1551 – Macron-Royal, l’histoire secrète d’un rapprochement

1 – Macron-Royal, l’histoire secrète d’un rapprochement

2 – «Emmanuel Macron fascine comme Ségolène Royal en 2007»

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Macron-Royal, l’histoire secrète d’un rapprochement

L’ancienne candidate de 2007 montre beaucoup d’intérêt pour le leader d’ En marche !. Elle lui donne de précieux conseils en vue de l’élection présidentielle.


Par François-Xavier Bourmaud -Mis à jour le 30/01/2017


Entre eux, ça commence à devenir assez sérieux. Depuis le renoncement de François Hollande à briguer un second mandat, Ségolène Royal cache de moins en moins son intérêt pour la démarche d’Emmanuel Macron. Pas encore un soutien fort et affiché mais «rien n’est fermé»[1], assurait-elle mi-décembre sur C8. L’ex-candidate de 2007 venait de s’entretenir avec Emmanuel Macron[2]. L’une de ces nombreuses rencontres qu’elle a avec lui depuis sa nomination à Bercy fin août 2014. Il fallait faire le point.

En ce début décembre 2016, Emmanuel Macron vient de déclarer sa candidature à l’élection présidentielle. François Fillon a remporté la primaire de la droite[3]. Et François Hollande a renoncé à briguer un second mandat.

La route de l’Élysée se dégage devant Emmanuel Macron. Il n’a jamais fait de campagne, Ségolène Royal si. Et pas la plus simple.

En 2007, elle a tout affronté: le rouleau compresseur de la droite de Nicolas Sarkozy, des «éléphants» socialistes ligués contre elle, la fin de son couple avec François Hollande. «Tu sais Emmanuel, la politique c’est dur, le prévient-elle alors. Tu crois que tu as pensé à tout mais ça ne se passe jamais comme prévu. Une élection présidentielle, c’est au-delà de toute imagination.»

Ségolène Royal a perçu le plan de bataille d’Emmanuel Macron, sa stratégie politique réglée au millimètre, le tempo qu’il souhaite impulser à sa campagne. Mais sans l’expérience, difficile d’anticiper les ruptures de rythme, les rebondissements ou même l’attitude des adversaires. «Tu ne dois pas laisser respirer Marine Le Pen, lui explique-t-elle. Il faut que tu te positionnes en frontal face à elle, coup pour coup, meeting contre meeting.»

«Tu sais Emmanuel, la politique c’est dur. Tu crois que tu as pensé à tout mais ça ne se passe jamais comme prévu. Une élection présidentielle, c’est au-delà de toute imagination»

Ségolène Royal

En 2007, elle avait demandé au PS d’organiser un grand rassemblement le jour de l’investiture officielle de Nicolas Sarkozy, le 14 janvier, à la porte de Versailles à Paris. La direction du parti avait refusé.

À la hâte, elle avait tenté de jouer la contre-programmation en organisant un déplacement à la campagne dans une bergerie. «Résultat, je me suis retrouvée partout en photo avec un agneau dans les bras.» En face, Nicolas Sarkozy s’affichait triomphant au milieu de ses partisans euphoriques. La comparaison ne s’était pas révélée flatteuse pour Ségolène Royal.

Le message est passé.

  • Samedi prochain, Emmanuel Macron sera en meeting à Lyon pour prononcer le grand discours censé lancer sa campagne présidentielle.
  • Le même week-end, Marine Le Pen sera également à Lyon pour dévoiler ses 144 engagements de campagne. Avec un grand discours à la clé, là aussi pour entrer de plain-pied dans l’élection présidentielle.

Pas question de la laisser s’afficher seule en majesté donc, ni de reproduire les erreurs du passé, celles commises par les socialistes et Ségolène Royal en 2007.

Un peu «exotique» à son goût

Cette relation politique, l’ex-candidate et le protégé du président l’ont entamée à la rentrée de septembre 2014. Au début avec un peu de méfiance des deux côtés. Emmanuel Macron vient tout juste d’être nommé ministre de l’Économie. Six mois plus tôt, Ségolène Royal a fait son grand retour en politique, au ministère de l’Environnement, à la faveur du départ de Jean-Marc Ayrault de Matignon, remplacé par Manuel Valls. Très vite après sa nomination, Emmanuel Macron demande à la rencontrer.

