1593 – Élections 2017 … On pourrait élire un « Souverainiste » …

Du site de Jean Claude Werrebrouck  en vue des Élections 2017

1- Élections 2017: Les « vérités » économiques de Patrick Artus

2- Élections 2017: Réactions à mon texte: « Les Vérités économiques de Patrick Artus »

3- Candidats souverainistes à l’élection de 2017 – Comment oser parler de l’euro et gagner l’élection ?

4- Élections présidentielles : programmes infantilisant et absence de projets sérieux

5- Élections présidentielles: Ce que les souverainistes devraient avoir en tête

6- Candidats souverainistes à l’élection présidentielle: il faudra frapper fort.

27 décembre 2016

1- Élections 2017: Les « vérités » économiques de Patrick Artus

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Dans un article des Échos du 27 décembre dernier Patrick Artus évoque 4 vérités économiques dont tous les programmes de politique économique, en particulier ceux dits populistes, devraient tenir compte. Ces 4 vérités sont

  1. l’impossibilité de sortir de l’euro,
  2. la non substituabilité des importations par des productions domestiques,
  3. la difficulté des appareils productifs à répondre à une hausse de la demande,
  4. et une austérité qui ne correspond pas à la réalité.

L’impossible disparition de l’Euro

L’impossible sortie de l’euro se ramène à nier l’Histoire humaine qui, de tout temps, édifie des institutions pour ensuite les voir s’étioler et disparaitre.

L’euro est une institution humaine qui comme toutes les autres disparaitra un jour. Toutefois, au-delà de cette maladresse dans l’affirmation, il existe chez Artus un argument de fond, à savoir l’importance de la dette au bénéfice de non- résidents qui s’accroitrait avec la dévaluation et ce, au détriment de l’État, des entreprises et des banques.

Le raisonnement est bien sûr biaisé par l’importance des actifs en compensation des passifs, mais surtout par le fait que le retour à la souveraineté monétaire passerait par une monétisation massive soucieuse de respecter tous les contrats et de ne nuire à aucun acteur[1].

Nous venons du reste d’avoir une petite idée de ce que signifie le respect des contrats en observant ce que vient de décider le parlement italien : en apportant 20 milliards d’euros aux banques incapables de faire face aux légitimes demandes de remboursements des petits créanciers, 20 milliards que l’État italien ne possède pas. Par ce geste, Il est implicitement décidé de respecter les engagements bancaires et ce quelle que soit la situation. Bien évidemment il n’y a pas encore monétisation puisque l’Italie reste dans la zone euro. Mais un départ faciliterait les choses et l’institut d’émission et non l’État serait mis à contribution pour une hauteur qui ne souffre aucune limite.
La non substituabilité des importations par des productions domestiques.
Patrick Artus a parfaitement raison d’affirmer que la monnaie unique a entrainé un allongement des chaines de la valeur. D’où des élasticités/prix proches de zéro pour les importations comme pour les exportations.
  • Cela signifie simplement que les premiers temps de la fin de l’euro seront une période difficile.
  • Par contre, à moyen terme, il n’est pas pensable que, face à une augmentation considérable du prix des intrants et à une compétitivité élevée des productions domestiques, il n’y ait pas une redéfinition des chaines de la valeur. L’insensibilité aux prix est une donnée qui ne tient pas sur le moyen terme.
  • Rappelons que cette redéfinition peut aussi être accompagnée par une politique industrielle, mais qui, elle aussi, pourrait être longue à mettre en place tant les experts en la matière sont devenus espèce rare dans les appareils d’État.
L’impossible réponse de l’offre à une demande accrue.
Là aussi, Patrick Artus a raison de souligner que la hausse de la demande se solde par une hausse des importations et ce dans de considérables proportions. L’expérience du début de l’année 2016 est à cet égard révélateur :
  • la hausse du pouvoir d’achat français résultant de la baise conjuguée du prix du pétrole, de l’euro et des taux de l’intérêt s’est soldée par une fuite vers les importations au rythme de 80 centimes par euro supplémentaire.
Mais là encore il n’en tire pas les conclusions selon lesquelles, c’est l’euro qui a détruit la compétitivité de la France. Lorsque la souveraineté monétaire existe la compétitivité peut en toute circonstance être maintenue ce qui passe aussi par des investissements porteurs de gains de productivité. Aujourd’hui l’investissement n’est pas justifié en raison du mur de la sous compétitivité qui s’est construit tout au long de l’existence d’une monnaie unique dont le taux de change était complètement inadapté et le sera encore davantage tous les jours.
L’absence d’austérité.
L’argument selon lequel d’une part la politique monétaire de la BCE est ultra expansionniste et d’autre part la Commission européenne est laxiste au regard des politiques budgétaires ne tient pas.
  • Les pays du sud sont en situation de sous- investissement public et privé majeur.
Ce que refuse de voir Patrick Artus est le creusement de l’hétérogénéité croissante entre les pays du Nord et ceux du sud, avec globalement un excédent extérieur de plus de 3 points de PIB qui fait que globalement la zone se devrait d’envisager une politique d’expansion, une politique interdite en raison de l’architecture retenue pour la construire. Jamais l’Allemagne ne pourra accepter les nécessaires transferts vers le sud.
Au total oui il existe des vérités économiques, mais ces dernières apparaissent dans un cadre construit complètement inadapté. Et la vraie question des programmes politiques est celle du changement de cadre, lequel doit avoir pour base la réappropriation de la souveraineté.

 



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5 janvier 2017

2 – Élections 2017: Réactions à mon texte: « Les Vérités économiques de Patrick Artus »

 

Le billet suivant est rédigé par Henri Temple Professeur à la faculté de droit de Montpellier. Juriste réputé et avocat spécialisé dans le Droit économique international, il a écrit de nombreux ouvrages dont le plus récent : « Théorie Générale de la nation » (l’Harmattan, 2014) fut préfacé par notre collègue Gérard Lafay et intéresse particulièrement le Blog.

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Je remercie mon ami Jean Claude Werrebrouck (JCW) de m’avoir exceptionnellement ouvert une page dans son blog que je lis depuis les origines. Toujours en adhérant aux idées et aux critiques. Le logicien et le juriste que je suis vont conforter et aggraver le jugement qui est le sien. Car face à l’oligarchie toute puissante nous ne serons de trop, à apporter les munitions, qui sont propres à chacun d’entre nous, à ce combat. Le combat de la survie française. Et, plus généralement, pour l’humanisme.

Impossible disparition de l’euro, nous affirme M. Artus.

En réalité c’est plutôt de son impossible survie qu’il s’agit.
Car l’euro n’est pas une monnaie mais un artefact monétaire: il ne répond pas, en effet, à la définition unanimement acceptée de ce qu’est une monnaie (notamment, il échappe au contrôle de la nation dont il est cependant censé être adapté aux réalités et aux nécessités).
Certes l’autodestruction, inévitable à terme, de l’euro fera apparaître des difficultés transitoires.
  • Comme celles des dettes souveraines ou privées. Mais ces difficultés ne seront pas plus graves que celles que vit l’actuel euro qui, ruinant les économies, les ménages et les banques (notamment au sud de l’Europe), amène les gouvernements et la BCE à déverser, en pure perte, des milliards d’euros dans ce puits sans fond.
  • Quant à la dette (2200 milliards d’euros, 4 fois le budget de l’état),à tort qualifiée de « souveraine «-alors qu’elle est la négation de la souveraineté il suffira de l’abolir.
    • Par un acte, lui, véritablement souverain. Ou, à tout le moins d’en abroger les intérêts (45 milliards par an).
    • En effet cette dette est illégitime, jamais consentie par le peuple souverain ; et elle enrichit les oisifs et les riches, et appauvrit le travail et les plus pauvres (Montesquieu).

Le Royaume Uni, le Danemark, la Suède, la Suisse, ne vivent-il pas(mieux) sans l’euro ?


La non substituabilité des importations par des production nationales.


