek

 

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2.     Un don de 100’000 roubles du tsar

Lorsqu’il prend connaissance de la famine qui frappe la Suisse, le tsar Alexandre Ier envoie un don de 100’000 roubles pour soutenir la Suisse orientale, particulièrement touchée par le fléau, selon l’historien thurgovien Rolf Soland. La somme est distribuée à Zurich les 19 et 20 mai 1817. La plus grande part est attribuée au canton de Glaris (66’000 roubles).

Une caricature française du Congrès de Vienne. 

Le jour où la Suisse est devenue neutre

Par Olivier Pauchard

Il y a 200 ans, les puissances se réunissaient à Vienne pour réorganiser une Europe à peine sortie des tumultes révolutionnaires. Le Congrès de Vienne a aussi marqué le point de départ d’une neutralité devenue indissociable de la Suisse moderne. Mais cette neutralité a davantage été imposée que choisie, rappelle l’historien Olivier Meuwly.

L’ancienne Confédération – patchwork de 13 cantons, alliés, bailliages communs et autres territoires sujets – disparaît avec l’invasion française de 1798. La Suisse devient alors une république «une et indivisible» sur le modèle français, où les cantons ne sont plus que de simples préfectures. La situation politique restant tendue, Napoléon impose sa médiation en 1803: il fait de la Suisse un pays constitué de 19 cantons autonomes et égaux et pourvus d’une Diète commune. L’historiographie récente voit dans cet Acte de médiation le début de la Suisse «moderne».

Pays satellite de la France, la Suisse subit de plein fouet les contrecoups de la débâcle napoléonienne de 1814. Après Paris, l’avenir se dessine désormais à Vienne, où sont réunies les puissances victorieuses.

L'historien Olivier Meuwly.
L’historien Olivier Meuwly.(Keystone)

swissinfo.ch: Quelle est la véritable importance du Congrès de Vienne pour la Suisse?

Olivier Meuwly: L’enjeu est de taille. Il y a deux camps. Les cantons de la Confédération de 1798 souhaitent un retour à l’Ancien Régime. Quant aux nouveaux cantons, ils veulent se maintenir.

Le rôle des personnes sera important. Frédéric-César de La Harpe, ancien précepteur du tsar Alexandre Ier, va s’activer pour aider le canton de Vaud à conserver son indépendance, donc à maintenir la Suisse des 22 cantons (les 19 cantons issus de l’Acte de médiation plus Neuchâtel, Genève et Valais). Comme tout le monde, il est hostile à Napoléon, mais il y a une chose à sauver de son système: la médiation et la structure des 22 cantons qui assurait l’équilibre pacifique de cette Suisse toujours turbulente et malgré tout importante pour les Puissances.

swissinfo.ch: En quoi la petite Suisse est-elle importante pour les Puissances?

O. M. : La Suisse est l’une de ces régions tampon entre la France qu’il faut contenir et l’Autriche. Tout le monde veut avoir le contrôle sur ce territoire au pied des Alpes qui assure l’encerclement de la France.

La neutralité va finalement arranger tout le monde. La Suisse étant incapable d’être stable, on va décider qu’elle est neutre et les Suisses vont s’en arranger, même si ceux-ci ne se revendiquent pas neutres. Il n’y a pas de projet de neutralité; ce sont les circonstances qui font que la Suisse est décrétée neutre par les autres.

Au final, c’est Alexandre Ier qui décide du sort de la Suisse, car il est le chef de la Coalition. En accord avec de La Harpe, il décrète que la Suisse des 22 cantons sera maintenue, alors que le chancelier autrichien Metternich était plutôt favorable au canton de Berne et au rétablissement de l’ancienne Confédération.

swissinfo.ch: La Suisse moderne peut donc dire merci aux Russes…

O. M. : Il est toujours délicat d’attribuer des phénomènes historiques à des personnes. Mais en l’occurrence, je crois que le rôle des personnes a été considérable. S’il n’y avait pas eu des liens d’amitié très solides, de respect mutuel entre de La Harpe et Alexandre, le tsar aurait-il quand même donné droit aux revendications des Vaudois? Ce n’est pas exclu, mais l’existence de liens personnels a aidé.

