1144 – Poutine: la Russie ne négocie pas son territoire

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A chaque rencontre entre V. Poutine et le Premier ministre japonais Shinzo Abe sur la coopération économique entre la Russie et le Japon, ressort la question des îles Kouriles que l’URSS a reçu suite aux accords conclus à la fin de la Deuxième guerre mondiale.
  • Alors que le Président affirme que le Japon a déjà refusé une fois la restitution de deux des îles, la question étant close et juridiquement et historiquement, les médias relancent l’idée d’une restitution au Japon.

 L’acharnement avec lequel les journalistes russes relancent régulièrement la question de la restitution des îles Kouriles au Japon laisse songeur.

  • Politiquement, un tel acte est impensable. N’importe quel dirigeant russe qui consentirait à parapher un tel acte serait immédiatement considéré par la majorité de la population comme traitre à la Patrie.
Il est vrai, cependant, que l’histoire des îles Kouriles est mouvementée, politiquement.
  • Car le Japon, après le renforcement de la Chine communiste est devenu un axe de la lutte contre la propagation de l’influence chinoise et soviétique (puis russe) dans le Pacifique.
    • Et ces îles Kouriles furent dès les années 60 utilisées par le Japon, sous pression américaine, comme une pointe dirigée contre la Russie permettant de bloquer tout rapprochement réel avec le Japon.
  • Alors ressortir aujourd’hui le spectre des îles Kouriles, en période électorale, en pleine période de lutte des États Unis pour préserver « leur » monde américano-centré légitimé par les attentats du 11 septembre, est loin d’être innocent.
Les traités de capitulation signés par les parties perdantes lors d’un conflit sont toujours désavantageux pour ces parties.
  • Elles paient le prix de leur défaite. Ainsi, lors de la Conférence de Yalta, il a été établi que les revendications de l’URSS concernant les îles Kouriles et Sakhaline du sud seraient satisfaites dès la capitulation du Japon.
  • Mais ensuite, les États Unis, en 1956, affirmèrent que les accords de Yalta n’étaient que l’expression d’une volonté indéterminée qui ne constituaient pas un traité international. Et n’avaient donc aucune force contraignante. Avant cela, les États Unis commencent leur jeu du Japon contre l’URSS.
Il est vrai que, avec l’utilisation de la bombe atomique, les États Unis se permettent « d’oublier » les promesses de Yalta.
  • Et dans l’acte de capitulation du Japon que le Président Truman envoie à Staline, il n’est pas question de la capitulation des troupes japonaises devant l’armée soviétique.
  • Suite à quoi, les forces d’occupation américaines signalaient à Staline leur volonté d’utiliser ces îles pour y mettre leur bases. Staline a fortement réagi et bloqué le processus.

Finalement, le gouverneur militaire du japon, Douglas McArthur a dû remettre à l’Empereur japonais pour signature le 29 janvier 1946 un mémorandum faisant le détail des îles situées au nord de Hokkaido sur lesquelles le Japon perdait sa souveraineté, notamment l’archipel Habomai, Chikotai etc.

 Lors de la Conférence de San Francisco qui s’ouvre le 1er septembre 1951, les termes de la paix avec le Japon sont négociés.
  • Finalement, le 8 septembre, après de dures négociations, le Japon renonce à sa souveraineté sur les Kouriles et Sakhalines, mais n’énumère pas les îles qui composent ces archipels. Sous pression des États Unis, il n’était pas indiqué non plus que ces îles entraient dans la souveraineté soviétique, ce qui découlait du Mémorandum de 1946. L’URSS a refusé de signer le traité en ces termes. 
Pendant les années qui suivirent, le Japon n’eut toutefois aucune revendications territoriales. Alors que le sentiment anti-américain suite à l’occupation du territoire augmente et que les autorités japonaises demandent aux États Unis, avec la fin officielle de l’occupation en 1952, de rendre les îles occupées, notamment Okinawa. Ce qui n’entre pas du tout dans le jeu américain dans la région, surtout avec le renforcement de la guerre froide.
En 1956, Khroutchev décide de faire un pas vers le Japon pour permettre la signature d’un traité de paix.
  • Il propose en échange d’une normalisation des relations humanitaires et économiques, de restituer deux îles au Japon, Chikotan et Habomai, après la signature du traité de paix et la restitution par les États Unis des îles au Japon, notamment Okinawa.
  • Dans un premier temps, l’accord est signé de part et d’autre, mais sous pression des États Unis, le Japon refuse les deux îles et affirme vouloir récupérer les 4 îles et signe un nouvel accord militaire avec les États Unis.
Depuis, la conclusion de ce mythique traité de paix entre le Japon et la Russie bloque toujours sur la question des frontières. Même si formellement la question est réglée.
A ce sujet, lors de la conférence de presse suite au G20 qui vient de se tenir en Chine, le Président V. Poutine a été très clair:
  • oui, il faut continuer à rétablir des relations normalisées avec le Japon, mais la Russie ne négocie pas son territoire, rappelant par là même qu’il serait très dangereux de revenir sur les accords conclus à la fin de la Deuxième guerre mondiale. L’on pourrait rediscuter du territoire allemand, ukrainien, polonais etc. Ce serait réouvrir la boîte de Pandore.
Les journalistes utilisent en tout cas le « bon » moment pour faire courir les bruits d’une négociation des Kouriles contre d’hypothétiques investissements japonais en Russie, en matière médicale, de transport, d’écologie et autre gazoduc, dont on a vu la fiabilité dès que le projet touche à des intérêts « protégés ».

N’oublions pas que le Japon n’est plus depuis la Seconde guerre mondiale, un pays souverain. Il n’est certes plus officiellement sous régime d’occupation, ce qui n’en fait pas pour autant un acteur autonome sur la scène internationale.


source/http://russiepolitics.blogspot.fr/2016/09/poutine-la-russie-ne-negocie-pas-son.html