En résumé il serait impossible de renoncer à la douce drogue du made in China.
  • Mais n’est-ce pas là la façon -ma foi bien prospère- dont vivait la France d’avant le Traités de Maastricht et de Marrakech (OMC) ?
  • Et avant la fin de l’accord (GATT) multi-fibres par exemple ?

Certes, à présent, des filières complètes ont disparu du sol national, soit qu’elles aient été délocalisées, soit même anéanties.

Mais la France a su, plusieurs fois dans son histoire, surmonter ce stress industriel : notamment à la fin de XVIIe siècle (Colbert), et en 1945 (de Gaulle).

En outre, trois taxes de bon sens économique et environnemental pourraient mettre fin à cette soumission au Cheval de Troie des importations :

  1. une taxe carbone sur des produits venant de très loin,
  2. une taxe sur les productions déloyales.
    1. Les facteurs de déloyauté sont connus : dumping, basse qualité, conditions de production contraires à l’environnement, aux droits sociaux, aux libertés publiques…
  3. la TVA sociale qui a si bien réussi au Danemark et à l’Allemagne (Schröder), mais que Borloo avait été incapable de défendre face à Fabius (de mauvaise foi), lors d’un face à face de triste mémoire, et pour cela abandonnée par Sarkozy.
    1. On ajoutera que, à ce jour, entre deux entreprises françaises, il est interdit (et puni) de vendre « à un prix abusivement bas ». Ce PAB est calculé en fonction des coûts de production.

Pourquoi devrait-on, accepter des firmes chinoises ce que l’on réprime des firmes françaises ?

Il suffirait d’appliquer aux produits chinois les coûts français les plus bas et de taxer l’excédent. Il en va de notre survie collective ( instinct légitime de conservation) et D.Trump semble bien décidé à en découdre : suivons son brise-glace…


Proche de la précédente  »vérité » la prétendue impossibilité (pour une économie nationale) de satisfaire la demande.

Comme l’assène à juste titre JCW, l’euro, en détruisant la compétitivité de nos usines, a déstructuré le tissu industriel, et il est donc responsable de la faiblesse relative de l’offre au sein de l’Europe.
De plus le choix n’est pas entre le tout et le rien. Aucun économiste sensé ne refuse l’idée d’importation ou ne prône l’autarcie.
  • Mais si importation il doit y avoir ce doit être aux conditions loyales du marché domestique et les prix, s’ils sont inférieurs, ne doivent l’être que dans des proportions telles que les produits locaux ne seront pas exclus du marché.
    • Des taxes effectueront l’adaptation. Taxes à l’export du pays émetteur ; ou taxes à la frontière de la nation importatrice.

Pour conclure : évidemment d’accord avec JCW sur l’idée de réappropriation de la souveraineté.

Qu’il me permette de suggérer un prolongement de sa pensée.

Pourquoi la souveraineté ? Parce que la philosophie politique prime sur tout: mais qui donc veut empêcher -et pourquoi ?- les peuples de choisir leurs règles économiques et sociales ?

Le contrat social et -au plan international- les contrats bilatéraux de commerce seront amenés à remplacer les  »usines à gaz » institutionnelles (ALENA, UE, Trans pacifique, TAFTA…) en train d’exploser sous nos yeux. Car les nations réclament désormais de recouvrer leurs libertés.

Vive la planète multipolaire passionnante qui vient au monde en 2017 !

source / http://www.lacrisedesannees2010.com/2017/01/elections-2017-reactions-a-mon-texte-les-verites-economiques-de-patrick-artus.html


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8 janvier 2017

3 -Candidats souverainistes à l’élection de 2017 – Comment oser parler de l’euro et gagner l’élection ?

Vus les silences de certains, et les hésitations des autres, force est de constater qu’ il est impensable d’imaginer de gagner l’élection présidentielle sur la base d’une proposition de sortie de l’euro.

Se séparer de l’euro comme nouvel Avatar des Lumières serait un désastre électoral
Tout ce que nous avons imaginé sur la pédagogie et finalement la lutte contre la « religion officielle » reste trop peu crédible.
La raison ne peut l’emporter sur les émotions et le mensonge facile ne peut que triompher sur une raison aussi bien abstraite qu’abrupte.
C’est dire que la panique (prétendument  régulée par l’utilisation de l’article 16 de la Constitution que nous avons souvent évoqué) verrait, dans la rigueur de cet outil, le motif majeur du rejet du parti osant proposer de telles solutions.
Si l’article 16 a pu être un authentique vecteur de résistance démocratique en 1961 lors du putsch des généraux d’Alger, comment expliquer qu’il pourrait être utilisé aujourd’hui alors que nulle liberté formelle n’est menacée ?
  • Comment expliquer que son utilisation à l’inverse de celle de 1961 n’aboutirait pas à moins de liberté ?
  • Comment expliquer qu’il faut instaurer un contrôle des changes, alors que l’euro est quasi universellement perçu comme une nouvelle liberté ?

C’est qu’il est très difficile de démontrer que la fin de la croissance, la dette, la nouvelle difficulté de faire société avec la dislocation des classes moyennes, etc. sont conséquences logiques de la monnaie unique….et tellement plus facile de constater concrètement que l’euro simplifie la vie et élargit l’éventail des possibles.

L’euro n’est donc pas une contrainte, une souffrance qui en ferait un bourreau, mais un droit fondamental, un objet rendant plus universel l’idée de « liberté frappée » donnée aux monnaies particulières de jadis.

Il faut donc introduire dans le programme des élections présidentielles une toute autre approche qui, pour autant, devra s’ancrer sur la nécessité d’un dépassement lui-même forgé dans la rigueur et l’honnêteté intellectuelle.

Et de ce point de vue, cette autre approche, devra reprendre nos développements sur l’idée d’une impossible réforme de l’euro, en particulier l’impossibilité d’imposer les nécessaires transferts entre nations excédentaires et nations déficitaires[1].

