1184 – USA … Les Pères Fondateurs auraient honte…

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Ce rituel m’était familier… Debout à 5 heures 30 du matin… Dehors à 6 heures… Trouver un taxi : “A la Gare du Nord, s’il vous plaît.” Pendant des années, nous avons vécu à Paris, non loin de la maison où séjourna Benjamin Franklin, à Passy, alors qu’il représentait les “terroristes” des colonies américaines et sollicitait l’aide de la France.

 Rédigé le 27 septembre 2016 par Bill Bonner | Bill Bonner, Deep State Imprimer

Chaque semaine, nous faisions la navette entre Paris et Londres. Nous partions le mardi et revenions le vendredi. A la gare, nous avons monté en courant les escaliers vers l’Eurostar. Tiens, quelque chose de nouveau : à présent, notre billet est dans notre smartphone. Nous l’avons présenté face au capteur : le tourniquet s’est ouvert. Puis nous avons passé le contrôle des passeports. Tout cela n’a pris que quelques minutes, comme toujours.
  • Il s’est écoulé cinq ans depuis la dernière fois que nous avons fait ce voyage. L’Eurostar a amélioré ses wagons. Mais certains visages ont l’air familier. Nous nous installons dans le salon “business“, en attendant le train. Là encore, inutile de réfléchir : nous saisissons des exemplaires du Financial Times, du Figaro, et de Libération, et une tasse de café.
Puis nous nous asseyons et nous mettons au travail. “Trump contre Clinton”, clame Le Figaro, en gros titre. “Clinton et Trump se préparent pour un débat historique”, affirme un autre. Les journaux, à Paris et à Londres, ont donné le coup d’envoi de la semaine avec des gros titres consacrés à l’élection présidentielle américaine.
  • Le monde entier est captivé… enchanté… fébrile, d’observer deux Américains se donner en spectacle. “Le grand débat sera regardé par 100 millions d’Américains” dit-on partout.
Mme Clinton est “nerveuse”, nous dit-on. Elle maîtrise mieux les détails mais M. Trump est “imprévisible”.
  • Se montrera-t-il calme, présidentiable ?
  • Ou bien va-t-il attaquer et essayer de déstabiliser le porte-étendard démocrate ?
  • Mme Clinton devrait être capable de le “remettre à sa place”, déclare un commentateur.
  • “N’en soyez pas si sûr”, dit un autre ;
  • Newt Gingrich affirme qu’en matière de débat, Trump est le meilleur du monde.
  • Les candidats tentent souvent un “je t’ai bien eu”“une vanne”… un KO contre leur opposant.
L’un de nos moments préférés, c’est la réponse du président Reagan (en 1984, face à Walter Mondale) à une question du journaliste concernant son âge. Reagan avait 73 ans et Mondale 56 ans.
  • Le modérateur a demandé : “Est-ce que Reagan possède l’endurance lui permettant de rester sur le pont, comme Kennedy l’a fait pendant la crise des missiles cubains, pendant des jours et des jours ?”
  • “Je ne vais pas faire de cette question d’âge un problème”, a répondu Reagan, en souriant. “Je n’exploiterai pas la jeunesse et l’inexpérience de mon adversaire à des fins politiques.” Même Mondale a éclaté de rire.

 

Consternation et découragement “Je suis consternée et découragée”, m’a confié une amie française, hier soir. Dernièrement, elle a écrit un livre à propos de Lafayette et de la Révolution américaine.

  • “Quand on imagine ce qu’est devenu ce grand pays fondé par Jefferson, Adams, Franklin et Washington. Aucun des candidats ne leur arrive à la cheville.”

Des millions d’Américains sont du même avis. Nous aussi, bien sûr. Jefferson et Franklin étaient des génies.

  • Franklin “a inventé” l’électricité et le poêle à bois à combustion contrôlée. Il a mis en place les premières bibliothèques publiques. C’était un auteur haut en couleur… un self-made man… un diplomate accompli.
  • Jefferson a introduit l’architecture palladienne dans les colonies. Il fonda l’Université de Virginie et conçut son campus. Il écrivait et parlait plusieurs langues européennes, a étudié la culture et les langues amérindiennes et créé sa propre version de la Bible. Ce fut un érudit, un homme d’État, l’auteur de la Déclaration d’Indépendance, un scientifique… et la liste continue.

Mieux vaut ranger les armes et mettre les munitions sous clé, avant de comparer Trump ou Clinton aux Pères Fondateurs ; vous vous exposez à une grave dépression. Une joyeuse arnaque

Mais nos fidèles lecteurs de La Chronique savent que tout cela n’est qu’une joyeuse arnaque divertissante.

