1087 – La Turquie vire doucement de bord au grand « dam » des États-Unis …

1/- Ancien fonctionnaire du Pentagone : «La Turquie pivote à l’Est, les États-Unis sont outrés» – 22.08.2016

2/- Sommet Poutine – Erdogan : une étape positive dans une relation complexe – 14.08.2016

3/- La Turquie renonce à adhérer à l’EU et cherche de nouveaux partenaires – 11.08.2016

4/- Turquie – États-Unis : le désamour appelé à se poursuivre et à s’approfondir – 13.06.2016


1/- Ancien fonctionnaire du Pentagone : «La Turquie pivote à l’Est, les États-Unis sont outrés»

Le président turc Recep Tayyip Erdogan

Le président turc Recep Tayyip Erdogan renoncerait à l’OTAN et à l’UE pour pivoter à l’Est, d’après l’ex-employé du Pentagone, Michael Maloof.

Le ministre turc des Affaires étrangères Mevlüt Cavusoglu, dans une interview à l’agence d’information russe Sputnik, a déclaré qu’Ankara envisageait une coopération militaire avec la Russie, l’OTAN semblant prendre ses distances avec la Turquie.

Le président turc Recep Tayyip Erdogan a plutôt renoncé à l’OTAN, et même à l’UE

RT : La Turquie est un membre important de l’OTAN et, pourtant, le ministre des Affaires étrangères du pays dit que l’alliance se retire du jeu, forçant les Turcs à se tourner vers la Russie. Que pensez-vous de cette situation ?

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Le président russe Vladimir Poutine et son homologue turc Recep Tayyip Erdogan

Michael Maloof (M. M.) : La situation est très évolutive. Je pense que le président turc Recep Tayyip Erdogan a plutôt renoncé à l’OTAN, et même à l’UE (lien1). A ce stade, il est en train de faire un pivot vers l’Est.

  • Que la Turquie et la Russie commencent à discuter comme elles le font, notamment en termes d’alliances militaires, voilà qui offre une toute nouvelle opportunité pour non seulement la coopération bilatérale, mais aussi la coopération régionale dans un sens très intéressant.
  • La Turquie est aussi ce qu’on appelle un partenaire de dialogue de l’Organisation de coopération de Shanghai [OCS], dont la Russie, la Chine et l’Iran font tous partie.
  • Ce qui est nouveau ici c’est que la Russie voit en la Turquie une aide pour contenir et contrôler les sunnites, et les sunnites djihadistes en Syrie, mais aussi comme une potentielle influence régionale dans cette partie du monde. Et comme la Turquie et l’Iran sont également engagées dans un dialogue, cela pourrait laisser présager un potentiel accord entre les chiites et les sunnites.

Washington s’est retrouvé pris au dépourvu

Ça n’est que le début. Washington est outré à cause de cela. Même s’ils ne l’admettront pas publiquement, je pense qu’ils sont très inquiets à ce sujet. Cela montre que Recep Tayyip Erdogan et le président russe Vladimir Poutine ont commencé à regarder vers l’Est. L’OCS offre cette opportunité, surtout maintenant que la Chine entre en jeu et cherche à s’engager dans la résolution [du conflit] en Syrie. Et ils vont fournir plus de formation militaire au gouvernement syrien. C’est donc une toute nouvelle évolution des choses. Et Washington s’est retrouvé pris au dépourvu.

L’Europe, dont beaucoup de membres font partie de l’OTAN, doit avoir la main très, très douce pour traiter avec Erdogan

RT : Pensez-vous que la Turquie puisse utiliser cette histoire de copinage avec la Russie pour embêter l’OTAN ?

M. M. : En partie, mais je pense aussi que Recep Tayyip Erdogan a décidé de faire un pivot vers l’Est. Je pense qu’il voit plus de possibilités de long terme dans cette direction. Et il le montre déjà depuis un certain temps…

  • Les États-Unis et les autres pays de l’OTAN ne veulent pas avoir l’air d’avoir des désaccords ouverts avec lui. Ils ne peuvent pas virer la Turquie de l’OTAN. En ce sens, Erdogan a un levier. Et il n’a pas seulement un levier vis-à-vis de l’OTAN, il a aussi un levier par rapport au flux de réfugiés en Europe.
  • Donc, l’Europe, dont beaucoup de membres font partie de l’OTAN, doit avoir la main très, très douce pour traiter avec Erdogan. Ils ne veulent pas faire quelque chose qui le forcerait à se tourner complètement vers l’Est à ce stade et à renoncer à son adhésion à l’OTAN.