Le contournement des transferts interdits

C’est dire que toutes les explications -auprès des électeurs – de l’impossible fonctionnement de l’euro-zone restent essentielles, mais qu’à l’inverse, au lieu d’en conclure qu’il faut mettre fin au dispositif, il faut au contraire trouver une solution permettant l’équivalent d’un transfert… qui toutefois n’en serait pas un réellement…. S’il y avait transfert – l’équivalent de 15 plans Marshall avions nous annoncé[2] la question de l’euro ne se poserait pas et, à terme, un retour à l’équilibre à l’intérieur de la zone serait pensable. Ce transfert, payé par quasiment la seule Allemagne est bien évidemment impossible, mais est-il possible de lui découvrir un substitut plus acceptable pour cette même Allemagne ?
La réponse est affirmative et consiste à dire qu’il peut être créé – de par la BCE et les banques centrales de l’euro-zone- de la « monnaie sans dette » pour un montant équivalent à ce qui serait exigé pour le rétablissement de l’équilibre et donc une réelle convergence entre États de la zone.
Proposer une création monétaire massive ne reposant sur aucun actif serait bien davantage que du QE, lequel n’est que du rachat de titres orienté autour du sauvetage des banques et des États. Parce que simple échange de monnaie contre titres, le QE est amortissable, même si dans les faits, il est probable que certains titres soient de nulle valeur . A l’inverse, une création monétaire non appuyée sur des titres, revient à une quasi-subvention au profit des États déficitaires. Son idée est relativement ancienne et fait suite à l’image « du déversement de monnaie par hélicoptère » de Milton Friedman et Ben Bernanke, ce qui est devenu dans la littérature l’ « Helicopter Money ».
Concrètement, la communication des candidats souverainistes à l’élection de 2017 reposerait sur la refonte du système européen de banques centrales.
  • Une refonte pouvant se borner à la possibilité offerte, aux banques centrales nationales des pays déficitaires, d’émettre de la monnaie au profit d’investissements ayant vocation à assurer la convergence, et donc assurer que le taux de change de 1 contre 1, qui est celui de la monnaie unique, devienne réaliste.
  • Sur le plan communicationnel il y a bien un projet positif : l’euro est une construction maladroite mais il est possible de réparer et de maintenir l’ouverture et les libertés qu’il était censé apporter.
Gagner des voix par la mise à mort de l’ordo libéralisme[3].
Une telle proposition va bien sûr à l’encontre de la « religion » et naturellement de l’Allemagne. On peut citer en vrac tous les arguments qui vont la contester :
  • Les traités interdisent le financement direct des États ;
  • – Il est impossible d’émettre de la monnaie sans actif correspondant ;
  • – Il n’est pas concevable d’avoir des banques centrales avec fonds propres négatifs ;
  • – Il faudrait recapitaliser les banques centrales et en particulier la BCE, or l’Allemagne n’acceptera pas de payer ;
  • – La dette publique est une matière première fondamentale pour la finance et l’épargne ;
  • – etc…
Au-delà, d’autres arguments seraient évoqués :
  • « l’Helicopter Money » ne peut que signifier une hausse généralisée des prix ;
  • – le non amortissement, donc le non remboursement fait disparaitre tous les coûts d’opportunité et garantit l’inefficience généralisée dans le choix des projets ;
  • – les États déficitaires ne reçoivent aucune incitation permettant l’alignement progressif sur les États du nord de la zone.
  • – La concurrence « libre et non faussée » est détruite par une monétisation pouvant toucher sélectivement les entreprises ;
  • – Le principe général de l’argent-dette est malmené et le système bancaire peut être marginalisé par un capitalisme d’Etat ;
  • – Etc.
Cette avalanche d’arguments peut évidemment être évoquée, expliquée et surtout tenue en échec par, une fois encore, le retour à la raison :
  • « l’helicopter money » était d’un usage fort banal au XX ième siècle ;
  • il n’existe aucune exigence de passif sur les banques centrales, et donc l’argument de recapitalisation n’a aucun sens ;
  • « l’Helicopter money » doit se transformer impérativement en production, plus particulièrement en investissements générateurs de croissance et donc en alignement progressif sur l’Europe du nord. Etc.
Bien davantage encore, un grand souci de pédagogie permettra, par comparaison, de montrer qu’un « helicopter money » est autrement efficient que les QE d’aujourd’hui, lesquels aboutissent :
  • – à une distorsion des prix des actifs (les banques centrales n’achètent que des actifs peu risqués et laissent sur le marché les primes de risques) ;
  • – à un accroissement considérable de la liquidité engendrant bulles et volatilité croissante ;
  • – à une non descente de cette liquidité vers l’investissement productif.
Gagner des voix en mettant l’Allemagne au pied du mur
Par contre, ce qui dans ces explications – les plus simples et les plus pédagogiques possibles – ne pourra pas être contesté est l’opposition radicale de l’Allemagne. D’où des propos extrêmement clairs qu’il faudra savoir tenir et qui, cette fois, ne seront pas pénalisants électoralement :
si l’Allemagne s’oppose à ce qui permettrait un fonctionnement harmonieux de la zone, alors nous nous dirigerons vers son démantèlement. Il s’agit de mettre l’Allemagne au pied du mur et de montrer que dans cette hypothèse, elle est – et elle seule – responsable d’un éventuel futur désastre aux conséquences planétaires.

Résumons les propositions susceptibles d’entrainer une adhésion :

1) Parce que l’euro réduit considérablement l’éventail des choix et qu’il conteste la démocratie, Il n’est pas aujourd’hui possible de construire un programme politique sérieux et honnête sans évoquer la question de l’euro.

2) Parce que des trésors de pédagogie n’arriveront pas à contester son visage de nouvel « Avatar des Lumières », il est suicidaire de proposer aux électeurs sa mise à l’index et son démantèlement.

3) Le chemin du succès électoral dans l’honnêteté, consiste donc à élaborer une stratégie respectant les croyances populaires, tout en détruisant l’ordo libéralisme allemand qui préside à sa construction et à son ancrage dans la durée.

4) Les transferts impossibles, parce que bloqués par l’ordo libéralisme, sont activés par un moyen détourné : la fin de l’indépendance des banques centrales désormais chargées de monétiser les déficits des Nations du sud de la zone.

4) L’Accord de monétisation proposé dans le programme prévoit des conditions qualitatives à détailler et à réglementer, mais qui surtout ne concernent que les seuls investissements réels susceptibles de rétablir les équilibres dans le respect de la contrainte écologique, essentiellement l’agriculture , l’industrie,  et le numérique.

5) S’agissant de la France, pays qui est le seul à supporter des dépenses militaires au bénéfice de toute l’Europe, l’accord proposé prévoit une monétisation exceptionnelle dans les industries de la défense.

5) Ce même accord prévoit des clauses quantitatives (par exemple combinant poids du PIB et déséquilibres, avec bien sûr monétisation interdite pour le nord) inscrites dans la durée : la monétisation cesse lorsque le taux de change intra-zone de 1 contre 1 devient crédible.

6) Le refus potentiel de l’Allemagne renverse le paysage électoral : ce n’est pas la France qui veut quitter l’Euro mais l’Allemagne qui ne supporte pas le changement institutionnel.

7) Le chemin proposé concernant la question de l’Euro doit être expliqué dans ses détails. Il suppose pour cela de former un grand nombre de personnes susceptibles d’exposer clairement la problématique et de répondre dans un souci de grande honnêteté aux questions des électeurs.

 

[1] Quelques textes du blog permettent de bien comprendre notre demarche générale :

http://www.lacrisedesannees2010.com/2015/07/le-monstre-euro-explique-aux-citoyens-qui-veulent-comprendre.html

http://www.lacrisedesannees2010.com/article-le-big-bang-de-la-fin-de-l-eurozone-et-l-univers-financier-dans-le-monde-d-apres-116367504.html

http://www.lacrisedesannees2010.com/2015/02/vous-avez-dit-faillite-des-banques-centrales-nationales.html

http://www.lacrisedesannees2010.com/article-pour-une-revolution-du-systeme-monetaire-101497488.html

[2] Cf : http://www.lacrisedesannees2010.com/2015/10/front-national-comment-proposer-la-fin-de-l-euro-sans-perdre-les-elections-1.html

[3]http://www.lacrisedesannees2010.com/article-independance-des-banques-centrales-et-paradigmes-culturels-117604632.html

source / http://www.lacrisedesannees2010.com/2017/01/candidats-souverainistes-a-l-election-de-2017-comment-oser-parler-de-l-euro-sans-perdre-de-voix.html


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8 février 2017

4 – Élections présidentielles : programmes infantilisant et absence de projets sérieux

Dans un contexte économique devenu très difficile, la campagne électorale française tourne au cauchemar.

Effectivement le contexte est devenu très difficile et les  chiffres pour l’année 2016 du commerce extérieur (déficit de 48,1 milliards contre 45,7 en 2015, et ce, dans un environnement de baisse des prix du pétrole) confirment que Le CICE budgétairement très coûteux n’a eu que peu d’effet pour le rétablissement de la compétitivité du pays.
Mieux, hors énergie et matériel militaire, le déficit n’a fait que régulièrement s’aggraver depuis 2013.
A cela il faut opposer la croissance des excédents allemands désormais atteints de gigantisme: 297 milliards d’euros en 2016 (en augmentation de 15% sur l’année antérieure). cela fait de l’Allemagne le pays le plus excédentaire du monde, dépassant même la Chine qui, elle, voit son excédent s’effondrer en passant de 293 à 245 milliards d’euros entre 2015 et 2016.
Dans ce contexte de divorce croissant du prétendu couple franco-allemand – déficit de 48,1 contre excédent de 297 milliards d’euros – il est clair que les programmes des différents candidats apparaissent d’une grande frilosité.
Abordant souvent des détails indignes au regard de l’enjeu, saupoudrant des mesures sans réflexion ni envergure réparties sur des centaines de propositions, ils masquent les vrais problèmes dont la solution pourrait assurer le retour d’une ambition, qui est  d’abord celle de refaire société en reconstruisant une immense classe moyenne aujourd’hui disparue.
Au delà des candidats qui proposent de rejoindre l’Allemagne par une austérité croissante, qui ne peut entrainer que l’aggravation d’une situation déjà difficile – la dévaluation interne comme seul moyen d’un retour à la compétitivité – il y a ceux qui croyant renverser la table proposent une TVA sociale supposée rétablir l’équilibre.
Ce type de mesure peut tout au plus protéger contre l’hyper mercantilisme agressif, mais outre son impact sur les coûts internes, il ne peut rétablir la compétitivité externe.