De La Harpe est sans doute le Suisse qui va jouir de la position la plus importante dans l’histoire du monde. Jamais un Suisse n’aura été aussi près des grandes questions du monde et des grands dirigeants. Il est constamment dans l’intimité du tsar, depuis l’arrivée des Russes en France jusqu’à la fin du Congrès de Vienne. Il va être le chef de l’antichambre, le secrétaire particulier. Il est l’un des traits d’union important entre le tsar et le reste du monde.

swissinfo.ch: Certains voient dans la bataille de Marignan de 1515 les origines lointaines de la neutralité suisse, car suite à cette défaite, la Confédération s’est retirée des grands enjeux militaires européens. Qu’en pensez-vous?

O. M. : Cela me semble abusif. Les cantons suisses n’étaient même pas tous présents à Marignan. Il me parait difficile de tisser des liens entre cette bataille et la neutralité.

En fait, les premières bribes, au niveau du droit international, qui laissent apparaître une reconnaissance d’un corps helvétique indépendant, remontent au Traité de Westphalie de 1648, qui met un terme à la Guerre de Trente ans. On peut alors commencer à dire qu’il existe une Suisse reconnue comme telle et plus ou moins neutre.

swissinfo: La Suisse ne se revendiquait pas neutre en 1815, alors que la neutralité est devenue aujourd’hui l’une de ses caractéristiques essentielles. Comment a eu lieu cette évolution?

O. M. : Au XIXe siècle, la neutralité ne s’impose pas comme un principe directeur. Elle n’est que la conséquence d’une Suisse indépendante qui s’affirme sur la scène internationale. Mais les Suisses ont compris que s’ils n’étaient pas neutres, ils devaient forcément être dans un camp. Mais lequel? Lors de la guerre franco-prussienne de 1870 comme lors de la Première Guerre mondiale, la Suisse s’est déclarée neutre. La neutralité était en fait le bon moyen de ne pas choisir.

L’aspect humanitaire va par ailleurs donner corps à cette neutralité. Cette notion de neutralité va devenir un ferment utile; pas uniquement un retrait, mais un moyen d’être à disposition. Après les deux Guerres mondiales, la neutralité suisse vit ses heures de gloire de par la Guerre froide.

Il faut voir aussi que cette Suisse neutre de fait a toujours été jugée intéressante. Si de La Harpe, le républicain, devient le précepteur du futur tsar, ce n’est évidemment pas pour ses opinions politiques. En revanche, il parle français, la langue diplomatique, et Catherine II le prend à son service parce qu’elle préfère voir son petit-fils instruit par un républicain suisse que par un aristocrate français qui pourrait être un agent double. Le fait que la Suisse soit un peu en dehors des grandes affaires militaires et politiques a toujours été une carte qui a servi. Surtout après 1945 où elle peut vraiment s’épanouir dans ce rôle de bons offices.

Pour Olivier Meuwly, Frédéric-César de La Harpe a certainement été le Suisse le plus influent de l'histoire.
Pour Olivier Meuwly, Frédéric-César de La Harpe a certainement été le Suisse le plus influent de l’histoire.(Wikipedia)

swissinfo.ch: Malgré ses avantages, la neutralité fait régulièrement l’objet de débats. Pensons au concept de «neutralité active» de l’ancienne ministre des Affaires étrangère Micheline Calmy-Rey. Plus récemment, son successeur Didier Burkhalter a aussi subi quelques critiques en Suisse et à l’étranger, pour son rôle dans la crise ukrainienne en sa qualité de président de l’OSCE…

O. M. : La neutralité ne peut pas être un concept figé. Tout principe politique doit être soumis à la discussion, être confronté à l’actualité, à sa pertinence, à son évolution. Je suis aussi un fan de la démocratie directe, mais ce n’est pas une norme sacrée apportée par une divinité supérieure. Elle peut aussi être débattue.

C’est un peu le problème en Suisse: on a tendance, à droite comme à gauche, à mythifier les choses et cela pose des problèmes. C’est typique pour la neutralité. C’est une notion qui est forcément en confrontation avec le réel. Que veut dire être neutre? Cela peut changer. On ne pourra jamais dire on est neutre, point final. Cela ne veut rien dire en soi.