Les deux ministres ont des sujets en commun et des conflits potentiels à déminer. Un bon prétexte pour faire connaissance avec Ségolène Royal dont il a beaucoup entendu parler à l’Élysée lorsqu’il était secrétaire général adjoint. Il apprécie la figure politique de l’ex-candidate même s’il la trouve un peu «exotique» à son goût. Elle le trouve respectueux. «Il a du talent, ce petit. Et en plus il est bien élevé», confie-t-elle alors à des proches. Mais elle se méfie aussi. Et attend surtout de voir comment il se comporte à l’épreuve du pouvoir.

«Emmanuel passait une tête à peu près tous les dix jours» 

Un membre du cabinet de Ségolène Royal

Pendant deux ans, ils vont se rencontrer régulièrement. «Emmanuel passait une tête à peu près tous les dix jours», se souvient-on au cabinet de la ministre. Ensemble, ils échangent sur tous les sujets: politiques bien sûr, mais aussi sur ceux liés à l’environnement, l’industrie, la cohésion gouvernementale…

Le courant passe. Si bien que lorsque Macron commence à être attaqué au sein de son propre camp pour ses ambitions supposées, c’est elle qui prend sa défense auprès de Hollande. «Il faut arrêter de lui taper dessus et le garder dans le gouvernement. La gauche a besoin de cet air frais», plaide-t-elle devant le chef de l’État. Lui aussi apprécie son jeune ministre.

François Hollande voit Emmanuel Macron parfois le week-end à l’Élysée lorsque le rythme ralentit un peu. Il le convie aussi à dîner, comme en cette fin novembre 2014 avant une importante émission de télévision. Autour de la table, il y a aussi Ségolène Royal, Najat Vallaud-Belkacem, Gaspard Gantzer, le chef du pôle communication à l’Élysée, et Jean-Pierre Jouyet, le secrétaire général de la présidence. Les jeunes pousses du président autour de l’ex-candidate de 2007. Le ferment sur lequel il comptait bâtir sa campagne présidentielle de réélection.

«C’est une femme libre. Elle fait ce qu’elle veut et on ne lui impose rien. Nous ne sollicitons rien mais nous accueillons tous les soutiens»

Un proche d’Emmanuel Macron

Longtemps, François Hollande refuse de croire ce qu’on lui rapporte sur les ambitions d’Emmanuel Macron, qu’il se prépare pour 2017, qu’il va le trahir.

Jusqu’à sa démission du gouvernement à la fin août 2016, deux ans après sa nomination. Un mois plus tôt, juste avant le départ en vacances du gouvernement, Ségolène Royal et Emmanuel Macron se sont vus pendant plus d’une heure et dans le plus grand secret.

Elle n’a pas été vraiment surprise lorsqu’il a démissionné. Elle n’a rien dit lorsqu’il s’est déclaré candidat à la présidence de la République, dix ans jour pour jour après sa victoire à la primaire du PS de 2006. Et depuis, elle le défend. «C’est une femme libre. Elle fait ce qu’elle veut et on ne lui impose rien. Nous ne sollicitons rien mais nous accueillons tous les soutiens», explique-t-on dans l’entourage du leader d’En marche !.

C’est Macron qui gère directement l’ex-candidate. Pas d’intermédiaire entre eux: lorsqu’ils veulent se parler, ils s’appellent.

Et l’ancien ministre de l’Économie s’en tient pour le moment à de prudentes déclarations. «J’ai toujours eu beaucoup de respect à la fois pour ce qui a été son parcours politique, et nous avons toujours très bien travaillé lorsque j’ai eu le plaisir d’être au gouvernement avec elle.» Ségolène Royal est toujours une personnalité clivante. Difficile d’estimer l’apport de son soutien.

En ce moment, la ministre de l’Environnement est très sollicitée. Avant sa victoire, Benoît Hamon avait déjà demandé à la voir. Après tout, lui aussi a besoin de son expérience d’ex-candidate. Elle a dit oui. Avec Benoît Hamon, elle a encore perçu un souffle d’air frais sur la gauche. Et elle l’a signalé en s’arrangeant pour faire savoir qu’elle avait voté pour lui à la primaire du PS[4].