Seuls 2 candidats proposent le rétablissement de la souveraineté monétaire, mais proposition quasiment honteuse – apparaissant comme mesure glissée sous des centaines d’autres-  dans un contexte de quasi peur d’une police politique affirmant brutalement que le retour à la monnaie nationale serait ruineux. Proposition honteuse donc car ayant conscience de ses effets sur les marchés financiers dès leur annonce… aussi délicate soit cette dernière.

Pour autant, on ne peut proposer une vraie ambition qu’en posant la question de manière ouverte, car nul programme de reconstruction du vivre ensemble, un tant soit peu crédible et approximativement chiffré, ne peut être cohérent sans passer par la clé de voûte de la monnaie.
C’est bien en raison d’un taux de change complètement inadapté qu’a pu se constituer le double mur du déficit d’un côté et de l’excédent de l’autre. Double mur mis en avant par le nouveau secrétaire d’État au commerce américain.
Il n’est donc pas sérieux, dans un contexte de retour à la monnaie nationale, d’évoquer un programme de mesures prétendument chiffrées.
Le retour d’un taux de change initie un prix général à partir duquel tous les autres prix vont s’exprimer et à partir desquels des choix de politique économique vont pouvoir s’initier. Comment en effet parler de façon détaillée de fiscalité, ou de dépenses publiques, si tout doit au préalable être modifié par ce prix pivot qu’est le taux de change, charriant nécessairement des taux d’intérêt, des nouvelles modalités de financement du Trésor, de nouveaux chemins de réduction de la dette, etc.?

Les candidats souverainistes devraient par conséquent abandonner leur programme pour expliquer le comment et le pourquoi du rétablissement de la souveraineté monétaire.

L’exercice n’est pas simple car il consiste à expliquer les vraies mesures à prendre pour assurer dans des conditions de sécurité suffisantes le passage d’un monde qui ne peut plus assurer le maintien d’une large classe moyenne – donc un monde faisant face à des désordres sociaux croissants et bientôt incontrôlables –  en un monde où la qualité du vivre ensemble se trouve progressivement rétablie.
A cet égard, nous ne changeons pas d’avis. Il est impératif que les candidats souverainistes expliquent clairement la situation:
  • le grand écart à l’intérieur de la zone euro,
  • l’effondrement de l’investissement sur toute la zone,
  • l’excessive épargne de la zone (Près de 3% en 2016),
  • la disparition des flux financiers intra-zone,
  • la polarisation massive de la société dans tous les pays victimes de l’euro,
  • la montée des rancœurs entre pays, 
  • la BCE devenue planche à billets, etc..
Cette campagne d’explication et d’objectivation de la réalité doit être au cœur des programmes. Et elle est essentielle en raison de la disparition générale de la raison au profit de la montée des émotions.

Mais les programmes doivent aussi expliquer comment s’y prendre pour changer les choses sans développer la panique provoquée par l’anticipation de la dévaluation: spread de taux, thésaurisation en billets, ouvertures de comptes en zone mark, krach obligataire, disparition de tout investissement, sur importations  de précaution, gel à l’étranger du produit des exportations, spéculations sur les marchés à termes, etc.

Prévenir la panique avant l’élection présidentielle, c’est:
     –  Placer au centre des débats la planche à billets dont il sera négocié la réorientation de ses bénéficiaires : l’économie réelle sous la forme d’investissements massifs publics et privés ( de quoi faire disparaître l’excès d’épargne de la zone), la diminution de la dette publique, la sanctuarisation de l’Etat-providence, la création massive d’emplois générés par l’investissement. A ce niveau les candidats peuvent se passer de chiffres mais ne peuvent  s’abstraire de la qualité des raisonnements.
       –  s’engager sur la négociation avec la seule Allemagne en proclamant haut et fort que la modification du statut de la BCE permettant la réorientation fondamentale de son activité est la seule possibilité pour le sud de la zone de continuer à lui appartenir.

Bien évidemment, les candidats souverainistes doivent aussi savoir que cette négociation est impossible pour les allemands et que, dans ces conditions, en cas de victoire à l’élection présidentielle, la réquisition de la banque de France interviendra sans délai, avant même tout épanouissement de la panique,  y compris en s’affranchissant de la légalité européenne.

Une telle décision, par son caractère souverain entrainera l’effondrement complet de la zone avec le rétablissement d’un mark réévalué à hauteur d’environ 30%, ce qui permettra d’en finir avec la mercantilisme allemand.
Mais aussi une telle décision permettra  de donner crédit à l’objectif fondamental de refaire société à l’intérieur de chaque nation. Au delà elle permettra aussi de reconstruire une collaboration entre nations européennes sur une base de coopération. Les taux de change étant rétablis la compétitivité meurtrière à l’intérieur de la zone au profit de la seule Allemagne avec ses dangers majeurs aura disparu.
Bien évidemment, il faudra gérer les débuts difficiles de ce monde nouveau, et le nouveau président ne pourra guère pratiquer la langue de bois. Reconstruire une immense classe moyenne paisible ne sera pas une promenade de santé, mais le début du chemin qui y mène sera au moins emprunté, et surtout du sens sera retrouvé.

source/ http://www.lacrisedesannees2010.com/2017/02/elections-presidentielles-on-ne-parle-pas-des-banques-centrales.html


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10 février 2017

5- Élections présidentielles: Ce que les souverainistes devraient avoir en tête

Le tableau que l’on trouvera ci-dessous a déjà été publié sur le blog et offre une synthèse de notre ouvrage publié en 2012 (Banques Centrales, Indépendance ou soumission,  chez Yves Michel).
Il reste un bon outil pour les candidats souverainistes sérieux.
Un souverainiste sérieux doit avoir le courage d’expliquer qu’une banque centrale ne saurait être une autorité indépendante, et qu’elle doit obéir au pouvoir politique régulièrement désigné par le peuple.
C’est ce que nous avons appelé le « mode hiérarchique de gestion de la dette« , mode à l’opposé de celui d’aujourd’hui où le souverain doit passer par le marché pour financer sa trésorerie et sa dette.
Quand une banque centrale est autorité indépendante et qu’au surplus il lui est interdit de financer le Trésor, l’État correspondant cesse d’être souverain. Si les candidats souverainistes connaissaient l’histoire des États et la place déterminante qu’ils ont toujours accordée à la monnaie, ils comprendraient que le « mode marché de gestion de la dette » est une anomalie historique menant à une catastrophe planétaire.

 

La fin de cette anomalie permettrait de régler nombre de problèmes :
boursoufflure de la finance dans le paysage de la société avec des banques anormalement grosses, avec un endettement de plus en plus massif pour produire de moins en moins de valeur ajoutée réelle, un détournement massif de l’économie réelle au profit des jeux financiers,
  • un abandon des taux de change fixes au profit d’un marché près de 100 fois plus important que ce qui est nécessaire au commerce international,
  • une totale liberté de circulation des capitaux autorisant des  chaines de la valeur optimisées pour bénéficier de coûts du travail mondialement plus faibles,
  • des incohérences et contradictions de statuts avec des sujets devenus déboussolés et incapables de se repérer dans des cadres cohérents,
  • une compétition  entre nations se transformant doucement en agressivité et rancœur,
  • une montée du nationalisme voire du communautarisme pour les plus éloignés du marché compétitif,
  • un retour aux formes les plus barbares de la religion,
  • une dégradation de l’environnement, etc.

Que les candidats classiques des partis traditionnels soient incapables de proposer des solutions sérieuses est assez logique: ils sont issus des groupes d’acteurs qui sont à l’origine de la grande transformation menant à notre anomalie historique. Que les candidats souverainistes n’aient pas pris conscience de la radicalité des mesures à prendre est plus grave et témoigne d’une grande ignorance de l’histoire de la monnaie et des Etats. Ainsi nous continuerons au cours de la campagne à être les spectateurs de cette gravissime  inculture.

