1150 – Priorité aux droits et devoirs des États nations

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Pour une Europe d’États souverains respectant le droit et préservant la paix


par Karl Müller –  2016  >  No 19, 6 septembre 2016

En se dirigeant vers le col de Maloja, en Engadine, vers le glacier de Forno, le randonneur passe devant un vieux bâtiment, un centre de rencontre des mouvements de la gauche alternative. Il s’agit de la maison de Salecina. On y trouve une immense affiche sur laquelle est inscrit: «No borders» – pas de frontières. Sur la page de présentation du site Internet de cet établissement se trouve la même inscription. On peut naturellement se dire: est-ce important, ce ne sont que des gauchistes alternatifs. Il n’est pas nécessaire de les prendre au sérieux, ce n’est qu’une infime minorité.

Depuis que l’Europe est envahie par des migrants, accueillis à bras ouverts par la politique officielle de la chancelière allemande (CDU) et de l’Union européenne avec des contrôles aux frontières et des réglementations juridiques bloqués pendant des mois, on peut se demander quelle est l’identité et l’impact cette minorité et qui sont ceux exigeant encore «No borders».

Deux livres intéressants

La journaliste allemande Frederike Beck a écrit un livre traitant cette question en profondeur et de manière bien documentée. Le titre est un peu provocateur:

«L’agenda secret de la migration. Comment des réseaux élitaires avec l’aide de l’UE, de l’ONU, de fondations très fortunées et d’ONG tentent de détruire l’Europe».

(2016, en allemand, ISBN 978-3-86445-310-6).

Toutefois les faits contenus dans cet ouvrage sont très informatifs et doivent absolument être pris au sérieux.

Les chapitres sont intitulés

  • «La faillite de l’UE»,
  • «Le rôle de l’ONU dans l’application de l’agenda de migrations»,
  • «No borders, no nations: l’agenda sans frontières des fondations créant le chaos».

Particulièrement intéressants sont les sous-chapitres

  • «Abolition des États nationaux par la mise en place d’un Etat européen unitaire»,
  • «L’agenda migratoire de l’ONU»,
  • «Qui est Peter Sutherland?»,
  • «La déclaration de guerre de l’élite globale aux États nationaux européens»,
  • «George Soros et son réseau international de fondations»,
  • «La Commission européenne et les fondations privées ont les mêmes objectifs»,
  • «La forteresse Europe a été rasée».

Il est très recommandable de lire ce livre en entier.

Il apparaît clairement qu’à l’aide de la politique de migration des instances dirigeantes de l’ONU et de l’UE, ainsi que du gouvernement allemand, on vise à détruire les États-nations, tels qu’ils se présentent actuellement.

  • Pour soutenir ce programme, on retrouve tant les cercles de la gauche alternative que les profiteurs de la politique néolibérale.

En outre, il existe un vaste réseau international de fondations, d’associations et de sociétés poursuivant, en connivence avec des institutions nationales et internationales qui les financent, leur opération politique des «No borders» et de la mondialisation illimitée.

Cela signifie que tous les habitants du monde pourront être «délocalisés» par ci et par là, sans patrie et sans racines, mais toujours «flexibles». Il en ressort que les prétentions humanitaires de ces gens sont parfaitement inhumaines.

Prenons donc encore un second livre en main. Il est paru en allemand en 2015, après l’avoir été publié en 2012 en néerlandais. Il fut écrit par un jeune scientifique et journaliste des Pays-Bas, Thierry Baudet. Le titre du livre:

«Attaque contre l’État national»

(2015, en allemand, ISBN 978-3-86445-222-2).

Il n’est pas indispensable de suivre toutes les réflexions et conclusions de cet ouvrage, mais il est intéressant de prendre connaissance des premier et troisième chapitres.

Les titres

  • «La naissance de l’État national»
  •  «L’importance de l’État national».

L’auteur explique comment les agressions répétées contre l’État national souverain et européen, en lui reprochant surtout son existence comme une menace pour la paix, ne tient pas la route puisque les guerres mondiales du XXe siècle – à l’encontre de ce que prétend l’UE – ne furent pas provoquées par les États-nations souverains.