Et si Ségolène Royal pouvait jouer les traits d’union entre eux… «À un moment, il va bien falloir qu’il y en ait un des deux qui bouge», explique un proche de la ministre. Elle va laisser passer février. Le temps de voir qui d’Emmanuel Macron ou de Benoît Hamon réussit à s’imposer à gauche. Et puis, «le moment venu, il faudra le rassemblement des forces progressistes, des forces de gauche, des forces de la créativité», ne cesse-t-elle de prévenir. Elle pense que Benoît Hamon ferait un très bon premier secrétaire du PS. Donc sans doute qu’Emmanuel Macron serait bien mieux à l’Élysée[5].

Sa façon à elle de s’impliquer dans la campagne, comme pour rattraper un rendez-vous manqué avec les Français.

Cet article est publié dans l’édition du Figaro du 31/01/2017

liens []

  1.     http://premium.lefigaro.fr/flash-actu/2016/12/11/97001-20161211FILWWW00112-royal-n-exclut-pas-de-soutenir-macron.php
  2.     http://premium.lefigaro.fr/vox/politique/2017/01/18/31001-20170118ARTFIG00182-philippe-bilger-emmanuel-macron-fascine-comme-segolene-royal-en-2007.php
  3.     http://premium.lefigaro.fr/elections/presidentielles/primaires-droite/2016/11/28/35004-20161128ARTFIG00005-francois-fillon-terrasse-alain-juppe.php
  4.     http://premium.lefigaro.fr/elections/presidentielles/primaires-gauche/2017/01/27/35005-20170127ARTFIG00123-primaire-segolene-royal-n-a-pas-vote-pour-manuel-valls.php
  5.     http://premium.lefigaro.fr/elections/presidentielles/2017/01/23/35003-20170123ARTFIG00236-macron-plus-que-jamais-en-embuscade.php

source/ http://premium.lefigaro.fr/elections/presidentielles/2017/01/30/35003-20170130ARTFIG00293-macron-sur-la-voie-royal.php

«Emmanuel Macron fascine comme Ségolène Royal en 2007»

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FIGAROVOX/CHRONIQUE – Emmanuel Macron connaît une dynamique qui pèse sur les primaires de la gauche. Pour Philippe Bilger, l’ancien locataire de Bercy n’est pas sans rappeler la candidate de 2007, mais, contrairement à elle, il ne souffre pas des pressions du Parti socialiste.


Par Philippe Bilger – 18/01/2017


Alors que l’élection présidentielle offrira l’opportunité de favoriser un changement politique, pour Emmanuel Macron elle procurera l’occasion du dévoilement d’un mystère.

Quelque chose surgira au mois de mai qui donnera une réponse aux doutes, aux interrogations, aux suspicions, ou confirmera, avec le premier tour et peut-être la victoire, le caractère irrésistible d’un élan qui n’est pas né depuis peu.

Emmanuel Macron fait partie de ces rares personnalités qui peuvent donner l’impression à ceux qu’il intéresse ou plus, fascine, qu’ils ont à la fois le droit de concéder à la politique classique et de se pencher sur le destin, déjà exceptionnel par sa fulgurance, de cet objet politique non identifiable (OPNI). Comme si les deux démarches relevaient de registres différents et que le citoyen et l’observateur, duo dont je raffole, trouvaient leur compte avec l’ordinaire de la politique et avec l’extraordinaire Macron.

Emmanuel Macron paraissait s’inscrire dans cette vieille politique qui prétend justement ne pas en faire et qui bouscule le jeu en façade pour mieux récolter les fruits traditionnels du pouvoir.

J’ai d’abord par paresse appliqué une grille banale à l’analyse des avancées d’Emmanuel Macron parce qu’elles paraissaient s’inscrire dans une politique vieille comme le monde: celle qui prétend ne pas en faire et bouscule le jeu en façade, mais pour mieux récolter les fruits traditionnels du pouvoir et assouvir une ambition somme toute guère originale.

Mais, très vite, cette perception, cette réduction d’une forme d’inconnu à un connu rassurant et maîtrisable ont montré leurs limites. Depuis plusieurs mois, l’histoire qui se fait jour entre En Marche et son chef d’un côté, et de l’autre, la multitude qui vient l’applaudir révèle une relation qui a dépassé la tonalité collective du meeting pour aborder des rivages peu usités en démocratie.

