1522 – TRUMP, C’EST PARTI !

2015 Hank's Yanks Golf Classic
NEW YORK, NY – JULY 06: Donald Trump attends the 2015 Hank’s Yanks Golf Classic at Trump Golf Links Ferry Point on July 6, 2015 in New York City. (Photo by Andrew H. Walker/Getty Images)

 

« America first »1.

Le microcosme parisien s’étrangle déjà à entendre le 45ème président des États-Unis, Donald Trump reprendre, lors de son discours d’investiture du 20 janvier 2017, son slogan de campagne, à voir le site internet de Barack Obama remplacé par le sien, à consacrer son premier décret au détricotage de l’Obamacare.

Manifestement, il ne change pas ce qu’il a été au cours de ces derniers mois. Avant même qu’il ait fait ses premiers pas de chef de l’État, il est déjà qualifié de « danger américain »2 par les mêmes qui avaient tout misé sur Hillary Clinton (qu’il a eu l’élégance de faire applaudir !).

Avec un minimum de recul et par effet de miroir, que nous dit la saga Donald Trump sur ce qu’est l’Union européenne, en général et la France, en particulier ? Elle sert de révélateur au moins à cinq défaillances de leur approche des relations internationales.


Par  Jean Daspry


Anticipation. Alors que gouverner, c’est prévoir, nos dirigeants européens n’ont rien anticipé.

Certes, la prévision est un art difficile. Mais, tout de même, statistiquement, il y avait une chance sur deux que Donald Trump l’emporte. Cette hypothèse est écartée d’un revers de main ab initio au nom d’une approche idéologique qui n’a rien à voir avec le cynisme minimal inhérent à toute politique étrangère digne de ce nom. La méthode Coué (les certitudes) n’est jamais bonne conseillère dans la sphère internationale.

Manifestement, nos décideurs ne comprennent rien au réel, eux qui chevauchent en permanence quelques chimères pour amuser le bon peuple. L’idée que nous nous faisions des États-Unis d’aujourd’hui était donc erronée, illusoire3.

Sidération. Au lieu de se reprendre et de changer rapidement son fusil d’épaule, au nom du réalisme élémentaire, dès la publication du résultat des élections le 8 novembre 2016, c’est la stupéfaction, la sidération, au sens de l’anéantissement soudain des fonctions vitales sous l’effet d’un choc émotionnel intense selon la définition du petit Robert.

Le mot est lâché ! Au pays de René Descartes, la passion l’emporte sur la raison. Certains se prennent à rêver que Donald Trump, le mal aimé et le mal élu ne passera jamais le seuil de la Maison-Blanche par une sorte de miracle divin. Il en serait empêché (destitution) d’une manière ou d’une autre et, Hillary Clinton, la candidate qu’ils avaient choisie en lieu et place du peuple américain, fera un « happy come back ».

Compréhension. « Sur Donald Trump, on a entendu en Europe beaucoup de gémissements et de cris d’orfraie. Il faut dépasser cette sidération »4. Une fois de plus, nos décideurs auraient tiré maints bénéfices à méditer cette réflexion d’Hubert Védrine pour tenter de comprendre les raisons du succès de Donald Trump et admettre qu’il allait falloir composer avec lui.

Par principe, on ne choisit pas les gouvernants des autres États, on fait avec et on compose autant que faire se peut.

Le réalisme demeure une donnée fondamentale des relations internationales. C’est nous qui sommes aveuglés, refusant de procéder à un retour d’expérience. Comme nous le rappelle Dominique de Villepin, le propre de toute bonne diplomatie est de se mettre en branle lorsqu’elle est bousculée.

Réflexion. Après un revers intellectuel et diplomatique d’une telle ampleur, l’alternative est simple, binaire.

  • Procrastiner (« perseverare diabolicum »)
  • ou évoluer (l’évolution c’est la raison du plus fort).

Manifestement, et au moins jusqu’au 20 janvier 2017, l’Europe a privilégie la première branche de l’alternative.

La diplomatie n’est-elle pas un mélange subtil consistant à travailler pour le meilleur mais à se préparer pour le pire ?

Ceci aurait dû automatiquement nous conduire à réfléchir à ce que nous sommes et où nous sommes en tant que France et en tant qu’Europe. Cette réflexion n’a pas eu lieu dans un monde où le droit-de-l’hommisme et la passion sont les seuls critères de détermination de notre politique étrangère. Nous en mesurons les résultats.

Action. Dans ce contexte, on comprend mieux pourquoi l’Union européenne affaiblie (élections en Allemagne, France, Pays-Bas ; instabilité en Espagne, Italie, Grèce ; populisme en Hongrie et en Pologne ; suites du « Bexit »…) ne puisse réfléchir pour agir en ordre de bataille face à la nouvelle administration américaine. Comme aurait dit Henry Kissinger : l’Europe quel numéro de téléphone ?

En dernière analyse, alors que l’élection de Donald Trump aurait dû constituer un sursaut salutaire pour repenser l’Europe, sa gouvernance, sa défense… ; elle n’aura été qu’une nouvelle occasion manquée d’une révolution incontournable avant fermeture définitive pour cause de désaccord permanent entre ses associés. Finie les paroles creuses, place à l’action !

Pour conclure, et afin d’illustrer notre réflexion, que dire du dernier débat télévisé entre les sept candidats à la primaire de la gauche du 19 janvier 2017 sur les questions de politique étrangère ?

Quantitativement, ils n’auront pas consacré plus d’un quart d’heure au sujet, moins que sur le candidat du mouvement « en marche », Emmanuel Macron. Qualitativement, la seule question autour de laquelle l’échange a tourné fut celle de l’avenir de Bachar Al-Assad. Le monde se restreindrait-il à cette seule question, si importante soit-elle ?

On reste confondu devant un tel aveuglement qui explique en grande partie le déclin de la France sur la scène internationale. Où sont passés nos penseurs d’antan ?

Avant de « contrôler » Donald Trump5, il faudrait d’abord le comprendre (ses faces prévisibles et imprévisibles).

Quoi qu’il en soit, et plus sérieusement, il faudra bien que nos dirigeants, nos médias et autres experts à la petite semaine s’y fassent. Pour Donald Trump, c’est parti !



1 Éditorial, « America first ». Donald Trump, président de la table rase, Le Monde, 22-23 janvier 2017, pp. 1 et 27.
2 Le « Trump power », un danger américain, dossier, http://www.mediapart.fr , 21 janvier 2017.
3 Roger Scruton, Les élites défaites par les gens ordinaires, Le Monde, 22-23 janvier 2017, p. 25.
4 Hubert Védrine, La tragédie d’Alep symbolise l’effondrement des politiques occidentales guidées par la morale et par l’éthique, Le Monde, 15-16 janvier 2016, p. 14-15.
5 Michael Dorf, Contrôler Trump, Le Monde, Spécial USA, Le Monde, 21 janvier 2017, p. 2.


source/ https://prochetmoyen-orient.ch/en-bref/