Êlections présidentielles: Ce que les souverainistes devraient avoir en tête

Êlections présidentielles: Ce que les souverainistes devraient avoir en tête

source/ http://www.lacrisedesannees2010.com/2017/02/elections-presidentielles-ce-que-les-souverainistes-devraient-avoir-en-tete.html


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14 février 2017

6- Candidats souverainistes à l’élection présidentielle: il faudra frapper fort.

Après les deux articles consacrés aux candidats et à la frilosité des programmes, nous proposons à ceux d’entre eux qui se déclarent souverainistes de lire avec la plus grande attention un article que nous avons publié sur ce blog le 8 août 2016. Il est un peu long mais complètement essentiel pour qui veut occuper l’Elysée en ayant pour seul souci de reconstruire le pays.

Voici le résumé :

La monnaie est fondamentalement d’essence politique, une caractéristique jamais dévoilée dans la plupart des manuels de sciences économiques. Elle fût historiquement l’arme essentielle de la construction des États, voici plusieurs milliers d’années, puis des États – Nations au 20ème siècle. Parce que fondamentalement politique, cette arme fût l’objet d’enjeux contradictoires dans la recherche, le maintien et la transformation de ce qu’on appelle la souveraineté.
La fin du système de Bretton-Woods va enclencher un processus d’érosion par éloignement de l’arme monétaire de la main du peuple souverain. C’est l’Europe qui ira le plus loin dans ce processus d’éloignement avec une monnaie devenue idéologiquement un Talisman : l’Euro.
La monnaie Talisman est devenue une arme de destruction massive du vivre ensemble européen.

Pour celles et ceux qui connaissent déjà ce texte on pourra aussi aller directement à sa conclusion.

Nous voudrions montrer dans ce chapitre que la monnaie est un marqueur fondamental de la forme de société dans laquelle on vit. En ce sens il ne serait pas idiot de s’exprimer en ces termes simplistes : « Dis-moi quel type de monnaie tu utilises et je te dirai dans quel monde tu vis ». Pour comprendre toute l’épaisseur de ce marqueur, nous interrogerons l’Histoire et verrons que la monnaie fut d’abord un instrument de construction des États et qu’elle est aujourd’hui devenue un instrument de son affaissement. Avec en arrière-plan l’idée de souveraineté que l’on construit, puis que l’on détruit petit à petit en transformant l’outil monétaire. Et puisque derrière la souveraineté se cache l’enjeu fondamental de la démocratie, nous montrerons qu’un ordre démocratique ne peut se concevoir sans un certain type d’ordre monétaire en tant que condition nécessaire sinon suffisante. Nous tenterons ainsi de montrer que les nations au 21è siècle ne pourront survivre que sur la base d’une restauration des pouvoirs monétaires aujourd’hui largement abandonnés.
  1. La monnaie comme outil de construction de la souveraineté

Si des formes monétaires sont apparues avant les premiers États il est aujourd’hui démontré que les constructeurs des dits États les ont façonnés aux seules fins de s’affirmer et se construire
  • La monnaie comme enfant du sacré et de l’État[1]

Les premières formes de ce qu’on appelle encore aujourd’hui la dette ne s’affichaient pas comme dette monétaire mais comme dette de vie envers une extériorité radicale : L’au-delà de la condition terrestre. Les dieux ont donné une vie qu’il convient de rembourser notamment par l’institution du sacrifice, institution que l’on rencontre dans toutes les sociétés dites primitives. Et bien évidemment quand on parle de dette de vie, il s’agit d’un patrimoine culturel et social que chaque sujet rencontre à sa naissance comme « capital avancé », simplement remboursé par des rituels sacrés dans lesquels on trouve l’institution du sacrifice.

Ce que l’on peut appeler le « Big Bang » des États, c’est-à-dire le temps de leur apparition est, de fait, l’accaparement par certains individus de la dette sacrée jusqu’ici engendrée par la communauté. Le Pouvoir étatique est ainsi une prise du pouvoir sur les vieilles religions primitives. De ce point de vue, et l’ethnologue est ici en désaccord avec le juriste, l’État est un phénomène de privatisation du capital culturel et social, c’est-à-dire l’extériorité de toute société. Autre façon de lire cette même réalité : le pouvoir politique est issu d’une prise de pouvoir sur la religion. Alors que le politique est une réalité qui jusqu’ici était inaccessible en raison de l’éloignement des hommes au regard des puissances de l’au-delà (tous sont démunis de ce pouvoir et les rapports entre les hommes sont dictés par l’au-delà), elle devient, par accaparement de cette puissance, une réalité tangible : des hommes vont dominer d’autres hommes.

Bien évidemment, la privatisation du sacré doit logiquement devenir privatisation de la dette de vie, et les hommes sont progressivement invités à devenir les débiteurs du pouvoir terrestre. La dette envers les dieux peut évidemment se poursuivre mais désormais elle s’accompagne d’une dette envers le souverain. En ce sens le « Big Bang » des États va aussi être une capture de la dette sacrée. Il en découle que logiquement l’endettement envers les Dieux deviendra progressivement un endettement croissant envers la puissance souveraine.

Cet endettement peut être encore de la dette de vie : dette de sang, esclavagisme, travail gratuit, mais aussi impôt, sous forme de prélèvements sur l’activité domestique ou économique, ou sous forme directement monétaire. En la matière, le signe monétaire retenu pour régler l’impôt ne peut être que choisi par le prince. Et le signe retenu est naturellement celui qui bénéficiera de la plus grande liquidité possible, une liquidité permettant au prince de régler ses propres dettes envers les autres princes avec lesquels il est en conflit, et celles envers les mercenaires qu’il emploie au titre des guerres qu’il entretient pour assurer son pouvoir et sa survie dans la communauté des puissants. Et quand on dit « puissants » on dit déjà « souverains », c’est-à-dire des individus qui n’acceptent pas de pouvoir « au-dessus » c’est-à-dire de lois qui pourraient s’imposer à eux-mêmes. Le souverain est ainsi celui qui tout au plus peut accepter des règles de coordination sans jamais se soumettre à des règles de subordination.

Le motif de liquidité la plus grande nous fait comprendre que le signe retenu n’est probablement pas la monnaie virtuelle d’aujourd’hui, mais le métal précieux, lequel va s’imposer au terme d’une sélection : le métal précieux est le seul objet dont la liquidité est parfaite , acceptée par la communauté des puissants et aussi acceptée par des mercenaires qui ne pourraient pas se contenter de titres illiquides.

  • La monnaie dans la dialectique de l’économie et de la puissance souveraine

On comprend désormais que le prince, né d’un « coup d’État fondant l’État »[2] et sa puissance souveraine, s’intéresse de près à ces premières formes de banques centrales que sont les mines de métal précieux…et les « Hôtels des monnaies » qui en sont le prolongement. Le prince fonde ainsi ce qui est déjà le premier « circuit du Trésor »[3] : il crée ou tente de créer la monnaie, dont il fera un monopole du règlement de la dette de ses sujets envers lui, c’est-à-dire l’impôt. La monnaie qu’il crée lui sert de règlement de sa propre dette (ses dépenses), règlement dont la circulation, sera soumise à l’impôt.

Mais le prince peut être gêné dans l’affirmation de sa puissance et de sa souveraineté par une caractéristique essentielle de la monnaie : elle est outil du pouvoir et du règlement de la dette envers le prince, mais elle est aussi réserve de valeur…et à ce titre peut être thésaurisée. Un phénomène qui implique sa rareté et une lutte perpétuelle pour la vaincre. Parce que outil parfait de la liquidité, caractéristique qui la rend susceptible de faire circuler toutes les marchandises, elle est appréciée pour elle-même et donc possiblement stockée…ce qui vient gêner le pouvoir dès lors que celui-ci ne maitrise plus d’inépuisables mines de métal. Ce qui le gène aussi lorsqu’il est impliqué dans d’innombrables guerres très couteuses avec ses voisins. Par excellence concepteur et créateur de la liquidité , il peut lui-même entrer en position d’illiquidité et donc voir sa puissance érodée. L’histoire montre que l’ascension du politique et des Etats correspondants est faite de tentatives de contournements de ce qu’on peut appeler une véritable « loi d’airain de la monnaie »[4] : rendre la monnaie plus abondante par le biais de la dilution voire l’émission de papier, avec bien sûr les limites sociales de ce type de choix des souverains.