L’OTAN est affaiblie par la nouvelle politique turque à l’égard de la Russie

L’OTAN doit revoir ses politiques et cesser de voir les choses en noir en blanc, a déclaré Talat Masood, général trois étoiles de l’armée pakistanaise, en commentant les relations actuelles de la Turquie avec l’alliance militaire.

RT : Que pensez-vous de ce message de la Turquie ? Pensez-vous qu’il s’agit d’un vrai rapprochement avec la Russie, ou est-ce, pour ainsi dire, comme un coup de semonce à destination de l’OTAN ?

Talat Masood (T. M.) : Le président turc Recep Erdogan est très mécontent que certains membres de l’establishment américain aient soutenu Fethullah Gülen, parce qu’ils savaient qu’il conspirait, et ils l’ont soutenu, ou ont ignoré le fait qu’il avait l’intention de causer d’une certaine manière des problèmes à la Turquie… [Recep Tayyip Erdogan] pense qu’il est très inconvenant, de la part de certains membres de l’establishment américain, de déstabiliser et perturber un proche allié des États-Unis et de l’OTAN de cette façon.

Erdogan a réalisé qu’il avait fait une énorme erreur

Il s’est également rendu compte que sa politique ces derniers mois envers la Russie n’était pas juste, et en particulier la façon dont l’avion militaire russe avait été abattu (lien2). Je pense qu’Erdogan a réalisé qu’il avait fait une énorme erreur. Il ne peut pas se permettre d’avoir une relation aussi étrange avec la Russie. Voilà pourquoi, maintenant, il est en train de réévaluer sa politique étrangère et essaye de se rapprocher de la Russie et d’autres pays avec lesquels il a eu des relations étranges…

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RT : Que pensez-vous des relations actuelles entre la Turquie et l’OTAN ? Pensez-vous que ce pays va tourner le dos à l’OTAN ou au moins prendre ses distances avec elle ? Si cela représente une menace pour l’OTAN, qu’est-ce que la Turquie voudrait obtenir du bloc à l’heure actuelle ?

T. M. : La Turquie est un membre très important de l’OTAN. Si elle la prive de son soutien, ou si son soutient devait devenir un peu plus mou, et si elle a [en parallèle] des relations étroites avec la Russie, évidemment les membres de l’OTAN doivent être très inquiets que la Turquie ait été laissée tomber et que maintenant elle se rapproche de la Russie. L’OTAN en est de toute évidence affaiblie.

Vous ne pouvez pas considérer les pays selon une approche «noir et blanc»

L’OTAN doit reconsidérer ses politiques, car on ne vit pas à l’époque de Guerre froide. Ce monde en est très différent : les pays ont des relations multiples, même avec des Etats avec lesquels ils ont eu des relations conflictuelles. Donc, c’est un monde très complexe à l’heure actuelle, et vous ne pouvez pas considérer les pays selon une approche «noir et blanc».

Les opinions, assertions et points de vue exprimés dans cette section sont le fait de leur auteur et ne peuvent en aucun cas être imputés à RT.

lien1/https://francais.rt.com/opinions/24982-turquie-renonce-eu-cherche-nouveaux-partenaires

lien2/https://francais.rt.com/international/22879-su-24-abattu-premier-ministre-turc-exclut-indemnisation


source/https://francais.rt.com/opinions/25344-ancien-fonctionnaire-pentagone-turquie-est-etats-unis-outres


2/- Sommet Poutine-Erdogan : une étape positive dans une relation complexe

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Le sommet a atteint tout ce qui pouvait en être attendu compte tenu de l’étendue des questions qui séparent la Turquie et la Russie.