Congrès de Vienne
Le Congrès de Vienne s’est déroulé du 18 septembre 1814 au 9 juin 1815. Il avait pour objectif de réorganiser l’Europe sous la direction des quatre puissances victorieuses de Napoléon: la Russie, l’Angleterre, la Prusse et l’Autriche.
La Diète suisse a envoyé trois représentants à Vienne. Plusieurs cantons, régions et villes ont fait de même. En raison d’intérêts souvent divergents, les représentants suisses ont donné l’image d’une Confédération déchirée.
Suite au retour surprise de Napoléon en France, le Congrès a adopté une déclaration relative à la Suisse le 20 mars 1815. Il constatait que la neutralité perpétuelle de la Suisse était dans l’intérêt des Etats européens et garantissait l’intégrité des 22 cantons.
(Source: Dictionnaire historique de la Suisse)
swissinfo.ch
Olivier Meuwly
L’historien Olivier Meuwly est docteur en droit et en lettres de l’Université de Lausanne.
Il est actuellement adjoint au secrétaire général du Département des finances et des relations extérieures du canton de Vaud.
Il est l’auteur de plusieurs ouvrages sur l’histoire du canton de Vaud, de la Suisse, des partis politiques et des idées.
Il a organisé en novembre dernier un colloque sur le canton de Vaud et le Congrès de Vienne. 

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3.     Accord commercial en 1941

Le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale, le 1er septembre 1939, place la Suisse devant une nouvelle situation non seulement politique mais aussi économique. Le souci d’assurer l’approvisionnement du pays pousse la Suisse à développer des relations économiques plus actives avec l’Union soviétique. Un accord sur le commerce des marchandises est finalement conclu le 24 février 1941, après cinq semaines de dures négociations, et entre en vigueur au début du mois suivant.

Le but de la Suisse est de mettre les exportations, en particulier de l’industrie des machines, au service de l’approvisionnement du pays. L’URSS souhaite de son côté une assistance technique pour son industrie horlogère. Les deux objectifs sont atteints. L’accord n’est pas dénoncé, mais devient inapplicable en raison de l’invasion allemande du 22 juin 1941.

La Russie est un marché attractif pour les producteurs suisses de cosmétiques comme Luzi

La Russie est un marché attractif pour les producteurs suisses de cosmétiques comme Luzi –(photoeye GmbH)

Les négociants suisses à la peine en Russie

Par Matthew Allen

Quand le producteur de parfum suisse Luzi est entré en Russie au début de l’année dernière, les perspectives du marché semblaient radieuses. Le récent conflit en Ukraine, les sanctions occidentales contre la Russie et la dépréciation du rouble ont assombri l’horizon.

 

L’entreprise affirme avoir réussi jusqu’à présent à atteindre ses objectifs d’affaires. Mais elle doit maintenant faire face à une série de problèmes allant de la difficulté d’être payé par les clients ukrainiens aux douanes russes tatillonnes pour les expéditions.

La Russie est l’un des cinq plus grands marchés pour les produits cosmétiques et les parfums, selon Mike Rohner, directeur des ventes chez Luzi. C’est le seul pays dans la catégorie supérieure qui n’est pas déjà entièrement développé et saturé avec des produits concurrents.

Luzi a forgé des partenariats avec des entreprises en Russie, en Ukraine et en Biélorussie qui utilisent leurs composés parfumés pour produire des produits locaux. Un développement qui a entraîné des dividendes plus rapidement que prévu.

Mais en mars dernier, un partenaire en Crimée a rencontré des difficultés de paiement lorsque les banques ont quitté le territoire quand il a été annexé par la Russie.

Les flux d’argent sont également devenus difficile à Kiev, la capitale de l’Ukraine, bien que la société – basée à Dietlikon dans le canton de Zurich – ait trouvé un moyen de contourner les obstacles. Puis vinrent les sanctions prises par les États-Unis et l’Union européenne et les mesures de rétorsion russes de restreindre les importations de produits alimentaires en provenance de ces pays.