Cette faiblesse de la verticalité du pouvoir politique pourra être compensée par une coopération avec le monde horizontal de l’économie naissante. Car la monnaie, grande affaire du prince, est aussi celle des marchands et banquiers qui, eux aussi, se voient opposer la contrainte monétaire. Eux-aussi vont tenter de la contourner avec l’introduction de la lettre de change, avec la conversion des monnaies entre elles, etc. La montée de la puissance politique se nourrit de l’accroissement des recettes fiscales (la « dette » des « sujets ») laquelle se nourrit de la montée de la puissance économique. L’intérêt du loup étant que les moutons soient gras, les princes ne s’opposeront pas à l’émergence des premières privatisations des monnaies : les banques vont émettre progressivement du papier non couvert intégralement par une base or. En contrepartie, les banquiers déjà mondialisés viendront réduire les risques d’illiquidité voire de solvabilité des princes dépensiers en achetant de la dette publique. Cette dernière et le taux d’intérêt qui lui sera associé, sont les marqueurs de la collaboration entre monde vertical déjà en difficulté et monde horizontal dont l’ascension ne fait que commencer. Le souverain ne peut plus vivre de la seule prédation sur ses sujets : il lui faut aussi solliciter des prêteurs.

Nous entrons ici dans les premières formes de délitement de la souveraineté :

le monde vertical est amené à partager la souveraineté avec l’horizontalité marchande, un monde qui commence à capter la monnaie souveraine : des personnes privées vont émettre des signes monétaires qui emprunteront les marques de la puissance souveraine : dénomination, unité de compte, règles de monnayage, pouvoir libératoire. Le souverain – historiquement une personne privée accaparant et détournant l’extériorité d’une communauté humaine, à savoir la dette de vie – est amené à céder une part de l’outil de ce détournement/accaparement : battre monnaie sera de moins en moins un attribut de la souveraineté. L’Etat né hors marché n’est plus complètement « au dessus du marché ». Le monde du pouvoir avec ses règles de subordination (verticalité) doit, en particulier avec une dette publique portant intérêt, collaborer et parfois se soumettre au monde marchand et ses règles de coordination contractuelles (horizontalité).

Cet affaissement n’est pourtant pas linéaire et la verticalité pourra encore se manifester clairement lorsqu’il apparaitra que le monde financier et marchand ne peut se passer de la monnaie souveraine pour assurer le fonctionnement des affaires. Très simplement les différentes monnaies privées des banques ne peuvent assurer la circulation monétaire exigée par le développement des échanges marchands que s’il y a compensation entre les dites banques et donc une monnaie commune de règlement des dettes entre-elles, à savoir la monnaie centrale définie par le souverain. Si les monnaies privées peuvent toutes se convertir en monnaie centrale définie par le prince alors elles sont convertibles entre elles et les règlements interbancaires sont assurés. En termes simples l’horizontalité ne peut s’épanouir qu’en s’appuyant par la verticalité. Cette dernière apparaitra sous la forme des premières banques centrales fin 17ième et surtout 19ième siècle. Ces dernières vont progressivement apparaitre comme instrument de disparition de la loi d’airain de la monnaie puisque les souverains peuvent trouver en elle un substitut aux mines d’or de jadis. Et peut-être même davantage car à l’inverse de la mine toujours limitée, la monnaie légale émise peut l’être de façon illimitée si le pouvoir est capable, notamment en raison de circonstances historiques, d’imposer le cours forcé et l’inconvertibilité des billets en métal précieux.

En la matière, la France avec sa longue histoire l’érigeant en État-nation, sera l’une des premières à engendrer un pouvoir plaçant sa banque centrale au sommet d’un système bancaire hiérarchisé[5]. Il suffira de nationaliser ensuite cette banque centrale pour l’arrimer au Trésor et réinventer ce qui avait fait le succès du prince au moment de la construction des premiers États : le souverain Français, désormais peuple souverain, va devenir le principal émetteur de monnaie… et une monnaie retournant vers le peuple souverain par le biais de ce qu’on a appelé le « circuit du Trésor ».

La dette publique de jadis, elle-même, marqueur de l’affaissement de souveraineté, perd grandement de sa signification puisque les dépenses publiques reviennent vers le Trésor (comme jadis les pièces d’or revenaient vers le souverain) en raison de l’obligation de nombreuses institutions financières de déposer leurs ressources sur un compte du Trésor. Plus clairement les déficits publics viennent gonfler la liquidité de la plupart des institutions financières, organismes de crédits, Poste, Banques, etc, lesquelles ont l’obligation règlementaire de déposer tout ou parties de ces liquidités sur un compte du Trésor.

Ce retour de la verticalité est très net pour le système bancaire soumis à ce qu’on a longuement appelé la règle des « planchers des bons du Trésor[6] ». Les banques ne sont pas des correspondants du Trésor et ne sont pas soumises à l’obligation d’y déposer leurs liquidités, par contre elles ont l’obligation journalière de convertir une partie de leurs liquidités en achats de bons. Et un achat dont le prix – le taux -est fixé directement par le Trésor. Sans doute peut-il exister un déficit et une dette publique, mais celle-ci est hors marché. Nous sommes dans la verticalité du peuple souverain et non dans l’horizontalité de l’ordre marchand. Très simplement le capitalisme a pignon sur rue mais il ne peut se métastaser en financiarisation généralisée et se trouve contenu dans le périmètre de l’économie réelle. Le peuple souverain reste souverain et se trouve protégé de l’émergence d’une inondation faisant de l’Etat une instance non souveraine car « en dessous du marché ». Plus clairement encore, l’Etat ne risque ni l’illiquidité ni à fortiori l’insolvabilité. Il n’a donc pas besoin d’être noté par des agences comme c’est le cas aujourd’hui.

Bien évidemment cette phase historique, de culture très française, se paie d’une répression financière dont il faut comprendre le mécanisme. L’épargne n’est pas alimentée par une dette publique qui vient s’ajouter aux profits financiers de l’économie réelle. C’est dire qu’elle n’est alimentée que par le canal des titres privées (actions et obligations des entreprises).

  • Situation très contraire à celle du 19ième siècle où la dette publique dite perpétuelle alimentait une foule de rentiers[7].
  • Situation très contraire également à celle constatée jusqu’aux « quantitatives easings » puisque la dette publique est devenue matière première de nombre de produits financiers soumis aux règles de l’horizontalité marchande[8].
    • Cette situation n’est évidemment pas bien vécue par des épargnants dont le nombre s’élève avec la croissance économique des trente glorieuses.
    • Elle n’est pas non plus bien vécue par le système financier dont le périmètre d’activité est très étroit[9]. Elle correspond toutefois au choix de l’Etat-Nation devenu démocratique.

Si l’on dresse le bilan d’une très longue période qui va du « big-bang des États »- il y a plusieurs milliers d’années- jusqu’à la financiarisation d’aujourd’hui, on peut constater que la monnaie est d’abord un objet politique. A ce titre elle est un enjeu fondamental pour des forces à priori opposées -ce qu’on a appelé la verticalité face à l’horizontalité – mais toutefois soumises à une certaine conjonction des contraires. La loi d’airain de la monnaie est la faiblesse historique du souverain et cette loi ne sera efficacement combattue qu’à un stade relativement tardif de la souveraineté démocratique, non celle de l’Etat-nation, du 19ième mais plutôt celle de la seconde moitié du 20ième siècle.

Il semble pourtant que nous rétablissons depuis une trentaine d’années la vieille loi d’airain de la monnaie laquelle nous entraine vers la fin de l’Etat – nation souverain et démocratique.