À la suite de la visite de M. Erdogan en Russie, le danger des attentes irréalistes est illustré dans un article de John Helmer doyen des correspondants étrangers en Russie. Dans une longue discussion (lien1) sur la réunion Poutine-Erdogan, il dépeint un Erdogan manipulateur cherchant à obtenir le maximum de la part d’un Poutine furieux. En particulier, il souligne que le sommet n’a produit aucun accord réel :

« Le compte rendu officiel des entretiens de la délégation, qui a commencé à 1 heure de l’après-midi pour prendre fin trois heures plus tard, n’a engendré aucune discussion et aucun accord sur une seule priorité politique ou sur la sécurité russe. La conférence de presse présidentielle a révélé, malgré les déclarations de bonnes intentions, que rien d’important, d’aucun des deux côtés, n’a été convenu. Après la clôture de la conférence, le ministère russe des Affaires étrangères n’a rien rapporté de la rencontre entre Sergueï Lavrov, ministre des Affaires étrangères russe et son homologue turc, Mevlüt Çavuşoğlu. »

Avant la réunion, les Russes avaient déjà dit qu’ils n’attendaient aucun accord formel. Je l’ai aussi dit dans un article (lien2) consacré au sommet – avant qu’il n’ait lieu – sur ce qu’il fallait attendre de ce sommet : « Les Russes ont dit qu’il n’y aurait pas d’accords formels ». Si l’on regarde ce que John Helmer espérait que les Russes pourraient obtenir d’Erdogan lors du sommet, on peut voir pourquoi :

« La priorité est l’engagement de la Turquie d’arrêter les tentatives de changement de régime en Syrie, dans le Caucase russe, et les États de la CEI (Communauté des États Indépendants), y compris l’Arménie et le Tadjikistan. Cela signifie l’expulsion des combattants tchétchènes de leurs refuges en Turquie et des zones sous contrôle turc ; la fermeture de la frontière turco-syrienne pour ISIS et les autres djihadistes ainsi que la fin de l’appui de la Turquie dans la guerre azérie contre l’Arménie et les opposants islamiques au Tadjikistan, en Ouzbékistan et en Crimée.
La priorité russe – clé de toutes les guerres que le Kremlin a menées contre les Ottomans pendant plus de deux siècles – est l’engagement de la Turquie de ne pas violer les limites des traités régissant le détroit entre la Mer Noire et la Méditerranée, et de ne pas permettre un déploiement naval permanent des systèmes de missiles de l’OTAN Aegis pointés contre la Russie dans la mer Noire.
Le corollaire politique est que la Russie et la Turquie ne permettront pas aux États-Unis et à l’OTAN d’établir et d’armer les forces turques sous le drapeau de l’OTAN sur le territoire de Chypre. »

Sans doute est-ce là une liste précise des souhaits de ce que les Russes aimeraient obtenir de la Turquie dans un monde parfait. Je ne peux cependant pas croire qu’il y ait un seul fonctionnaire russe qui ait sérieusement espéré qu’Erdogan serait d’accord avec cette liste sans contrepartie :

  • un pipeline pour acheminer le gaz en Turquie, un réacteur nucléaire, plus de touristes russes, et la levée de l’embargo russe sur l’importation de légumes et de tomates turques.
  • Les russes n’ont jamais présenté leur liste de doléances aux turcs parce qu’ils savaient qu’Erdogan ne les aurait jamais acceptées telles quelles.

Erdogan est actuellement très en colère contre les États-Unis et il est reconnaissant aux Russes. Son histoire personnelle montre qu’il n’a aucun sentiment d’hostilité envers la Russie. Cependant il est irréaliste de s’attendre à qu’il renverse des décennies ou même (comme dans le cas du détroit) des siècles de politique en quelques jours, juste pour plaire aux Russes. S’il le faisait, sa position en Turquie serait intenable.

Cela ne signifie pas que la réunion au sommet ait été un échec. Même si la Russie et la Turquie ne sont pas devenues des alliées et restent profondément divisées sur de nombreuses questions, cela ne signifie pas qu’ils ne peuvent pas développer des relations étroites sur les questions où ils ont un intérêt mutuel.

  • Le gazoduc et les projets de réacteurs nucléaires doivent bénéficier à la Russie et à la Turquie.
  • Il en va de même des accords sur le tourisme et les importations de légumes et de tomates, bien que ce genre d’accord soit de nature différente.