«Nous sommes indirectement touchés par ces mesures, explique Urs Rohner à swissinfo.ch. Un de nos partenaires de distribution à Saint-Pétersbourg a été placé sous surveillance par les autorités russes, car il importe également des arômes alimentaires d’Europe. Nos produits font partie du même envoi. Cela peut créer des retards et des complications.»

Commerce Suisse-Ukraine
Les exportations suisses vers l’Ukraine ont chuté de 8,5% au cours des quatre premiers mois de cette année à 202 millions CHF.
Les importations en provenance d’Ukraine vers la Suisse ont chuté de 37,5% à 41.4 millions CHF, selon les statistiques officielles.
Les investissements directs suisses en Ukraine s’élevaient à 1,3 milliards de dollars à la fin de 2013 (en hausse de 6,7% par rapport à 2012).
Il n’existe pas de statistiques officielles pour les investissements directs ukrainiens en Suisse.
Le FMI prévoit que le PIB de l’Ukraine se contractera de 6,5% cette année.

L’impact des sanctions

Le Switzerland Global Enterprise (anciennement l’Office suisse d’expansion commerciale/OSEC), relève d’autres conséquences.

«En parlant aux entreprises suisses, nous entendons dire que c’est moins les sanctions elles-mêmes qui les touchent que l’incertitude générale sur les développements futurs dans la région. Certaines d’entre elles ont reporté ou annulé des projets d’exportation.»

La Suisse a jusqu’à présent refusé d’imposer la même gamme de sanctions que les États-Unis et l’UE. Certains producteurs de fromage et de viande suisses ont connu une demande accrue de la Russie, qui cherche des partenaires non membres de l’UE dans sa guerre commerciale avec les Occidentaux.

Commerce Suisse-Russie
Les exportations suisses vers la Russie ont chuté de 3,5% au cours des quatre premiers mois de cette année à 843 millions CHF.
Les importations en provenance de Russie ont chuté de 46% à 231 millions CHF entre janvier et avril, selon les statistiques officielles.
Fin 2012, la Suisse était le 12e plus gros investisseur direct en Russie  avec 12,5 milliards CHF, tandis que les investissements russes en Suisse s’élevaient à 50,7 milliards de dollars.
Près de 200 entreprises suisses opèrent sur le sol russe.
En Juillet, le Fonds monétaire international (FMI) a réduit sa prévision de croissance du PIB pour la Russie cette année à 0,2%.

Mais les firmes qui travaillent avec la Russie doivent faire preuve de prudence. La Suisse a officiellement déclaré ne pas vouloir devenir un canal de contournement des sanctions à l’encontre de la Russie.

Autre conséquence indirecte de cette guerre commerciale: la chute des prix des denrées alimentaires dans l’UE, suite à la limitation des exportations vers la Russie.

L’association Fruit Union Suisse craint que cette chute des prix n’affecte ses exportations vers l’Europe tandis que l’Union professionnelle suisse de la viande avertit que cela pourrait renforcer la tendance des consommateurs suisses d’aller faire leurs courses de l’autre côté de la frontière.

L’industrie du tourisme se prépare également à des conséquences négatives de l’antagonisme entre la Russie  et l’Occident. «Les Russes sont nombreux à venir en Suisse et nous devons compter sur une réduction des arrivées pour la période de Nouvel An», a déclaré Guglielmo Brentel, chef de l’Association des hôteliers suisses, à la télévision publique suisse, SRF.

Stagnation de l’économie

Hans Hess, président de Swissmem, qui représente l’industrie des machines, des équipements électriques et des métaux, assure que le conflit en Ukraine et les sanctions ont déjà eu un effet direct sur certains membres, puisque des entreprises de l’UE commencent à réduire leurs investissements.

«Nous avons connu une croissance économique au point mort au deuxième trimestre en raison du conflit en Ukraine, a-t-il déclaré sur les ondes de la SRF. Ce conflit est dangereux pour nous, car il pourrait causer des perturbations économiques, pas seulement en Europe, mais dans le monde entier.»