2. La monnaie comme outil de déconstruction de la souveraineté.

Une façon de détruire la souveraineté démocratique est de retirer au peuple souverain le choix du taux de change.

  • Le taux de change n’est plus un choix politique mais un prix.

On sait que la fin du système monétaire de Bretton Woods[10] va engendrer une grande période d’instabilité. Les taux de change étaient définis et défendus par les États qui s’engageaient à ne pas les modifier dans la limite de 1% autour de la parité retenue. Aux banques centrales- sur injonctions des États – de défendre les parités par achat et vente de devises. Face aux difficultés engendrées par la disparition du système de Bretton Woods, les États se concertent et acceptent à la conférence de la Jamaïque en 1976 de se retirer du champ de la définition des taux de change. Ce qu’on appelait déjà les taux de changes flottants, donc des taux – c’est-à-dire des prix décidés par le marché.

Cette perte de souveraineté en appelle bien d’autres et de façon quasi automatique avec en fin de parcours la mise des « États sous le marché » donc la fin du principe de souveraineté et de démocratie qui lui est intimement attaché.

Le cours des monnaies devient ainsi un gigantesque marché au profit de l’explosion d’un capitalisme financier. Parce que la monnaie n’est plus un objet politique défini par le souverain elle devient une marchandise instable au bénéfice de la finance. Ce n’est plus le politique qui va sécuriser la valeur des marchandises internationales, mais la finance qui devra construire des produits de couverture donc des produits financiers chargés de sécuriser cette même valeur. Et les produits de couverture seront d’autant plus efficaces dans leurs fonctions que les intervenants sont nombreux y compris des acteurs très éloignés de la réalité du terrain qu’ils sont censés protéger. Il va logiquement en découler une croissance des produits financiers beaucoup plus rapide que la croissance des flux de marchandises réelles elle- même.[11]

Bien évidemment se trouve associée à cette « dépolitisation de la monnaie », la libre circulation des capitaux et donc la fin de toute forme de contrôle des changes, avec toutes ses conséquences en termes de libéralisation de la finance,

  • la montée des Hedge Funds,
  • le développement de la banque universelle, celui des sociétés de Trading,
  • le fantastique développement des activités de marché au sein des banques,
  • la fortune des agences de notation… 

mais aussi et il s’agit de la contrepartie d’une automutilation de la puissance souveraine, l’apparition d’Etats « interdits bancaires » en raison du principe général d’indépendance des banques centrales.

  • L’indépendance des banques centrales

Il s’agit d’un point fondamental. Lorsque la verticalité l’emporte sur l’horizontalité, les banques centrales, privées ou publiques, sont investies d’une mission de service public et interviennent en tant qu’instrument de politique monétaire décidée par le souverain. Plus traditionnellement encore elles gèrent, mêmes privées, les dettes publiques en ce qu’elles sont grosses acheteuses des titres financiers émis par les États. La FED ou la Banque Centrale d’Italie, parmi tant d’autres étaient dans ce cas. Le Système de Bretton Woods avait très largement mis en avant le caractère public des Banques centrales du monde et ce quelles que soient leurs caractéristiques institutionnelles et juridiques. La fin du système libère ces banques d’une contrainte internationale mais en même temps d’une contrainte nationale puisque le cours des monnaies devient simple prix de marché.

Simplement l’indépendance des banques centrales est d’une portée autrement considérable pour nombre de questions essentielles.

Les premières banques centrales dépendantes des États donnaient à ces derniers de gros avantages dont la possibilité d’en faire de continuelles endettées envers eux. En effet, en leur donnant l’ordre d’abonder les comptes des Trésors correspondants et en transformant ces abondements en « avances non remboursables[12] » les banques centrales étaient partiellement devenues l’équivalent des citoyens soumis à l’impôt[13]. D’où l’idée que la notion de dette publique comme fardeau n’avait guère de sens, une dette publique par ailleurs rognée par l’inflation.

L’indépendance est, de ce point de vue, une rupture radicale à l’échelle quasi-planétaire. Désormais, la dette publique fait l’objet d’un marché, et les Trésors sont de fait « interdits bancaires » en ce qu’ils ne peuvent emprunter à la banque centrale dont ils sont pourtant clients en qualité de titulaires d’un compte figurant au passif des dites banques[14]. Les effets en sont considérables.

  • Il faudra tout d’abord assurer un service de la dette auprès d’épargnants qui au-delà des titres privés pourront acquérir des créances sur les États.
  • De ce point de vue le passage à l’indépendance des banques centrales élargit le périmètre des épargnants et des rentiers, tout en rétablissant la loi d’airain de la monnaie au détriment des États.

Plus important est que désormais toute production monétaire devient la contrepartie d’une dette et le poids de l’intérêt gonfle avec chaque émission monétaire.

  • Corrélativement les banques centrales dites indépendantes se fixent des objectifs de stabilisation des prix ce qui est favorable aux créanciers donc aux rentiers et défavorables aux débiteurs dont bien sûr les États.
  • Et puisque les titres financiers sont ainsi protégés de l’inflation, toute activité humaine pourra au nom de la liquidité immédiate se financiariser.

On comprend ainsi que l’indépendance des banques centrales est un fait politique majeur : les États – nations sont invitées à disparaitre au sein d’un marché en mondialisation. Le peuple souverain disparait dans les entrelacs de ce que nous avons appelé les « autoroutes de la mondialisation ».

  • Désormais l’idée invraisemblable de faillite des États endettés fait son chemin dans les médias et on parle même de banques centrales qu’il faudrait recapitaliser en cas d’insolvabilité des États.[15]
  • Non seulement les peuples souverains sont amenés à être inondés par le marché mais ils pourraient aussi s’y engloutir.

Il était toutefois possible d’aller beaucoup plus loin encore dans le passage à la souveraineté limitée et à la naissance d’États engloutis dans la finance de marché : après avoir créé les autoroutes de la mondialisation il sera question d’en supprimer les péages avec la naissance de la monnaie unique européenne.

  • Une monnaie sans État mais pas sans souverain.

Le comble de la dépossession, voire de la désintégration des États-nations fut l’abandon des monnaies nationales en Europe au profit de la monnaie unique. Déjà l’asymétrie créée par la libre circulation du capital face à l’immobilité relative du travail avait largement concouru à l’élargissement de l’éventail des rémunérations. Mais la monnaie unique, en interdisant de fait les transferts entre zones excédentaires et zones déficitaires va aggraver dans de très importantes proportions la dispersion des rémunérations, et plus encore celle des statuts, aussi bien entre Etats qu’à l’intérieur des Etats.

Les taux de change, outils maitres des États-nations, ayant disparu il n’y a plus de limite à la croissance du surplus des compte courants allemands. En contrepartie, la Grèce ayant perdu la protection des taux de change ne peut plus connaitre de butoir au déficit de ses échanges courants. La logique de son « développement » se borne aux simples échanges assurés par la grande distribution qui en retour assure la vraie désertification économique du pays.

Ces problèmes d’excédents et de déficits, sont légions à l’intérieur des espaces des vieux États nations et les transferts porteurs de rééquilibrage ne soulèvent aucune difficulté au sein d’une communauté nationale dont l’État central assure une certaine qualité du vivre ensemble. Mais les transferts sont impensables à l’échelle de l’Europe où la solidarité ne va pas de soi. Dès lors la solution est ce qu’on appelle les suicidaires dévaluations internes, le plus souvent non démocratiquement décidées, qui accroissent les inégalités et l’effacement des États- providence dans les pays dont le déficit est comprimé par la règle monétaire nouvelle.

Curieuse situation où la monnaie qui était l’outil efficace de construction de la souveraineté devient l’agent de sa destruction et de la mise sous tutelle d’anciens États-nations. La nouvelle monnaie est dépourvue de peuples souverains et ces derniers en sont la victime avec toutefois une exception : le peuple souverain allemand qui sans être propriétaire de la monnaie unique en est le grand bénéficiaire ce qui le mute en peuple impérial malgré lui.