Les conceptions européennes des nationaux-socialistes

Bien au contraire. Les deux guerres mondiales furent le fruit de visées conquérantes et impériales des belligérants, la volonté de dominer d’autres nations et de mettre un terme à la souveraineté des États-nations.

Il est intéressant de voir comment ce livre nous rappelle les conceptions européennes des nationaux-socialistes, par exemple le discours de Joseph Goebbels du 11 septembre 1940 intitulé «L’Europe de l’avenir». On y lit:

  • «Les peuples européens prenaient de plus en plus conscience que ce qui leur arrivait n’étaient que des querelles de familles – comparées aux grandes questions que les continents doivent résoudre. […] Je suis persuadé que dans les 50 années à venir, on cessera de penser dans la catégorie d’un pays spécifique – bon nombre des problèmes d’aujourd’hui disparaîtront.»

Ou bien les réflexions d’Hitler en conversation avec le ministre finnois des Affaires étrangères le 28 novembre 1941, retrouvées dans les procès-verbaux et affirmant que

  • «les peuples d’Europe sont de plus en plus conscients qu’ils appartiennent à une grande famille des peuples.»

On y trouve aussi la citation suivante:

  • «[Hitler] ne faisait pas partie de ces hommes qui laissent volontiers aux autres la tâche de résoudre un problème difficile. Il s’agit de régler maintenant la tâche de créer une seule et unique famille européenne. La technique militaire moderne ne permet plus aux petits pays de subsister indépendamment. Alors qu’on peut parcourir en avion 600 km en une heure, il est urgent de réunir les nations dans un seul grand espace.»

Et pour finir il y a les thèses nationales-socialistes pour la «nouvelle Europe».

  • Il est question de l’«unification de l’Europe, qui selon les lois de l’histoire s’annonçait comme un développement incontournable».
  • Puis: «Le nouvel ordre européen écartera forcément les causes ayant provoqué au cours de l’histoire des guerres à l’intérieur de l’Europe. Les nations européennes ne s’affronteront plus en tant qu’ennemis. L’époque des particularismes européens va être surmontée à jamais.»

On connaît la politique réelle des nationaux-socialistes et les résultats qui en découlèrent.

L’auteur néerlandais est convaincu que les États-nations souverains sont nécessaires pour garantir des conditions d’État de droit et de démocratie et pour satisfaire le «sentiment du vivre-ensemble» des citoyens.

La possibilité pour les citoyens de décider souverainement qui ils veulent admettre ou non dans leur État en fait indéniablement partie. «Sans choix commun – rien ne va», tel est le titre du dernier sous-chapitre du livre.

Le besoin des peuples d’être libres et égaux

En fait: la formation des États nationaux européens est un pas important vers la reconnaissance de la dignité.

  • L’histoire de l’Europe montre combien ses peuples se sont battus pour obtenir un ordre stable de liberté et d’égalité dans une société humaine – et cela contre l’instabilité, le chaos et la soumission à l’impérialisme.

Cette formation fut unique pour chacun des pays nationaux européens et se développa dans différentes périodes.

  • Mais elle fut aussi le fondement d’une «révolution mondiale démocratique» (Martin Kriele) débouchant dans tous les États européens
    • dans la reconnaissance du monopole du pouvoir étatique,
    • de la séparation des pouvoirs,
    • de l’État de droit et de la souveraineté du peuple.
    • Toutes les Constitutions européennes s’en inspirent – malgré certaines différences.

Le chemin pour y arriver ne fut pas simple.

Un coup d’œil dans l’histoire: la libération des empires

A la fin de l’antiquité, les peuples européens voulurent se libérer de l’empire romain. Mais le résultat, après trois siècles de chaos, ne fut pas la souveraineté et la consolidation des États avec des citoyens libres et égaux.

Dans la partie occidentale de l’empire, l’ancien empire fut remplacé par un autre.

  • Les rois germaniques reprirent les tâches qui leur étaient assignées par Rome, en tant que pouvoir laïc et comme successeurs des empereurs de l’Empire romain occidental.
  • Ce déroulement historique connut son apogée au XVe siècle avec le «Saint-Empire romain germanique».