Les exportations suisses vers la Russie ont diminué de 6,3% au premier semestre de cette année, selon l’ambassade de Suisse à Moscou. Mais cela pourrait s’expliquer par la baisse rapide du rouble, autant que la crise en Ukraine, selon un communiqué de Swissmem. Selon les statistiques officielles de la Suisse, les exportations vers l’Ukraine ont chuté de 8,5% de janvier à mai.

De leur côté, les grandes entreprises suisses avec une présence physique en Russie, comme Swatch, Sulzer, Holcim et Nestlé, ont déclaré ne pas connaitre de perturbations jusqu’à maintenant.

Les sanctions ne sont qu’une partie du problème de la Russie, selon Frank Schauff, directeur de l’Association des petites et moyennes entreprises européennes en Russie.

Cela dit, l’économie russe était déjà chancelante, principalement en raison de la sur-dépendance aux industries du pétrole et du gaz, du sous-investissement dans d’autres secteurs clés et d’une faible productivité.

«Le climat économique général avait déjà commencé à se détériorer vers la fin de l’année dernière avec la baisse du rouble face aux autres devises. Ce qui rend les importations de produits étrangers plus chers et fait baisser la demande des consommateurs. Les conditions économiques se sont détériorées à un rythme plus rapide quand la crise ukrainienne a démarré», précise Frank Schauff.

Opportunités d’affaires

Mais tout n’est pas sombre pour autant. «Les consommateurs russes peuvent avoir moins d’argent dans leurs poches, mais ils vont continuer à acheter des produits de soins personnels, en particulier les femmes russes avec les parfums, estime Mike Rohner, directeur des ventes chez le parfumeur Luzi. S’ils ne peuvent plus s’offrir des produits L’Oréal, ils se tourneront vers des marques locales qui sont nos clients.»

Michael Derrer conseille les entreprises suisses intéressées au marché russe. Il voit aussi de nouvelles opportunités se dessiner en Russie: «Dans les prochaines années, la Russie continuera de couper les liens avec l’Occident et investira davantage dans ses propres capacités de production. Si une entreprise est prête à prendre le risque d’investir directement dans le pays, elle sera en mesure de faire plus d’affaires.»

A court terme, Michael Derrer voit une autre ouverture: «La réaction de la Russie aux sanctions a principalement visé les entreprises américaines. Les grandes marques avec une forte valeur symbolique, comme McDonalds [qui a été forcée de fermer ses succursales en Russie], sentent cette pression politique. Les entreprises non affectées pourraient donc saisir de nouvelles opportunités.»

Traduit de l’anglais par Frédéric Burnand, swissinfo.ch


4.     La Suisse, terre d’asile des réfugiés russes

La neutralité de la Suisse et son système démocratique font de ce pays un lieu de refuge pour les personnes poursuivies en Russie pour des raisons politiques, et cela dès le XIXe siècle. C’est ainsi que c’est à la bibliothèque centrale de Zurich que Lénine publie ses fameuses Thèses d’avril, en 1917. Parmi les autres réfugiés célèbres, Alexandre Soljenitsyne vit deux ans en Suisse, tout comme l’opposant au Kremlin Mikhaïl Khodorkovski.

Lénine et la révolution jamais née

Par Olivier Pauchard

C’est en Suisse que Vladimir Ilitch Oulianov, mieux connu sous le nom de Lénine, a préparé la révolution russe et son entrée dans l’histoire du 20e siècle.

Mais le révolutionnaire n’aura pas connu le succès dans sa terre d’asile. C’est en vain qu’il tentera de convaincre ses «camarades» suisses de la nécessité d’une insurrection prolétarienne.

«Je ne suis pas un déserteur ni un réfractaire, mais un exilé politique», déclare Lénine aux autorités lors de son arrivée en Suisse en 1914. Il peut trouver refuge dans le pays sans difficultés particulières.

Accompagné de sa femme Nadia Krupskaia, Lénine s’installe d’abord dans la ville tranquille et bourgeoise de Berne.

Chef du parti bolchevique, à cette époque minoritaire parmi les révolutionnaires russes, il tente d’établir des contacts avec les politiciens de la gauche helvétique. Mais ceux-ci préfèrent l’éviter.

