1547 – Un nouveau revers pour les rebelles syriens

Après Alep, l’armée de Bachar al-Assad continue de reprendre du terrain, avec la région de Wadi Barada, cruciale pour l’approvisionnement en eau

Après plus d’un mois de combats, le régime du président Bachar al-Assad s’est emparé de cette région cruciale pour l’approvisionnement en eau de la capitale et les insurgés ont commencé à quitter les lieux par centaines.

AFP – Publié lundi 30 janvier 2017 à 07:00.

La capture de Wadi Barada, à 15 km au nord-ouest de la capitale privée d’eau potable depuis le 22 décembre, intervient plus d’un mois après la perte par les rebelles d’Alep (nord), deuxième ville de Syrie, leur plus importante défaite depuis le début de la guerre en 2011.

Les insurgés n’ont plus désormais de véritables fiefs que dans la Ghouta orientale, une région à l’est de Damas, dans la province d’Idlib au Nord-Ouest, et dans le Sud.

Les pénuries d’eau seront «bientôt» de l’histoire ancienne

Samedi, l’armée était entrée pour la première fois dans la station de pompage d’Aïn al-Fijé, vitale pour l’alimentation en eau de Damas. Le régime avait accusé les rebelles de sabotage ayant conduit aux pénuries d’eau. Les insurgés avaient rétorqué que les bombardements du régime avaient détruit les infrastructures.

Dimanche, les premiers travaux ont commencé dans la station, d’après le gouverneur de Damas, Ala Ibrahim. Il a affirmé que les «dégâts étaient importants», mais que le pompage d’eau devait reprendre «bientôt».

L’ONU avait dénoncé ces coupures d’eau comme un «crime de guerre».

Bachar al-Assad avait exclu Wadi Barada de la trêve en cours depuis le 30 décembre entre régime et rebelles.

Un accord de cessez-le-feu y avait été conclu il y a quelques semaines pour permettre aux équipes techniques de rétablir l’approvisionnement en eau potable pour les 5,5 millions d’habitants de Damas, mais il avait échoué et les combats avaient redoublé d’intensité jusqu’à vendredi.

En vertu de l’accord, les rebelles ont le choix: déposer les armes ou se rendre dans la province d’Idlib, frontalière de la Turquie.

«Le régime essaie de s’emparer de la totalité de la province de Damas (…) Pour les rebelles qui perdent territoire après territoire, c’est la fin du rêve d’entrer dans la capitale», estime Rami Abdel Rahmane, directeur de l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH).

Deux fronts djihadistes rivaux dans la province d’Idlib

Dimanche, des centaines d’insurgés ont commencé à quitter Wadi Barada en bus vers Idlib. C’est dans cette région que des milliers de rebelles se sont installés, après avoir été chassés de plusieurs de leurs bastions en Syrie par le régime et ses alliés russes et iraniens notamment.

Idleb était jusque-là contrôlée par une alliance dénommée Armée de la Conquête, formée des djihadistes du Front Fateh al-Cham (ex-branche d’Al-Qaïda) et de plusieurs groupes rebelles. Mais cette alliance semble avoir implosé depuis mardi, avec des affrontements inédits entre rebelles et Fateh al-Cham.

Furieux de voir des rebelles participer à des négociations au Kazakhstan, Fateh al-Cham, désigné comme groupe «terroriste» par Washington et Moscou, les a accusés d’avoir conclu un accord pour le combattre et «l’isoler». Dès la fin des négociations mardi, Fateh al-Cham a attaqué une base d’un groupe rebelle dans la région d’Idlib et les combats se sont propagés dans cette province et dans celle voisine d’Alep.

Samedi, un nouveau bloc nommé Tahrir al-Cham, composé de groupes rebelles et du Front Fateh al-Cham, a vu le jour. Deux blocs rivaux sont ainsi en train d’émerger dans la province d’Idlib: l’un emmené par Ahrar al-Cham, la plus puissante faction rebelle, et l’autre conduit par Fateh al-Cham.

Considéré par la rébellion comme une force efficace dans la lutte contre le régime, Fateh al-Cham était critiqué depuis quelques mois par l’opposition politique, qui lui reproche sa volonté hégémonique.

La création de «zones de sécurité» proposée par Donald Trump

Le président américain Donald Trump, qui a décidé de fermer les frontières de son pays pendant plusieurs mois à tous les réfugiés et aux ressortissants de sept pays musulmans dont la Syrie, a évoqué le conflit syrien lors d’un entretien téléphonique dimanche avec le roi Salmane d’Arabie saoudite.

A la demande de Donald Trump, les deux dirigeants se sont mis d’accord pour créer des «zones de sécurité» en Syrie, mais aussi au Yémen en guerre, et pour soutenir «d’autres idées pour aider les nombreux réfugiés déplacés par les conflits en cours», selon la Maison Blanche.

Cette question a également été évoquée lors d’un entretien téléphonique avec le prince héritier des Emirats arabes unis, Mohammed ben Zayed al-Nahyane, qui «a accepté de soutenir cette initiative», selon la présidence américaine.

Les modalités pratiques de la mise en place de ces «zones de sécurité» n’ont pas été détaillées.

source/ https://www.letemps.ch/monde/2017/01/30/un-nouveau-revers-rebelles-syriens