1242 – Les réponses les plus inattendues de Vladimir Poutine aux journalistes

2016.08.02 Poutine 5

« Ils peuvent toujours courir » :

le président russe Vladimir Poutine a répondu de manière très claire et laconique à une question concernant un éventuel assouplissement des sanctions décrétées par la Russie.

Ce n’est pas la première fois qu’il doit faire face à diverses réclamations. Petite compilation des phrases les plus marquantes.

Lenta.ru

Les « oreilles d’un âne mort » 

Concernant les litiges territoriaux, le chef de l’État a pratiquement toujours répondu de manière brusque.
  • Il a ainsi fait comprendre aux Japonais à plusieurs reprises que la Russie ne négociait pas ses territoires.

La réponse aux revendications lettones concernant les territoires de Pskov a été encore plus dure:

  • le président a rappelé qu’après l’effondrement de l’URSS la Russie avait « fait des sacrifices sans précédent dans l’histoire de l’humanité » en donnant des dizaines de milliers de km² de territoire.

Poutine a refusé de dire si c’était une bonne ou une mauvaise chose, ou de répondre aux revendications territoriales des voisins.

« Écouter aujourd’hui des aberrations selon lesquelles nous devrions 5 km à qui que ce soit, c’est absolument inadmissible […] Il me semble que ceux qui s’expriment ainsi ne le font pas dans l’espoir d’obtenir un territoire de la Russie mais pour détériorer nos relations. Nous ne devons pas aider ces gens à y parvenir. Et nous ne le ferons pas. Évidemment, nous ne négocierons jamais pour évoquer des réclamations territoriales quelconques. Le district de Pytalovo, dans la région de Pskov ? C’est les oreilles d’un âne mort qu’ils recevront à la place du district de Pytalovo. »

(Déclaration faite pendant la réunion avec le collectif artistique de Komsomolskaïa Pravda en mai 2005).

« Cherchez le yéti »

Vladimir Poutine avait accepté d’évoquer avec les journalistes de la revue OutdoorLife consacrée à la nature, au repos actif et aux voyages, des questions internationales et sociales mais pas seulement. Il a parlé des endroits les plus intéressants en Russie où il est possible de bien se reposer, chasser et pêcher, il a partagé ses impressions sur la fameuse photo de lui torse nu et a noté la proximité mentale des Américains et des Russes. Il a également répondu sur les chances de trouver le yéti dans la taïga sibérienne.

« Tout est possible. Je vous conseille de vous y rendre et de partir à sa recherche. Sans aucune garantie de succès, mais je suis néanmoins convaincu que l’aventure vous plaira. »

(Dans une interview à OutdoorLife en mai 2011.)

« Vous allez vous fatiguez à avaler la poussière »

 

Il y a deux ans, la Russie a voté une loi pour lutter contre la fuite de capitaux vers les offshores. Désormais, une tentative de cacher un bien à l’étranger ou de désinformer l’État est passible d’une amende de 100 000 roubles (environ 1 400 euros) pour chaque entreprise dissimulée.

Avant de régulariser la question au niveau législatif, les autorités devaient principalement convaincre les hommes d’affaires.

C’est précisément ce que faisait régulièrement Vladimir Poutine en rencontrant la communauté d’affaires. En particulier, le président appelait les compagnies russes à quitter d’urgence les offshores au risque de subir d’importantes pertes.Et ce, comme le soulignait le chef de l’État, non pas par la faute des régulateurs russes.

« Cela rappelle un proverbe russe: l’amitié c’est bien, mais les affaires d’abord. Nous avons de bonnes relations avec de nombreux de nos partenaires. Mais les économies occidentales qui disposent aujourd’hui de ces ressources d’origine russe ne sont pas intéressées par leur expropriation. Tout porte à croire que les régimes d’usage des fonds placés dans les offshores continueront d’être durcis. Je ne dis pas qu’ils seront gelés demain, mais si une décision de ce genre était prise, passez-moi l’expression, vous allez vous fatiguer à avaler la poussière en courant dans les tribunaux pour tenter de débloquer cet argent. »

(Pendant le congrès de la Chambre de commerce et d’industrie en juin 2002.)

« Dormez un peu » au lieu de « repeindre les terroristes »

 Il y a près d’un an, Vladimir Poutine a reçu au Kremlin le secrétaire d’État américain John Kerry pour la troisième fois. Pendant l’entretien qui s’est déroulé à la demande de la partie américaine, le dirigeant russe et le chef de la diplomatie américaine ont évoqué une question prioritaire pour les deux pays: la situation en Syrie et la lutte contre l’organisation terroriste État islamique interdite en Russie.

Le président russe soulignait que Moscou ne permettrait pas à Washington de «repeindre» certains terroristes pour les faire passer pour une opposition modérée. Toutefois, les débats sur l’appartenance des forces présentes sur le territoire syrien se poursuivent encore entre la Russie et les États-Unis.

« Cher monsieur le secrétaire d’État, nous voyons tous les efforts que vous déployez pour régler un certain nombre de problèmes aigus. Il est difficile de vous suivre dans vos déplacements. Vous devriez dormir un peu. »

(Entretien avec le secrétaire d’État américain John Kerry en décembre 2015.)

Des liens entre l’Ukraine et les USA

 Bien avant le Maïdan de Kiev et la crise qui a suivi dans les relations bilatérales entre la Russie et l’Ukraine, le président russe parlait du soutien de certaines forces politiques ukrainiennes par les USA.