Par exemple, relève l’historien Willi Gautschi, les parlementaires fédéraux Naine et Graber ne trouvent pas le temps de rencontrer ses émissaires. Leurs motifs? Ils sont trop occupés à pêcher ou à faire la lessive…

La «gauche de Zimmerwald»

Les idées radicales de l’agitateur russe ne trouvent pas non plus un terrain fertile dans les deux conférences secrètes – Zimmerwald (1915) et Kiental (1916) – auxquelles participent des dissidents de la gauche européenne opposés aux choix des partis officiels.

En 1914, les différents partis socialistes européens avaient en effet décidé de soutenir l’effort de guerre demandé par leurs gouvernements respectifs. Les conférences de Zimmerwald et de Kiental se concluent en revanche par un appel à la paix et au réveil de l’unité prolétarienne.

Lénine, qui participe à ces deux conférences, aurait souhaité autre chose: tirer profit de la «guerre impérialiste» en cours pour concrétiser une «révolte armée contre le capitalisme».

Mais la ligne dure qu’il défend reste minoritaire. Lénine l’idéaliste doit compter surtout avec le pragmatique et influent socialiste bernois Robert Grimm. Plus tard, déçu par les «socio-pacifistes suisses», Lénine le qualifiera de canaille insolente.

Entre saucisses et révolutions

En février 1916, il obtient de pouvoir s’installer à Zurich pour pouvoir travailler à quelques livres dans le local de la bibliothèque centrale. C’est là qu’il termine, notamment, L’impérialisme, stade suprême du capitalisme.

Pour 24 francs pas mois, il sous-loue deux chambres à la Spiegelgasse 14, dans un quartier animé de la vielle-ville zurichoise. Ironie de l’histoire, c’est au numéro 1 de cette même rue que naît à la même époque le mouvement dadaïste, dans le mythique Cabaret Voltaire.

Cette rue étroite et pavée accueille donc, côte à côte, les germes de deux révolutions, l’une politique et l’autre artistique.

«Zurich nous plaît tellement, écrit Lénine à sa mère. Le lac est magnifique.» Le révolutionnaire se promène souvent sur les rives en compagnie de sa femme.

Le cadre de la Spiegelgasse n’est en revanche pas aussi idyllique. «Il y a dans la cour une horrible odeur qui provient d’une fabrique de saucisses, écrira Nadia dans ses mémoires. Nous ne pouvons ouvrir les fenêtres que durant la nuit.»

Le départ pour Zurich

Mais le vrai motif du déménagement à Zurich est politique. Lénine rêve d’une révolution armée, également possible en Suisse.

Lénine continue de tenter de créer autour de lui un groupe de fidèles capables de défendre sa pensée. Il se montre toutefois prudent et cherche à éviter de se faire trop remarquer par les autorités qui pourraient l’expulser du pays.

Les socialistes zurichois, parmi lesquels Fritz Platten et Willi Münzenberg, sont plus radicaux et plus décidés que leurs collègues bernois. Et donc, espère Lénine, plus réceptifs à ses idées.

Le futur père de la révolution russe devient donc membre du Parti socialiste zurichois et participe assidûment à ses réunions. «Il arrivait tôt et s’asseyait toujours au premier rang, écrira le socialiste Beat Nobs en 1954. Il faisait partie des auditeurs les plus attentifs, mais n’a jamais pris la parole.»

Dans l’ombre, Lénine continue cependant à faire du prosélytisme. «Il était content comme un enfant quand on lui disait qu’il avait réussi à convaincre sept jeunes prolétaires à entrer dans son organisation», écrit son compagnon Georg Zinoviev.

Mais rien n’y fait et, en 1917, Lénine donne de premiers signes de résignation. «La gauche me fuit, que ce soit à Berne ou à Zurich», souligne-t-il dans quelques lettres.

Retour triomphal en Russie

Mais bientôt, l’intérêt de Lénine pour les «petits» événements suisses disparaît. En mars 1917, il apprend en effet qu’une nouvelle révolution a éclaté en Russie.