Prétendre le contraire revient à dire qu’il serait préférable pour la Russie d’avoir de mauvaises relations avec la Turquie, un point de vue que presque personne dans le gouvernement russe ne partage.

Si la réunion au sommet est comprise de cette façon, alors elle a été un succès, ouvrant une voie possible à une plus grande convergence sur d’autres questions, y compris un accord de libre-échange et même un accord au sujet de la Syrie.

Enfin, il est un point précis, dont j’aimerais parler au sujet de ce sommet. Cette question a déjà été largement discutée. Il s’agit du « langage du corps » de Poutine.

  • Helmer et d’autres voient là comme un signe que le sommet, du point de vue de Poutine, a été un échec.

Étudier le langage du corps d’un leader est une façon légitime d’évaluer les résultats d’une rencontre. Lors du sommet Obama-Poutine, leur mauvais langage du corps était un signe indiscutable que les deux hommes n’étaient pas sur la même longueur d’ondes. Toutefois, dans le cas de la rencontre avec Erdogan, il y avait des raisons compréhensibles au pauvre langage du corps de Poutine. Ces raisons n’avaient aucun lien avec le sommet lui-même.

Tout d’abord, il est presque certain que Poutine était fatigué et se sentait sous pression.

  • La veille, il avait rencontré ses conseillers en sécurité tôt le matin et s’était aussitôt envolé vers Bakou pour une réunion complexe et probablement difficile avec les présidents de l’Iran et de l’Azerbaïdjan(lien3).
  • Il s’est alors rendu à Saint-Pétersbourg pour cette réunion encore plus difficile avec Erdogan  (lien4) le lendemain
  • tout en trouvant aussi le temps, le même jour, d’avoir une longue conversation téléphonique avec Theresa May (lien5), la Première Ministre britannique.
  • Pendant la rencontre avec Erdogan, il a appris qu’il aurait le jour suivant à Moscou, une réunion avec les membres de son gouvernement pour discuter de la politique économique et de l’éducation(lien6),
  • une conférence vidéo avec le Premier Ministre indien Modi(lien7),
  • et plus tard ce jour-là une réunion avec le Président Sargsyan d’Arménie(lien8),
  • qui sera suivie par une autre conférence de presse.
  • Tout au long de ces voyages et réunions, il a dû être tenu au courant des situations à Alep(lien9) et en Crimée(lien10), la crise en Crimée lui causant des inquiétudes particulières.
À la lumière de tout cela, il n’est pas surprenant si, au cours de sa rencontre avec Erdogan, Poutine a parfois semblé fatigué et distrait. Dans tous les océans de mots dits et écrits à propos de Poutine, il n’est jamais, ou rarement, fait mention d’à quel point il doit travailler dur.

Outre tout cela, il aurait de toute façon été politiquement imprudent pour Poutine de sembler heureux de rencontrer Erdogan. La colère en Russie suite à l’incident SU24 n’a pas diminué. Une partie de cette colère est certainement partagée par Poutine lui-même. Il pourrait être facile pour Erdogan de parler de son « ami Poutine ». Il ne serait pas si facile pour Poutine de parler de son « ami Erdogan », même s’il se sentait enclin à le faire.

Dans l’ensemble, si l’on met de côté quelques-unes des attentes excessives qui ont précédé le sommet Erdogan-Poutine, le sommet s’est déroulé selon les attentes raisonnables. La chose à retenir du sommet est que la Russie et la Turquie ont maintenant un dialogue politique actif et en plein essor ainsi qu’un embryon de relations économiques. Ce n’est pas un réalignement ou une alliance, mais ceci n’a jamais été demandé ni offert. Poutine et Erdogan sont certainement satisfaits de ce qu’ils ont accompli, même s’il y a encore beaucoup de travail à faire.