Le vice-président américain de l’époque, Dick Cheney, avait accusé la Russie de faire pression sur l’Ukraine et sur d’autres États en matière de sécurité énergétique.

Poutine a renvoyé la balle aux Américains de la manière qui lui est propre en pointant leurs relations particulières avec Kiev.

« Les États-Unis entretiennent des relations privilégiées avec certains pays d’Europe de l’Est et ils veulent les soutenir. Ils veulent soutenir certaines forces politiques, par exemple en Ukraine. Je ne pense pas que ce soit le bon choix car il n’y a pas de forces prorusses ou prosoviétiques : toutes les forces — dans le bon sens du terme — sont avant tout pro-ukrainiennes, nationalistes, dans le bon sens du terme. Mais Les Américains ont décidé de miser sur [un courant] du spectre politique ukrainien et ont voulu le soutenir par tous les moyens possibles, y compris avec de l’énergie bon marché en provenance de Russie. Mais, comme je l’ai déjà annoncé, si quelqu’un veut soutenir des forces politiques dans un pays quelconque, cela ne se fera pas à nos dépens. »

(Interview à la chaîne allemande ZDF en juillet 2006.)

« Changez de cerveau »

Le litige avec le Royaume-Uni autour de l’affaire de l’ex-officier du FSB Alexandre Litvinenko a également provoqué une longue altercation entre les autorités à différents niveaux, au sommet y compris.

Londres exigeait en effet l’extradition du député russe Andreï Lougovoï, soupçonné par les autorités britanniques d’avoir empoisonné l’ex-agent russe.

L’ambassadeur du Royaume-Uni en Russie Tony Brenton avait même suggéré au Kremlin de « contourner » les normes constitutionnelles dans cette affaire, insinuant que de temps à autre Moscou le faisait déjà. Les autorités russes avaient réagi de la plus correcte des manières à cette initiative.

« Il s’est produit une tragédie: la mort de M. Litvinenko à Londres. Les Britanniques soupçonnent notre citoyen, M. Lougovoï, et exigent qu’il soit extradé. Pourtant, 30 personnes poursuivies par la justice russe pour avoir commis des délits et des crimes se sont réfugiées dans la capitale britannique et Londres n’a pas la moindre intention de les extrader. Ils formulent donc des exigences démesurées à l’égard des autres pays et n’hésitent pas à nous donner un conseil humiliant — modifier notre Constitution. Il leur faut changer de cerveau et non changer notre Constitution. »

(Durant un entretien avec des représentants de mouvements de jeunesse en juillet 2007.)

« Les USA consultent-ils leurs alliés? Que dalle »

 Les nombreux litiges entre Moscou et Washington — aussi bien sur des questions économiques que purement politiques — se sont souvent soldés par des piques pointant le fait que les USA prétendaient à la domination mondiale. Le Kremlin s’est exprimé entre autres sur les relations des États-Unis avec ses partenaires européens.

« Moscou sait exactement comment Washington apprécie les collègues de l’UE », disait Poutine.

« J’ai parfois l’impression que l’Amérique n’a pas besoin d’alliés, elle a besoin de vassaux. Quelqu’un a-t-il consulté les alliés sur ce qui devait être fait en Afghanistan? Que dalle. Ils ont frappé puis ont commencé à rassembler tout le monde en disant: ceux qui ne sont pas avec nous sont contre nous. Est-ce une alliance? Il n’y a absolument aucune alliance. »

(En direct à l’émission « Conversation avec Vladimir Poutine. Suite » en décembre 2011.)

« Apprenez à vos femmes à faire la soupe plutôt que de donner des leçons »

 Le thème des élections a toujours été sensible, notamment dans le contexte des relations entre la Russie et l’Occident. Par exemple, en septembre 2016, le refus des observateurs internationaux d’assister aux élections législatives en Crimée, considérée jusqu’à présent comme un territoire ukrainien par les pays occidentaux, a fait beaucoup de bruit.

Mais avant la réunification de la péninsule avec la Russie, les déclarations sur le thème électoral étaient déjà relativement dures. En 2008, en commentant le refus du BIDDH et de l’Assemblée parlementaire (APEC) de l’OSCE d’envoyer des observateurs à la présidentielle russe, le président lui-même n’avait pas lésiné sur les expressions figuratives. On lui avait demandé si ce refus pouvait être considéré comme un ultimatum. Sa réponse ne fut pas simplement négative — Poutine a fait un jeu de mot avec l’abréviation du BIDDH qui a une consonance avec un terme russe outrageant.

« Le pays remplit ses engagements. Et il n’est pas forcé d’exécuter ce qu’on tente de lui imposer de l’extérieur. Nous avons invité 100 personnes, nous étions prêts à mettre à leur disposition toutes les conditions nécessaires pour leur travail. 100 personnes ne suffisent pas, ils veulent venir ici un an ou trois semaines avant. Ce sont leur « je-veux ». Ils envoient 16 personnes dans un pays, 20 dans un autre. Ils estiment que cela ne vaut même pas la peine d’en envoyer dans certains pays. A d’autres ils cherchent à donner des leçons. Qu’ils donnent des leçons à leur femme pour lui apprendre à faire la soupe! »

(Dans une conférence de presse en février 2008.) Les opinions exprimées dans ce contenu n’engagent que la responsabilité de l’auteur. …

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