Avec l’aide de leaders de la gauche suisse, il obtient la permission de traverser l’Allemagne en train pour rentrer à Saint-Pétersbourg (la future Leningrad!). Il quitte définitivement la Suisse le 9 avril 1917.

La suite, on la connaît. Six mois plus tard, c’est le triomphe de la Révolution d’octobre et l’entrée de Lénine dans l’histoire mondiale.

De nombreux historiens estiment que si les thèses léninistes qui ont séduit la Russie avaient pris racine également en Suisse, la grève générale de 1918 se serait transformée en une prise armée du pouvoir par le prolétariat helvétique.

Et aujourd’hui, on parlerait aussi d’une Révolution de novembre suisse. Mais ce n’est que de la science-fiction…

swissinfo, Marzio Pescia
(traduction: Olivier Pauchard)

Faits

Lénine a passé au total 6 ans et demi en Suisse.
A Genève (1903-1905 et 1908), à Berne (1914-1915) et à Zurich (1916-1917).
Il a définitivement quitté le territoire de la Confédération le 9 avril 1917.
Gravement malade du cœur, il meurt en Russie le 21 janvier 1924 à l’âge de 54 ans.
 

Liens

5.     Première visite officielle en 2009

Malgré ces relations anciennes, il faut attendre 2009 pour qu’un dirigeant russe vienne pour la première fois en Suisse. Il s’agit de la visite d’Etat de Dmitri Medvedev. L’ancien président de la Fédération de Russie indique à l’époque venir en Suisse pour notamment discuter l’idée d’une collaboration internationale dans les domaines de la sécurité européenne avec le gouvernement suisse.

Une visite qui scelle un regain d’amitié

La visite d’Etat de Dimitri Medvedev s’est déroulée tambour battant lundi dans une capitale fédérale transformée en camp retranché. Le président russe a ensuite rencontré le gouvernement in corpore. Avec à la clef, la signature de quatre accords de coopération.

Tapis rouge, musique et honneurs militaires, la première visite jamais effectuée par un chef d’Etat russe dans la Confédération était réglée comme du papier à musique, lundi matin à l’aéroport de Zurich Kloten.

L’avion atterrit et le président russe et son épouse Svetlana descendent. Poignées de mains avec le président de la Confédération Hans-Rudolf Merz, la ministre des Affaires étrangères Micheline-Calmy Rey, la chancelière Corina Casanova, la présidente du canton de Zurich Regine Aeppli et d’autres officiels.

Une pose pour la photo et tout le monde s’engouffre dans des limousines en direction de Kehrsatz, dans la banlieue bernoise, pour la rencontre avec le Conseil fédéral in corpore.

Dmitri Medvedev s’est félicité dès son arrivée du soutien de Berne à son projet de sécurité en Europe. «Nous apprécions fortement que nos collègues suisses aient positivement évalué notre idée d’élaboration d’un accord de sécurité européen», a-t-il souligné.

La question du Caucase était également au programme ainsi que «le mandat de puissance protectrice» confié à la Suisse qui joue le rôle de médiateur entre la Russie et la Géorgie, a indiqué de son côté le président Hans-Rudolf Merz.

Quant à M. Medvedev, il a notamment dit ne pas douter que Berne et Moscou parlent «le même langage (…) sur nombre de sujets», d’autant que M. Merz manie le russe parfaitement.

Haute sécurité à Berne

Centre ville bloqué, tireurs d’élite embusqués sur les toits et les balcons, véhicules et personnes contrôlées, programme révélé à la dernière minute aux médias: la visite du président russe a été placée sous haute sécurité, avec un degré quasi maximum d’alerte.

Le Palais fédéral était entouré de barrières, de blocs de béton, de chiens et de véhicules blindés. Un hélicoptère de l’armée sillonnait le ciel au-dessus de la ville fédérale.

Plusieurs centaines de curieux venus assister aux honneurs militaires qui avaient été annoncés sur la Place fédérale, comme toujours en ces circonstances, auront été déçus.

Outre les drapeaux des 26 cantons, ils n’ont pu entrapercevoir, peu après 15 heures, qu’une colonne de limousines sombres encadrées par les motards de la police pour parcourir quelques centaines de mètres vers l’hôtel Bellevue.