Parce que la monnaie unique désarme les politiques souveraines, parce qu’elle engendre des passagers clandestins, elle détruit petit à petit les espaces de solidarité et créent des clivages majeurs nourris de spécialisations difficilement supportables dans la durée : trop d’usines en Allemagne, trop d’immobilier en Espagne, trop de fonctionnaires en France, trop de clientélisme en Grèce, etc. Ces spécialisations sont inappropriées en ce que certaines engendrent des gains de productivité ( Industrie) et d’autres pas (fonction publique) d’où des divergences de plus en plus massives que l’on ne plus corriger avec l’arme du taux de change mais avec les seules réformes dites structurelles[16] imposées par un pouvoir qui surplombe les États-nations . Désormais dans ces États l’exercice de la démocratie se trouve limité puisque le résultat du vote ne peut aller contre l’injonction des réformes structurelles.

La résolution de la crise de 1929 s’était durablement établie dans la construction d’Etats-Providence » porteurs du vivre ensemble des sociétés salariales qui se sont mises en place. Ces constructions utilisaient en particulier l’arme monétaire encore souveraine, une souveraineté marquée par la désignation politique des constituants de la monnaie et le contrôle des banques centrales. L’arme monétaire- durant toute la période des trente glorieuses- permettra aux Etats de créer de l’homogénéisation en particulier par la construction d’immenses classes moyennes.

La séparation de l’arme monétaire des mains des peuples souverains déclenche aujourd’hui l’effritement des Etats- providence dans une société qui reste encore salariale. Les Etats, en particulier ceux qui sont allés le plus loin dans cette séparation, perdent ainsi le pouvoir de fabriquer de l’homogénéisation. Un pouvoir source de forte légitimité politique. L’avenir est ainsi fait de désagrégation du lien social, d’illégitimité croissante des pouvoirs en place, d’un sauve qui peut dans le communautarisme ou dans un individualisme consumériste et festif forcené. Les plus démunis en « capital social » pouvant ajouter au délitement par l’exercice de la violence comme simple fin.

Dans l’Union Européenne et en particulier sa zone euro qui est le cœur du délitement généralisé, la solution n’est pourtant pas simple. Peu de forces politiques ont pris conscience que l’Euro tel qu’il fut construit est le catalyseur essentiel des forces de la décomposition. Parce que devenu Talisman la monnaie unique est respectée voire vénérée. Comment mettre fin au règne du sacré ?

Conclusion :

Oui, candidats souverainistes, méditez bien ce texte qui – loin des techniques et des techniciens de nombre d’officines – pose la question monétaire dans toute sa plénitude.
Vous êtes bien sûr à vous débattre au beau milieu des vents contraires de l’idéologie de la monnaie unique. Et déjà la tempête se lève avec le spread de taux sur la dette publique allemande.
Profitez de la campagne électorale pour beaucoup expliquer et tenter de détourner les vents.
En cas de victoire, autorisez-vous, dès votre installation à l’Élysée à vous affranchir brutalement des règles :
  • réquisitionnez dans l’heure la Banque de France et négociez en position de force avec l’Allemagne.

Le refus allemand sera tout aussi immédiat, ce qui vous obligera, face au déchainement gigantesque des marchés financiers, à agir avec plus de force encore :

  • réquisition de l’ensemble du système financier avec bien sûr blocage de la libre circulation des capitaux.

Vous constaterez vite que d’autres, l’Italie en tête, suivront tandis que l’Allemagne trouvera refuge dans un mark qui mettra fin à son mercantilisme.

Bien sûr vous serez vilipendé et les nostalgiques de la mondialisation heureuse chercheront, sans ménagement, à vous renverser. Tenez-bon et soyez fort car il vous faudra ensuite reconstruire un pays, et au-delà une Europe, aujourd’hui en très grande difficulté.


 

[1] On pourra se reporter ici à « Regard sur les banques centrales : essence, naissance, métamorphoses et avenir » Jean Claude Werrebrouck , in Economie Appliquée, tome LXVI-N°3- septembre 2013, pages 149-177. On pourra également se reporter sur l’excellent ouvrage de Michel Aglietta : « La monnaie entre dette et souveraineté », Odile Jacob,2016.

[2] On reprend ici la célèbre expression de Pierre Clastres dans son ouvrage : « la société contre l’Etat, Recherches d’anthropologie politique’, Minuit, 1974.

[3] Expression que l’on doit à Bloch-Lainé. Cf son cours à l’IEP de Paris : « Le Trésor Public. Introduction générale ». Cf également : François Block-Lainé et Pierre de vögue : « Le Trésor Public et le mouvement général des fonds, PUF, 1960.

[4] Cf Jean Claude Werrebrouck : « La loi d’airain de la monnaie » in Medium , Janvier-février-mars 2013, pages 101-119.

[5] La Banque de France est fondée par Bonaparte en 1800 et se voit immédiatement octroyée un monopole de l’émission pour la région parisienne.

[6] Règle instituée à partir d’octobre 1948.

[7] A cette époque le service de la dette correspondait à 25% des charges de l’Etat

[8] En particulier les 18 spécialistes en valeurs du Trésor d’aujourd’hui ne pouvaient jusqu’à une époque très récente proposer que des prix élevés aux adjudications de l’Agence France Trésor (Bercy), car ces prix devaient « produire » la rentabilité financière de nombre de produits, et des produits qui ne seraient pas achetés si la rentabilité n’était pas suffisante.

[9] Il faut bien comprendre que dans ce type de dispositif la puissance de création monétairee , ce qu’on appelle le multiplicateur du crédit, est particulièrement faible ce qui nous fait penser que le souverain l’est pleinement par le type de circulation monétaire qu’il entend faire respecter ;

[10] Le système mis en place en 1944 disparait au terme de la déclaration du Président Nixon le 15 aout 1971.

[11] Aujourd’hui le marché des changes concerne chaque jours environ 5500 milliards de dollars, soit 20 fois le montant des biens et services réellement échangés. Jacques de la Rosière vient de prendre récemment conscience des conséquences de la conférence de la Jamaïque : « « On a sous-estimé à l’époque la portée de l’effondrement du système de Bretton Woods. On a vu à l’usage combien le flottement des monnaies a encouragé le laxisme budgétaire et monétaire dont les effets cumulés nous écrasent aujourd’hui. Comment imaginer qu’un tel régime de liberté incontrôlée puisse être compatible avec une coopération économique mondiale et avec la stabilité du système financier. Bien que trop rarement dénoncé, cet enchaînement de conséquences de la décision d’août 1971 est à mon sens à l’origine de nombre des déséquilibres structurels d’aujourd’hui » In : « 50 ans de crises financières », Odile Jacob, 2016.

[12] Ce qui était le cas français jusque 1973 et ce qui était le cas général lors des guerres du 20ième siècle

[13] Il va sans dire que la réduction de la loi d’airain de la monnaie ainsi obtenue n’était pas sans risques puisque la planche à billets correspondante n’était efficace qu’en cas de sous -utilisation de facteurs de la production et aussi dans les limites du seuil de confiance des citoyens.

[14] C’est ce que nous avons appelé le passage au « mode marché » de la gestion de la dette publique. Cf ici Jean Claude Werrebrouck ; « Banques centrales, Indépendance ou soumission, un formidable enjeu de société », Yves Michel, 2013

[15] Les énormités en la matière que l’on trouve dans la presse même spécialisée sont aussi le fait de choix politiques car effectivement il fut déjà décidé, dans le tumulte de la crise financière de recapitalise la BCE en 2010. Même le monde académique, qui pourtant sait que la notion de capital social d’une banque centrale n’a strictement aucun sens, s’est plié à ce type de désinformation.

[16] Ces réformes dites structurelles concernent essentiellement le cout du travail qu’il faut déprécier (dévaluation) interne puisque la dépréciation externe (taux de change) n’est plus une arme souveraine.


source / http://www.lacrisedesannees2010.com/2017/02/candidats-souverainistes-a-l-election-presidentielle-il-faudra-frapper-fort-apres-les-deux-articles-consacres-aux-candidats-et-a-la?utm_source=_ob_email&utm_medium=_ob_notification&utm_campaign=_ob_pushmail