Emmanuel Macron n’est pas un tribun politique et il s’en moque.

Emmanuel Macron n’est pas un tribun politique et il s’en moque. Quand il s’époumone et crie à la fin d’un discours, ce n’est pas pour singer une puissance de parole qu’il n’a pas. Il sait qu’il ne dispose pas de cette aptitude et un Mélenchon, qui est un véritable orateur, ne terminerait jamais son intervention sur un mode aussi paroxystique, précisément parce qu’il n’en a pas besoin, exerçant tout au long l’art du verbe dans sa plénitude.

Il n’empêche qu’Emmanuel Macron – rassemblant autour de lui grâce à une empathie, une aura infiniment plus convaincantes qu’une expression orale qui manquerait de force, diffusant séduction, compassion et communion, se prêtant, avec une incarnation ostensible, de sa gestuelle à son air inspiré, au besoin qu’éprouve chacun de s’identifier à lui – ouvre ainsi des chemins adaptés à son tempérament et se garde bien de battre en brèche le consensuel généreux et évident qu’on attend de lui.

Emmanuel Macron a compris les faiblesses du politique et, de fait, pour l’instant, dans le clair-obscur, il privilégie l’obscur.

Car il a compris les faiblesses du politique et, de fait, pour l’instant, dans le clair-obscur, il privilégie l’obscur. Attendons de voir si, comme il s’y engage, au mois de février le clair d’un projet sera soumis à ses concitoyens.

Sans abuser des mots, Emmanuel Macron, en totale lucidité et avec une habileté sans pareille, entraîne son public – j’allais écrire ses ouailles – dans un monde qui n’est plus politique mais quasiment christique avec un processus qui n’est pas sans rappeler celui de Ségolène Royal. Avec toutefois une double différence capitale.

Macron est infiniment plus doué, plus structuré et plus subtil qu’elle et, surtout, il n’est pas combattu par des forces centrifuges qui viseraient à le marginaliser. Il est au contraire poussé par des vents favorables qui rapprochent de plus en plus de lui.

Cette volonté de négliger l’univoque sommaire du partisan au profit d’une équivoque imprégnée d’un halo étrange – comme si un gourou avait pris la place du Emmanuel Macron d’avant qui avait déjà des forces certes mais des faiblesses aussi qui ne le distinguaient pas forcément – a tout changé. Maintenant on suit une lumière, on fond pour une personnalité et les idées qui clivent, on les laisse à la porte! On ne regarde plus le chemin mais celui qui marche.

A cause de cette singularité si remarquablement travaillée, Emmanuel Macron plonge la classe politique dans une angoissante perplexité.

Beaucoup qui étaient dégoûtés par la politique ou qu’elle laissait indifférents sont revenus dans ce giron atypique. A cause de cette singularité si remarquablement travaillée, Emmanuel Macron plonge la classe politique dans une angoissante perplexité. Comment saisir ce qui se trouve vraiment ailleurs, comment opposer au sacré républicain d’un mysticisme novateur le profane d’argumentations trop réelles et si peu élevées?

Pour l’instant Emmanuel Macron entraîne à sa suite, avec une flûte brillamment magique, une cohorte dont une part se persuade qu’elle a avec lui le Messie dont la France a besoin et une autre, sans illusion, emplie de socialistes, qui le choisit parce qu’elle n’a plus rien à perdre. Sauf le socialisme démonétisé et déjà ridiculisé par le quinquennat de François Hollande.

Plus que quelques mois.

Emmanuel Macron demeurera-t-il un OPNI ou le fera-t-on retomber sur terre avec la vulgarité quotidienne de débats médiocres, avec l’obligation de quitter l’ange pour la bête? Le futur, le nôtre et le sien, sera passionnant.


Chaque semaine, Philippe Bilger prend la parole, en toute liberté, au FigaroVox. Magistrat honoraire et président de l’Institut de la parole, il tient le blog Justice au singulier. Auteur de Ordre et désordres (éd. Le Passeur, 2015), il vient de publier La parole, rien qu’elle (éd. Le Cerf, 2017).


source/   http://premium.lefigaro.fr/vox/politique/2017/01/18/31001-20170118ARTFIG00182-philippe-bilger-emmanuel-macron-fascine-comme-segolene-royal-en-2007.php