Les hôtes de marque se trouvaient déjà au «Bernerhof», à l’autre extrémité du Palais fédéral où devaient se dérouler les entretiens entre les deux délégations.

Quatre accords

La ministre de la justice Eveline Widmer-Schlumpf a signé avec la Russie un accord de réadmission et un accord sur les visas, selon le Département fédéral de justice et police (DFJP).

1/- Avec le premier, la Suisse espère simplifier la réglementation du retour des personnes tenues de quitter le territoire.

2/- Le second permettra aux ressortissants suisses et russes d’obtenir plus facilement un visa de courte durée. Cet accord garantit une certaine uniformité de la politique des visas au sein de l’Espace Schengen.

3/- Un troisième accord a été conclu entre la Direction du développement et de la coopération (DDC) et le Ministère russe des situations d’urgence (EMERCOM), donnant une assise légale plus solide aux projets déployés par la DDC en Fédération de Russie, a précisé le Département fédéral des affaires étrangères (DFAE).

4/- Enfin, le quatrième accord consiste en un mémorandum portant sur la promotion du sport d’élite, la lutte contre le dopage, les sciences et la médecine du sport ainsi que l’organisation de grands événements sportifs.

Les discussions ont aussi porté sur la possible signature d’un accord de libre-échange dans le futur.

Appel au G20

Concernant les turbulences de la finance internationale, M. Medvedev a assuré que la présence de la Suisse dans les instances internationales discutant des mesures à prendre devait être soutenue en raison de l’importance de sa place financière.

Lors d’une conférence face aux médias, il a annoncé qu’il allait demander au G-20, qui se réunit cette semaine à Pittsburgh aux États-Unis, de trouver un accord «plus rapide» sur la réforme financière internationale.

«Nous avons fait des progrès dans certains domaines, mais je veux souligner que nous n’avons pas d’accord sur un certain nombre de questions», comme la comptabilité et les audits, a insisté le chef de l’État russe.

Au deuxième jour de la visite d’État, le Président de la Confédération conduira son hôte mardi en Suisse centrale, où figureront notamment au programme des étapes liées à l’histoire de la Suisse et de la Russie.

swissinfo.ch et les agences

Manifestation à Berne
SPM. Sept membres de la Société pour les peuples menacés (SPM) ont manifesté lundi à Berne avant la venue du président russe.

Tchétchénie. Vêtus de noir, ils ont dénoncé les violations des droits de l’Homme en Tchétchénie, notamment avec des pancartes adressées à Dimitri Medvedev.

Politkoskaïa. Les militants ont rappelé les morts de la militante des droits de l’Homme Natalia Estemirova et de la journaliste Anna Politkoskaïa.

SUISSE-RUSSIE

Au 18e siècle , les deux pays entretenaient d’intenses relations. Des écrivains, des artistes et des scientifiques visitaient la Suisse, alors que des citoyens helvétiques émigraient vers la Russie.

Plusieurs monuments et édifices, dessinés par des architectes suisses, témoignent du passage de ces migrants en Russie.

Au 19e siècle, la Russie fait partie des grandes puissances mondiales qui garantissent la neutralité suisse. Au début du 20e, artistes, étudiants et dissidents russes, dont Lénine, séjournèrent en Suisse.

Les remous de la Révolution entraîneront également l’interruption des relations diplomatiques en 1923 entre les deux Etats, pour ne reprendre qu’en 1946.

A la fin de la Guerre froide, les relations politiques, économiques, scientifiques et culturelles se sont rapidement intensifiées.

La Russie est devenue un partenaire commercial important et la Suisse fait partie des grands investisseurs au sein de la Fédération de Russie.

La Russie est le seul membre permanent au Conseil de sécurité de l’ONU avec lequel la Suisse échange des visites d’Etat ministérielles annuelles.

Depuis 10 ans, la Suisse apporte sa contribution financière et technique et offre aussi de l’aide humanitaire, en particulier dans le Sud-Caucase.

Depuis 2009, la Suisse représente les intérêts de Moscou en Géorgie, de même que les intérêts de la Géorgie en Russie.

 

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