Par Alexander Mercouris | 11 août 2016

Article original: http://theduran.com/erdogan-putin-summit-positive-step-complex-relationship/

Traduit de l’anglais par Michael Rubin pour Arret Sur Info

lien1/http://johnhelmer.net/?p=16253

len2/http://theduran.com/expect-putin-erdogan-meeting/

lien3/http://theduran.com/summit-baku-russia-iran-azerbaijan-new-axis/

lien4/http://theduran.com/putin-erdogan-summit-a-rapprochement-not-an-alliance/

lien5/http://theduran.com/theresa-may-speaks-to-vladimir-putin-raising-hopes-british-russian-thaw/

lien6/http://en.kremlin.ru/events/president/news/52680

lien7/http://en.kremlin.ru/events/president/news/52679

lien8/http://en.kremlin.ru/events/president/news/52683

lien9/http://theduran.com/update-great-battle-aleppo/

lien10/http://theduran.com/russian-fsb-vs-ukrainian-saboteurs-shoot-crimea/


Source:http://arretsurinfo.ch/sommet-poutine-erdogan-une-etape-positive-dans-une-relation-complexe/


3/- La Turquie renonce à adhérer à l’UE et cherche de nouveaux partenaires

La rumeur selon laquelle la Turquie a renoncé à son adhésion à l’UE veut dire qu’elle va trouver aide et amitié ailleurs dans la région, dont la Russie est un élément clé, affirme Peter Schulze, de l’université de Göttingen.

Le président russe Vladimir Poutine et son homologue turc Recep Tayyip Erdogan se sont rencontrés mardi (lien1) 9 août à Saint-Pétersbourg et se sont mis d’accord sur le rétablissement des relations entre les deux pays. Le ministère allemand des Affaires étrangères  a salué cette rencontre, estimant qu’il était important d’avoir une meilleure communication pour résoudre la crise en Syrie (lien2).

«Il est bien que, après que la Turquie ait abattu l’année dernière un avion de chasse russe (lien3), il y ait à nouveau un rapprochement», a déclaré mardi 9 août Frank-Walter Steinmeier, chef de la diplomatie allemande, au journal «Bild».

Il est indispensable de résoudre les problèmes des relations russo-turques pour qu’on puisse régler la crise syrienne

Peter Schulze explique que la réaction allemande ne l’a pas surpris, arguant que : «C’est un des principes fondamentaux de la politique allemande et de la politique européenne dans son ensemble, je pense, le principe d’un règlement pacifique via des négociations.»

«Naturellement, par conséquent, il est indispensable de résoudre les problèmes des relations russo-turques pour qu’on puisse régler la crise syrienne», a-t-il ajouté.

Les relations russo-turques n’ont rien à voir avec les problèmes actuels des relations entre la Turquie et l’UE

Peter Schulze convient qu’il existe dans ce cadre une petite contradiction, puisque, pour l’Allemagne, la Russie ayant aidé le gouvernement syrien, elle est partiellement responsable de l’aggravation de la situation. Mais l’Allemagne a aussi besoin de la Turquie pour répondre à ses propres exigences.

«Bien sûr, on entend quelques membres du gouvernement, particulièrement ceux du spectre politique intérieure, accuser la Russie», signale l’analyste à RT, ajoutant, cependant, «qu’ il est bien connu que l’intervention russe en Syrie a poussé le processus vers la négociation d’un accord de paix.»

Pour Peter Schulze, la rencontre des présidents russe et turc ne va pas affecter les relations entre la Turquie et l’UE (lien4). Les relations russo-turques n’ont rien à voir avec les problèmes actuels des relations entre la Turquie et l’UE, c’est-à-dire l’adhésion de la Turquie à l’UE, les déplacements sans visa, mais aussi la crise de réfugiés à laquelle fait face le bloc.

La Turquie est moins dépendante des actions de l’UE

«Mais la Russie en a profité en acceptant les excuses et en développant les relations avec la Turquie, [qui devient] son soutien enthousiaste au sein de l’OTAN», a-t-il précisé.

«A présent la Turquie est aussi dans une meilleure position parce qu’elle est en train de revenir aux relations d’avant la crise avec la Russie, particulièrement dans le domaine économique et commercial», a insisté l’analyste.