Dans l’est de l’empire, l’Empire romain continua d’exister pendant plusieurs siècles.

  • Mais son déclin se termina – avec la conquête de Constantinople par les Turcs au XVe siècle – en la domination d’un nouvel empire dans le sud-ouest de l’Europe – l’Empire ottoman.

Autour de ces deux empires, vers la fin du Moyen-Age, quelques États européens entreprirent leurs premiers pas en direction de l’État-nation, tels

  • la France,
  • les Iles britanniques,
  • les pays scandinaves ou quelques régions d’Europe orientale – mais ils restèrent des Etats corporatifs à structure hiérarchisée, furent considérés comme le bien de leur princes en étant loin d’être des États de droit assurant liberté, égalité et souveraineté à leurs peuples – et encore moins aux autres populations et États.

L’histoire suisse adopta sa propre voie. Jusqu’en 1648, elle fit partie formellement du «Saint-Empire romain germanique», mais les Suisses revendiquèrent déjà au Moyen-Age une plus grande indépendance par rapport aux rois et empereurs allemands et à leurs baillis. Ils formèrent une sorte de confédération d’États avec des cantons très indépendants et se trouvèrent dès la fin du XVe siècle quasiment à l’abri des directives de l’empereur sis à Vienne.

2016.05.01 PLANETE TERRE6

Les débuts du pouvoir étatique actuel

La voie vers les États-nations ne s’ouvrit en Europe centrale qu’au milieu du XVIIe siècle avec le Traité de Westphalie, l’acceptation de la tolérance religieuse et les nouvelles idées de l’époque.

Pour la première fois, on se préoccupa de l’importance de l’histoire, des droits et devoirs des peuples et des nations.

Le «Saint-Empire romain germanique» ne fut plus qu’une ombre et fut remplacé en Europe centrale par un grand nombre d’États régionaux et absolutistes – ayant le monopole du pouvoir et la souveraineté de leurs dirigeants, mais là aussi et encore pour longtemps sans idée nationale, sans États de droit et sans souveraineté populaire.

Il ne resta de l’Empire d’Europe centrale, que l’empire de la dynastie des Habsbourg. Celle-ci subsista jusqu’à la fin de la Première Guerre mondiale. Elle fut dissoute, par des puissances étrangères, en différents États-nations.

La fin des hostilités mena également à la dissolution de l’autre grand empire qui s’était étendu jusqu’en Europe: l’Empire ottoman. Sur cet espace précédemment européen apparurent déjà au XIXe siècle et au début du XXe – là aussi suite à des pressions impériales extérieures – des États nationaux fragiles de l’Europe du Sud-Est.

Il ne resta plus qu’un seul empire, les Anglo-Saxons. Leur désir de domination s’étendait toujours et encore sur tous les continents.

Cependant, au début du XXe siècle, un nouvel empire commença à se développer et à concurrencer également le pouvoir britannique en Europe: l’Empire étasunien.

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Ancienne carte de l’Europe durant la 2eme guerre mondiale

Certains États européens se transforment en États constitutionnels

Malgré cela, tous les États européens se donnèrent au cours des XIXe et XXe siècles des Constitutions et s’efforcèrent d’instaurer – petit à petit et à différentes époques – le monopole du pouvoir étatique, la séparation des pouvoirs l’État de droit et la souveraineté populaire. Tous les États nationaux ont un peuple, un pouvoir étatique avec monopole du pouvoir et un territoire avec des frontières bien définies et reconnues au niveau international.

Chacun de ces États jouit suite à son histoire, d’une longue tradition culturelle et connaît une identité commune – même sa formation fut définie de l’extérieur et non pas par ses propres populations. Dans chacun de ces États, il existe (encore et toujours) – malgré toutes les différences qu’il peut y avoir – un sentiment d’appartenance commune qui s’est formé au travers des générations.

Les personnes devinrent des citoyens et citoyennes de leur État national – et chaque génération montante se trouve devant la même tâche.

