1454 – «Pour que la France dure»

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Faire perdurer des industries, des artisanats, une agriculture. Faire perdurer un peuple en tant qu’entité politique consciente de son histoire et jalouse de sa liberté. Faire perdurer des modes de vie, une façon d’être au monde. Voilà donc ce qui se jouera en 2017.


CHRONIQUE  Natacha Polony – Le Figaro 30.12.2016


Au moment d’entrer dans cette année 2017, il est peu de Français qui n’aient le sentiment d’une urgence, l’idée que se jouera peut-être dans quelques mois la capacité de notre pays à perdurer, non seulement comme grande nation, mais sans doute comme nation tout court.

Les bons apôtres, bien sûr, jugeront un tel constat scandaleusement «décliniste» et vanteront les «richesses et les forces vives de ce pays» qu’ils s’emploient consciencieusement depuis quarante ans à brider et à éradiquer.

Ils nous enjoindront de nous réjouir de ce déclin qu’il ne faut pas nommer parce qu’ils en sont les auteurs.

Mais les Français, peuple d’encore un peu de mémoire, savent ce qu’ils furent et ce que le monde attend d’eux.

Encore faut-il que notre système politique permette de voir émerger des individus qui ne soient dépendants ni d’amitiés ou d’intérêts privés

Les cyniques, eux, se récrieront: «Croyez-vous qu’une élection puisse changer quoi que ce soit?»[1]

Et certes, les Français, peuple politique s’il en est, n’aspirent qu’à le croire.

Encore faut-il que cette élection constitue véritablement un choix entre des options, des visions du monde, différentes.

Encore faut-il que notre système politique permette de voir émerger des individus qui ne soient dépendants ni d’amitiés ou d’intérêts privés, ni du besoin de se conformer aux jugements moraux des arbitres du bon goût qui pullulent parmi les commentateurs des jeux du cirque médiatique.

Rien n’est moins sûr, hélas.

Faire perdurer la France. C’est aujourd’hui sans doute le souci le plus partagé par ces citoyens que les élites n’entendent plus.

Faire perdurer d’abord des industries, des artisanats, une agriculture, qui firent la grandeur de ce pays.

Et l’on pourra leur expliquer sur tous les tons que l’avenir est aux nouvelles technologies, aux start-up et aux industries de pointe, ces têtes dures continueront à considérer qu’il y aura toujours besoin de se nourrir, de se vêtir, de se loger et que la relocalisation de ces productions et la protection des entreprises du bâtiment offriraient du travail à tous ceux qui ne seront jamais ingénieurs ou créateurs de logiciels et préserveraient des savoir-faire précieux.

Mais des grands génies et des doctes savants ont décrété

  1. que la division mondiale du travail était un bienfait puisqu’elle enrichissait quelques grands groupes («Le protectionnisme, dans notre histoire, a conduit au pire», ânonnent donc les politiques sur les antennes, sans que l’on ne sache jamais de quel «pire» il s’agit)
  2. et que nos entreprises, notre agriculture devaient se laisser éradiquer pour que les consommateurs (ceux-là mêmes qui perdaient leur emploi et donc leur fameux «pouvoir d’achat») puissent acheter toujours moins cher des produits de qualité toujours moindre[2].

D’éminents clercs nous ont fait savoir (…) qu’il fallait accepter que des entités supranationales aux mains d’idéologues non élus et de technocrates manipulés par tous les lobbys décident du Bien et du Juste

Faire perdurer ensuite un peuple en tant qu’entité politique consciente de son histoire et jalouse de sa liberté.

Mais d’éminents clercs nous ont fait savoir

  1. que cette souveraineté farouchement arrachée par le général de Gaulle au sortir de la guerre était aujourd’hui sans objet,
  2. que sa défense relevait du nationalisme le plus abject et qu’il fallait finalement accepter
  3. que des entités supranationales aux mains d’idéologues non élus et de technocrates manipulés par tous les lobbys décident du Bien et du Juste pour des individus isolés devant leurs écrans, occupés à absorber les injonctions à la consommation pendant que des intérêts privés détricotent les droits politiques conquis depuis plusieurs siècles.

Faire perdurer enfin des modes de vie, une façon d’être au monde, qui mêlent l’amour de la bonne chère, celui du beau langage, une liberté vis-à-vis des dogmes et des Églises, et la connaissance héréditaire de la diversité géographique qui dicte en tout lieu l’architecture, les mœurs, la gastronomie et permet d’intégrer quiconque accepte de comprendre cette primauté du sol et du climat sur la généalogie des individus.

  1. Mais de généreux philanthropes nous ont expliqué que tout cela n’était que ringardise aux relents racistes et qu’il fallait accepter d’effacer des siècles de transmission pour accueillir celui qui vient avec ses mœurs et ses croyances et qui entend les imposer où qu’il soit.
  2. Le patriarcat et l’obscurantisme, insupportables quand ils étaient ceux de nos campagnes, deviennent hautement respectables quand ils émanent des éternelles victimes de notre universalisme néocolonial.
  3. Ceux qui viennent ne doivent rien, ils ne font que récupérer ce qui leur est dû.

Voilà donc ce qui se jouera en 2017.

  1. L’acceptation ou non de tout ce qui détruit la France en tant que nation ;
  2. l’acceptation ou non de cette injonction de nous fondre dans une humanité globale, alignée sur le plus petit dénominateur commun, celui du consommateur-producteur soumis au conditionnement publicitaire,
    1. plutôt que de préserver notre spécificité,
    2. nos propres atouts,
    3. notre propre manière de créer de la richesse
    4. et de la partager.

Il n’y a pas de réussite globale, de courage global, de dignité globale.

Seul le malheur est global.

Mais les valeurs humaines peuvent être universelles, en même temps que déclinées localement. Est-il un homme politique qui le comprenne? Un homme politique capable de nous proposer cette voie? Les Français, disait de Gaulle, sont des veaux [3]. Cherchons pour 2017 le programme qui leur évitera de devenir des moutons.

Cet article est publié dans l’édition du Figaro du 31/12/2016.


[1] http://premium.lefigaro.fr/elections/presidentielles/

[2] http://premium.lefigaro.fr/conso/2015/07/22/05007-20150722ARTFIG00037-les-produits-alimentaires-les-moins-chers-sont-aussi-bons-que-les-autres.php

[3]http://video.lefigaro.fr/figaro/video/jean-marc-daniel-general-de-gaulle-les-francais-sont-des-veaux/3772576448001/


Une réflexion au sujet de « 1454 – «Pour que la France dure» »

  1. Madame Polony,

    Vous tapez dans le mille avec cet article, merci!

    Mais comment expliquer cette recherche de nouveauté, ce besoin de sang neuf dans le paysage politique Francais, sans que vous fassiez mention au moins une fois, des solutions émergentes et plus particulièrement du candidat de l’UPR, François Asselineau qui répète mot pour mot depuis 9 ans ce que vous expliquez ici!

    Je vous souhaite une très bonne année, pleine de changements (surtout dans le domaine du journalisme dans lequel vous exercez).

    Salutations

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