«La Turquie est moins dépendante des actions de l’UE, je dirais même, que la Turquie a renoncé tout à fait à l’adhésion à l’UE. Par conséquent, le gouvernement en place va chercher aide et amitié autour, dans la région. Un jeu où la Russie est un facteur clé», estime Peter Schulze.


lien1/https://francais.rt.com/international/24873-erdogan-visite-saint-petersbourg

lien2/https://francais.rt.com/international/24495-russie-syrie-lance-grande-operation

lien3/https://francais.rt.com/international/22799-erdogan-a-fait-ses-excuses

lien4/https://francais.rt.com/international/24456-bras-fer-entre-ankara-bruxelles


4/ – Turquie – États-Unis : le désamour appelé à se poursuivre et à s’approfondir

Décidément les relations turco-américaines ne seront jamais simples. Dans le contexte actuel d’instabilité régionale où tout aurait dû pourtant pousser les deux alliés au rapprochement, la défiance reste de mise. Il faut dire que les initiatives malheureuses et les événements s’enchainent, pour œuvrer au maintien des malentendus et des désaccords.

Le flop du déplacement de Recep Tayyip Erdoğan aux États-Unis pour assister aux funérailles de Mohamed Ali

La disparition de Mohamed Ali a fourni une nouvelle occasion, à Recep Tayyip Erdoğan, de se rendre aux Etats-Unis, mais cette visite a été encore plus difficile que la précédente ; celle qu’il avait effectuée, fin mars-début avril, pour assister au sommet sur la sécurité nucléaire à Washington, et au cours de laquelle Barack Obama n’avait accepté une rencontre bilatérale avec lui qu’après moult tergiversations.

Cette fois pourtant, le président turc paraissait devoir être dans son avantage. Depuis sa venue à Istanbul, en 1976, où il avait été accueilli par Necmettin Erbakan, le fondateur de l’islamisme turc, avant d’aller prier à la mosquée de Sultanahmet, Mohamed Ali était une personnalité connue et aimée des Turcs. Aller aux funérailles du boxeur de légende permettait ainsi au chef de l’État turc de faire d’une pierre deux coups :

  • raviver la sympathie de l’opinion publique, toutes tendances confondues, pour ce champion musulman admiré, d’une part,
  • se poser en représentant du monde musulman, sur le territoire même des États-Unis, lors d’une cérémonie à laquelle devait également participer le roi Abdallah de Jordanie, d’autre part.

Avant son départ, Recep Tayyip Erdoğan avait d’ailleurs fait vibrer une fibre néo-tiers-mondiste, dont il n’use qu’en certaine occasion, comme par exemple lors de ses voyages en Afrique, en rappelant que « Mohamed Ali boxait pour ceux qui souffraient. »

La famille du boxeur et les organisateurs des funérailles ne l’ont pourtant pas entendu de cette oreille. Alertés par les polémiques qui avaient envahi les réseaux sociaux, ils se sont employés en effet à neutraliser les risques d’instrumentalisation politique des cérémonies.

  • Dès lors, le président turc, qui était accompagné entre autres par le président du Diyanet, Mehmet Görmez, n’a été autorisé, ni à prendre la parole pour lire un passage du Coran, ni à déposer une étoffe consacrée sur le cercueil du défunt.
  • Pour couronner le tout, un accrochage a eu lieu entre la garde rapprochée du président et les services de sécurité américains.
  • Du coup, après avoir participé, le 9 juin, aux prières dites en la mémoire du boxeur et à un iftar, Recep Tayyip Erdoğan manifestement vexé, a décidé subitement d’écourter son séjour et de ne pas assister, le 10 juin, à l’enterrement lui-même, en estimant que l’événement n’avait plus « aucune dimension religieuse » et que sa présence n’y était « pas nécessaire ».

Le président turc déçu par Obama

Cette nouvelle déconvenue américaine a-t-elle incité le président turc à dire, dans l’avion qui le ramenait en Turquie, sa déception sur la présidence Obama, au moment où elle touche à son terme ?

  • Toujours est-il que, lors de ce retour, s’ouvrant à des journalistes qui l’interrogeaient sur l’état des relations turco-américaines, il a déclaré : « Nous avions de grandes espérances quand M. Obama a décidé de faire de la Turquie son premier pays visité, après sa prise de fonctions… Malheureusement nos attentes ont été déçues. »

Si Recep Tayyip Erdoğan convient que l’impasse de la crise syrienne ne peut être mise au débit du seul président américain, il reproche pêle-mêle à celui-ci,

  • de n’avoir retiré ses troupes d’Irak que pour les transférer en Afghanistan,
  • d’avoir échoué à fermer Guantanamo ou de n’avoir pas été assez présent en Syrie et en Irak.
  • Même les relations économiques sont un échec, selon le président turc, alors qu’Ankara avait proposé à Washington de faire d’un partenariat stratégique, un « partenariat modèle ».