Le droit international et les Constitutions nationales imposent aujourd’hui à tous les États nationaux le respect des droits de leurs citoyens et ceux des autres États et des autres peuples. Ce sont donc les droits humains, la souveraineté des ressortissants du pays et l’intégrité des frontières étatiques. Mais aucun État n’est tenu d’accepter impérativement toute personne voulant s’installer dans le pays comme nouveau citoyen.

Aujourd’hui, ce sont les États-nations et de leurs Constitutions qui sont les garants de la paix et de la compréhension entre les peuples. La violation du droit national et international qu’on observe depuis un quart de siècle a cependant, rendu possible de nouvelles guerres en Europe. Les États-nations participant à ces guerres ne le font pas du fait de leur forme d’État national et de leur Constitution, mais bien parce qu’ils méprisent la souveraineté de leur peuple et leurs droits. Ils le font suite à leurs propres velléités impériales ou en tant que vassaux obéissants de puissances impériales non-européennes, notamment des États-Unis d’Amérique.

Déjà les guerres européennes du XXe siècle ne peuvent être imputées aux États nationaux de l’époque. Des dirigeants apatrides et avides de pouvoir s’efforcèrent de vivre leurs folles idées impériales, abusant des populations et les entraînant dans la catastrophe.

Ceci est vrai aussi pour le XXIe siècle.

États-nations souverains pour l’entente entre les peuples et pour la coopération

L’identité nationale et le patriotisme ne sont pas en opposition à l’entente entre les peuples et à la paix, ils sont complémentaires. Il est toujours vrai, hier comme aujourd’hui, que

  • «l’enracinement dans sa propre culture et l’intériorisation des valeurs générales de cette culture sont les conditions pour que chacun et chacune trouve sa place dans ce monde. C’est la condition pour le respect mutuel de ses semblables et des autres cultures permettant une cohabitation pacifique des peuples.»
  • (Annemarie Buchholz-Kaiser: «Die Menschen stärken», 2000)

Le pouvoir finit toujours en dictature quand les dirigeants passent outre la volonté de leur peuple et violent le droit et la souveraineté populaire.

  • C’est alors qu’ils peuvent retomber dans la folie impériale. Il ne s’agit donc pas des citoyens, ce ne sont pas les peuples.

Il est donc indispensable que les citoyens soient vigilants, n’acceptent pas la concentration du pouvoir en quelques mains que ce soient et participent à former activement la vie politique du pays.

  • Cela présuppose une population avertie bien formée, consciente de son histoire et de sa culture et connaissant les particularités de son pays tout autant que ce qui la relie avec tous ces semblables du reste du monde.

L’État-nation européen, l’État de droit démocratique, est le modèle d’avenir de la vie étatique du XXIe siècle.

  • Les attaques menées contre l’État national ne servent ni l’autodétermination, ni le droit, ni la paix. Ces attaques cachent de nouvelles velléités de domination impériale, cherchant à soumettre les peuples en leur volant leur dignité.

Les moyens utilisés sont multiples.

  • L’un d’eux est l’Union européenne et son cadre institutionnel. L’UE n’est dans sa forme actuelle nullement un garant de la paix et de l’entente entre les peuples – bien au contraire.

Les organisations précédant l’Union européenne émanèrent de la pensée impériale de la guerre froide. Leur point de départ était les planifications des services secrets américains.

  • L’Union européenne doit aussi servir les projets impériaux dans l’actuelle nouvelle guerre froide.

C’est cela qu’il faut contrecarrer.

Ce n’est qu’en faisant revivre les États-nations européens, leur souveraineté, leur culture et leur identité qu’on peut garantir la paix en Europe, ainsi que la coopération constructive entre les Etats sur la base de l’égalité. Ce n’est qu’ainsi qu’on peut redonner la dignité aux hommes en leur assurant leurs droits, ce qui permettra aux populations de prendre en main leurs devoirs citoyens.     •


source/http://www.zeit-fragen.ch/fr/ausgaben/2016/nr-19-30-august-2016/die-rechte-und-pflichten-der-nationalstaaten-wieder-ins-zentrum-stellen.html