  • Les États-Unis ne sont pas dirigés par le président mais par le Congrès.

Les électeurs se targuent d’élire les gens qui dirigent le pays.

  • Les décisions importantes sont prises par les profiteurs, les initiés, les parasitocrates : bref, par le Deep State.

Peu importe ce que vous qualifiez de gouvernement : que ce soit une monarchie, une théocratie ou une dictature, elles fonctionnent toutes plus ou moins de la même façon.

  • Les initiés prennent le contrôle et utilisent le monopole du gouvernement sur la violence pour mater leurs ennemis et voler leurs concitoyens.

Ces initiés, qui ne rendent compte à personne et ne sont pas élus, se composent de compères, carotteurs, intrigants et parasites. Cela ne s’est pas produit du jour au lendemain.

Comme nous l’avons dit à notre amie française, hier soir, il a fallu plus de 200 ans pour que les “renards” (c’est ainsi que l’économiste italien, Vilfredo Pareto, nomme ces initiés arnaqueurs) parviennent là où ils sont :

  • confortablement nichés à Washington et dans les industries de leurs compères.

Mais qu’en penseraient les Pères Fondateurs ?

Thomas Jefferson…Benjamin Franklin… George Washington : l’un d’eux reconnaîtrait-il un semblant du pays qu’ils ont tenté de créer ?

Washington avait mis en garde contre les “engagements à l’étranger”. Mais à présent, les États-Unis sont engagés dans le monde entier.

Jefferson avait accusé le roi britannique, Georges III, d’avoir “envoyé une horde d’agents afin de harceler le peuple et de lui retirer toute sa substance”.

  • Mais le taux d’imposition était inférieur à 5%. Actuellement, pour ceux qui vivent en Californie et dans le Maryland, il est d’environ 50%.

A l’époque, la “horde” d’agents était si maigre qu’un Américain – surtout s’il vivait à la limite de l’Ouest, “la Frontière” – pouvait passer une vie entière sans jamais croiser le moindre fonctionnaire du gouvernement de Sa Majesté.

Aujourd’hui, il ne s’écoule quasiment pas une journée sans qu’on ne tombe sur un bureaucrate qui vous donne des ordres.

  • “Retirez vos chaussures… déposez vos ordinateurs, tablettes et smartphones sur le tapis roulant… vous devez remplir le formulaire 1022-X… Vous devez avoir un permis… Vous vous exposez à une amende de 10 000 dollars et à six mois d’emprisonnement…”

Imaginez Jefferson se tenant devant 100 millions d’Américains, ce soir. Imaginez son fantôme se tenant là, l’air embarrassé, vêtu de hauts-de-chausses, et chaussures à boucle aux pieds… marquant une pause… hésitant… réfléchissant profondément. Que dirait-il ? Quelle vanne imaginerait-il ?

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Sur  l’auteur de l’article

Bill Bonner Fondateur de AGORA Né en 1948, Bill Bonner est le fondateur d’AGORA, le plus large réseau d’entreprises indépendantes de presse spécialisée au monde. En 1978, depuis sa ville natale, Baltimore (Maryland, Etats-Unis), Bill Bonner a voulu développer un « marché » (« Agora » en grec) des idées. Pas de l’information homogénéisée telle que les médias grand public relayent sur nos écrans et journaux, mais une source d’idées diverses avec des opinions et des avis originaux, alternatifs et surtout utiles. Bill a à cœur d’aider les lecteurs à mieux comprendre le monde dans lequel ils vivent, et à agir en conséquence. Que ce soit en matière de géopolitique, de macro-économie ou tout simplement dans le domaine de l’épargne, Bill incite ses lecteurs à cultiver un esprit vif et anticonformiste. “Parfois nous avons raison, parfois nous avons tort, mais nous sommes toujours dans le questionnement”, telle est la devise de Bill. Bill a également co-écrit des livres qui ont tous figuré dans la liste des best-sellers du New York Times et du Wall Street Journal : L’inéluctable faillite de l’économie américaine (2004), L’Empire des dettes. À l’aube d’une crise économique épique (2006) et Le Nouvel Empire des dettes. Grandeur et décadence d’une bulle financière épique (2010). Dans son dernier livre, Hormegeddon, quand trop de bien nuit (2015), paru aux Belles Lettres (www.lesbelleslettres.com), Bill décrit ce qu’il advient lorsque l’on abuse d’une bonne chose dans les sphères de la politique, de l’économie et des affaires. En bref, trop de bien conduit au désastre. Vous pouvez retrouver les notes de Bill au quotidien dans La Chronique Agora.

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