Mais, dans cette liste interminable, le grief suprême est probablement celui qui préoccupe le plus à l’heure actuelle le fondateur de l’AKP, à savoir encore et toujours le soutien américain aux Kurdes syriens du PYD, et à leur branche militaire, les YPG.

  • Rappelant les photos qui ont montré récemment des commandos américains, combattant aux côtés des YPG en Syrie, et arborant même certains de leurs insignes, le chef de l’État turc s’est écrié : « ce genre de choses nous exaspèrent. »
  • Recep Tayyip Erdoğan a expliqué que de tels événements avivaient le ressentiment à l’égard des États-Unis, dans son pays.

Il a dit espérer que Barack Obama tiendrait compte des observations de son allié de l’OTAN, même dans ses derniers mois d’exercice, et qu’il cesserait d’apporter son soutien à ceux qui, selon lui, menacent la Turquie, sur sa frontière méridionale.

Sous l’amertume présidentielle, les derniers développements du conflit syrien

L’amertume de Recep Tayyip Erdoğan, quant à son évaluation de la présidence Obama, sont sans doute à mettre en relation avec des événements beaucoup plus immédiats : les derniers développements des opérations militaires qui se déroulent sur la rive occidentale de l’Euphrate, à Manbij, où les Forces démocratiques syriennes, composées de rebelles syriens arabes et de membres des YPG kurdes, appuyés par des frappes aériennes américaines, ont encerclé les forces de Daech, et sont en train de couper le califat djihadiste autoproclamé de la frontière turque.

La bataille de Manbij préfigure donc déjà une nouvelle victoire du PYD. Elle va en outre transformer la frontière syrienne de la Turquie en une frontière principalement kurde.

Quand on se souvient que, depuis l’année dernière, Ankara a fait de la rive occidentale de l’Euphrate « une ligne rouge » à ne pas franchir pour les Kurdes du PYD, on mesure l’évolution de la situation sur le terrain, car désormais, les YPG ont bien franchi cette ligne fatidique, et se trouvent sur la rive occidentale de l’Euphrate.

  • Le 7 juin, prenant les devants, le ministre turc des affaires étrangères, Mevlüt Çavusoğlu, a expliqué que ce franchissement avait été accepté, eu égard à la nécessité de la lutte contre Daech, mais que les États-Unis s’étaient engagés à ne pas permettre un maintien des forces kurdes sur ces positions, à l’issue des combats.

Quoi qu’il en soit, la défaite annoncée de Daech à Manbij paraît bien conforter le succès de la stratégie américaine déployée pour combattre l’organisation djihadiste, depuis la bataille de Kobane, à l’automne 2014.

  • Sans s’engager militairement sur le terrain (à l’exception des forces spéciales limitées envoyées pour appuyer l’offensive en cours, ces dernières semaines), les États-Unis ont apporté, au grand dam de la Turquie, un soutien décisif (par des frappes aériennes et des livraisons d’armements) aux Kurdes du PYD.
  • Ces deux derniers mois, Ankara a certes tenté de changer la donne, en intensifiant ses opérations contre Daech, et en menant même une opération transfrontalière limitée.
  • Le 8 mai dernier, évoquant le sort de la ville turque de Kilis, régulièrement atteinte par des tirs parfois meurtriers de l’Etat islamique, Recep Tayyip Erdoğan, se plaignait d’être laissé seul face à la menace djihadiste. Dès lors, il s’est employé à convaincre les Etats-Unis qu’il pouvait devenir leur meilleure arme contre Daech, pour peu qu’ils mettent un terme à leur alliance avec le PYD.
Mais cette position paradoxale et cette nouvelle guerre turque contre l’État islamique sont apparues peu crédibles, au moment où la stratégie américaine commençait à porter ses fruits. Il est probable que les États-Unis veilleront à ménager leur allié turc au bout du compte, mais le poids de la Turquie dans le conflit syrien n’en sera pas moins amoindri, et les rancœurs mutuelles risquent de s’accroître encore un peu plus.

JM

source/https://ovipot.hypotheses.org/14298